mercredi 29 novembre 2023

Cours du mercredi 29 novembre: scène de l'investiture de Richard ( Acte III scène 7)

 analyse approfondie en complément de ce que nous avons mis en lumière en cours

La scène de l’investiture de Richard ( Acte III scène VII) est centrale dans la pièce, faisant basculer Richard du côté du pouvoir établi. Les deux metteurs en scène en font deux usages très différents, mais dans les deux cas, le public est particulièrement sollicité.

Cette scène prolonge celle de la confrontation avec Lady Anne sur le thème du pouvoir de la parole, voire carrément de la feinte. En effet, les deux mises en scène exposent des mises en scène de prise du pouvoir et recèlent en ceci un aspect métathéâtral.  Les deux mises en scène permettent d’interroger la théâtralité de la prise de pouvoir dans la pièce.

La mise en scène de Thomas Jolly demeure purement théâtrale dans cette scène, sans l’usage de procédés filmiques observables assez souvent ailleurs dans la pièce.( Videos de retour en arrière etc)

 Filmage

Les deux captations font usage de plans larges sur l’ensemble de la scène, ou encore de gros plans sur les réactions des personnages. Dans la mise en scène française, une caméra fixée sur l’un des balcons permet d’observer la belle salle à dorures de l’Odéon, alors éclairée, comme le montre également une caméra positionnée depuis la scène. Le même type d’angle est utilisé dans la captation d’Avignon ( Ostermeier), mais ne découvre qu’une seule des allées (celle du jardin), par où le Maire et Stanley arrivent et repartent.

Principale différence : dans la mise en scène allemande, des plongées nous mettent tantôt du côté de Richard, observant les citoyens depuis son balcon, tantôt du point de vue des citoyens dirigeant leur regard vers le perchoir de Richard. Contrairement à la mise en scène française, Richard passe toute la scène sur la passerelle.

Espace scénique

Tout l’espace théâtral est mis à contribution, aussi bien chez Thomas Ostermeier que chez Thomas Jolly. Dans la mise en scène du premier, le Maire et Stanley arrivent et repartent par le public. Si le même choix est fait dans la mise en scène de Jolly concernant l’arrivée du Maire et de Ratcliffe  (à qui est donné une partie du texte de Buckingham), le balcon sert en outre au personnage de Catesby, se trouvant alors au milieu des spectateurs.

Les deux mises en scène font bien sûr l’usage de la verticalité, grâce à la structure métallique permanente de Jan Pappelbaum dans le cas de la mise en scène allemande, grâce à une structure mobile dans le cas de la mise en scène française. Sous le balcon où Richard viendra ficher la croix, on découvre quatre portes métalliques réfléchissantes au-dessus desquelles a été inscrit en blanc « Crosby House » en écriture gothique marque de fabrique de la piccola familia.

La volée d’escaliers faisant communiquer scène et salle est empruntée par le Maire, mais celle de Thomas Jolly a été ornée d’un tapis rouge, que le comédien nomme (« red carpet ») pour s’en gausser. Notons également que dans cette même mise en scène, la structure mobile disparaît subitement avant la fin de la scène.

 Personnages

Le Richard de Thomas Jolly n’a pas encore changé de costume, il ressemble toujours à une chimère mi-humaine mi-animale, tandis que le Richard de Lars Eidinger, en fin stratège, est passé de la veste à paillettes au très sage col roulé plus rigoriste.

Les deux maires sont bedonnants mais celui de Thomas Bading chez Ostermeier a une démarche empesée qui lui donne le plus grand mal à chacun de ses mouvements.Il donne l’impression de ne pas être en bonne santé et d’être anxieux, il s’essuie souvent avec un mouchoir. Celui de la mise en scène française porte un chapeau haut de forme à bord orné de passementerie et un gros nœud rose enserre son ventre. Il est beaucoup plus fébrile mais aussi imbu de lui-même. ( Cf le Maire dans Le Dragon.)

Le Catesby de Jolly porte une sorte de pelisse noire, qui peut évoquer l’univers des mangas,comme d’ailleurs ses cheveux blonds en épis, tandis que le Catesby allemand arbore une chemise blanche sous un costume noir austère mais classique. Le Buckingham de Jolly ne détonne pas d’avec le reste des comédiens : veste en cuir avec chaînettes et épaulettes. Celui de Ostermeier est tout de noir vêtu, de la veste au pantalon en passant par la chemise.

Au milieu de tous ces costumes réalistes et contemporains, les deux robes de bure à capuchon des prêtres de Ostermeier font référence au Moyen Âge.

 Lumières

Dans la mise en scène de Thomas Jolly, l’impression de semi-pénombre demeure, malgré les dix spots blancs allumés autour de la structure mobile. L’espace baigne dans une lumière bleutée que ne viendra contredire que l’éclairage sur les spectateurs.

La mise en scène de Thomas Ostermeier joue à l’envi avec l’apparition et la disparition de la façade en pisé. Autant elle avait disparu durant la scène de Lady Anne, autant ici le balcon s’avère largement éclairé, ainsi que l’aire de jeu. Le tapis oriental disparaît dans l’ombre au profit d’un éclairage rougeoyant à l’avant-scène, que le contre-champ sur les citoyens permet de découvrir.

Accessoires : Dans les deux propositions, un livre identifiable comme la Bible se retrouve entre les mains de Richard. Celle de Thomas Jolly est ornée d’une croix qui semble faite d’un simple sparadrap, tandis que la croix dorée de la version allemande permet un jeu comique.

Une grande croix trouve en plus son usage dans la mise en scène française, tandis qu’un mouchoir sert à éponger la sueur du maire, et que le chapelet d’un des deux prêtres souligne l’imagerie religieuse présente dans la scène.

 Codes de jeu :Comme pour le reste de la mise en scène, celle de Thomas Ostermeier favorise le réalisme et la compréhension, pour le spectateur, des motivations des personnages. Ici cependant, un écart avec le reste de la pièce est remarquable et prendra la forme d’un jeu grotesque et volontiers comique de la part de Lars Eidinger, tandis que les autres personnages demeurent sérieux.

Chez Thomas Jolly, le jeu farcesque l’emporte avec le Maire et quelques répliques de Richard, tandis que le reste du régime de jeu oscille entre le plaisir du grotesque et la déformation volontaire. ( Meeting politique, stand up avec chauffeurs de salle etc)

 Rapport au texte : modifications.

Dans le texte de Shakespeare, de simples « citoyens » sont mentionnés (acte III, scène 7, Gallimard, 2008, p. 235, vers 55-94). À partir de cette indication scénique, Thomas Jolly a fait le choix d’utiliser le public pour figurer ceux-ci, tandis que Thomas Ostermeier, toujours soucieux d’économie et d’efficacité, a utilisé le personnage de Stanley (joué par Christoph Gawenda) pour accompagner le Maire. Il est assez fidèle en ceci au principe shakespearien : « divisez un homme en mille », comme le réclame aux spectateurs le prologue d’Henri V (traduction de François-Victor Hugo, in Œuvres complètes de Shakespeare, Paris, Pagnerre, t. 3, « Les tyrans », 1866).

Ajoutons enfin que Ratcliffe, chez Jolly, joue une partie du texte de Buckingham, afin de multiplier les « supporters » de Richard, ce qui procède du choix inverse de celui de Ostermeier. En effet, le metteur en scène français accroît le nombre de personnages, ne mettant pas « en œuvre les forces de vos imaginations » (toujours le chœur liminaire d’Henri V).

Il est assez frappant de constater que la mise en scène de Thomas Jolly ne fait aucun usage du son pour cette scène, en dehors des applaudissements du public et de ses cris. Cependant, le triomphe de Richard se traduira par la suite par une scène ajoutée de concert rock.

À l’inverse, chez Thomas Ostermeier, trois moments sont furtivement soulignés par des cloches : celui de l’entrée et de la sortie de Richard flanqué de ses deux prêtres, chantant et psalmodiant de surcroît, puis, entre les deux, le départ des citoyens, comme si Richard avait trop tardé à les rappeler et que « l’horloge [lui] reproch[ait] le temps perdu » (comme le dit Olivia dans La Nuit des rois).

Relisez le tout début de la scène 7 de l’acte III.

 Pourquoi les deux mises en scène utilisent-elles la verticalité ?

Le choix commun des deux mises en scène trouve son origine dans une didascalie interne dans la bouche de Buckingham s’adressant alors à Richard : « Allez, montez à la galerie, le Lord Maire frappe à la porte » (p. 235). Dans le théâtre élisabéthain, comme on l’a vu, la verticalité était permise par l’upper stage. Rien d’étonnant non plus que dans une scène de pouvoir, celui qui s’apprête à s’en emparer se tienne symboliquement au-dessus de ceux qui veulent le lui donner. De surcroît, Richard fait croire qu’il s’adonne à des prières : quoi de mieux que de se rapprocher du ciel dans ce cas-là ? Surtout que les deux mises en scène joueront de cette hauteur : Thomas Jolly y apportera bruyamment sa croix, comme après une montée toute symbolique au calvaire, tandis que Lars Eidinger regardera parodiquement le ciel à la recherche de la présence divine.

La communication entre la scène et la salle demeure un autre point commun entre les deux mises en scène : le Maire est un relais de nous-mêmes sur la scène, par sa crédulité – qui est aussi la nôtre.

Reconnaissez-vous des acteurs déjà vus dans un autre rôle dans la mise en scène de Thomas Ostermeier ? Même question concernant la mise en scène de Thomas Jolly.

Thomas Ostermeier a délibérément choisi peu d’acteurs, car il voulait qu’ils soient tous pareillement impliqués dans ce spectacle. Cela aurait été impossible avec des acteurs jouant seulement cinq minutes pour un spectacle de 2 h 30. Aussi, Thomas Bading, qui jouait précédemment le roi Édouard joue-t-il dans notre scène le Maire, idem avec Christoph Gawenda, qui jouait Clarence et joue à présent Stanley. Robert Beyer joue les apparitions hiératiques de Margaret, mais également Catesby, l’un des exécutants de Richard. Les deux prêtres sont Sebastian Schwarz, par ailleurs le malheureux Hastings et le féroce Ratcliff, tandis que Laurenz Laufenberg joue aussi le fils de la Reine et manipule un des enfants-marionnettes. Pour changer ainsi de rôle, les acteurs portent costumes, perruques et accessoires les métamorphosant. On peut noter leur prouesse et le jeu amusant avec les signes distinctifs (catogan, lunettes démodées, etc.).

Dans le spectacle de Thomas Jolly, l’actrice Flora Diguet (Lady Anne) incarne cette citoyenne sans doute assassinée hors scène,qui vient s’opposer au choix de Gloucester comme Roi tandis que Damien Avice était précédemment Clarence et Sir James Blunt par exemple. Les acteurs de la compagnie passent ainsi d’un rôle à un autre. Remarquons enfin que les prêtres sont transformés en nonnes chez Jolly avec tout ce qu’elle speuvent connotés d’érotisme et de lascivité.

Que vous évoque le costume du Maire chez Thomas Jolly ? Quels costumes peuvent sembler également décalés par rapport aux autres dans la mise en scène de Thomas Ostermeier ?

Le choix des costumes s’avère très différent d’une mise en scène à l’autre : à la contemporanéité classique des costumes de Florence von Gerkan répondent le gothique et punk des costumes de Sylvette Desquet et Fabienne Rivier. Les uns nous renvoient à notre propre « ici et maintenant », interagissent avec notre vision contemporaine du monde, pour des raisons éthiques et politiques, tandis que les autres nous projettent dans une contre-utopie cinématographique et futuriste. À ceci près que les robes de bure, chez Thomas Ostermeier, jurent avec l’ensemble et semblent sorties d’une ancestrale malle aux costumes, permettant de souligner la mise en scène de Richard, la supercherie, la théâtralité de la feinte. D’autant que les faux prêtres vont passer leur temps à faire le signe de croix dès que le mot « dieu » est prononcé, ce qui relève de la pure mise en scène de sa religiosité par Richard.

Chez Thomas Jolly, c’est le Maire qui semble remplir cette fonction avec son attirail de cabaret (chapeau haut de forme et nœud rose), sans parler de son commentaire sur son propre costume (« Qui a dit œuf de Pâques ? » et « Si vous croyez que j’ai choisi mon costume ! »), instaurant une communication directe avec le public.

Intéressez-vous seulement à la bible. Quel jeu occasionne-t-elle dans ces deux mises en scène ? 

Notons que c’est dans la bouche de Buckingham, véritable ordonnateur de cette scène d’intronisation, que se trouve la didascalie interne : « Et voyez, il tient un livre de prières à la main, /Vrais ornements pour connaître un saint homme » (p. 239). Aussi semble-t-il difficile de s’en passer sur scène. Les deux mises en scène en font un traitement irrévérencieux, produisant amusement ou franc comique. Chez Thomas Jolly, Richard s’en sert furtivement d’éventail et la croix semble faite de sparadrap, comme s’il avait saisi le premier livre qui lui était tombé sous la main et qu’il l’avait orné tout aussi rapidement d’une croix de fortune. Le comble de la satire religieuse pourrait sembler atteint si la mise en scène de Thomas Ostermeier ne poussait pas le rire du public à son paroxysme avec un gag ostensiblement souligné par Lars Eidinger : un des prêtres, en l’occurrence Laurenz Laufenberg, tient la bible à l’envers et Richard s’en aperçoit exactement sur la réplique « à quoi bon sans cela vivre dans un pays chrétien ». Il la lui remet à l’endroit en lui jetant un regard appuyé presque amusé. Notons au passage que la réplique ne manquait sans doute pas de piquant au moment où Shakespeare écrivait, puisque Henry VIII, père d’Élisabeth, alors sur le trône, avait transformé son pays en défenseur du protestantisme, sous la forme de l’anglicanisme. Mais revenons à ce jeu de scène : ce que l’on voit ici, c’est une sorte de commentaire de la mise en scène de Ostermeier sur la mise en scène de Richard, tentant de soigner sa religiosité – mais rien n’y fait, le monde est sens dessus dessous, « hors de ses gonds » comme dit Hamlet, repris par Ostermeier pour commenter Richard III.

Sur le plan dramaturgique, ces signes comiques et franchement drôles racontent la même chose : la religion est un subterfuge, Richard sait se conformer à l’image attendue de lui et le décalage comique, enfin, apparaît comme une dénonciation de l’intelligence manipulatrice du personnage.

Comparez Buckingham dans la mise en scène de Thomas Ostermeier et le Maire dans celle de Thomas Jolly. Que pouvez-vous en dire ?

Pour Thomas Ostermeier, Buckingham apparaît comme un formidable assistant à la mise en scène – le metteur en scène étant Richard lui-même. En effet, c’est lui qui suggère à Richard de refuser la couronne, de jouer la « vierge » et de paraître en pleine prière. Bref, il nomme tout ce que fait Richard depuis son balcon et oriente la vision que les citoyens peuvent avoir de lui : il impose une image et maîtrise le tableau. Fin stratège, son rôle est central dans la pièce : c’est sans doute d’ailleurs une des raisons pour lesquelles l’acteur Moritz Gottwald ne joue que ce rôle-ci. Observons bien son jeu : il semble tout du long extrêmement inquiet. En effet, en tant qu’assistant à la mise en scène, il ne semble pas du tout certain que son plan fonctionne auprès des citoyens. L’acteur s’inscrit en contrepoint nerveux du jeu comique ou attentif de Lars Eidinger. La scène apparaît alors comme tendue entre deux pôles qui créent une tension particulièrement intéressante, entre le sérieux conseiller et l’homme de pouvoir qui jouit, enivré, de sa prise de pouvoir progressive. Mais Ostermeier introduit aussi une théâtralité originale en faisant monter Buckingham à la force des bras vers la coursive en se hissant au mat chinois, action qui devient le symbole de l’énergie qu’il met à vouloir faire élire Richard, car quand il aura obtenu son revirement , la descente se fait d’une traite. ( On peut aussi interpréter ce jeu comme le signe que Buckingham est le « singe » de Richard, son serviteur zélé.)

Dans la mise en scène de Thomas Jolly, le rôle de Buckingham est beaucoup moins central, puisque son texte est même en partie attribué à un autre. Mais le personnage du Maire s’y montre plus important que dans la mise en scène de la Schaubühne. En effet, il est celui qu’il faut convaincre et qui entre le plus en communication avec le public. Néanmoins, c’est un fantoche ridicule, cédant à la menace de Buckingham et Richard quant à la date de couronnement et fêtant l’investiture telle une caricature de cartoon (bras en couronne au-dessus de la tête, levant alternativement ses pieds). Le choix de Jolly n’est pas celui d’un traitement vraisemblable, politique et sérieux de la fable shakespearienne, mais l’occasion d’un jeu de théâtre, qui piège les spectateurs, alors enclins à accepter voire à cautionner l’inacceptable, la montée au pouvoir d’un tyran potentiel sanguinaire. Le public est invité à s’interroger sur la démagogie de Richard et sa théâtralité.

Quelle place est donnée au public, entre adhésion et distance, dans ces deux mises en scène ?

Les deux mises en scène n’entretiennent pas le même rapport au public : dans celle de Thomas Ostermeier, le public rit des clowneries de Richard, car l’on voit poindre la performance comique et amusée du personnage, effectuant un va-et-vient très brechtien entre le Richard qui s’efforce de paraître religieux et le Richard conscient de sa feinte – à moins que l’acteur Lars Eidinger lui-même joue à jouer Richard qui joue à jouer le personnage religieux et dévot ; comme si Lars Eidinger, de façon très brechtienne, commentait les actions de son propre personnage. Tandis que la mise en scène de Thomas Jolly recherche en apparence notre adhésion à cette investiture, puisque nous sommes invités à applaudir et remuer fanions ou écharpes.

Comparez les deux Richard et reliez votre analyse à une dramaturgie plus globale.

Dans la mise en scène allemande, Lars Eidinger s’en donne à cœur joie dans le jeu grotesque : il psalmodie un faux latin, regarde le ciel en direction de dieu alors que c’est son homme-lige qui l’appelle en bas, se lèche ostensiblement le doigt pour tourner la page de son missel et garde sa langue sortie, feint de partir en faisant du surplace tel un personnage de cabaret. Le Richard « religieux » accueille avec une profonde sincérité les propos de Buckingham, puis il rompt une seconde après avec cette image pour redevenir ce Richard cabotin, et drôle (et en dehors de notre scène, parfois pathétique) qui n’a l’air d’être lui-même qu’avec le public. Cette scène s’avère la plus drôle de toute la mise en scène de Thomas Ostermeier, et ce n’est pas pour rien que c’est une de ses scènes préférées. Elle témoigne à la fois d’un sens comique et revêt une forme de morale politique fort contestable (feindre la modestie pour réussir sa prise de pouvoir), puisque Ostermeier écrit : « On peut être heureux que les hommes politiques ne lisent pas trop bien Shakespeare pour s’inspirer de cette scène ! » (The Theater of Thomas Ostermeier, Peter M. Boenisch, The Routledge, 2016, p. 195). En effet, Richard y témoigne d’une habileté qui séduit même le public. Tout le projet de la mise en scène semble s’y trouver : « Le public ne doit pas se sentir moralement supérieur à Richard » (ibid., p. 207).

Chez Thomas Jolly, la scène est également franchement comique et l’une des plus réussies :  le metteur en scène s’autorise de petits moments d’improvisation. Il cherche surtout à faire du public son complice, comme lorsqu’il termine la scène par un « Bien joué ! » cabotin, pouce en l’air. Ce que cette scène montre finalement, c’est la spectacularisation de la vie politique, avec son lot de personnages théâtraux et fantoches.

 

 

 

"Monstre" de Notre Richard fait le lundi 27 novembre

 

Compte rendu filage

Monologue Milla : début de Richard III en anglais

-          Milla derrière le pupitre

-           le reste en chœur autour d’elle, regards vers le public surtout et parfois vers elle en suçant notre pouce.Changement d'attitude: peur sur But I

-          A la fin tout le monde se lève en se métamorphosant en Richard sauf Fiorelle qui reste ( Gloucester Henry VI)

-          Ondine et Pauline vont à jardin à la table

-          Mathéo ( devenu Edouard) et Flavie( devenue Elisabeth) sur le canapé

-          Tout le reste va faire la fête au lointain à cour

Monologue Fiorelle :

-          Orianne ou Fiorelle donne le manteau en cuir à Ondine puis repart faire la fête

Monologue Ondine :

-          Autres dansent

-          Ondine parle ( et désormais)àarrêtent de danser

-          Recommencent  à danser

-          Ondine (mais moi) à arrêtent définitivement de danser

-          Ondine finit son monologue à cour/ canapé

-          Puis retourne danser avec les autres

Monologue Pauline :

-          Sur la table

-          Fin àse couche sur la table

Scène Lady Anne :

-          Fiorelle arrive en Lady Anne

-          Tous suivent Fiorelle en mur

-          Flavie se lève du canapé et se place derrière la ligne

-          Fiorelle (allez maintenant) à la ligne vient porter la table et sort à jardin à la 2eme réplique de Richard

-          scèneLady Ann /Richard

-          Lady Anne sort a jardin

Monologue Flavie :

-          Miroirs entrent de jardin à (je veux faire la dépense d’un miroir)

-          (mais avant) miroirs partent jardin sauf Mathilda

-          Flavie part à jardin à la fin

-          Pauline s’assoit sur la canapé

Scène commune : acte III

-          Ondine s’assoit a la table

-          Mathilda (Gatsby) vient derrière la canapé

-          Pauline( Richard) et Ishaana( Buckingham) sur canapé

-          Prêtre, Hastings ( Mattéo puis Milla), Poursuivant d’arme, messager ligne à jardin

-          Gatsby va à la table

-          Scène Richard

-          Pauline part a cour

-          Scène ligne

-          Changement Milla/Matéo (les alliés de la reine)

-          Matéo part a jardin

-          Scène conseil

-          Fin de scène

-          Mathilda met le pupitre au centre àscène greffier

-          Mathilda sort à cour

-          Sort : Fiorelle, Milla, Matéo à jardin

-          Scène 5 acte III

Monologue Ishaana :

-          Fin je donne la veste de Richard à Matéo à la table

Monologue Matéo :

Monologue Mathilda :

-          Arrive de cours prend la veste à Matéo

-          Les autres arrivent sur le plateau et se placent en quinconce derrière Mathilda ( Richard)

-          Cherche un « tambour » derrière la canapé

-          « Boum boumboum » tout le monde tourne sur soi-même

-          ( un cheval, un cheval, mon royaume pour un cheval)  dite par tous

-          Tout le monde tombe

Fin

 

 

mardi 28 novembre 2023

Qu'est-ce que jouer par et pour le comédien Michaël Lonsdale

 

Jouer, c’est jouer avec la présence du public qui réagit directement par des pleurs, du silence, des rires. C’est comme si vous racontiez à quelqu’un qui est là une histoire. C’est magnifique. Certains soirs avec Madeleine Renaud, quand on jouait « L’amante anglaise », il y avait des temps comme les aimait Claude Régy où le public ne bronchait pas, entièrement suspendu à ce qui se passait. Face à ce public qui regarde bien, qui écoute bien, vous osez faire des choses que vous ne feriez pas avec une salle qui bouge, moins attentive. Le public, tous les soirs, est un monstre à plusieurs têtes. Il y a une personne là, mais elle a dix, quarante, cinquante, cent, deux cents, parfois mille têtes et c’est pourtant un cœur à cœur.
Un professeur de lettres disait : « Quand mes élèves m’écoutent bien, ça me rend plus intelligent… » Quand on sent une écoute qui est d’accord avec vous, vous osez aller plus loin.
Un acteur prend le rôle qu’il est capable d’exprimer. Un bon metteur en scène choisira des gens pour jouer tel timide, ou tel violent, selon la nature du rôle. Pour un bon acteur, on dit qu’il faut une rencontre à mi-chemin, ce qui veut dire qu’il ne faut pas que le rôle devienne vous, qu’on ne voit plus que vous, comme certains acteurs qui jouent à peu près tout pareil, et il ne faut pas non plus que le rôle vous envahisse au point que vous n’êtes plus vous-même. Il faut donc apporter votre vie, votre sensibilité et votre rythme, votre vision du personnage.
Il faut inventer tous les jours. Ne pas faire systématiquement les mêmes gestes, les mêmes effets, comme on dit. Quel terrible mot ! Des fois les gens rient à telle ou telle réplique ; alors à force l’usure s’installe et on a tendance à rechercher l’effet un peu mécaniquement. Cela devient beaucoup moins drôle. Enfin, c’est tout un art.
J’ai vaincu ma timidité. C’est un lieu où il faut s’exposer. Un acteur doit se montrer au-delà de ce que l’on voit de lui. Vous parlerez au public, vous lui ferez des confidences que vous ne ferez à personne dans la vie. Et vous montrerez des choses que vous ne montrerez pas dans la vie. C’est donc un dépassement de soi par lequel on se rend compte que l’on est capable de façons de penser complètement différentes. Cela élargit énormément le comportement et on découvre des manières d’être insoupçonnables. On se retrouve brutalement métamorphosé par un rôle. Quand ce sont des rôles de méchants, avec de mauvais sentiments, on s’aperçoit que l’on peut être très agressif.
A force de simuler les sentiments, on finit par bien les connaître dans la vie et on s’aperçoit assez vite quand les gens parlent faux ou sincèrement. On le sent. Il y a un ton, une inflexion, juste un petit déraillement de la voix qui nous fait dire : « Cette personne ne dit pas la vérité ». Il y a des gens qui mentent très bien, puis d’autres non ; mais on sent quand les gens parlent justes, vrais, qu’ils sont eux-mêmes ou quand ils ont un langage fabriqué, tout posé d’avance.
Pour être comédien, il faut avoir une capacité d’observation, d’imitation et être pleinement soi-même quand on est quelqu’un d’autre. La nécessité d’être comédien vient sans doute d’un malaise de vivre, déjà et d’une incapacité d’accepter la vie telle qu’elle est. A travers des personnages, on s’envole, on voyage… « Je est un autre ». Nous sommes plusieurs autres…
Micaël Lonsdale

lundi 27 novembre 2023

séance du 20 novembre

 Avec Serge. manquait Oriane

répétition pour le festival du livre avant le cours.

Echauffement: en cercle, bien souffler, bailler, détendre : faire des tours de tête pour se faire du bien.

Se masser les omoplates en faisant de grands mouvements des épaules, respirer, sourire, rouler des mécaniques, oscillations des épaules pour déclencher du rire, faire travailler le diaphragme, tirer la langue, prendre l'air stupide ouvrir la bouche pour rire franchement.

Bâillement à laisser venir. s'ancrer dans le sol, bailler en tenant la note.

Etirement: fesses dans le sol bras au ciel, garder le dos droit/ ça fait du bien de s'étirer; puis étirer les cotés: souffler, gagner des cm sur l'expiration, accompagner le mouvement en expirant pour lui donner de la profondeur, aller au bout.

Mettre les mains devant comme si on repoussait un mur, puis sur les côtés, repousser jusqu'au bout.

Se relâcher: bras, tronc, tête vers l'avant. expirer, plus vous expirez plus vous gagnez en souplesse. Revenir debout sur une expiration.

Se prendre les chevilles et étirer progressivement les jambes, toujours remonter sur le temps de l'expire.

Etre tonique mais détendu, petit sourire intérieur toujours, ouverts , offerts, prêts

Torsion des bras vers l'arrière mais suivre avec le regard: comme si vous essayez d'envoyer une flèche avec le souffle et le regard.

deux par deux: fléchir les jambes, dos droit: s'envoyer un petit message sur le souffle, pas de coup de tête, mettre du son

En position de tau bras écartés: flèche comme envoyer par une sarbacane.Exercice sur le texte avec cette énergie/ détendu en haut mais gainé, diaphragme qui travaille. Mobiliser les voies respiratoires, toujours sourire.

Position de détente, puis être présents, yeux qui pétillent, rayonner

Serrer les fesses debout, osciller vers l'avant, l'arrière, le côté, tester votre équilibre.

REGARDER LE MONDE EN FACE

Serge veut voir au plateau des gens en dehors, pas enfermés dans un dedans: ouverts, prêts à bondir, pas tendus mais prêts à jouer. Equilibre: prendre la jambe gauche dans la main droite, inspirer souffler fixer un point précis, puis faire la même chose en fermant les yeux.

Bouche fermée, yeux qui pétillent, mots qui veulent sortir mais qui n'y arrivent pas, prendre de plus en plsu d'espace, faire sortir les mots, danser les mots, chanter un bout de vos textes, puis revenir au minimum.

Reprise des scènes chorale sde l'acte III:

Se rappeler que Hastings est comme le président du séant, un personnage très important dans l'Etat qui peut remplacer le Président s'il vient à disparaître, garant des institutions, sûr de lui, persuader que tout va bien, qu'il tient les choses en en main cf ironie tragique.

Chacun doit noter les indications données pour son rôle et surtout les mettre en place pour la répétition suivante.

Travail sur les scènes et monologues.

Chercher des costumes contemporains pour les personnages.

dimanche 26 novembre 2023

Les spé théâtre en lecture au festival du livre 2023

 Bravo à toutes  et à tous d'avoir fait entendre Veiller sur Elle de Jean-Baptiste Andréa, Les Terres animales de Laurent Petitmangin, Une façon d'aimer de Dominique barbérsi et Le verbe libre ou le silence de Fatou Diome.N'oubliez pas de laisser une trace de votre expérience dans le carnet de bord.











jeudi 23 novembre 2023

L'utilisation de la video par Ostermeier dans Richard III ( complément sur la scénographie de Pappelbaum)

 Nous avons vu en cours mercredi 23 novembre qu'Ostermier utilise lui aussi la video dans sa scénographie. En revoyant la captation, vous pouvez noter leur apparition.Voici un complément d'analyse à lire.

Thomas Ostermeier collabore depuis le spectacle Hedda Gabler (2005) avec le vidéaste français Sébastien Dupouey. Généralement, ce dernier est associé aux répétitions dès le début. Pour Richard III, il raconte avoir trouvé difficile son intégration à la mise en scène, en raison de sa noirceur : les costumes en noir et blanc, l’espace très imposant par sa hauteur, son aspect frontal et sa proximité avec les spectateurs. La vidéo est alors apparue comme un moyen d’intégrer de la lumière.

Ostermeier et Dupouey ont choisi comme point de départ la condition physique de Richard, à savoir sa maladie, qui est l’essence même de son personnage. Le vidéaste s’est donc emparé d’imageries médicales à l’échelle microscopique. C’est ainsi que ce qui semble une avancée irrépressible dans un tunnel est en réalité une caméra chirurgicale glissant dans des artères. Ou encore, ce travelling sur ce qui semble être une carte des côtes de l’Angleterre – et qui nous fait alors penser au célébrissime générique de la série Game of Thrones – n’est autre que « des images de cellules cancéreuses qui ressemblent parfaitement à une image satellite de Google Earth » (traduction personnelle, The Theater of Thomas Ostermeier, Peter M. Boenisch, The Routledge, 2016, p. 71). Voilà qui place le spectateur dans du purement organique, faisant écho à l’intérieur du corps souffrant de Richard. Ostermeier veut en effet montrer « comment un personnage vit une situation depuis la perspective intérieure » (Sylvie Chalaye, Thomas Ostermeier, Actes sud, 2006, p. 51) ; il semblerait que cette préoccupation récurrente ait pris ici la forme d’une vidéo au premier abord énigmatique.

La projection d’images vidéo intervient principalement aux changements de scènes, servant d’ellipses. En effet, les pendaisons du frère et du fils de la reine Élisabeth (Rivers et Dorset), ainsi que celle de Hastings avaient été mises en scène par Ostermeier, qui les a finalement coupées quelques jours avant la première. Elles ont été remplacées par des images vidéo de Sébastien Dupouey, figurant un envol d’oiseaux noirs, du brouillard, un ciel tourmenté de nuages, la chute virevoltante des derniers cotillons dorés… Ce qui est passé sous silence prend la forme de ces images non narratives et de ce monde par moment abstrait, produisant un effet d’étrangeté comme pour extraire un instant le spectateur de la fiction, le laisser s’éloigner et s’interroger, avant de reprendre le fil de la narration, incarnée par les acteurs. 

Dans la captation, la vidéo est d’ailleurs mise à l’honneur, car elle occupe alors tout l’écran, faisant disparaître totalement l’espace théâtral. Nous sommes plongés dans un véritable petit film.

Une fois le micro associé à la mise en scène, c’est Sébastien Dupouey qui a amené l’idée d’une caméra intégrée, avec le choix d’un grand-angle. Celle-ci devient alors, comme dans la précédente mise en scène d’Hamlet (2008) par la même équipe, une sorte de journal du personnage principal : il s’y confie. Mais la caméra s’avère plus polysémique qu’il n’y paraît de prime abord : elle devient aussi une métaphore du miroir, quelque peu déformant et ô combien baroque, ainsi que la preuve évidente de la terrible solitude de Richard.

Attention, expliquer l’origine des vidéos vient déranger ce qui était voulu par Ostermeier pour les spectateurs, à savoir ne pas reconnaître immédiatement les paysages ni les objets.

Thomas Jolly utilise lui aussi la video , mais plutôt pour renvoyer au passé en utilisant des scènes filmées dans Henry VI ou pour évoquer la société de surveillance mise en place par son frère Edouard Cf la Tour vue à travers des couloirs filmés par des caméras de surveillance.