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vendredi 28 avril 2017

rappel: composition du portfolio à envoyer au correcteur

  Composition du portfolio à envoyer au correcteur

Le portfolio d'une cinquantaine de pages sera à envoyer à l'établissement du correcteur pour le vendredi 9 juin. Il devra donc être remis photocopié et relié au secrétariat du lycée au plus tard le vendredi 9 juin à 8h, délai de rigueur. ( Il ne sera pas possible de photocopier et relier au CDI du lycée le matin même, il faut donc anticiper ce travail largement. Il est conseillé de faire trois exemplaires du potfolio: un pour le correcteur, un pour le lycée et un pour vous.)
Je ne validerai que les portfolio que j'aurai pu lire avant le 9 juin.

Il contiendra: ( police de caractère Times new roman 12)
- une synthèse de deux pages  sur chaque projet dans laquelle vous expliquerez votre compréhension du projet et la place que vous y avez prise. ( Figaro avec Sandrine Pires, Illusions Comiques avec Patrice Verdeil, Bacchantes avec Chiara Villa)

-Un florilège d'extraits du journal de bord: trois pages significatives par projet.

-Trois analyses de spectacles développées et quelques billets d'humeur, soit environ 20 pages en tout)

-Le dossier d'approfondissement complet et dactylographié de 15 pages s'il correspond à une recherche de type universitaire avec réponse à une problématique, de 3 à 5 pages s'il consiste en une création plastique, sonore,  littéraire de telle sorte que celle-ci soit présentée.(Possibilité d'envoyer des fichiers sur clé usb)

Le carnet de bord de l'année devra être rendu au secrétariat du centre d'examen ( pour vous Camille See) une semaine avant les épreuves ainsi que les objets créés: costume, maquette, films etc. Le correcteur peut venir les consulter avant les épreuves s'il le souhaite.L'absence de carnet de bord, support de l'entretien ( 8 points), pénalisera l'élève pour l'épreuve orale,le jeu étant sur 12 points.

Faites passer le message à ceux qui ne lisent pas le blog.

jeudi 27 avril 2017

Penthée, l'étranger et le messager

Penthée vient d’être victime de toute une série d’illusions. D’abord il a cru avoir ligoté et séquestré l’étrange Lydien, rétablissant par là l’ordre dans sa cité. Puis il a vu son palais en feu. Et enfin il a cru voir son ennemi dans la cour, prêt à se faire embrocher. Après avoir couru dans tous les sens, avoir été affolé et trompé par toute une série de mirages, voilà que le roi arrive, avec ses grosses chaussures, vers les bacchantes et l’étranger. Que dira-t-il ? Que racontera-t-il de tout ceci ?, s’enquiert de son ton calme et rieur le sage et divin étranger.
Loin de chercher à s’en cacher, Penthée avoue d’emblée qu’il éprouve des choses terribles, incompréhensibles, qui le mettent hors de lui : l’étranger, qu’il avait pourtant solidement enchaîné aux râteliers, a réussi à se libérer et à s’échapper. La situation est cocasse : révolté par ce qui lui arrive, aveuglé par la colère, le roi ne remarque même pas qu’il se trouve justement devant son homme. Comme toute brute insensible, il parle sans tenir compte de son interlocuteur.
Puis, soudain, il se rend à l’évidence : « Hé hé !, mais voici l’homme ! », s’exclame-t-il stupéfait de voir son ennemi en face de lui. Et le voilà qui remet en marche sa pensée logique et interroge l’étranger sur son évasion : comment a-t-il fait pour se retrouver là, à l’extérieur du palais ?
Toujours rieur, le Lydien ne répond pas, mais lui propose de se calmer, d’arrêter son pied colérique et de poser, à la place, un pied tranquille, paisible. Mais, incrédule, assoiffé de logique, Penthée n’en démord pas : il veut en avoir le cœur net, il veut à tout prix savoir comment il s’est défait de ses liens, comment il est sorti du palais. Et le divin étranger de lui rappeler – non sans se moquer – qu’il le lui avait annoncé : quoi que le roi entreprenne, quelqu’un le délivrerait. Penthée ne l’avait-il pas entendu ? Penthée est-il dur d’oreille ?
Et le roi de se fâcher de plus belle, comme toujours quand il ne maîtrise pas la situation, quand il ne comprend pas ce qui se joue. C’est agaçant, à la fin : de qui parle-t-il, cet homme ? Il amène toujours de nouvelles histoires ! Comme souvent, l’étranger ne répond que de manière détournée, indirecte : il parle de celui qui, pour les mortels, fait venir au jour la vigne aux nombreuses grappes. De… Dionysos donc ! Dionysos, qui est tellement connu que l’étranger n’a même pas besoin de prononcer son nom. Penthée comprend tout de suite : le Lydien prétend avoir été aidé par le dieu artiste de la vie et de la mort en personne. Mais comment pourrait-il avoir bénéficié des faveurs de Dionysos ? Comment les deux pourraient-ils être en rapport ? Les mortels n’ont rien à voir avec les dieux ; d’autant moins les trouble-fêtes de son genre. C’est là une belle foutaise que de rendre Dionysos complice de son évasion. Aussi, suivant son élan, le roi ordonne à ses hommes de verrouiller chacune des tours du mur d’enceinte. L’étranger a peut-être réussi à s’évader du palais, mais il n’ira pas plus loin !
Nouveau rire de la part du Lydien, qui fait mine de s’étonner : si les dieux arrivent à défaire les liens, n’arrivent-ils pas aussi à passer par-dessus les murailles ? Et, échauffé par la discussion, Penthée de rétorquer par une formule familière, condescendante : « Sage, tu es sage, sauf de ce dont il faut que tu sois sage ». Ah, la sagesse, toujours et encore la sagesse ! Mais de quelle sagesse s’agit-il ici ? On le sait depuis le début : les deux hommes ne se comprennent pas ; les mots ne veulent pas dire la même chose, selon qui les prononce. Car oui, justement, de ce dont il faut être sage, le Lydien se considère au plus haut point sage ; non pas de la sagesse rationnelle, morale, péniblement acquise par l’étude, mais de cette autre sagesse, innée, de l’ordre de la sensibilité, du bon sens : celle de la vie, du va-et-vient tragique de la vie, du jeu de la vie. Mais son explication ne va pas bien loin.
Un homme est en effet en train d’arriver ; un messager, qui revient des montagnes pour annoncer quelque chose au roi. Au lieu d’écouter le Lydien, il convient de l’écouter lui d’abord, et d’être instruit de ses propos, souffle le Lydien lui-même. D’ailleurs, bonne nouvelle : il lui donne sa parole qu’il ne va pas profiter de l’occasion pour lui filer entre les mains.
Qu’est-ce qu’annonce donc le messager ? Avant toutes choses, il commence par rappeler le titre et l’étendue du règne de son roi, qui domine toute la terre de Thèbes. Puis il annonce qu’il arrive du Cithéron, de la majestueuse montagne aux cimes lumineuses, toute l’année recouverte de neige blanche immaculée.
Rendu curieux, le roi demande quelles nouvelles empressées le messager lui apporte. Et ce dernier de raconter qu’il a vu les bacchantes, les vénérables bacchantes, comme il dit, elles qui, divinement possédées, piquées de coups d’aiguillon, ont vivement agité leurs blanches jambes pour quitter la cité de Penthée. S’il revient de là-bas, c’est pour lui indiquer, lui raconter, à lui, son seigneur, son maître, souffle-t-il, mais en même temps à tous les Thébains, les choses terribles qu’elles font : des choses stupéfiantes qui, par leur force, leur puissance, dépassent l’entendement. Des choses si terribles qu’il se demande s’il ose les raconter librement ; ou s’il n’a pas meilleur temps, pour ne pas choquer, de restreindre et modérer son propos. Le messager dit en effet connaître son maître et avoue craindre son cœur empressé, son élan vital acéré, son caractère par trop royal ; bref la fâcheuse propension du roi à s’emporter et à punir.
Mais Penthée le rassure : quoi qu’il dise, il ne le punira pas. Tout est logique, tout est organisé et pensé, chez lui : contre les justes, contre ceux qui obéissent à la dikè, à la loi de la cité – à sa loi, donc –, il n’y a jamais lieu de s’emporter. Par contre il y en a un qui a d’autant plus à craindre : car plus le rapport des exactions bachiques sera terrible, plus sévèrement sera soumis à la justice celui qui en est responsable, celui qui a insufflé aux femmes leur savoir-faire, leur folie furieuse, leurs outrageux et terribles rites.
d'après  http://phusis.ch/philosophie/2015/01/18/penthee-letranger-et-un-messager/

Le premier récit du messager

récit du messager

Alors que Dionysos, sous les traits de l’étranger, converse tout sourire avec le furax Penthée devant son palais à Thèbes, un messager, berger des montagnes, arrive en hâte du Cithéron pour raconter ce qu’il y a vu à propos des femmes de la cité. Connaissant la susceptibilité et la violence du roi, le pâtre commence sur la pointe des pieds, tant son récit est incroyable. Mais, curieux, Penthée lui promet de ne pas le punir, quoi qu’il dise.
Et le messager de raconter que, tôt le matin, alors qu’il venait de conduire son troupeau de jeunes bêtes à cornes du côté des rochers, alors que les rayons du soleil commençaient à chauffer le sol, il est tombé sur trois groupes de femmes, reconnus comme autant de thiases bachiques. Trois groupes de bacchantes emmenés par les trois dames les plus importantes de la cité : Autonoé et Ino, les tantes du roi, et Agavé, sa mère ! D’abord, toutes dormaient encore, le corps relâché et détendu. Les unes le dos appuyé contre les branches d’un sapin ; les autres à même le sol, la tête posée sur des feuilles de chêne ; visiblement étalées au hasard, mais tout de même avec une certaine précaution. Bien loin en tout cas des femmes telle que les décrit Penthée : débauchées, enivrées de vin et de musique, chassant Cypris à l’écart des regards, à travers la forêt. Loin de courir frénétiquement les bois, assoiffées de désirs, de fécondité, d’amours et de plaisirs, la gente féminine était au contraire tranquillement installées, au calme.
Mais voilà que les bœufs cornus se sont mis à mugir. Et Agavé de se réveiller, de se dresser au milieu des bacchantes et de se mettre à faire écho aux bêtes en poussant l’ololugé, le fameux cri de rassemblement dionysiaque, ordonnant ainsi à ses comparses de se réveiller. Et celles-ci n’ont pas tardé à jeter loin de leurs yeux le florissant et ressourçant sommeil et à se dresser : non pas doucement, l’une après l’autre, comme c’est le cas généralement quand un groupe se réveille après une longue nuit, mais rapidement et de manière ordonnée, les jeunes, les vieilles, les vierges, toutes en même temps. Quelle vision étonnante et merveilleuse !
Ensuite, elles ont fait tomber leur chevelure sur leurs épaules, ont renoué leur nébride – peau de faon symbole d’insouciance et de liberté. Et pas n’importe comment. L’image est insolite, incroyable : leur peau tachetée, elles l’ont ceinte avec… des serpents, terribles animaux sauvages ; serpents complices qui en même temps léchaient leurs joues. Et ce n’est pas tout : celles qui avaient enfanté il y a peu, qui avaient abandonné leur nourrisson et avaient donc les seins gonflés, elles portaient dans leurs bras – pulsion à la fois humaine et animale –un… chevreuil ou des petits loups sauvages qui tétaient leur lait blanc.
Puis, elles se sont posé des couronnes sur la tête : couronnes de lierre, de rameaux de chêne et de smilax fleuri, attributs précédemment chantés par le chœur comme indispensables pour les suivantes de Dionysos et pour l’ensemble de la ville de Thèbes.
Ce qui se passait n’était pas seulement insolite et incroyable, mais encore miraculeux. Pas moins de trois prodiges se sont joués là, comme ça, juste devant les yeux du berger, non loin de son troupeau. Soudain, une des bacchantes a empoigné un thyrse et en a frappé violemment un rocher, avec pour conséquence que ce dernier devienne humide, se mette à suinter et à faire couler de l’eau, semblable à de la rosée.
Une autre a quant à elle fait tomber un narthex « sur le sol de la terre », dit le messager de manière redondante, comme pour souligner l’importance de la terre sur laquelle tout se joue. Et là, « sur le sol de la terre », justement – deuxième miracle –, le dieu a fait jaillir une source de… vin ! Le dieu ? Tout le monde comprend qu’il ne s’agit de nul autre que de Dionysos, le dieu de la fécondité, de l’humidité et de tous les mystères de la vie, – tels l’eau et le vin, bien sûr, mais finalement tels tous les sucs générés par les plantes et les corps.
La suite du récit va justement dans ce sens. Des bacchantes ne désiraient pas boire de l’eau ou du vin, mais plutôt du lait ? Elles pouvaient le faire sans peine : elles n’avaient qu’à gratter le sol du bout de leurs doigts pour que – troisième prodige – la blanche boisson en jaillisse généreusement, « comme un essaim », dit le messager. Du lait comme un essaim ? Comme un essaim… d’abeille ? Sans doute, car la profusion implique à la fois la fusion : en même temps que le lait jaillissait du sol, un doux miel s’écoulait, goutte à goutte, des thyrses de lierre. Images de prodigalité, d’abondance, de ravissement, d’extase et de délices divins.
Et le messager de conclure, toujours en s’adressant à Penthée, debout à côté de Dionysos – forcément tout sourire, on l’imagine bien –, que si le roi avait été présent à cet étonnant spectacle, loin de continuer à blâmer le dieu honni, il s’empresserait de le célébrer et de le prier.
Comment Penthée va-t-il réagir ? Prend-il le récit du berger au sérieux ? Sa description l’a-t-elle convaincu ? Va-t-il abandonner ses principes sèchement logiques et rationnels et s’ouvrir aux mystères du monde ?

Le personnage de cadmos

Avant les Bacchantes

Cadmos et la fondation de Thèbes
L’histoire qui nous concerne commence avec un jeune homme du nom de Cadmos. Un jeune homme pas comme les autres en ce qu’il se sent investi d’une mission. Pour la découvrir, il fait ce que tout le monde ferait à sa place : il se rend au sanctuaire de Delphes où siège le plus fameux oracle de toute la Grèce. Voilà ce que ce dernier lui dit : « Une grande tâche t’attend, Cadmos : tu es appelé à fonder une nouvelle cité, la cité de Thèbes. En partant d’ici, tu rencontreras une vache que tu suivras jusqu’à ce qu’elle s’arrête et se couche, morte de fatigue. C’est là que tu bâtiras ta ville ». Comme par hasard, en s’éloignant du sanctuaire, Cadmos tombe sur une vache qui l’étonne par sa majesté et les marques lunaires sur ses flancs. Le jeune homme a tôt fait d’y reconnaître son guide et de se mettre en chemin derrière elle.
Après une longue marche sur les pas de l’animal, Cadmos arrive dans cette région qu’on appelle la Béotie, au Nord-Ouest d’Athènes. Là, tout à coup, exactement comme l’a annoncé l’oracle, la vache s’effondre. Voilà donc Cadmos arrivé au lieu où il doit fonder sa ville. Mais comment faire ? Fonder une cité n’est pas chose aisée. D’autant plus que, mis à part quelques dieux, nul ne s’empresse pour l’aider dans sa tâche. Mais par chance, Cadmos est né sous une bonne étoile : après de nombreux combats et épreuves, il parvient à surmonter toutes les difficultés et à fonder la cité de Thèbes.
Pour récompenser le jeune homme de ses efforts et de ses prouesses et lui assurer une bonne descendance, les dieux lui font l’honneur de lui offrir en mariage la divine Harmonie, fille d’Arès, le dieu de la guerre, et d’Aphrodite, la déesse de l’amour. C’est avec Harmonie, son épouse, et les enfants qu’elle lui donne, que Cadmos coule alors des jours heureux à la tête de la nouvelle cité.

 Le temps passe. Les choses suivent leur cours. De nombreux événements se déroulent, dont un qui va être particulièrement déterminant pour la suite de notre histoire. Un jour, une des filles de Cadmos et d’Harmonie, Sémélé, se fait foudroyer par un éclair, alors même qu’elle est enceinte. Non pas comme ça, par déveine, au détour d’une promenade – à l’époque, les choses ne se passent pas de la sorte –, c’est nul autre que Zeus, le dieu le plus puissant, qui met fin à ses jours. Et ce nulle part ailleurs que dans sa chambre. Pourquoi ? Certains racontent que Sémélé a été poussée à demander à Zeus, avec qui elle entretenait une relation amoureuse, de se montrer dans toute sa splendeur, dans son irrésistible éclat ; d’autres, les mauvaises langues, prétendent que Sémélé a simplement été punie par Zeus pour adultère. Cadmos, lui, croit à la destinée de sa fille. Tellement que pour que personne ne l’oublie il fait bâtir un sanctuaire sur les ruines fumantes de sa chambre.

 De nouveau, le temps passe. Et les choses suivent leur cours. Au point que Cadmos est désormais devenu un vieil homme. Trop vieux pour s’occuper de la cité, il a légué son pouvoir à Penthée, l’un de ses petits-fils. Lui aussi est un bon roi. Pourtant, contrairement à Cadmos qui, dans ses actions, se fiait aux signes et pouvoirs divins, Penthée s’appuie quant à lui sur ses seules capacités humaines, son intelligence et sa raison, pour faire régner l’ordre et le calme dans la cité. Avec les armes s’il le faut. Pour lui, les dieux ne pèsent pas lourd aux côtés de sa bonne volonté et de ses bonnes actions d’homme. Pas qu’il soit impie : les dieux, il les prie, leur offre des sacrifices et des libations, mais, comparé à son grand-père, le rapport qu’il entretient avec eux est distant, superficie

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Le personnage de Tirésias dans les Bacchantes

article sur Tirésias

Le personnage de Penthée dans les



Penthée, l’excité
Dans le cas de Penthée, le fils d’Agavé, Euripide rend sensible cette même équivoque entre délire induit et folie propre, peut-être familiale. Penthée que son grand-père Cadmos traite d’entrée de jeu « d’excité », alors même qu’il fera de lui, à la fin, une oraison funèbre d’une grande tendresse (v. 214), est traité de fou par Tirésias (v. 326). Penthée, le roi, choisi par Dionysos pour accomplir sa vengeance terrifiante, est d’abord un être emporté et sûr de lui qui refuse de céder aux raisonnements sophistiques de Tirésias comme aux arguments politiques et opportunistes de Cadmos, qui a changé d’avis tardivement (trop tard !) quant à la naissance du dieu. Il est animé de croyances erronées quant aux Bacchantes et persuadé que seuls les hommes intéressent véritablement les femmes dans cette affaire (v. 222-225) :
 « […] chacune se replie dans son coin
De désert pour servir le plaisir des hommes,
Comme des ménades dévotes, à les entendre.
En fait, elles mettent la déesse Aphrodite au-dessus du dieu bachique. »
Il pense en même temps que l’étranger, parfumé, bouclé et « aux allures de femelle » (v. 353), qui répand en ville le culte de Dionysos, séduit les femmes « en faisant miroiter devant elles les mystères de la jouissance » (v. 238) et que c’est la seule raison de sa présence à Thèbes (v. 454). Comme il dénie à ce séducteur tout talent pour la lutte guerrière, il n’entrevoit nullement qu’un combat meurtrier se prépare sous un mode totalement inédit. Prisonnier d’une obsession à proprement parler phallique, qui produit d’ailleurs un effet comique sur le spectateur, il voit tout à travers le prisme déformant de ce fantasme unique, et méconnaît absolument que tout autre chose est en jeu. Après l’épiphanie spectaculaire de Dionysos, et alors même qu’il a « souffert l’horreur » et a été victime d’illusions fortes comme de prendre un taureau pour l’étranger (v. 642 et 617-618)), il s’obstine à croire encore à cette causalité phallique du départ des reines, bien que le messager l’ait clairement détrompé sur ce point (v. 686). Dans son second dialogue avec l’étranger, il se sent pris au piège de la parole divine qui lui indique l’échec probable de toute action guerrière face aux femmes déchaînées par le dieu (v. 800-801) :
 « Je suis pris dans un piège par cet étranger impossible ;
Qu’il agisse ou qu’il subisse, il ne se taira pas. »
C’est le moment choisi par l’étranger pour se servir à la fois de la peur de l’échec guerrier prévisible et du désir fasciné de Penthée pour les mystères de la jouissance féminine, que Bollack rapproche de celui d’Actéon voyeur d’Artémis (v. 802) :
 « Cher ami, il reste un moyen d’arranger ça. ».
L’étranger, en l’interrogeant, dévoile d’une façon maïeutique les sentiments opaques et contradictoires du roi, où se mêlent la souffrance, mais aussi le désir et la jouissance de voir lui-même ce que font les femmes ensemble dans la montagne. Pour cela, connaissant le sort terrible que les bacchantes réservaient aux bouviers, il n’y a qu’une seule solution, le travestissement féminin en costume de ménade avec ses accessoires, ruse qui heurte par-dessus tout Penthée. Mais, à ce moment-là, s’il est ébranlé voire séduit par les arguments et les « trucs » de l’étranger, il n’est pourtant pas encore décidé (v. 845-846) :
 « Je vais y aller. Soit je partirai avec les armes,
Soit je me soumettrai à tes conseils. »
Jusque-là, donc, Penthée est certes manipulé par le dieu qui connaît ses sentiments intimes et son aliénation à la fois royale (ne pas perdre la face) et virile (contempler les reines dans leur jouissance dionysiaque), mais il agit encore de son propre gré. Ce n’est plus le cas après. Dionysos sait que le travestissement en femme est la limite de l’impossible à admettre pour Penthée (v. 847-853) :
 « Dionysos ! À toi de jouer – car tu n’es pas loin !
Faisons-le payer. D’abord fais-lui perdre la raison,
Et mets en lui une rage légère. Car s’il l’a, sa raison,
Jamais il n’acceptera de porter une robe de femme.
S’il dévie de son sens, il la mettra. »
Pour Dionysos, ce travestissement féminin est absolument nécessaire à l’accomplissement de sa vengeance parce que c’est seulement ainsi qu’il ridiculisera le roi devant la cité dont il est le chef et excitera la colère d’Agavé jusqu’au meurtre aveugle de son fils (cf. les prédictions du chœur dans le quatrième stasimon, v. 977-990). Ainsi, le moment de sujétion à la folie dionysiaque coïncide, pour Penthée, avec le franchissement de la limite de la différence des sexes. C’est uniquement parce que Dionysos l’a rendu fou qu’il franchit cette limite. On doit donc en distinguer son aliénation propre, celle qui est de son fait, au contraire virile et phallique, qui produit ce malentendu sur la jouissance féminine, qui est d’ailleurs de structure: prendre pour phallique ce qui est une autre jouissance, sans loi prévisible, et qui est donc beaucoup plus difficile à appréhender. C’est d’ailleurs, on l’a vu, cet excès de virilité fantasmatique qui l’aveugle et le perd, en le livrant aux ruses séductrices du dieu.
Une caractéristique de Dionysos est, semble-t-il, de faire miroiter une jouissance à ses victimes au moment où il les fait entrer dans le délire, quel que soit le degré de celui-ci : les dévotes « s’éclatent » en le servant religieusement, les Thébaines ont leur lot de prodiges agréables avant de devenir les folles furieuses qui accompliront la vengeance du dieu, et Penthée, qui avait justement bien repéré ce trait du comportement séducteur du dieu, succombe à la vaine promesse de satisfaire son fantasme. N’est-ce pas, d’ailleurs, ce que le dieu dit de lui-même (v. 859-861) ?
 « Il reconnaîtra le fils de Zeus,
Dionysos, qui est à la fin
Le dieu le plus terrible, et la suprême douceur des hommes ! »

Projet Utopie séance du lundi 24 avril

  -Mise au point sur la journée du 8 mai et sur la nécessité de bien connaître les textes, seulemnt deux séances avant la représentation du lundi 22 mai
- Discussion à propos des textes retenus. Lecture par Elisa de son nouveau texte sur le thème de l'addiction.

Echauffement énergique
clap dans le cercle, progressivement le plus vite possible en soignant l'échange de regard et la qualité du geste. Même exercice à l'intérieur du cercle. En gager la totalité du corps.  . soignez connectés les uns aux autres et lâchez l'énergie. Je pose le regard, je donne , pas d'hésitation.
détendre les doigts, les agiter comme si l'on voulait virer les doigts des mains.

Bras écartés et tendus, lâcher les avant bars à partir du coude. tenue du corps, pieds bien ancrés au sol, petites moulinets des avant bras puis grands cercles. petit à petit force de la rotation qui entraîne les bras.
exercice d'équilibre: saut d'un pied sur l'autre, en cherchant l'élévation.
Course sur place de plus en plus rapide, puis souffler;

Exercice d'écoute: compter jusqu'à 10 sans se chevaucher, recommencer si deux personnes parlent en même temps.Attention tendance à aller trop vite , à être trop sur soi, ouvrir le regard, s'observer, prendre son temps , être tranquille au plateau. l'exercice n'exige pas la vitesse!
Marche neutre, ouverture aux autres, échange de regard: je suis là t'es là. se déplacer en gardant la m^me distance du regard, fil qui relie, évoluer au milieu des autres en sécurité. se rapprocher, espace d'une pomme entre les deux, accepter l'autre dans un espoace plus intime. Ne pas parler, se disperser, se concentrer, accepter l'autre.
En cercle: pendant les vacances j'ai fait... être vrai, y croire même si ce qui est dit ne correspond pas à la réalité. energie, force de conviction, engagement du corps.
Arrêter d'"être mou du genou" comme dit Laurent. ce qui compte c'est l'investissement mis dans ce qu'on fait et dit. quand le  corps n'est pas habité ça se voit. Absolument soigner les adresses. sortir les corps et la voix, faire quelque chose d'extraordinaire.

Mise en place d'une conduite pour le projet utopies:.structure à ne pas oublier jusqu'au 8 mai.
1.Posture de début de course au lointain: à vos marques!
se précipiter à l'avant scène, se présenter très rapidement, jusqu'à Marjolaine: après "emmerde" tout le monde la regarde. puis reprise tous en même temps: Tess un peu décalée" pose"
Bruit le dico tombe, tout le monde se retourne pour regarder, Tess va le prendre, tout le monde se regroupe autour d'elle, définition dite par Tess, les autres attitudes variées de réflexion, Tess répète la définition, arrêt sur image sur vos attitudes dubitatives. attention à ne pas trop fermer le groupe pour ne cacher personne. Tess pointe du doigt Elisa pour lui poser la question sur ce qu'est l'utopie pour elle., puis sur Snorri, Jonathan, Zoé. puis on enchaîne sans que Tess pointe quelqu'un: mon utopie c'est...( Tess, Adèle, Emma, Emilie, Célestine, Marjolaine...) Chloé est la dernière seule au plateau
Musique au plateau: J'ai rêve d'un autre monde (téléphone): mise en place Emma, Micro jonathan

2 texte Adèle Amour avec un grand A: très rock, quitter le micro à la fin et s'adresser à quelqu'un vraiment. sortir en jardin, entrée de Snorri pour bomber

3 Snorri Anarchie: donner l'impression d'inventer au moment de dire , faire deviner comme dans une charade
Video 1 fin de la video entrée d'emilie

 4 Emilie La Mère "Je suis tétanisée", recul progressif, partir en courant comme quelqu'un qui a livré quelque chose de secret, qu'il ne voulait pas donner, sortie à jardin(?)

5 Scène collective: si je pouvais partir, je partirai... Battle ( attention aux placements du coup revoir les sorties à cour et à jardin ) Elisa meneuse à jardin, Célestine meneuse à cour. au début: rythme respectif, agressivité dans l'attitude, commentaires sur les premières phrases puis enchaînement alterné sans commentaire. Ne pas être gentils. Final :les deux meneuses se rapprochent face public des deux groupes: mais on ne peut pas partir, sortir de scène en disant pourquoi: pas de thune, les études, les parents...

6 intégration: Tess, Emma, Chloé: entrée diagonale, dispute, puis les trois face public, sortie après un temps de suspension très vive comme si on laissait la question en suspens. Sur leur sortie, entrent les quatre suivants
7; téléphone portable: célestine, Jonathan, Anais, Zoé. fin à la face tous ensemble sans téléphone

8 Louise: Vive les poches de sang artificiel: course en musique quand elle court, fin chanson d'abord de dos/ la vie en rose. mise en place de la séquence Incertitude de Snorri: mon coeur qui bat dos au mur pour le frapper de la tête
9 Incertitude de Snorri, battement des têtes en fond, retour de Snorri tout le monde se retourne et frappe le mur à deux mains, ensemble donc temps de suspension donné par snorri;

10 scène collective à inventer: dans mon rêve c'était moi la présidente... tous en tas, se relever en trois temps...( Fin de la structure trouvée lundi 24 avril)

recherche en improvisation sur une géographie utopique de la salle de classe à dessiner dans l'espace.
Filage de tout ce qui a été mis en place dans la séance: à peu près 25 minutes de jeu dans la boite!

journée du 8 mai confirmée: 10h à 17h à la CDE. repas sorti du sac. Pensez aux autorisations parentales.


mercredi 26 avril 2017

Les sujets de Bac du lycée de Pondichéry

Il est toujours intéressant de jeter un oeil sur les sujets de bac qui sortent à l'étranger avant la France: voici ceux du lycée français de Pondichéry en Inde

lundi 24 avril 2017

Présentation de travaux des secondes le mercredi 3 mai



Instruction Publique
Les deux mots forment le titre du second projet théâtral des élèves de 2nde en option "théâtre". Ils et elles présenteront leur travail le mercredi 3 mai à l'auditorium du lycée à 14h et 19h. C'est une version (très) réduite de Ça ira (1) Fin de Louis de Joël Pommerat. La pièce évoque la naissance de l'Assemblée Nationale dans les premiers mois de la Révolution Française. Il s'agit des débats dans les comités de quartier, puis lors des états généraux, puis au sein de la jeune assemblée. L'écriture s'appuie sur les archives historiques mais a été modernisée. La pièce trouve plein d'écho dans l'actualité politique de notre pays.

Ce serait sympa que vous alliez tous encourager vos camarades.

samedi 8 avril 2017

vendredi 7 avril 2017

Bacchantes de Matthias Langhoff



Le Dionysos de Langhoff faisait son entrée nu, à quatre pattes, coiffé d’un masque taurin disproportionné, sorte de Minotaure façon Miró ; et lorsqu’après s’en être débarrassé, il se redressait et s’habillait, il gardait sur le visage un masque moucheté qui l’enlaidissait et lui donnait un air bestial. Langhoff soulignait l’animalité du dieu, contrairement à Grüber qui avait montré un dieu fait homme, dont il avait magnifié le corps, à l’image de celui, sublimé, des statues antiques, et si une ligne serpentine courait de sa nuque à ses orteils à la manière du faune de Nijinsky, il n’avait ni cornes, ni pieds fourchus.
À ce dieu animal, Langhoff opposa un chœur très féminin, d’une féminité accusée par la sexualité et la sensualité de son comportement hystérique et orgiaque, par sa nudité exhibée et par la mise en scène de son intimité et d’un quotidien parfois trivial (l’une des Bacchantes était enceinte, une autre allaitait son bébé, une troisième jouait à la poupée, une autre se maquillait, urinait dans un seau, etc.). L’intrusion de ces femmes, si étrangères et si communes à la fois, parut d’autant plus violente aux yeux du public grec, qu’elle corroborait, en 1997, un sentiment de défiance envers le metteur en scène franco-allemand, lequel, par ses discours anti-nationalistes dans la presse localeet des exigences inhabituelles, avait suscité un climat de rejet autour de lui, avant même la représentation. C’était donc lui, l’étranger qui débarquait sur cette terre consacrée des Grecs, à Épidaure, le lieu de la tragédie. Grüber avait donné aux Barbares de Lydie des traits de hippies, associé les désirs et les comportements des groupes libertaires underground des années 1970 à la folie dionysiaque, posant ainsi la question politique et sociologique du pouvoir et du contre-pouvoir, de la culture et de la contre-culture. Vingt-trois ans plus tard, Langhoff, en leur conférant l’allure de femmes immigrées des cités de la fin du xxe siècle, choisit de traiter la deuxième question, idéologique, soulevée par la pièce d’Euripide, celle de l’autre (certainement plus obsédante alors, en 1997, que celle de la révolte), de l’identité et de la différence.

15Langhoff renouvelait pour ce spectacle une collaboration avec la chorégraphe franco-burkinabaise Irène Tassembedo, qui fit répéter les choristes à un rythme intensif durant quasiment cinq mois. La part importante prise par les danses, mais aussi par la musique des percussions africaines du sénégalais Moustapha Cissé, plaça en partie ces Bacchantes sous le signe du continent noir. Dans le texte d’Euripide, l’étranger Dionysos arrive des lointaines terres d’Asie, mais il a parcouru le monde et s’est imprégné de toutes les cultures, aussi l’Asie n’est-elle qu’un « lieu imaginaire où Dionysos a instauré son culte »; l’Afrique peut donc tout aussi bien témoigner de cet ailleurs dont il surgit. Cette tonalité africaine dominante se tachait de diverses teintes multi-ethniques, selon un parti pris d’hétérogénéité cher au metteur en scène, qui régit l’ensemble de son œuvre, notamment d’un point de vue esthétique et plastique.

16La scénographie résultait d’un tel mélange, d’un tel bric à brac, d’un tel désordre, que même l’arrivée des Bacchantes ne pouvait pas perturber réellement cette Thèbes-là. Langhoff avait aligné la cité antique sur la ville contemporaine, qu’il était allé visiter peu auparavant et dont il avait retenu l’aspect désordonné et composite, celui-là même qui règne dans l’architecture et l’urbanisme d’une bonne partie de la Grèce contemporaine. Séduit par « le mauvais goût » des constructions modernes et le désordre architectural ambiant, il avait posé comme cadre à la tragédie, et pour palais de Penthée, une échoppe de boucher à demi achevée, rose, de laquelle sortait en grinçant une chaîne métallique où circulaient en une ronde macabre des carcasses bovines. Le sol était constitué d’un assemblage chaotique de planchers aux pentes diverses qui recouvrait toute l’orchestra et l’ensemble était dominé par un gigantesque panneau publicitaire vantant les mérites des eaux du Cithéron. L’espace était centré autour de la « tombe » de Sémélé, seul élément scénique donné par Euripide : un vulgaire garde-manger planté de travers en place de la thymélé, à partir duquel le dispositif scénique se déployait en spirale ; Grüber, lui, avait préféré signifier la présence de la mère de Dionysos par un escarpin vernis noir, sorte d’objet « winicottien » que ne lâchait pas l’acteur, et qui lui permit de ne pas marquer le centre de la scène, de le laisser vide.

17Cependant, le dispositif scénique de Langhoff reposait à la base sur une structure très claire ; c’est au fil des répétitions qu’il s’est encombré d’objets et accessoires qui en brouillèrent peu à peu la lecture. Au final (c’est-à-dire au stade de la représentation), l’espace proposé se tenait entre ruine et construction, entre devenir et auto-destruction par saturation.

18Au principe de dissémination à l’œuvre dans les Bacchantes de Grüber, la mise en scène de Langhoff répondait par cet autre concept derridéen de déconstruction, mot d’ordre esthétique des années 1970 qui prévalait encore dans les pratiques artistiques des années 1990 et que l’on retrouve encore aujourd’hui chez des grands metteurs en scène de la mouvance de la Volksbühne, Castorf et Marthaler en tête. Les espaces de Langhoff ont souvent été qualifiés de « baroques », or le baroque, ce n’est pas la confusion. Il semblerait plus juste de parler de kitsch pour désigner à la fois ce chaos, cette surenchère et cette accumulation ; le metteur en scène, lui, revendique ce côté « baroque » qu’il qualifie par l’oxymore : chaos ordonné ; « je considère que l’essence de la vie est comme une force centrifuge. Le centre est vide et l’essentiel se trouve à la périphérie. C’est cette idée qui structure mon esthétique et ma pensée.

19Plutôt que de poursuivre une description et une analyse de toute la représentation, ce qui serait par la force des choses trop court, je préfère m’attarder maintenant sur ce qui est au fondement même du théâtre antique, le chœur. Car sa mise en forme est la question centrale, la plus problématique et la plus épineuse pour les mises en scène contemporaines des pièces antiques : savoir comment représenter le chœur est l’objet principal des partis pris des metteurs en scène, et c’est à partir de là qu’ils définissent leur vision du théâtre antique et que découle l’esthétique de leur travail.

20Après avoir envisagé de travailler avec un groupe très important d’une cinquantaine de comédiens, comme il l’avait fait pour son Ödipus, Tyrann au Burgtheater en 1988, Langhoff avait opté pour un chœur restreint à huit femmes. Évitant délibérément toute homogénéité, il choisit huit comédiennes d’origine, de type, de formation et d’expérience artistiques différentes dont, à l’instar de Grüber mais de façon peut-être plus accusée, il chercha à marquer l’individualité, à travers le costume et les travaux auxquels s’adonnait chacune d’elles. Car ses Bacchantes s’affairaient beaucoup. Elles faisaient leur entrée du fond de scène en chantant dans un balancement rythmé, une mélopée africaine ; elles étaient accompagnées d’un groupe de percussionnistes qui battaient des tambours africains ; chargées de ballots, chaises, tapis et autres ustensiles et vêtues de costumes hauts en couleurs et disparates, qu’elles avaient empilés les uns sur les autres comme des migrantes, elles s’installaient littéralement sur scène, étalant leur linge, passant la serpillière, faisant le ménage (plutôt qu’accomplissant un quelconque rituel dionysiaque !) : elles s’appropriaient les lieux. Langhoff faisait des Bacchantes des femmes de ménage immigrées qui envahissaient l’orchestra d’Épidaure ! « Des bonnes femmes, pas des maghrébines, mais quasi ! [… ce que représente Dionysos, c’est] l’autre ; l’autre de ce qui est soi-même et l’identique : le fait qu’il existe une zone qui est complètement différente de vous », disait Jean-Pierre Vernant en 1999. Le déferlement par milliers d’africains sur les côtes européennes n’était donc pas véritablement amorcé et la Grèce de 1997 était plutôt « envahie » par des migrants venus des pays de l’Est ou de ses voisins directs (l’Albanie surtout). Dionysos est un dieu inquiétant pour l’ordre social et la tragédie le meilleur moyen pour l’incorporer dans la cité.

21Bien qu’hétérogène, ce chœur, contrairement à celui des Bacchantes de Grüber, fonctionnait souvent à l’unisson : à plusieurs reprises il proférait ou chantait le texte d’une seule voix. La chorégraphie, elle aussi, privilégiait les mouvements d’ensemble, et les choristes effectuaient souvent des tâches en commun. Ainsi, pour la Parodos, où le chœur se présente, narre l’origine divine de Dionysos et exhorte les thébains à se joindre à ses danses, les huit comédiennes entraient en une danse chaloupée, en chantant sur le rythme tenu et tonique des tambours des six musiciens
22Dans le premier Stasimon, après avoir dénoncé l’hybris de Penthée à Dionysos, le chœur donne sa version de la sagesse et loue celui qui sait jouir de la vie. Langhoff scinda ce passage en deux temps aux énergies différentes : d’abord empreinte de la tonicité de la Parodos (les Bacchantes assises en cercle racontaient à tour de rôle le comportement de Penthée, sur un ton agressif), puis beaucoup plus calme (l’une d’elles étalait un immense tissu jaune que les femmes se mettaient à coudre de concert, psalmodiant doucement leur texte).
23Le deuxième Stasimon constitue une adresse aux dieux, à Dionysos, à qui le chœur demande d’accourir d’où qu’il se trouve, pour le délivrer de Penthée. Les Bacchantes s’enroulaient dans le drap qu’elles avaient cousu, s’emprisonnant d’elles-mêmes comme par empathie avec leur maître. Leurs phrases et leurs voix se mêlaient dans des cris de révolte. Au changement des lumières sur les terrifiants « Iô, Iô » de Dionysos qui annonçaient le séisme, elles se recroquevillaient, avant de s’éparpiller en tous sens à l’entrée du chef percussionniste qui, dans la fumée et un bruit assourdissant, symbole des forces des ténèbres déchaînées, se mettait à battre son tambour au centre de l’orchestra. Durant ce long « tremblement de terre », les Bacchantes se tenaient juchées sur les échafaudages et le toit de la boucherie.

24Elles chantaient ensuite jusqu’au début du troisième Épisode, où Dionysos raconte l’humiliation qu’il vient d’infliger à Penthée – de manière générale, les choristes poursuivaient leurs chants et leurs danses en dehors des cinq Stasima.

25Pour le troisième Stasimon, lorsque le chœur évoque les punitions des dieux envers les impies, les Bacchantes, en jupon et seins nus, effectuaient une « ronde mécanique » sur des balançoires rudimentaires suspendues en place des carcasses bovines à la chaîne d’abattage de la boucherie.

26Dans le quatrième Stasimon, où elles s’identifient aux ménades et appellent la vengeance du dieu, sept d’entre elles revenaient vêtues d’une longue robe gris sale, pieds nus, et coiffées de masques monstrueux, mi-cubistes, mi-aborigènes. La huitième, habillée en « petite fille modèle », chantonnait doucement sur scène : « que vienne la justice ! », tout en jouant à la poupée. Devant elle, ramassée en une masse compacte au bord de l’orchestra, la troupe de ménades lançait ses appels à la vengeance directement au public, en claquant dans les mains, dans un même élan agressif.

27Pour leur danse de l’Exodos, où le chœur se réjouit de la mort de Penthée, les Bacchantes se déchaînaient. Ayant ôté leurs masques, alors qu’elles avaient valsé tranquillement au début du récit du Messager puis qu’elles s’étaient tenues assises à l’écouter, elles bondissaient pour exécuter une sorte de danse guerrière primitive, en rond, sur le rythme frénétique des percussions (deux d’entre elles maniaient aussi des tambourins), ce jusqu’à l’entrée d’Agavé (Évelyne Didi, qui emboîtait leur danse pour fêter son « triomphe ». Le chœur restait ensuite présent jusqu’à la fin, assis par terre ou sur des chaises, assistant plus ou moins immobile à la révélation d’Agavé et à la scène de deuil, dans une indifférence ostensible (l’une des femmes lisait). Au départ de Cadmos et d’Agavé pour l’exil, toutes se levaient, ramassaient leurs fripes et, armées de leurs ballots, face au public, d’une seule voix, prononçaient les mots du coryphée qui closent la tragédie d’Euripide.

28Langhoff donna une telle place au chœur que sa présence prédominait, comparativement à la représentation de Grüber où le jeu des protagonistes (Michael König, Bruno Ganz, Edith Clever) fut sans doute ce qui eut le plus d’impact.

29En 1998, un an plus tard, Langhoff monta en France les Femmes de Troie d’Euripide. Cette représentation avait son origine dans celle des Bacchantes : en effet, le décor reproduisait les gradins en ruine d’Épidaure, Évelyne Didi murmurait en grec son texte d’Agavé et le chœur évoluait sur un mode tout à fait proche, au rythme de chants africains, à nouveau sur une chorégraphie d’Irène Tassembedo. Toutefois, ce chœur n’attint pas l’épaisseur, la consistance de celui des Bacchantes ; il s’agissait bien d’une même choralité « en tension, jamais établie ou en repos mais dans un devenir permanent », mais là où elle avait donné une force motrice essentielle à la représentation, elle semblait s’être épuisée, comme dans l’écho d’un après-coup Les Bacchantes, ce « coup d’envoi » de Langhoff n’avait pas été « transformé » ; elles restent par conséquent un événement unique et peu connu, puisque le public européen n’en a guère eu vent au-delà des frontières grecques.
Extrait de germanica