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mardi 7 mai 2024

Projet Encrages 4 Trois-Rivières à la Comédie de Colmar

 N'oubliez pas de réserver pour le projet Encrage 4:  en savoir plus


   
 

TROIS-RIVIÈRES !

 
 

texte Thierry Simon

mise en scène Achille Aplincourt et Thierry Simon

 
 

Imaginons. Les Jeux Olympiques d’hiver de 2034 auront lieu à Colmar. Toute la ville est en ébullition. La réunion publique annonçant la nouvelle s’annonce mouvementée ! Quelle manne en perspective pour certain·es ! Mais à quel prix, pour d’autres ? Et qu’en est-il des athlètes du quotidien ? Un serment olympique d’un genre nouveau, un défilé des athlètes pour le moins surprenant, des épreuves totalement inédites, des méthodes d’entraînement peu orthodoxes, des nuits fort agitées, rien, absolument rien ne sera occulté ! En fil rouge, on suivra l’épopée olympique d’un surprenant groupe de supporter·rices en provenance de Trois-Rivières-les-Blancs-Arpents.

avec Pauline Ameye, Anne-Sophie Arrault, Moussa Coulibaly, Garance Chavanat, Stéphanie Geoerger, Matthew Giamporcaro, Martine Gspann, Fadya Hakrash, Marie Jacquet, Naël Lickel, Ryan Linthal, Guillaume Miclo, Christine Nicolin, Milla Olderdissen

 
 

VE 10.05 à 20H

SA 11.05 à 18H

gratuit sur réservation


Pour sa quatrième édition, ce projet d’envergure mettant à l’honneur des comédien·nes amateur·rices, est placé sous le signe de l’olympisme et de l’humour.

Dirigé·es par Thierry Simon, auteur et metteur en scène, et Achille Aplincourt, comédien de la jeune troupe de la Comédie de Colmar, quatorze participant·es d’âges et d’horizons très divers se sont rencontré·es tout au long de la saison pour improviser, expérimenter, répéter, créer ensemble.

Ils et elles vous convient à découvrir le résultat joyeux de ce travail partagé.

 

mercredi 17 avril 2024

Préparation à Quartett d'Heiner Müller, mise en scène Jacques Vincey: mardi 16 avril à 19H

 Coup de théâtre à la Comédie de Colmar

Site du théâtre Olympia : plusieurs videos dans lesquelles jacques Vincey explique la création de la scénographie et des costumes.

Dossier artistique 

Dossier pédagogique à consulter avec profit pour savoir qui était Heiner Müller, se remémorer Les Liaisons Dangereuses de Laclos.

Surtout Quartett lu par Jeanne Moreau et samy Frey au Festival d'Avignon à savourer!

Les Liaisons Dangereuses: en 10 épisodes de 20mn

Article intéressant: Quartett, le désir du vide

jeudi 11 avril 2024

Préparation à Terreairofeu de Pierre Meunier et Marguerite Bordat: jeudi 11 avril 19H ( Terminales)

 Emission Coup de théâtre à la Comédie de Colmar

Feu de joie

Comment continuer à s’émerveiller dans un monde en proie au désastre écologique, qui étouffe sous les déchets et le bruit ? À la résignation, Marguerite Bordat et Pierre Meunier opposent l’imagination et la curiosité, avec cette partition autour des quatre éléments qui réveille les sens et redonne à la nature toute sa poésie.

Sur une planète transformée en décharge, envahie de morceaux de plastique, de bouts de ferraille, de piles de cartons, un garçon et une fille semblent perdu·e·s, livré·e·s à eux-mêmes. Mais c’est sans compter sur leur inventivité joueuse et cette mémoire ancienne de l’humanité qui jaillit soudain, les entraînant dans une quête des sensations oubliées. L’eau, l’air, la terre, le feu. Au plus près des éléments et de la matière, les deux enfants imaginent des dispositifs étonnants qui chatouillent les oreilles, caressent la peau, éblouissent les yeux, font frétiller les narines. Il n’y a pas d’eau ? Qu’importe ! Avec une bâche qui traînait là, il et elle créent un océan déchaîné. Le vent ne se lève plus ? Alors c’est le souffle du public qui fera tourner les ailes du moulin ! Entre installation plastique et rituel imaginaire, les deux artistes de La Belle Meunière proposent un remède joyeux à la morosité. Le merveilleux n’est-il pas partout, quand on sait bien regarder ?

Dossier artistique 

 

vendredi 5 avril 2024

Jeudi 4 avril 19h: Anaïs Nin au miroir, mise en scène Elise Vigier

 Emission coup de théâtre à la Comédie de Colmar

Diaporama sur le site de La Comédie 

Dossier artistique 

Interview d'Elise Vigier 

Teaser 

Qui était Anaïs Nin? Vie de l'amour Anaïs Nin ( emission de radio en quatre épisodes) 

Fille du compositeur cubain Joaquín Nin y Castellano, Anaïs Nin connaît une enfance
cosmopolite et déracinée, qui lui donne le goût de l'errance et l'habitude des milieux
artistiques. C'est à l'âge de 11 ans qu'elle découvre l'écriture. Elle y trouve la seule issue
salvatrice possible à son drame intime : sa fascination amoureuse pour son père et la
conscience de son incomplétude. Elle commence alors à tenir un journal, publié
ultérieurement sous le titre 'Journal d'enfance'. Après une enfance à Neuilly et une
adolescence à New York, elle épouse un banquier et revient avec lui en France. En 1929, elle
s'installe à Louveciennes, dans la maison où elle écrit son célèbre 'Journal' (15.000 pages
dactylographiées !) et qui devient l'un des salons littéraires et artistiques des Années folles.
Elle y reçoit Henry Miller (dont elle préfaça 'Tropique du Cancer' en 1934) et son épouse
June, dont elle est très proche, le psychanalyste Otto Rank, Antonin Artaud, Brassaï et toute la
communauté américaine en exil. Anaïs Nin entretient également une correspondance avec
D.H. Lawrence. De retour aux Etats-Unis, elle écrit encore de nombreux romans.

mardi 19 mars 2024

Prochain spectacle: Illusions Perdues d'après Balzac par Pauline Bayle: Jeudi 21 mars 19h

 Entretien avec Pauline Bayle sur France Culture

Sur le site de la comédie de Colmar avec l'émission de radio que j'anime sur RDL 103.5 avec monsieur Fischer.

Dossier artistique 

Autre adaptation du roman de Balzac: le film de Xavier Giannoli très réussi. Dialogue avec le réalisateur

Bande annonce du film 

Première partie : Les Deux Poètes
Le roman semble d'abord avoir un double héros, Lucien Chardon et David
Séchard, jeunes gens de talent et sans fortune : l'un est fils de pharmacien
et veut devenir un grand poète, l'autre est fils d'imprimeur et veut inventer
un nouveau mode de fabrication du papier. Leur caractère, leur physique,
leurs désirs les opposent. La beauté et le charme de Lucien l'introduisent
dans le milieu aristocratique d'Angoulême où Mme de Bargeton se fait sa
protectrice et sa muse. David est épris de la soeur de Lucien, Eve, avec qui
il partage amour et dévouement pour son frère. Leurs destinées divergent
alors. L'avenir de David est auprès d'Eve et dans l'imprimerie de son père
où il peut mener ses recherches sur le papier. Celui de Lucien ne peut
s'accomplir qu'à Paris, lieu de consécration des talents littéraires. Il s'y rend,
fuyant avec Mme de Bargeton les rumeurs et les petitesses de la province.


Deuxième partie : Un Grand Homme de province à Paris
Mais Paris est aussi le lieu de la perte des illusions sur l'être aimé et l'amour
des deux amants d'Angoulême ne résiste pas aux éblouissements d'une
soirée d'opéra. Lucien, privé de sa protectrice, se résout à vivre frugalement
et se remet au travail sur ses manuscrits. Il fait la connaissance d'un jeune
écrivain, d'Arthez, et d'un journaliste, Lousteau. Incité par l'un à suivre la
voie difficile du travail solitaire, il choisit de suivre celle dont on lui a
pourtant montré les dangers, la recherche du succès immédiat par le
journalisme. Amant adulé de l'actrice Coralie, il mène ainsi quelque temps
une existence brillante, mais s'attire des inimitiés ; victime de ses
contradictions et de la vengeance de Mme de Bargeton, il se retrouve seul à
la mort de Coralie et repart pour Angoulême.


Troisième partie : Les Souffrances de l’inventeur
Pendant que David consacre tout son temps à ses recherches sur le papier,
Eve tente de le remplacer à l'imprimerie ; mais elle se trouve en butte aux
manœuvres des frères Cointet qui veulent ruiner une entreprise
concurrente et s'emparer de l'éventuelle découverte de l'inventeur.
L'arrivée de Lucien, auteur de faux billets qui font peser sur David la
menace d'une arrestation, ses repentirs successifs, ses tentatives
désastreuses pour réparer ses fautes, ne font qu'accélérer la victoire des
imprimeurs. Lucien quitte Angoulême avec l'intention de se tuer, mais il
rencontre sur la route un prêtre espagnol. Cette rencontre tient à la fois du
ravissement (rapt et séduction), de la dépossession de soi et de la
renaissance : au prix d'un étrange pacte, Lucien peut repartir à la conquête
de Paris. Illusions Perdues s'ouvre sur Splendeurs et misères des courtisanes. »

Les personnages: voir dans le dossier le dossier Tandem p19 et 20


Comparaison de la Phèdre de Racine par Patrice Chéreau et Matthieu Cruciani ( copie de Flavie annotée)

 

Phèdre : comparaison de mises en scènes

 

         Phèdre est une tragédie classique écrite par Racine en 1677. Mais Racine s’est inspiré de deux dramaturges : Euripide, dramaturge grec qui a écrit Hyppolite, ou Hyppolite porte-couronne, datant de 428 avant JC ; et Sénèque, dramaturge romain ayant écrit Phèdre. Cette pièce est une tragédie se composant de cinq actes, se nommant d’abord Phèdre et Hyppolite. Cette pièce raconte l’amour tragique de Phèdre pour son beau-fils Hyppolite. Phèdre faisant partie de la famille des Atrides, elle est soumise aux passions interdites de la déesse Vénus. Œuvre culte du répertoire théâtral, elle a traversé les siècles et a été mises en scène d’innombrables fois. Dans cet écrit nous allons nous intéresser à deux d’entre-elles, celle de Patrice Chéreau datant de 2003, et celle de Matthieu Cruciani datant de 2024.

Commençons par le fait que les deux metteurs en scène n’ont pas du tout eu le même parti pris. En effet, Patrice Chéreau a vraiment fait de Phèdre une tragédie. Alors que Matthieu Cruciani en a plutôt fait un drame. Un drame est une pièce de théâtre de ton moins élevé que la tragédie, représentant une action violente ou douloureuse, où le comique peut se mêler au tragique. Une tragédie, quant à elle, a toujours un caractère de fatalité souvent associé aux divinités, ce qui était moins le cas dans la mise en scène de Matthieu Cruciani. Certes le texte conservait la présence des divinités, mais ce qui me faisait penser à du drame était le fait qu’il y avait des moments où l’on rigolait ( Un peu fort et familier : où nous étions invités à sourire.), des moments plus légers qui ne sont habituellement pas présent dans la tragédie.( IL faut les décrire, les nommer.) Ce dernier en mettant en scène cette pièce devait prendre en compte la problématique de comment monter Phèdre en 2024, alors qu’il a eu énormément de mises en scènes déjà faites auparavant. De plus, Matthieu Cruciani doit répondre aux attentes de son public et le public de la Comédie de Colmar est assez hétérogène, il fallait donc que la pièce n’éloigne pas les plus jeunes mais garde aussi les plus âgés. C’est peut-être pour cela que cette mise en scène s’apparentait plus à un drame qu’à une tragédie, qui s’éloigne plus de notre société actuelle.

Abordons maintenant le sujet de la scénographie. Je pense qu’il est important de signifier que le dispositif scénique n’était pas le même dans les deux mises en scène. En effet, la mise en scène de Patrice Chéreau était en bi-frontal, ce qui crée une grande proximité des acteurs avec le public alors que celle de Matthieu Cruciani était en frontal. La scénographie de la mise en scène de Chéreau était plus sobre que celle de Matthieu Cruciani.  Du fait que la mise en scène soit en bi-frontal, je ne pourrais pas utiliser le vocabulaire « cour » et « jardin ». Il y avait donc à une des extrémités de la scène, une reconstitution d’un temple, plus précisément celui de Petra en Jordanie. Cet édifice a un accès à la scène avec un petit pont, d’une architecture plus moderne. C’est le scénographe Richard Peduzzi, collaborateur habituel de Chéreau, qui en est à l’origine.  Le reste du plateau est nu, hormis quelques chaises très modernes. Lors de la dernière scène, il y a juste un monte-charge qui ramène le corps mort d’Hyppolite au plateau, monte-charge qui figurait dans l’usine qu’était les Ateliers Berthier transformés en théâtre. C’est un décor qui mélange une modernité froide, le béton du sol étant très présent et une architecture antique, presque archaïque, avec cette reproduction de la porte de Petra par Richard Peduzzi, le scénographe de Chéreau et par où Phèdre fait ses entrées, qui soulignent l’influence de la tragédie grecque sur le projet de Chéreau. La scénographie de la mise en scène de Matthieu Cruciani est quant à elle bien plus fournie. En effet, tout d’abord, le plateau était séparé en plusieurs parties par des rideaux, qui s’ouvraient ou se fermaient durant la pièce, cela créait du dévoilement progressif de l’espace, ce qui est très intéressant. Un premier rideau vert/bleu délimitait l’avant-scène du reste du plateau. Les murs étaient en bois et pas totalement peints, cela pouvait symboliser la vacance du pouvoir, l’instabilité politique ; en effet au début de la pièce, Thésée qui est à la tête du pouvoir est présumé mort, il se joue ainsi une quête du pouvoir pour plusieurs personnage : Hyppolite fils de Thésée mais d’un premier mariage avec une amazone, Phèdre qui est la femme de Thésée, le fils de Phèdre et de Thésée, ou Aricie dont la famille a été tuée par Thésée. Ainsi, la stabilité du royaume est perturbée, et l’arrivée de Thésée ne remet pas les choses en place, il n’est pas accueilli comme le devrait être un roi. A l’avant-scène il y avait à cour un petit lit avec des vêtements dessus. Il pourrait symboliser un lit dans une chambre étudiante. Au-dessus de ce lit, il y avait une cible, qui symbolisait le fait qu’Hyppolite est sous la protection de Diane, déesse chasseresse. A jardin, il y avait une ouverture qui pouvait sûrement mener aux coulisses, mais qui symbolisait le fait que le palais s’étendait au-delà des limites du plateau. Cette partie pouvait symboliser une salle d’eau ou une piscine puisque Hyppolite s’y rendait avec une serviette, et des accessoires de nage. A côté de cette ouverture il y avait une chaise orange, d’un style qui évoque les années 1980. Pour finir, sur l’avant-scène, il y avait à cour et à jardin sur le mur, une lampe, qui évoquait également les années 1970, 1980. Il y avait également à jardin, un tabouret avec un bouquet de fleur dessus. Derrière le premier rideau il y avait une grande partie du plateau ; cet espace était dévoilé lors de la première apparition de Phèdre, par Oenone qui ouvrait les rideaux. Au centre, il y avait une sorte de praticable blanc à la fois table basse et scène dans la scène avec un néon posé dessus dans une sorte de tuyau qui ne sera allumé qu’au dernier acte. Ce néon pouvait faire penser avant qu’il ne s’allume à un câble comme si le palais était en chantier, pour symboliser encore une fois ce monde en chantier, cette instabilité politique. Sur le praticable il y avait vers jardin une table avec une bouteille d’alcool et des verres dessus, et plus vers cour, une chaise et une bassine d’eau. De plus à jardin, sur le mur,  il y avait un trophée de chasse, qui rappelait le Minotaure vaincu par Thésée. Tout cela était recouvert de draps gris, un peu comme les couvertures de déménagement, avant l’arrivée de Thésée, pour encore une fois symboliser cette vacance du pouvoir, et le fait qu’il reprenne le pouvoir et réaffirme sa puissance lorsqu’il revient. De plus à jardin, il y avait un banc, mis contre le mur, et au-dessus un miroir, qui était également caché par un drap au départ. Ce miroir était surtout utilisé par Phèdre, c’est par ce moyen qu’elle se voit vraiment telle qu’elle est et qu’elle parle à Vénus. Au départ j’avais interprété ce miroir comme une fenêtre où Phèdre pouvait observer à la dérobée Hippolyte dans la forêt. A cour, il y avait une petite ouverture qui a servi  à un seul moment du spectacle : lorsque Thésée revient, un monte-charge lui apporte un saladier avec des pommes, il en mange une. Nous avons appris qu’au départ, Mathieu Cruciani avait la volonté de faire venir tout un festin italien, pour rappeler encore une fois cette ambiance méditerranéenne ; mais cela n’a pas été possible.  Derrière cette partie, il y avait de nouveau un rideau, mais cette fois transparent et en plastique, il me faisait penser aux plastiques qu’il y a parfois sur les chantiers ; encore une fois je pense que ce choix a été fait pour symboliser la vacance du pouvoir. Ce rideau est arraché par Thésée dans sa colère et sur le fond de scène au lointain, il y avait collé ou peint une représentation de la mer Egée, cela permettait de placer le plateau dans un décor, une ambiance : celle de la Grèce antique, du moins d’un pays méditerranéen. La scénographie de Mathieu Cruciani reprenait plusieurs éléments qui pouvaient faire penser à des mises en scènes antérieures de Phèdre. Par exemple, le monte-charge pouvait faire penser à la mise en scène de Chéreau. Les décors témoignaient de l’esthétique cinématographique appréciée par Mathieu Cruciani.

 

Nous allons maintenant aborder l’éclairage. Dans les deux mises en scènes elles avaient une importance primordiale. Dans la mise en scène de Patrice Chéreau, le principal éclairage venait du fait que les comédiens étaient chacun éclairés par des poursuites. Le fait d’utiliser des poursuites permettait de créer une certaine distance, ou à l’inverse, proximité entre les personnages, et cela permettait également de créer du rythme lors de certaines transitions ; par exemple lorsqu’une poursuite bougeait rapidement pour annoncer l’arrivée d’un tiers personnage, cela créer du rythme et permettait de dirigeait le regard du spectateur. Les personnages semblaient aussi comme happés, fixés dans la lumière, piégés. Pour la mise en scène de Matthieu Cruciani, les différents rideaux permettaient de faire des effets d’éclairage, avec des parties ombragées, des parties plus lumineuses. Les projecteurs avaient ainsi une fonction délimitatrice de l’espace. De plus, à certains moments les projecteurs changeaient des nuances de couleurs, cela permettait notamment de donnait des indications de temps : par exemple au moment du discours de Théramène, les lumières ont changé de teintes indiquant l’aube. La lumière magnifiait les images comme le prouvent les nombreuses photos de plateau qui témoignent d’une lumière solaire.

Dans les deux mises en scènes, les costumes étaient très différents. Dans la mise en scène de Patrice Chéreau, les costumes étaient très codifiés. En effet, les hommes portes de longs manteaux, et sont souvent torse nu (Hyppolite et Thésée), seul Théramène porte une chemise sous le manteau, les femmes portent plutôt des robes assez sobres avec des vestes de costumes par-dessus. Mais il y a également un code couleur qui symbolise les différentes mentalités des personnages. Le bleu représente la sagesse, comme avec les personnages d’Hyppolite et de Théramène, le rouge la royauté et la puissance comme avec Thésée, et le noir et le bleu très foncé symbolisent le deuil, le refus ou l’asexualité, comme avec Phèdre. Il est important de signifier que dans cette mise en scène il y avait un accessoire extrêmement important : l’épée ; elle suivait les personnages tout au long de la pièce et était primordiale pour la continuité de l’histoire, car elle pouvait établir une supériorité, elle est également symbole du mensonge de Phèdre. En effet, Eonone raconte à Thésée que Hyppolite a essayé d’abuser de Phèdre, pour le lui prouver, elle lui montre l’épée qu’Hyppolite avait laissé à Phèdre lorsque cette dernière lui avait avoué son amour.( N’oublie pas la dimension phallique de cet objet.) Dans la mise en scène de Mathieu Cruciani, les costumes témoignaient d’une époque plus moderne. Hyppolite portait un jeans, un t-shirt blanc, une chemise rose et des bottes s’apparentant à des santiags, ce style vestimentaire témoignait de sa jeunesse. Il a changé quelque fois de tenues durant la pièce, par exemple pour porter un costume deux pièces. Théramène quant à lui, portait un pantalon beige, une chemise blanche et une cravate. Le personnage de Thésée portait également un costume deux pièces noirs.( Evoque aussi le fait qu’il se déshabille.) Ces deux personnages avaient des habits plus « sérieux », ce qui peut faire référence à leur supposée sagesse. Ces vêtements donnaient parfois aux hommes des allures de business men ou de gangsters italiens comme dans les films sur la mafia. Phèdre quant à elle portait des robes et des chaussures à talons, elle en changeait plusieurs fois pendant la pièce ; je pense que la plus marquante est sa robe dorée à la longue  traine, cela rappelle son statut royal au début du deuxième acte et réactive la puissance de son nom qui signifie la brillante. Oenone portait également des chaussures à petits talons et plusieurs robes, mais souvent assez sombre ce qui montrait bien son rang social inférieur, à certains moments elle portait également des pantalons et des débardeurs. Aricie, portait un chemisier blanc, avec un pantalon brun, et un foulard en guise de ceinture. Je trouve que ce foulard peut lui donner un air « rebelle », qui va bien avec les santiags d’Hyppolite. La comédienne de Panope et d’Ismène, changeait de tenues entre les deux personnages, mais je me souviens qu’elle portait à un moment un chemiser avec un pantalon blanc. Dans cette mise en scène, il y avait plus d’accessoires utilisés durant la pièce, comme des sacs, dont un sac de voyage pour Hyppolite, des bouquets de fleurs, etc. Mais il y avait également l’utilisation d’une épée, mais elle avait moins la prééminence que dans la mise en scène de Chéreau, ce sont les flèches fichées dans la cible de la chambre d’Hippolyte qui vont la remplacer, notamment quand Phèdre s’en sert pour feindre de la ficher dans son cœur.

Dans les deux mises en scène, des fonds sonores étaient utilisés. Dans celle de Patrice Chéreau, ce n’était pas de la musique à proprement parlé, mais plutôt des sons inquiétants annonçant l’arrivée d’un personnage, ou qui accompagnaient une action dramatique. Il y avait tout de même de la musique à certains moments, comme lors de la dernière scène, après la mort de Phèdre, de la flûte. Dans la mise en scène de Mathieu Cruciani, il y avait bien plus de musique qui accompagnait les actions de la pièce, elle n’était pas là tout le temps cependant. Les musiques ont été composées par Carla Pallone, elles s’accordaient donc très bien avec les actions, et je trouve que plus la pièce avançait, plus la musique était sombre, moins fluette, au vu de la situation dramatique des personnages. Elle s’apparente à une sorte de bande son comme au cinéma.

Pour finir il est également important de parler du jeu des acteurs. En effet, les deux metteurs en scène n’avaient pas le même parti-pris concernant ce point. Patrice Chéreau a vraiment monté une tragédie, c’est-à-dire que les comédiens jouaient en exprimant toutes leurs passions par un jeu corporel très intense car leurs personnages étaient soumis à une fatalité, ils avaient également tous un rapport aux dieux très prononcé, c’étaient presque les personnages principaux de la pièce. Par exemple, on voit dès le départ dans cette mise en scène, que Phèdre va mourir, on ne sait juste pas quand, Dominique Blanc entre courbée de douleur marquant sa souffrance par une gestuelle très intense. Dans la mise en scène de Mathieu Cruciani,  le jeu n’était pas le même. Comme je l’ai dit précédemment, cette mise en scène se rapprochait plus du drame que de la tragédie, ainsi les personnages par l’intermédiaire des comédiens étaient moins tournés vers les dieux, il y avait plus de distance avec cette facette de la pièce. En outre, leur jeu était peut-être moins « grandiloquent ». On peut avoir l’impression que les émotions étaient jouées plus violement dans la mise en scène de Chéreau, mais il faut aussi prendre en compte que nous avons analysé une captation, qui ne montre que certains détails et permet les gros plans alors que nous étions placés assez haut à la Comédie de Colmar lors de la représentation de la mise en scène de Mathieu. De plus, certains personnages étaient incarnés très différemment. Nous pouvons tout d’abord prendre l’exemple du personnage de Thésée. Dans la mise en scène de Patrice Chéreau, Thésée, incarné par Pascal Greggory, est accueilli comme un roi lorsqu’il revient au palais. Les autres personnages s’inclinent devant lui, et sa veste longue rouge est un symbole de sa puissance. Ce n’est pas le cas dans la mise en scène de Mathieu Cruciani. En effet, Thésée, incarné par Thomas Gonzales, est montré comme revenant des Enfers : il est blessé et n’a pas le sens des réalités, comme s’il avait pris de la drogue. En outre, il n’est pas acclamé comme le devrait être un roi, il revient dans un palais rongé par l’instabilité politique. Il faut également rajouter que dans la mise en scène de Patrice Chéreau, Eric Ruff et Pascal Greggory ont un air de ressemblance, ce qui n’est pas le cas de Maurin Ollès et de Thomas Gonzales qui ne se ressemblent pas et qui n’ont pas une telle différence d’âge, le jeu de la relation père et fils est donc changé, plus distant, le rejet du fils par le père est accentué lors de leurs retrouvailles . Il y a aussi une différence dans les mises en scènes dans le duo Oenone et Phèdre. Dans la mise en scène de Patrice Chéreau, Oenone, jouée par Christiane Cohendy, reprend vraiment le rôle de la nourrice, indiqué dansl a pièce de Racine. Dans la mise en scène de Mathieu, Oenone, jouée par Lina Alsayed, est plus jeune que Phèdre, jouée par Hélène Viviès, ce qui rend leur relation plus amicale, comme si Oenone était son amie d’enfance, sa conseillère. Mais il faut tout de même rajouter que les deux metteurs en scène ont lutté pour casser la diction trop classique de l’alexandrin chez leurs comédiens. Ils ne voulaient pas entendre la musicalité mais la syntaxe des vers.

Ainsi, les deux mises en scènes divergent sur beaucoup points, comme nous avons pu le constater. Mais, il est important de rappeler que la mise en scène de Patrice Chéreau a été faite en 2003, il n’y avait pas les mêmes problématiques pour mettre en scène cette pièce emblématique. La mise en scène de Mathieu Cruciani est une création de 2023-2024. Le metteur en scène devait donc réussir à créer quelque chose de nouveau, tout en respectant la pièce de Racine, et en ne tombant pas  dans une copie conforme des chefs d’œuvres fait auparavant, comme la mise de Chéreau.

( manque peut-être ton appréciation personnelle .)

Globalement très riche, très intéressant. Bravo .

samedi 17 février 2024

Le choeur des amants Tiago Rodriguès le vendredi 16 février.

 Théâtre Municipal 20h Durée 1H

Emission Coup de théâtre à la Comédie de Colmar

Tiago Rodrigues revient à sa première pièce de théâtre. Écrite et créée à Lisbonne, en 2007, Chœur des amants est un récit lyrique et polyphonique. Un jeune couple raconte à deux voix la condition de vie et de mort qu’ils traversent lorsque l’un d’eux se sent étouffé. En juxtaposant des versions légèrement différentes des mêmes événements, la pièce nous permet d’explorer un moment de crise, comme une course contre-la-montre, où tout est menacé et où l’on retrouve la force vitale de l’amour.

13 ans après sa première création, Tiago Rodrigues invite Alma Palacios et David Geselson à donner corps à ces deux personnages qu’il a inventés. Il en profite aussi pour imaginer ce qui leur est arrivé toutes ces années. Sans se limiter à en faire une nouvelle mise en scène, il décide d’écrire sur le passage du temps et ce qui en découle sur la vie des amants. Qu’en est-il, de cet amour qui a défié la mort ?

« Interroger mes personnages sur leur vécu, c’est comme m’interroger sur le vécu de mon théâtre depuis que j’ai commencé à écrire », nous dit Tiago Rodrigues. « Les personnages seront-ils encore amoureux ? Ce jeune homme que j’étais, qui a osé écrire cette pièce, sera-t-il porté par la même nécessité de faire du théâtre ? Je ne sais pas si je suis prêt à entendre la réponse, mais je ne peux éviter la question. 

En savoir plus sur Tiago Rodrigues emission sur france Inter

Interview de Tiago Rodigues dans Ouest france:

Comment est né le spectacle Chœur des amants, que vous présentez en avant-première ce samedi, au Palais des arts à Vannes ?

Pendant quatre étés, à Lisbonne, j’organisais le spectacle Urgence. J’invitais les auteurs à écrire, avec les acteurs, des pièces de 10 à 12 minutes. Les saynètes étaient ensuite présentées au public, le temps d’une soirée. Je m’y suis essayé à mon tour en 2006. C’est là que sont nées les dix premières minutes de Chœur des amants. Trois scènes ont été écrites l’année suivante. Et treize ans plus tard, en 2020, je préparais Catarina ou la beauté de tuer des fascistes, pour le théâtre des Bouffes du Nord, quand ce dernier m’a proposé également de travailler sur une petite forme. Je me suis alors mis à écrire la dernière scène… Puis, le Covid est passé par là. On peut enfin partir en tournée avec ce spectacle de 45 minutes, après avoir répété une semaine à Vannes.

de quoi parle-t-elle?

Elle est courte mais très remplie. Il y est question d’hôpital, de forêt, de brosse à dents et d’amour… C’est le récit lyrique de deux amants confrontés à une situation limite de vie ou de mort, où l’oxygène commence à se faire rare. Deux acteurs/amants racontent, simultanément, des versions légèrement différentes d’une même histoire, célébrant l’amour quand tout est remis en cause. Le fait d’avoir achevé la pièce treize ans après l’avoir commencée, j’ai fait vieillir les personnages. La pièce se déplace. C’est moins de leur vie privée dont il est question mais davantage de leur rapport au monde qui a changé. Ils ne sont plus « il » et « elle ». Ils sont un ! C’est une pièce qui parle beaucoup du temps.

Quelle est votre définition de la mise en scène ?

Cette question, je me la pose encore. Je privilégie le rapport entre les comédiens et le texte. Avant chaque nouveau spectacle, je me dis que j’aimerais mettre des feux d’artifice et de la vidéo sur scène pour en mettre plein les yeux aux spectateurs (rires). Et puis ça n’arrive jamais, car j’aime entendre les acteurs parler et les voir expérimenter des choses, même si je sais à l’avance que ça ne va pas aller. Je devrais être plus directif : diriger plus et parler moins.

Cet été, vous avez été nommé directeur du festival d’Avignon. Vous prendrez vos fonctions après la prochaine édition. N’est-ce pas trop intimidant de succéder à des personnalités comme Jean Vilar ?

C’est bien sûr écrasant, mais très inspirant. C’est un festival qui a une histoire, une renommée et une grande exigence. Mais, aussi étonnant que cela puisse paraître, il y a une vraie place accordée à la liberté de création. C’est très rare. Il y a tout ce passé mais aussi une page blanche merveilleuse à écrire. D’une édition à l’autre, la ligne artistique peut se contredire…

Vous serez le premier directeur de nationalité non française à prendre les rênes de ce prestigieux rendez-vous… Irez-vous encore plus loin dans la dimension internationale du festival ?

Avignon est ouvert et déjà très tourné vers d’autres mondes et d’autres géographies artistiques. C’est aussi ma personnalité. Ça fera donc partie du festival en 2023. Cet aspect ne dominera pas mais contribuera au futur projet. Après une pandémie qui a exigé par nécessité le retour des frontières, du contrôle des mobilités, on en a bien besoin… pour des raisons humanistes, artistiques et culturelles. Dans la mesure de l’impossible, spectacle que je monterai à Vannes, les 18 et 19 mai, s’intéressera aux humanitaires et à leur travail aux quatre coins du monde. On doit énormément s’intéresser à l’autre, même s’il est à 30 000 km de nous.

 

 

 

vendredi 26 janvier 2024

Phèdre de Racine, création de Mathieu Cruciani

Emission sur RDL: interview de Mathieu Cruciani: https://comedie-colmar.com/rubrique/cc-live-podcasts-tv-fictions.60/coup-de-theatre.123?fbclid=IwAR2i7wYspIdWBAE8xUAGfBo17P1d9KI0bqBKI0pax_ypdTvWdHMkcA2Aqr0

Vous trouverez sur le site de la Comédie de Colmar des photos magnifiques ainsi que les dossiers artistiques et de presse à télécharger.

Explorer le personnage de Phèdre ( France culture et Arte)

 Les grands personnages de Racine: Phèdre( 1h)

Si on peut faire un petit retour vers le passé, la tragédie est née en transition entre l'âge du mythe en Grèce antique et l'âge de la philosophie. De la fable mythique, elle va en incarner, la tragédie, les protagonistes dans des personnages de tragédie qui sont plus haut que le commun. Et elle emprunte à la philosophie, ou ce que va être la philosophie de Platon, le système du dialogue dénivelé, c'est-à-dire de celui qui sait et d'un choeur un peu profane, de gens qui ne sont pas au même niveau. Cette conjonction du mythe et de la philosophie fait que nous entendons un dialogue qui pourrait être celui du quotidien entre deux personnages et en même temps nous sommes dans une dimension mythique. Patrick Dandrey

Phèdre fille de Minos et de Pasiphaé et la seconde épouse de Thésée, qui a eu, d’un premier mariage un fils dénommée Hyppolite. Or Phèdre est maladivement amoureuse d’Hyppolite, d’une passion noire et d’autant plus destructrice qu’elle ne peut l’avouer sans s’exposer aux sanctions morales de l’inceste et du vice. Déchainement pathétique et emphatique, courroux impitoyable et suicidaire, Phèdre est d’abord et avant tout, une pièce sur le silence et l’invisible, le silence de celui qui sait, par vertu, baisser les armes du langages, et l’invisible de l’action qui viendra mettre fin à ses jours.

Phèdre, ou comment le théâtre donne d’autant plus à voir qu’il sait se taire pour mieux instruire.

Quand la pièce est parue, elle s'appelait "Phèdre et Hyppolite", puis quand Racine l'a revue et produit une version définitive de ses oeuvres complètes plus tard, il l'a intitulée "Phèdre". Ce qui est la prise de conscience que le rôle de Phèdre a écrasé celui d'Hyppolite. Il y a donc en parallèle deux personnages dont on s'aperçoit qu'ils structurent la tragédie de la même façon [...] mais derrière ce parallèle nous avons une différence, une dissemblance absolument totale : même quand il parle, Hyppolite ne dit rien, il ne dit pas. Patrick Dandrey

Docu Grands Rôles Phèdre 

 

Articles de Forestier spécialiste de Racine 

  

jeudi 11 janvier 2024

Tiphaine Raffier sur France Musique parlant de la musique dans ses spectacles

 Emission de radio

Après avoir présenté "Némésis" adapté de Philip Roth, l'autrice et metteuse en scène Tiphaine Raffier questionne notre rapport à la culture et à la musique dans deux spectacles : "La réponse des Hommes" au Théâtre de l'Odéon à Paris et "La Chanson (reboot)" au Théâtre National de Strasbourg.

Avec

La comédienne et metteuse en scène Tiphaine Raffier revient à l'Odéon ce mardi avec La réponse des Hommes, et sur la scène du Théâtre National de Strasbourg dès demain et jusqu'au 20 janvier avec La Chanson (reboot), puis en tournée jusqu'en mars.

La place donnée à la musique est essentielle dans chacune de ces pièces. Un choix logique qui prolonge les réflexions de Thiphaine Raffier sur ce sujet, pour qui la musique est une manière de sublimer l'écriture : " Sur une certaine mélodie, le texte le plus froid du monde peut nous émouvoir d'une certaine manière. "

 

jeudi 4 janvier 2024

Analyse de La Chanson '(Reboot) par Fiorelle

 

Analyse de spectacle

La Chanson (reboot)

Jeudi 21 décembre 2023

 

Mon horizon d’attente quant à cette pièce

La Chanson est un spectacle qui a été mis en scène par Tiphaine Raffier, actrice, dramaturge, metteure en scène, scénariste et réalisatrice française, dont je parlerai dans quelques instants.

Le spectacle musical La Chanson a déjà été mis en scène en 2012, et avait été apprécié pour sa narration ciselée et sa finesse. Et aujourd’hui, Tiphaine Raffier lui donne un second souffle avec de nouvelles actrices, et conserve la légèreté ainsi que l’angle réflexif sur la société, voir philosophique. Lorsque j’ai lu que ce spectacle serait philosophique, cela a immédiatement éveillé ma curiosité !

J’avais également lu que cette fable « tendre et cruelle était une brillante réflexion sur notre société du paraître ». Je me suis donc dit que ce spectacle aurait peut-être un lien avec les réseaux sociaux, puisque c’est le lieu du « fake » et du paraitre par excellence !

Concernant la scénographie, j’ai lu que l’action se déroulerait dans une ville factice, ce qui donne un environnement simulacre, soit qui désigne un décor qui ne renvoie à aucune réalité. J’ai aussi vu une photo du décor, représentant l’intérieur d’un gymnase, puisque qu’on peut voir un but de handball, des marquages au sol, des escaliers à jardin qui évoquent les escaliers qu’on prend pour monter dans les gradins, et, dans le but de handball qui semble directement collé au mur, on peut voir un mot fluorescent : Barbara

Le décor m’a semblé intéressant, et je pressentais que tout un univers allait être créé dans ce gymnase.

 

Mon ressenti avant le commencement du spectacle

Avant même d’arriver au théâtre municipal de Colmar, théâtre à l’italienne où a eu lieu la représentation, j’étais stressée car je craignais de ne pas être à l’heure pour la représentation, puisque j’étais partie trop tardivement de chez moi… Au final, plus de peur que de mal ! J’arrivais tout pile à l’heure. C’est toujours une joie pour moi d’assister à un spectacle dans ce théâtre-là, je trouve que c’est un très bel endroit, et maintenant, dès que j’y vais, je ne peux m’empêcher de penser à l’opéra d’Avignon, où a eu lieu la représentation de Richard III par Ostermeier, car il y a des similarités entre ces deux théâtres !

J’étais installée dans la rangée H, en H13, et je n’ai jamais eu une aussi bonne place dans ce théâtre, c’était donc très sympathique ! J’étais de bonne humeur et bien entourée !

Le rideau n’était pas tiré, ce qui m’a permis d’observer le décor, tout en couleurs ! J’y reviendrai dans l’analyse pure.

 

Quelques informations sur la metteure en scène

Tiphaine Raffier est une actrice, dramaturge, metteure en scène, scénariste et réalisatrice française, née en 1985 à Lorient. Elle grandit dans la région parisienne avec sa mère, sage-femme, et son père, travaillant dans une entreprise. Son premier pas dans le théâtre se fait pendant sa scolarité. Après avoir obtenu une licence en Art du Spectacle, elle intègre l’École du Nord (École supérieure d’art dramatique) de Lille en 2006. En 2009, Tiphaine Raffier œuvre dans le collectif Si vous pouviez lécher mon cœur-dont le nom fait référence à une phrase de Shoah, qui est un film documentaire français sur l'extermination des Juifs par les nazis, durant la Seconde Guerre mondiale et réalisé par Claude Lanzmann -,avec Julien Gosselin, metteur en scène français et, en 2015, monte sa propre compagnie : La femme coupée en deux. En m’interrogeant sur le nom de la compagnie, j’ai d’abord pensé au tour de magie s’appelant littéralement « La femme coupée en deux ». Je me suis aussi demandée si ce titre pouvait parler d’elle, peut-être était-elle une femme « torturée » par ses pensées, et avait besoin de les transformer en pièces de théâtre… Mais en cherchant, j’ai lu que la metteure en scène avait confié à Télérama que : « « C'est bien de moi qu’il s’agit, et de mes personnages aussi, toujours écartelés entre deux mondes ». Ainsi, je n’avais pas totalement tort dans mon interprétation ! En fait, Tiphaine Raffier est une actrice le jour, qui a été découverte en 2013 en même temps que le collectif Si vous pouviez lécher mon cœur, et une dramaturge et metteuse en scène la nuit. Nuits pendant lesquelles elle écrit des pièces aux « situations étranges », en tout, trois en cinq ans, dans une belle discrétion. Ainsi, elle est bien « coupée en deux », partagée entre lumière ombre. Comme elle l’a dit, ces personnages sont aussi partagés entre deux mondes. Pour la Chanson, je pense qu’elle a voulu dire que les personnages étaient à la fois ancrés dans un monde artificiel et créé de  toutes pièces pour faire rêver la société, mais aussi dans un monde moins fantaisiste, plus terre à terre, celui dans lequel nous vivons réellement.

Elle écrit et crée La Chanson en 2012, et joue dans cette pièce en 2018aux côtés de Noémie Gantier et Victoria Quesnel.Elle en fait aussi un moyen métrage, un film remarqué et apprécié. Elle donne un nouveau souffle à la pièce en 2021, avec une nouvelle distribution : Jeanne Bonenfant dans le rôle de Jessica, Candice Bouchet dans celui de Barbara et Clémentine Billy dans le rôle de Pauline.

 

Synopsis de la pièce

Pour le résumé de l’histoire maintenant, on se situe dans une ville factice, nommée Val d’Europe, petite cité de Seine-et-Marne montée de toutes pièces dans les années 2000 à côté de Disneyland Paris.Tiphaine Raffier a justement vécu dans cette agglomération, où tout est parfait, trop parfait pour ressembler à autre chose qu’un décor de cinéma. La metteure en scène dit d’ailleurs pour Sceneweb : « J’ai d’abord vu la place de Toscane avant d’aller en Italie. J’ai d’abord découvert de faux immeubles haussmanniens avant de voir les vrais, à Paris » Il est question, dans cette pièce, de trois femmes nommées Barbara, Jessica et Pauline qui grandissent et rêvent de devenir des stars de la chanson. Elles s’entrainent à reproduire la chorégraphie de SOS du groupe ABBA pour remporter le concours du meilleur sosie, jusqu’au jour où l’une d’elles ressent la nécessité d’écrire ses propres chansons, elle veut voler de ses propres ailes. A ce moment-là, c’est la crise, et ces trois jeunes femmes en quête d’elles-mêmes laissent apparaitre des failles.

 

Analyse de la pièce

La Chanson de Tiphaine Raffier est un spectacle « pas comme les autres », il renvoie à une sorte d’étrangeté. Cette étrangeté peut d’ailleurs être déroutante, mais non pas moins porteuse de messages. Ainsi, comment un spectacle si peu commun, aux allures bizarres et fantaisistes, peut-il nous éclairer sur le monde dans lequel nous vivons ? Plusieurs éléments nous permettent de répondre à ce questionnement, que ce soit en étudiant la scénographie, les costumes, le jeu des actrices, ou les partis pris choisis par la metteure en scène.

 

Tout d’abord, parlons de la scénographie. En globalité, par rapport au dispositif général, on trouvait trois murs blancs, un espace au lointain propice aux projections vidéo, ainsi que trois portes. En ce qui concerne le sol de l’espace scénique, de couleur bleue, peu d’objets étaient disposés dessus, si ce n’est cinq chaises orangées, plutôt communes,côté cour, on pouvait voir un escalier rappelant les escaliers qui permettent de monter dans des gradins, quelques tapis de sol orangesà certains moments du spectacle, et un piano électronique pour les musiques de Pauline. Cela s’explique facilement, puisque le décor se veut être un gymnase, dans lequel Barbara, Jessica et Pauline s’entrainent, dansent et chantentpour gagner le concours du meilleur sosie. De ce fait, il leur fallait de l’espace pour évoluer, donc il semblait inutile d’encombrer le sol avec d’autres objets.

Les murs, à l’inverse du sol, étaient occupés par une sorte de boite, plutôt grande, transparente et lumineuse, juste à côté des chaises oranges, suspendue au mur. A l’intérieur, on pouvait y voir des magazines ou des affiches, et cette boite, plus tard dans la pièce, renfermera aussi de l’argent dans une enveloppe, argent appartenant à Pauline (elle est l’héritière de 900 000 euros)qu’elle confie à ses amies dans le but de trouver l’inspiration pour créer, comme une artiste, en se défaisant du confort qu’il lui apportait. Lorsqu’elle quittera le groupe, c’est également ici qu’elle déposera les messages à l’attention des deux autres filles. Je n’étais pas assez proche pour voir les affiches que contenait la boite, mais je suppose qu’elle renfermait des documents comme des annonces de concours dans la petite ville, ou encore des affiches à l’effigie du groupe ABBA, si vénéré par les trois filles, et surtout par Barbara ! Ainsi, cette boite apportait selon moi des nouvelles, c’était un contact avec la vie extérieure, hors du gymnase dans lequel le groupe d’amie façonnait son univers. C’est une sorte de « rappel à la réalité », même si l’on peut se questionner sur cette réalité, puisque tout, dans leur ville, est factice, kitsch, éloigné de la réalité, loin de l’authenticité ! A cour encore, il y avaient aussi des robes roses (qui m‘ont d’ailleurs interpellées pendant une grande partie du spectacle !), tenues élégantes suspendues au mur ou à un autre objet présent dans les gymnases, un espalier de bois, qui sert le plus souvent à s’échauffer. Je pense que ces robes auraient été utilisées pour le jour du concours, si Pauline n’avait pas choisi un autre chemin, et si elle n’avait donc pas été tuée par Barbara. Les robes roses sont portées à un moment précis dans le spectacle, lorsque les trois filles dansent ensemble sur Dancing Queen, c’est d’ailleurs un passage important du spectacle, puisqu’il débouche sur le meurtre de Pauline par Barbara, puisque celle-ci était jalouse de la complicité de Pauline avec Jessica. Enfin, trois fenêtres surplombaient les éléments que j’ai cités.

Côté Jardin maintenant, un panier de basketball usé trouvait sa place au-dessus d’une sorte de porte (je n’ai pas bien vu) jaune, que les comédiennes utilisaient parfois pour sortir. La porte était agrémentée de plastique, signe que le gymnase n’est plus de toute jeunesse. De plus, on pouvait aussi voir une porte de sortie bordeaux au-dessus des marches à jardin, qui était souvent utilisée par les comédiennes. Au-dessus de la porte, on distinguait une fenêtre. L’élément principal du décor était sans doute le but de handball jaune sur un mur blanc et bleu, qui était en fait un écran, et qui contenait une porte de sortie, assez étroite, et qui donnait sur unearrière-scène complètement noire. Je pense que la metteure en scène a fait ce parti pris pour montrer que, derrière ce gymnase aux allures kitsch et irréelles, se cache quelque chose de sombre, d’autant plus que Barbara utilisait souvent cette porte, et que c’est elle qui a tué Pauline, et qui rejetait le plus sa décision de créer par elle-même et de sortir de cet environnement « carton-pâte ». Pour en revenir à l’écran maintenant : Ce dernier diffusait des vidéos d’animaux peu communs, à la manière des documentaires, c’est-à-dire des vidéos commentées. Les vidéos, dans mes souvenirs, évoquaient entre autres les aptitudes des animaux à se protéger, et donnaient leurs caractéristiques : La première évoque un oiseau australien, sorte d’oiseau lyre, capable de reproduire tous les bruits. A l’écran, on le voit reproduire des bruits d’autres oiseaux, mais aussi des bruits liés à l’activité humaine comme celui de tronçonneuse et d’opérateurs photographiques. C’est le point de départ de l’émancipation de Pauline, la vidéo lui fait l’effet d’un électro choc, c’est un premier pas dans sa quête de son moi individuel. La deuxième vidéo nous éclaire sur le personnage de Barbara, elle fait part de sa solitude et de son désir d’être dans la lumière grâce à des images d’animaux marins vivant dans les abysses les plus sombres et étant phosphorescents. Ce sont deux moments clés de la pièce (dont je n’avais pas saisi toute l’importance, merci de m’avoir mise sur la voie et de m’avoir rappelé ce que j’avais oublié !) Je pense également, qu’à travers cela, Tiphaine Raffier a voulu alerter sur la situation climatique actuelle. Plusieurs passages du spectacle font d’ailleurs référence à cette nature, que l’on méprise et qu’on tente de s’approprier et de dominer, comme lorsqu’il est dit que Barbara et Jessica travaillent dans le magasin respectueux de l’environnement « Nature et Découverte », et qu’aujourd’hui, ce lien positif avec la nature se perd, et que cette nature est détruite ou instrumentalisée, utilisée à mauvais escient à des fins commerciales. La vidéo appuie donc le propos, et vise à faire comprendre l’urgence d’agir pour le climat. Mais la vidéo diffuse aussi autre chose : Les paroles, pour le moins étonnantes, des chansons que produit Pauline. Ces chansons, composées de mots complexes ayant un lien direct avec la technologie, qui ont beaucoup fait rire le public, ne m’ont pas fait rire, moi. Je pense que la metteure en scène a voulu alerter, à travers les paroles des chansons de Pauline, sur la société de surconsommation dans laquelle nous nous trouvons actuellement : l’humain n’est jamais satisfait, il veut toujours plus, surtout technologiquement ; il veut des appareils dernier cri, les plus performants, les plus beaux, les plus dévastateurs pour l’environnement. Il s’éloigne de plus en plus de l’authenticité, de la singularité, aussi, puisque les chansons de Pauline comportent des noms de tas d’objets électroniques permettant la reproduction, la duplication d’une chose, ce qui rappelle à quel point l’homme cherche à faire des « copiés-collés ». Ainsi, elle établit donc un parallèle avec les sosies, question que nous étudierons plus loin. Et la ville de Marne la Vallée appelée Val d’Europe dans cette pièce, illustre ce point de non-retour, grâce au kitsch présent partout, il ne faut que briller pour attirer des clients de plus en plus exigeants, d’où le choix, par Tiphaine Raffier, de choisir de parler d’un ancrage réel, symbolisé parDisneyland Paris, puisque ce lieu est, dans la réalité, bien un lieu où toutes les extravagances sont permises. Enfin, la pièce offre une brillante réflexion sur notre société du paraitrel orsque des vidéos de Val d’Europe sont diffusées, dévoilant un bel extérieur, des routes bordées de façades européennes (haussmanniennes, italiennes) ou des chemins bordés de verdure. L’extérieur est donc en totale opposition avec l’intérieur du gymnase, ce qui offre une réflexion sur l’apparence, le dehors et le dedans, les paillettes et le sombre.

Pour conclure sur la scénographie, nous pouvons parler du plafond et des éclairages : Nous pouvions voir trois lampes semblables à celles du lycée, qui projetaient une lumière bleue, deux d’entre elles étaient disposées plutôt à cour, au plafond, l’une à côté de l’autre. La troisième était à jardin, en face d’une des portes de sortie. Quant aux éclairages, ils provenaient aussi des fenêtres. Les fenêtres à cour changeaient souvent de couleurs, passant du rose, au rouge, au jaune, etc… J’ai interprété ces changements de couleur de deux manières : d’abord, c’était une allégorie du temps qui passe. En effet, la temporalité de la pièce est en constante évolution, puisque, plusieurs jeudis, soit le jour de répétition du groupe de filles, sont représentés par ce seul changement d’éclairage, et montre donc que les filles sont chaque fois plus proches de l’échéance, du concours, et la tension est d’ailleurs de plus en plus palpable au sein du groupe d’amies. Mais ces fenêtres qui changeaient de couleur, ainsi que les lampes au plafond, n’étaient, selon moi, pas proches de la réalité. Elles semblaient empreintes de quelque chose de « faux », d’artificiel, rappelant le côté kitsch de la ville, et de ce qui l’entoure (Disneyland Paris), et, plus largement, de la société du paraitre dans laquelle nous vivons.

 

Intéressons-nous maintenant aux costumes. L’actrice jouant Jessica portait un pantalon serré blanc cassé – beige évasé vers le bas, avec un haut rose flashy en velours à manches longues, ainsi qu’une veste à manches courtes bleu foncé comportant des motifs roses et violets, ainsi que des baskets blanches et roses. L’actrice jouant Barbara portait un haut blanc, un pantalon fluide beige ainsi qu’une petite veste bleue à motifs roses et violet. Ses cheveux étaient relevés dans un chignon, tenu par un gros élastique argenté. Quant à Pauline, elle portait un haut vert, une veste noire avec des rappels verts dessus, un pantalon de sport beige et des baskets beiges et noires. Comme on peut le constater, les costumes sont tous pleins de couleurs, et ceux de Jessica et Barbara évoquent une certaine positivité, un monde rose, une bulle qui protège des attaques de l’extérieur, grâce aux couleurs violette, rose et bleu sur leur costume. Le costume que porte Pauline, quant à lui, est, bien que coloré, dénué de rose et de violet, et agrémenté de noir, ce qui reflète moins la positivité, mais plus un monde réel, loin des artifices et plus proche de l’authenticité. Le costume évolue à deux reprises, il me semble : Lorsque les trois filles s’habillent de leurs robes roses élégantes, et lorsqu’elles portent toutes les trois la même tenue beige. Elles font cela lorsqu’elles célèbrent leur amitié, se joignent et se confondent au sol et debout, dans une certaine sensualité, je trouve. Le rituel est appelé « la mygale ».Au même titre que, pour célébrer leur amitié d’une autre manière, elles partagent une fois par mois un verre de l’amitié, en s’échangeant le Passoa, la Manzana et le Malibu. Cela vise à montrer, qu’avant que Pauline ne s’exclut du groupe, elles étaient une seule et même personne, ne formaient qu’un. Leur tenue, qui était beige, rappelle d’ailleurs la couleur de la chair, de la peau, et évoque donc une certaine forme de nudité selon moi, renforçant l’effet de sensualité déjà bien présente.

 

Passons maintenant au jeu des actrices. Dans la globalité d’abord, toutes trois ont effectué un véritable travail sur le corps, je pense aux chorégraphies de SOS de ABBA, que les actrices ont réalisé de nombreuses fois, à leur chorégraphie sensuelle que j’ai citée précédemment, et aux exercices d’étirement que faisaient Barbara et Jessica. De plus, elles occupaient tout l’espace, et marchaient beaucoup.Elles maitrisaient aussi les silences, et étant plutôt proche du plateau, je voyais que pendant ceux-ci, les actrices faisaient des mimiques qui représentaient souvent la sidération, la colère ou la tristesse. Dans ce moment-là, les actrices me tenaient en haleine, et je voyais qu’elles étaient connectées, en osmose, aussi grâce à leurs jeux de regards, que je trouvais particulièrement intéressants et pertinents, car ils s’étiraient dans le temps, et étaient doublés d’un jeu très réaliste, porteur d’une tension profonde.

Je trouve aussi que les actrices arrivaient à faire vivre leur personnage, à lui donner une intériorité. J’ai vu Jessica comme la fille un peu perdue, mise à l’écart par la société, comme lorsque ses collègues lui ont fait cruellement miroiter un gros cadeau pour son anniversaire. C’est le moment du spectacle qui m’a particulièrement marquée, de par la violence qu’il comportait. Ce n’était pas une violence à proprement dite, mais quelque chose d’intérieur et de profond : Lorsque Jessica le raconte, elle est assise sur l’une des chaises, Pauline l’écoute, et mon regard était fixé sur le gros carton, qui aurait pu contenir monts et merveilles, mais qui contenait en fait du rien. Juste le néant. L’actrice m’a vraiment tenue en haleine, car elle a fait durer le moment, peut-être pour répercuter, répéter sur le public, sa curiosité d’ouvrir le carton, puis la déception la plus totale et anéantissante. Pourtant, celle qu’on traitait de vide (à l’image du carton, qui représente Jessica, finalement), et celle qui deviendra chanteuse, artiste, célèbre et aimée. Comme quoi, il est vain de croire que l’on peut juger une personne par sa couverture, certaines personnes sont capables du meilleur et du pire, alors même que l’on n’attendait rien de beau ou de cruel de leur part…L’intervention de l’actrice m’a aussi marquée parce que son rôle reposait, jusqu’à ce moment, plus sur les gestes que sur la parole. Jessica était donc une personne qui sortait du commun. De plus, bien qu’elle n’ait pas eu un grand rôle au niveau du texte, je n’aurais pas vu le spectacle sans elle, car j’ai trouvé que l’actrice avait une réelle prestance, c’est elle que j’ai remarquée en premier, c’est en partie dû à sa taille, puisque j’ai lu que l’actrice faisait 1m 83 (trois centimètres de plus que moi, c’est rare !!). De plus, le personnage de Jessica connait une évolution magistrale. Elle est d’abord contrôlée, sous le joug de Barbara, qui la torture presque lors des exercices d’entrainement, mais plus on avance, plus elle prend le parti de Pauline, ce qui revient à se libérer de l’emprise de Barbara… Au détriment de Pauline, qui en subira les conséquences.

Barbara, quant à elle, a été donnée à voir, par l’actrice, comme une fausse calme, au grand sourire souvent, mais qui, lorsque l’on s’oppose à elle, s’énerve vivement. J’ai trouvé que l’actrice parvenait vraiment bien à faire ressortir la colère du personnage, autant que sa joie quand tout se passe bien. Je me souviens bien de la mine stressée que donnait l’actrice à Barbara, elle souriait, mais fronçait les sourcils en même temps. Ce personnage connait aussi une évolution, d’abord, c’est la cheffe, elle contrôle Jessica, rien ne peut, au premier abord, l’atteindre. Elle veut, certes, briller, mais se repose sur ses amies, son pilier, pour oublier sa peine. Au commencement, lorsque Pauline lui annonce sa volonté de se découvrir par elle-même, elle sent qu’elle perd le contrôle de la situation, mais garde la tête haute, et se contente d’esquiver les demandes d’écoute de Pauline. Mais, de fil en aiguille, Barbara perd patience, elle est empreinte de jalousie, Jessica lui échappe, et Pauline tente de réaliser son rêve, être dans la lumière, sortir de la boucle infernale de la reproduction de ce qui a déjà été fait. Cette jalousie et cette colère qu’elle retenait, jusqu’alors, en elle, finit par se voir : Barbra explose, hurle, et devient violente jusqu’à l’accès de colère de trop, où elle tue Pauline, et sombre dans les abysses de la prison, anéantissant ses rêves de célébrité et de lumière…

Quant à l’actrice qui jouait Pauline, elle m’a également marquée, et surtout pour sa diction des monologues, qui étaient en fait des récits explicatifs destinés au public. Sa voix était captivante, et ressortait d’autant plus comme elle ne faisait pas de gestes pour accompagner ses propos. Son jeu me semblait vraiment juste, et j’ai beaucoup aimé sa voix lorsqu’elle chantait ses chansons. Elle a également adopté une posture très ancrée dans le sol, très droite, lorsqu’elle jouait ses monologues, ce qui était très intéressant. Elle avait la faculté d’alterner théâtre-récit, et théâtre dialogué de façon impressionnante. Elle semblait même, dès le début, surgir d’outre-tombe, car on pouvait entendre sa voix dans le sombre du plateau avant qu’on ne puisse la voir vraiment. Elle reviendra justement parler après sa mort, et c’est elle qui va ouvrir le mur du fond à la fin du spectacle pour entrer dans une lumière comme cosmique et en même temps très théâtrale. Ce personnage amène donc aussi la réflexion sur ce qu’est l’artiste et sur le mythe de la souffrance et du manque qui est censé être à l’origine du désir de création et de sa nécessité. (Cela ne me serait pas venu à l’idée si vous ne l’aviez pas écrit, d’où le fait que je laisse vos phrases telles qu’elles sont.)

Enfin, les trois actrices avaient un jeu dynamique, ce qui était particulièrement prenant. Seul problème que j’avais oublié de préciser : C’est le volume sonore qui me semblait très bas, parfois, je ne comprenais pas ce que les actrices disaient, ce qui est dommage…

 

Pour finir, nous pouvons nous intéresser aux messages que transmet cette pièce, et ils sont nombreux J’ai déjà parlé de deux messages que j’ai décelés : D’abord, le spectacle alerte quant à la situation climatique préoccupante actuelle, et, plus précisément, quant la crise environnementale lié au capitalisme et à l’injonction sur productive, il alerte sur la surconsommation qui s’amplifie de jour en jour, et qui touche, entre autres, la technologie, qui pourrait bientôt dominer les humains, je pense notamment aux robots qui se veulent être de plus en plus performants. Pourtant, cette société de consommation grandissante a été dénoncée par le passé déjà, je me souviens avoir étudié, lorsque j’étais au collège, la chanson La Complainte du Progrèsde Boris Vian, chanson parue en 1955, le spectacle La Chanson n’est donc qu’une nouvelle alerte qui vient se ranger aux côtés de tant d’autres. Bien que ce soient, selon moi, les deux messages majeurs, j’en ai trouvé d’autres encore. D’abord, la question de « l’éternel penchant de l’humain à la répétition du même » (confère un article de journal que j’ai lu : journal-laterrasse) est soulevée par la question des sosies. En effet, Barbara et Jessica vivent à travers l’univers ABBA, elles ne forment leur vie qu’à travers un groupe de musiquedéjà existant, ce qui gomme leurs individualités, dans une certaine mesure. Elles ne vivent que pour copier ce qui a déjà été fait, ne sont pas dans la création, comparées à Pauline, qui, elle, cherche à façonner de ses propres mains, et cherche à s’individualiser, à être elle-même, et pas quelqu’un d’autre. En fait, Tiphaine Raffier a voulu montrer, dans son spectacle, combien il devient difficile de s’émanciper et d’être soi-même, de d’assumer dans une société du paraitre, encore renforcée avec l’apparition des réseaux sociaux, qui exigent de nous que nous soyons les « meilleures versions de nous-même ». Même le « body positive » ne devrait pas exister, car il montre qu’il y a un problème, que la société a un problème avec les corps qui ne collent pas aux « normes ». Le « body positive » met en scène des corps types jugés laids, mais souvent, cela créé encore plus de complexes… Je pense que la metteure en scène a voulu démontrer cela à travers les personnages torturés, coupés en deux, que sont Barbara, Jessica et Pauline. Le choix des actrices illustre tout cela : Jessica est très mince, et très grande, Barbara, ronde et petite, Pauline n’est pas mince, mais pas ronde non plus, aucune ne colle donc vraiment aux normes de la société, et elles cherchent toutes leur place, elles cherchent à exprimer leur individualité, et c’est une quête complexe, et, dans la Chanson, très sombre.

A ce propos, la chanson SOS du groupe ABBA n’a pas été choisie par hasard, le titre lui-même est évocateur : « SOS », cela peut être dit par Jessica et Barbara, qui cherchent désespérément une solution pour faire revenir Pauline parmi elles, mais cela peut aussi être le SOS de notre monde actuel, qui a besoin d’aide, car on le détruit. Ou alors, cela peut symboliser les personnes, par exemple, les défenseurs de l’environnement, qui n’arrivent à rien seuls, puisqu’ils semblent être une minorité, et ont grandement besoin de l’aide des autres pour arrêter le massacre de notre planète. Si l’on s’intéresse aux paroles maintenant, elles disent :

“Where are those happy days? They seem so hard to find

I try to reach for you, but you have closed your mind

Whatever happened to our love? I wish I understood

It used to be so nice, it used to be so good”

Ou encore…

“You seemed so far away, though you were standing near

You made me feel alive, but something died, I fear

I really tried to make it up, I wish I understood

What happened to our love? It used to be so good”

Ainsi, ces paroles peuvent s’appliquer à Barbara et à Jessica, qui, autre fois, partageaient une amitié qui semblait indéfectible avec Pauline, mais qui maintenant, les a abandonnées. Barbara et Jessica sont donc nostalgiques des moments d’autrefois, où Pauline était encore de tout cœur, avec elle. « Something died » peut aussi faire référence à Pauline, qui finit tuée par son ancienne meilleure amie.

Cette pièce apporte aussi un léger message d’espoir à travers le personnage de Jessica, qui, étant jeune et même adulte, a souffert de la cruauté de ses semblables, parce qu’elle ne rentrait pas dans les normes de la société, mais qui, une fois Pauline morte, et Barbara en prison, s’est émancipée, et est devenue riche et célèbre, contre toute attente.

La Chanson apporte aussi une réflexion sur l’artiste. Je ne peux que penser à mon sujet de HLP dans la branche philosophie, qui était : L’artiste est-il plus sensible que les autres à la beauté du monde ? Je ne vais pas plaquer ma dissertation ici pour autant, mais je vais simplement retranscrire ma définition de l’artiste, puisqu’elle a été jugée bonne par mon correcteur : « L’artiste est essentiel au monde. Que serait le monde sans les apports que nous donnent les artistes ? Serait-il seulement possible de parler de la notion de « culture » sans eux ? L’artiste désigne celui qui crée. Le mot « art » est présent dans le nom commun « artiste ». Ainsi, l’artiste serait celui qui fait de l’art, à sa façon, personnellement. Il peut être écrivain, peintre, comédien, ou les trois à la fois. L’artiste est sensible, il possède une sensibilité parfois exacerbée. » Une question dans la pièce est sous-jacente : Faut-il avoir souffert pour devenir un véritable créateur ? Ou encore, doit-on se conformer au système ou cultiver sa différence ? Ce sont des questions difficiles à traiter, qui mériteraient une longue étude, mais en simplifiant, je pense qu’il est inévitable de souffrir pour devenir créateur dans le cadre de Pauline. Nous l’avons dit, elle vit dans une ville pleine de paillettes, et de normes, ou ce qui sort du parfait, dérange, gêne. Ainsi, si elle veut se « désengluer » de la répétition du même, et trouver sa singularité pour créer, il lui faut passer par la souffrance, et se détacher de ses amies était déjà un premier grand pas. Si elle n’avait pas été tuée, peut-être aurait-elle pu s’inspirer de ce détachement douloureux et difficile pour créer. Cela dit, si je sors du cadre de la pièce, je pense qu’il n’est pas nécessaire d’avoir souffert pour devenir un véritable créateur, je suis sûre que les simples expériences positives de la vie peuvent suffire. Un beau paysage que l’on peut contempler peut par exemple nous inspirer un beau poème, ainsi, nous deviendrions des écrivains, certes, en herbe, mais des écrivains tout de même. Pour la deuxième question, il est difficile, je pense, de ne pas se conformer au système, simplement à cause du fait que nous sommes nés dans ce système, et qu’il semble difficile de s’en défaire complètement. Mais j’aurais aussi tendance à dire que cultiver sa différence est l’une des meilleures choses qui soit ! Prenons l’exemple de Jessica, elle qui n’a jamais été considérée car différente des autres, a su cultiver sa différence, pour finalement en faire sa force, et son atout !

 

La pièce invite, pour finir, à réfléchir à l’amitié, à la sororité. Sommes-nous prêts à accepter l’altérité, la différence dans nos relations humaines ? Cherchons-nous au contraire le même, la fusion identitaire ? C’est une question que j’avais soulevée dans ma tête à la suite du spectacle, je ne sais même pas pourquoi je ne l’ai pas mise tout de suite dans mon analyse ! Dans le cadre de la pièce, il est clair que les trois filles recherchaient et aimaient leur ressemblance, elles vivaient pour la même chose, pour la seule et unique ! Mais, lorsque que Pauline a voulu tracer son propre chemin, ce fut le drame : Jessica, et surtout Barbara, étaient sidérées, en état de choc face à cette information. On peut alors se demander sur quoi repose en fait l’amitié. Qu’est-ce que la véritable l’amitié ? On attend généralement d’un ami qu’il nous tire vers le haut, pour atteindre la meilleure version de nous-même (tenez, encore une norme de la société !), mais ici, alors même que le groupe semblait être inséparable, plein d’amour et de compréhension, Jessica et Barbara n’ont pas soutenu leur amie, ont préféré ignorer le « problème », qui n’en serait pas un dans ma définition de l’amitié. Alors, je pense que la notion d’« amitié » dépend de la notion de chacun. Certains, par amitié pour l’autre, acceptera tout, parfois trop, quand d’autres seront récalcitrants à l’idée qu’un ami pense différemment, ou agisse différemment de sa vision des choses ou actions qu’il juge bonnes.

 

Ainsi, cette pièce est éclairante sur le monde dans lequel nous vivons, et que nous torturons pourtant. Cette pièce alterne les modes de jeu et les registres, ainsi que les monologues et les moments silencieux, mais qui disent pourtant beaucoup de choses. Tiphaine Raffier l’a transformée en cri d’alerte, qui prend une saveur de plus en plus tragique à mesure qu’on regarde le spectacle.

 

Mon avis sur la pièce

J’ai trouvé ce spectacle intéressant, et particulièrement pertinent quant aux messages qu’il transmet. Le théâtre étant un lieu fréquenté par des publics différents, que ce soient par des scolaires ou des connaisseurs, je pense que c’est un bon lieu de transmission, et qu’un spectacle de ce type y a tout à fait sa place. Le jeu des actrices m’a beaucoup plu, comme je l’ai fait comprendre précédemment, leur jeu était juste, et j’ai rarement vu des spectacles où les comédiens étaient tant en osmose les uns avec les autres. Les costumes me semblaient aussi pertinents, et en accord avec le décor plein de couleurs, qui évoque un monde artificiel.

Cela dit, ce spectacle m’a aussi mise mal à l’aise, il était étrange et surprenant, peut-être parce qu’il a eu l’effet d’une bombe sur moi, car il reflète un peu trop bien le monde dans lequel nous vivons, la réalité des choses, bien que ce spectacle ne semble pas totalement réaliste au premier abord. Maintenant que j’ai dit cela, je n’arrive pas à développer pourquoi ce spectacle m’a dérangée, c’est un ressenti, et j’ai du mal à mettre des mots dessus. Je vois une seule chose que j’arrive à exprimer, mais maladroitement sûrement : J’ai été particulièrement mal à l’aise lors du passage où les trois amies dansent, ou plutôt bougent ensemble en ne faisant qu’un. Comme je l’ai évoqué, j’ai trouvé que ce passage était sensuel, mais sensuellement dérangeant, cela m’a semblé malsain. Pourtant, je suis ouverte d’esprit, et je n'ai aucun problème à voir de la sensualité au théâtre, et même des acteurs nus, comme Eidinger dans Richard III. Mais dans ce spectacle, cela m’a dégoutée, et je sais qu’il en est de même pour beaucoup de mes camarades, comme Mathilda…(Ce quelque chose d’organique, de fusionnel évoque peut-être une trop grande dissolution du moi, comme si le groupe phagocytait, se nourrissait de la singularité de chacun. On perçoit le caractère mortifère d’une telle fusion. J’ai bien compris ce que vous dites, je ne vois pas trop comment l’exprimer autrement que vous, donc je laisse tel quel votre commentaire, mais je suis tout à fait d’accord avec vous. En fait, j’ai l’impression d’avoir vu du cannibalisme intérieur dans ce spectacle.) Une autre chose m’a mise mal à l’aise : ce sont les gémissements que poussait parfois Barbara. Je riais nerveusement à chaque fois, et m’insurgeais, car je ne comprenais pas ce qu’ils faisaient là. ( Comment les as-tu interprétés ? c’est cela qui important. Ils ne sont pas gratuits. Ils en disent long sur la jouissance de Barbara et sur les pulsions qui animent ce personnage. Justement, c’est bien là mon problème. Je ne vois plus ce qu’ils faisaient là, et mon esprit a préféré oublié le contexte de ses gémissements, donc je n’arrive pas à m’y pencher plus avant, je m’en excuse… Je crois que mon cerveau a paniqué, je pense que c’est une réaction de mon subconscient, mais je ne peux pas aller plus loin.) ( Le spectacle suggère que la vie affective de Barbara, sa vie sexuelle n’existe pas en dehors du groupe et chaque fois qu’elle exerce un pouvoir de domination, qu’elle connaît un moment d’emprise sur le groupe dans le cadre de leurs répétitions, elle émet des cris de jouissance, elle lâche prise.C’est une idée de mise en scène ou une proposition d’actrice tr-s très forte pour montrer combien Barbara est dirigée par ses pulsions.)

J’aurais donc beaucoup aimé ce spectacle si je n’avais pas ressenti une telle gêne à cause de certains partis pris que je viens d’évoquer. Lorsque je vois une pièce de théâtre, mes sentiments négatifs prennent souvent le dessus sur mes sentiments positifs, donc, malheureusement, bien que j’ai aimé le jeu des acteurs, le décor, les costumes et les messages transmis grâce aux chansons de Pauline ou encore grâce aux parallèles établis avec le magasin « Nature et Découverte » ou l’utilisation de la vidéo, je n’ai pas trop aimé ce spectacle, qui était trop étrange et embarrassant pour que je l’apprécie vraiment.

 

 

Excellent travail particulièrement fouillé 19/20