samedi 20 février 2021

La Chute des Comètes et des Cosmonautes: la grande Histoire dans l'histoire du père et de la fille

 

La grande Histoire et l’histoire individuelle.

Toute la pièce fait le parallèle entre l’histoire de deux individus et de leur relation avec l’Histoire de l’URSS, bloc de pays nés d’une utopie devenue une dictature.

Valeurs des blocs de l’Ouest et de l’Est 

L'ouest

Libéralisme

Société de consommation

Capitalisme

Liberté d’entreprendre

Pouvoir institutionnel, élections

Cultures nationales, religions

Pluralisme politique et existence de contre-pouvoir

Démocraties

Liberté d’expression et de la presse

États-Unis et ses « alliés »

Alliance militaire : l’OTAN 

L'Est

Socialisme

Besoins primaires

 Communisme

 Mainmise de l’État sur l’économie, collectivisme

 Pouvoir révolutionnaire, lutte des classes

 Internationalisme ouvrier, athéisme

 Parti unique

 Régimes autoritaires

 Pensée unique, propagande organe du Parti

 URSS et les démocraties populaires de l’Est

Alliance militaire : Pacte de Varsovie

Quelques dates clefs de l’histoire de l’URSS

1917. Révolution d’Octobre. Fin du règne des tsars et prise de pouvoir des bolcheviks.

1922-53. Dictature stalienne : l’URSS est un régime totalitaire. Censure. Toute contestation est réprimée ; création des goulags, des camps de travail forcé pour réprimer les opposants.

1953-1962. Dégel. Coexistence pacifique entre URSS et USA, qui n’empêche ni la crise des Missile de Cuba, ni la guerre du Vietnam.

1970s : Dix ans de l’âge d’or soviétique. Nombreuses victoires militaires, reconnaissance diplomatique.

 

1985-1991. Perestroïka : restructuration. Menée par Gorbatchev, elle mène à des réformes économiques et une démocratisation du régime.

1989. Chute du mur de Berlin. Réunification allemande en 1990.

1991. Fin de l’URSS.

Le contexte historique et géo-politique est réaliste et documenté, les noms propres et les faits l’inscrivent dans la réalité historique.

Ces deux individus, l’une grandie à l’Ouest (sans doute avec sa mère, dont on parle rarement dans la pièce, p. 63-65), l’autre ayant quasiment toujours vécu à l’Est, sont à la fois séparés par leurs idéologies et liés par leur lien familial autant que par des points communs dus à leur part d’histoire commune.

Tous deux vivent un cataclysme personnel : la fille est en plein choc de rupture amoureuse, le père traîne sa rancœur contre son déclassement social et la perte de son idéal de liberté.

Tous deux se sentent inadaptés au monde dans lequel ils vivent.

Tous deux poursuivent des utopies inaccessibles, de rencontre avec l’amour pour l’une, de liberté et de dignité sociale pour l’autre.

La conquête spatiale : de l’histoire à la métaphore

NB : Cosmonaute est utilisé par les Russe (kosmos : univers ; nautes : navigateur).

Astronautes (astron : étoile) est utilisé par les Américains.

La conquête spatiale, pendant la Guerre froide, est un équivalent pacifié en apparence de la course à l’armement nucléaire. Celui qui maîtrise l’espace gagne une bataille symbolique. cf p. 11 : « sur un pan de mur une grande fresque avec des cosmonautes comme il y en avait avant dans les cours d’école » : c’est un instrument de propagande, un mirage du progrès.

1957. L’URSS met en orbite le premier satellite (Sputnik 1) et envoie la chienne Laïka dans l’espace.

1958. Création de la NASA, l’agence spatiale américaine.

1959. La sonde spatiale soviétique Luna 1 est le premier engin spatial à s’approcher de la lune.

1961. Le soviétique Youri Gagarine (cf. la place Gagarine premier tableau !) est le premier être humain envoyé dans l’espace. Deux ans plus tard, Valentina Terechkova la première femme envoyée dans l’espace.

1968. Apollo 8 (USA) est la première mission habitée à être placée en orbite autour de la Lune.

1969. Les Américains Neil Armstrong et Buzz Aldrin marchent sur la lune.

Rien d’anodin dans les métaphores spatiales du texte de Skalova.

L’astrophysique est d’ailleurs un langage commun pour le père et la fille, puisqu’ils ont tous deux une thèse dans ce domaine.

« Fille. Je dois voir quelqu’un pour le boulot à Moscou. Ils veulent m’inviter à parler dans un congrès d’astrophysique » (p. 27) : retour en Russie, retour au passé.

C’est un vivier métaphorique : on parlait des pays « satellites » de l’URSS ; démantelés, ils deviennent des « confettis ». 13 Républiques, 13 confettis…

p. 12 : « j’ai passé mon enfance dans cette école de la République [la France] pendant que le pays d’où venaient mes parents était devenu un sac de confettis avec treize nouvelles républiques éparpillées sur les cartes [l’URSS et ses alliés]. »

L’Histoire entre en collision avec l’histoire individuelle, en porte à faux comme dans la citation où la fille (double de Skalova) évoque la duplicité entre la République (française) et les Républiques (soviétiques).

Dans l’Histoire du père, c’est le quotidien, l’anodin qui est rattaché à la grande Histoire. cf. le Rock, musique purement américaine, que n’écoute pas le père, p. 26. 

 

Autre traumatisme de l’histoire : celui de l’antisémitisme

( l’autrice est elle-même d’origine russe/juive ; le texte est travaillé par cela. cf. p. 73+ la blague juive)

« Père : L’antisémitisme revenait / On disait que les juifs moutiat vodu. / Qu’ils empoisonnaient l’eau. / On pensait que ça recommencerait. Seychas nas budut gromit’. / Que les pogroms recommenceraient. / Tout le monde disait qu’il fallait fuir. / Fuir où. Fuir comment. / Ça, personne ne savait. » (p. 40)

Les pogroms (début XXe siècle, on en voit des traces dans les textes de Tchekhov) ces attaques dirigées contre les Russes juifs, étaient des manœuvres des tsars pour trouver un bouc émissaire aux manquements du régime. Le communisme (Marx est d’origine juive) aurait dû apporter des idées progressistes dans ce domaine aussi, Dieu étant l’opium du peuple, et l’athéisme-foi dans le communisme recréant un projet commun pour le peuple. Ou peut-être est-ce le dégel qui fait revenir ces idées nauséabondes. On pense évidemment à l’exil des juifs pendant la Seconde guerre mondiale : tout recommence.

Sur l’exil, voir la profonde amertume du père, p. 27 : « L’immigration est toujours perdue pour la première génération. Je suis très heureux que toi, tu t’en sortes. »

Histoire gâchée pour la rendre possible aux générations futures. Qui font preuve d’ingratitude et remettent tout en question. ( D'après les documents fournis par le TNS)