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mardi 1 avril 2014

Gêne 2001: pour mieux comprendre Peanuts

Le contexte de l'écriture de Peanuts de Fausto Paravidino:
Voici le documentaire dont nous avons vu un extrait ce matin:
gênes 2001

La bande annonce d'un film de fiction: Diaz un crime d'état
Un interview du réalisateur: Daniele Vicari

Réflexion du philosophe Giorgio Agamben sur ce qui s'est passé à Gênes:

http://laboratoireurbanismeinsurrectionnel.blogspot.fr/2012/06/giorgio-agamben-genes-2001.html




Peanuts (suivi de) Gênes 01
Marqué par la répression sanglante lors du sommet du G8, l'auteur italien Fausto Paravidino livre deux pièces d'une même conscience révoltée.

Fausto Paravidino est né à Gênes le 15 juin 1976. Comédien pour le théâtre mais aussi pour le cinéma, scénariste, traducteur de Shakespeare et de Pinter, il écrit des pièces où il cherche à chaque fois à expérimenter une nouvelle forme dramatique. Peanuts et Gênes 01 traitent toutes les deux d'un même événement, la répression policière qui a frappé les manifestants altermondialistes lors du sommet du G8 qui s'est déroulé à Gènes en juillet 2001. Ces affrontements avaient causé la mort d'un jeune manifestant de 23 ans, Caria Giuliani.
Deux pièces pour parler d'un même sujet grave, mais traité de deux façons totalement différentes. Peanuts est une fiction qui ne fait pas expressément référence à Gênes mais traite plutôt de tout l'environnement culturel qui peut aboutir à de tels événements. La pièce est écrite sur le principe des planches de la bande dessinée Peanuts. Les séquences sont courtes. Buddy a la charge de garder un appartement luxueux pendant l'absence de la famille pour laquelle il travaille comme serveur. L'appartement est représenté par une immense télévision et un grand canapé. Une bande de copains va s'incruster sans que Buddy parvienne à les mettre dehors. L'appartement va subir de nombreuses dégradations. Les scènes sont toutes titrées de façon ironique par des thématiques politiques. Ainsi la séquence " Globalisation et mondialisation " traite du difficile problème de savoir combien se cotiser pour acheter du Coca cola et comment, sous la pression du groupe, ceux qui veulent consommer une autre boisson vont devoir payer plus cher. Une ironie pour mettre en lumière l'absence de conscience politique d'uns partie de notre société, préoccupée majoritairement de consommation. Scène 11, le jeune fils de famille revient et met tout le monde dehors. Puis la pièce bascule. Entre la scène 11 et 12, dix ans se sont écoulés. Toute l'action se déroule dans un commissariat, il n'y a aucune mémoire du passé, il y a seulement les policiers et les accusés. On va assister à une bavure du policier Buddy. La pièce se termine sur une deuxième version de la scène de transition, avec cette question : comment cela pourrait-il se passer autrement ?
Gênes 01 est un récit-témoignage, porté par tout un groupe d'hommes et de femmes d'âge, de culture et de couleur différents. Le texte est présenté comme une chronique personnelle. Fausto Paravidino fait de Gènes un lieu de la tragédie au niveau de Thèbes. “Mais la tragédie est dans le présent, elle ne peut être célébrée comme métaphore et cela implique qu'elle doit être de bout en bout réécrite jour après jour ". En note introductive l'auteur écrit : "Ayant accepté avec la modestie nécessaire l'idée que la version définitive de cette tragédie sera peut-être écrite par les enfants de nos enfants, nous avons choisi de présenter ici non une version présumée définitive, mais une sélection de matériaux sur lesquels nous sommes actuellement en train de travailler, espérant que ces mêmes matériaux pourront être un jour utiles à ces petits-enfants dans lesquels nous remettons nos plus vifs espoirs et auxquels nous demandons pour l'heure pardon. ' Ce théâtre enquête dit un certain nombre de faits terribles à entendre et dénonce un état de guerre. II montre la préparation de Gênes comme une ville en état de siège, la manipulation concernant la mort du jeune homme qu'on a voulu attribuer à un autre manifestant, l'attaque du quartier général du Forum social, avec les violences policières, certaines fascistes au cri de " Vive Mussolini ", le fait même d'inventer un nouveau délit pour poursuivre les manifestants, celui de " participation psychologique ". La liste est longue. Le théâtre de Fausto Paravidino est engagé, militant, c'est comme un cri. Une prise de conscience aiguë, qu'il cherche à faire partager le plus largement possible. Son théâtre, c'est évident, a été bousculé par les événements de Gênes. " Quand tout ceci a-t-il commencé ? C'est difficile à dire. Le moment où nous avons commencé à nous en apercevoir et à nous préoccuper sérieusement s'appelle Gênes. Nous partons de là.“ A suivre très attentivement.

Le Matricule des Anges.

lundi 31 mars 2014

Théâtre" civil": Lina Prosa ( première spé)

Interview de Chiara dans les DNA sur le théâtre civil et Lina Prosa:
http://www.dna.fr/dossiers/2014/03/29/interview-de-lina-prosa

Une oeuvre de Lina Prosa à la Comédie Française:
http://www.comedie-francaise.fr/spectacle-comedie-francaise.php?spid=1129&id=209





http://www.halldeschars.eu/evenement/lina-prosa-projet-plateau-atelier-spectacle/

mardi 25 mars 2014

les personnages de la BD de Schulz ( Peanuts 1ère spé)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Peanuts#Charlie_Brown
Les origines de Charly Brown: un petit docu canadien:
 http://www.watchmojo.com/video/id/10452/


Schulz snoopy CB
Tous les personnages sont clairement expliqués et illustrés par des planches de la BD ici ou là:
http://tecfa.unige.ch/tecfa/teaching/UVLibre/9899/mer005/perpea.htm ( attention orthographe improbable)

http://atelier-du-saphir.over-blog.com/article-les-peanuts-de-charles-monroe-schulz-63222441.html

«Si je devais faire un cadeau à la génération suivante,je lui apprendrais à ne pas se prendre au sérieux.»  

( Charles Monroe Schulz 26 novembre 1922 Minneapolis Etats-Unis– 12 février 2000) Scénariste et dessinateur de bandes dessinées (comic strips)

samedi 22 mars 2014

Théâtre politique et militant ( Première spé)

Voici un article pour situer le travail de Fausto Paravidino dans la mouvance d'un théâtre politique et militant:
http://www.cndp.fr/tdc/fileadmin/docs/tdc_1053_scenecontemporaine/article.pdf

La scène est le lieu d’élaboration d’un discours critique qui peut susciter des spectacles militants et documentaires ou emprunter le détour de la fiction pour parler du monde.

mardi 11 mars 2014

séance du 10 mars Peanuts avec Chiara



Séance du 10 mars : Première séance sur Peanuts avec Chiara.
Présentations réciproques. Discussions à propos de ce que les élèves ont retenu de Peanuts
Projet très différent de Racine, contemporain , avec des ados auxquels s’identifier pleinement, pièce à la fois drôle et terrible, dénonciation de la société consumériste, égoïste. Chacun pour soi et conformisme, incapacité de prendre des décisions collectives, fragilité des liens, retournement possible des « amitiés ».
Questions aussi sur la mise en scène : comment faire puisqu’il y a plus de personnages que de comédiens ?  Suppression de Snappy, autre répartition des répliques. Comment représenter la télé qui est brisée ?
Chiara évoque rapidement Fausto Paravidino, le théâtre italien « civile » qui représente encore une arme de dénonciation sociale en Italie, donne l’exemple de la comédienne censurée pour une émission de Tv sous Berlusconi qui reprend son spectacle au théâtre , le filme et le fait passer sur des écrans géants disposés sur des places italiennes et le public soutient l’initiative massivement.
Chiara demande si les élèves sont prêts à défendre le texte qu’ils vont jouer, est-ce qu’ils  en comprennent bien les enjeux. Réponse :oui.
Découpage du texte avec coupures. Réflexion sur des costumes : jean en bas, T-Shirt de couleur unie et différente en haut, 10 ans après : vestes par-dessus les T-Shirt
TV : carton – fourni par la man de Margaux-dessiné par camarades d’art plastique,  même chose mais brisé, suggestion d’utiliser un film plastique pour faire l’écran et pour donner l’effet de brisure,écran pour projection du lycée, gobelets transparents pour coca, pistolet., sacs de couchage, brosses à dent, matraque ( tester l’effet produit par une matraque de farce et attrape) , théière et deux tasses : apporter les accessoires dès la séance prochaine.
Canapé de la CDE
Parti-pris très BD : observation d’une BD de Schulz, scénettes avec passage au noir entre, création d’un rythme avec ponctuation de regard, d’arrêts sur image, de changement de posture brusque : très précis. Titre des scénettes annoncé à chaque fois par quelqu’un.
Pas de temps accordé à une véritable construction de personnage- peut-être dans le jeu trouver un tic, une marque particulière, tout de suite focalisation sur la mise en scène. Insistance sur la symbolique et la précison.
Démarche de travail : apprentissage du texte pour chaque séance et travail des scènes chronologiquement, s’engager à apprendre les scènes et à travailler sans texte à la main de suite.
Exercices pour que Chiar puisse découvrir chacun et proposer une distribution avec Christine :
Exercice d’impro avec la chaise : Quentin : livre, Cécile : But, Margaux :lit, Estelle : Escabeau, Hélène : haie à sauter, Luca : parapluie, Lionel : tondeuse à gazon etc
Consigne de précision : entrée-climax-sortie
Quentin : valise à la gare, Cécile : pendu, Margaux : déambulateur, Luca :caddy, Hélèce : cabaret, Estelle :bébé, Lionel :couple avec femme qui s’évanouit et meurt.
Trouver les raisons d’entrer, entrer avec un but, trouver le climax et une sortie qui soit une vraie clôture de l’action.
Impro à deux sans concertation :
Importance du concept de « neutre » : se concentrer sur ce que l’acteur doit faire, aucune posture caractéristique, pour créer le temps du passage dans le personnage, le donner à voir au public et aux partenaires : neutre, temps, respire. Code de jeu précis.
Importance aussi de l’écoute de l’autre avec qui on joue, du regard : être attentif aux propositions des autres.
Lionel- Estelle : un magasin de fauteuils
Quentin- Hélène : au bord d’une falaise
Impro à trois : mamans en poussette qui se transforment en auto tamponneuses, policier qui embarque l’innocente : garder conscience de ce qui se joue et qui est intéressant pour le spectateur car moins attendu, moins banal Ecoute !
Exercice de rythme yeux fermés pour faire prendre conscience de l’importance- et de la difficulté- de jouer collectif. En cercle, quelqu’un désigné par une tape sur l’épaule commence un rythme que le groupe doit reprendre , faire évoluer jusqu’à un climax et faire finir quasiment ensemble. Difficile. Tendance à chercher à s’imposer, à ne pas vouloir suivre le groupe, personnalités différentes se dessinent dans le groupe. Apprendre à renoncer à son désir pour créer l’efficacité du groupe par rapport à al consigne donnée . Ecoute et solidarité. ( pas sans rapport avec Peanuts !) Exercice difficile.
Improvisation sans concertation à six sur le thème Nouvelles technologies : accepter les propositions,  faire évoluer ses idées de jeu pour que le groupe raconte une histoire ensemble.

lundi 10 mars 2014

Fausto Paravidino

Fausto Paravidino

 

auteur–metteur en scène
Né à Gênes en 1976, Fausto Paravidino passe son enfance et son adolescence à Rocca Grimalda, village du Bas-Piémont. Il suit les cours d’art dramatique au Teatro Stabile de Gênes et surprend l’Italie par la précocité et l’étendue de son talent. Acteur sur les planches et à l’écran, metteur en scène, traducteur de Shakespeare et de Pinter, scénariste, il est aussi et avant tout auteur de pièces où il cherche chaque fois à expérimenter une nouvelle forme dramatique.
En 1996, il écrit sa première pièce, Trinciapollo qu’il met en scène trois ans plus tard. Suivront Gabriele (en 1998, avec la collaboration de Giampiero Rappa), Due fratelli récompensé des Prix Tondelli 1999 et Ubu 2001, Tutta colpa di cupido (avec la collaboration de Giampiero Rappa et Lello Arena), La Malattia della famiglia M., couronné du Prix Candoni Arta Terme 2000 dans la catégorie œuvre commandée, Natura morta in un fosso (2001). La même année, sur une commande du Royal Court Theatre de Londres où il fut auteur en résidence, il écrit Genova 01, qui expose les tragiques incidents de Gênes survenus lors du sommet du G8 en août 2001. Viennent ensuite Noccioline (traduit en anglais sous le titre Peanuts) et Messaggi. Il écrit aussi pour le cinéma (Texas, 2005), la télévision et signe pour la RAI quelques épisodes de Teatrogiornale, une comédie quotidienne se situant entre chronique et fiction. Due fratelli est publié aux Éditions Clueb en 2001. Gabriele, Due fratelli, La Malattia della famiglia M., Natura morta in un fosso, Genova 01, Noccioline sont parus aux Éditions Ubulibri en 2002. Nature morte dans un fossé a été créé en 2002 à Milan par l’ATIR (l’Association Théâtrale Indépendante pour la Recherche) en collaboration avec L’École d’Art dramatique « Paolo Grassi » dans une mise en scène de Serena Sinigaglia. Plusieurs pièces sont désormais édité aux Éditions de L’Arche.

mis à jour en septembre 2010

mercredi 19 février 2014

Mise en scène de Peanuts par une jeune compagnie suisse

La Cie ÜBERRUNTER (Lausanne, Suisse): http://vimeo.com/56850079

Une étude sur Peanuts

http://theses.univ-lyon2.fr/documents/getpart.php?id=lyon2.2007.hamidi-kim_b&part=136810

entretien avec Fausto Paravidino à propos de Peanuts

Entretien avec Fausto Paravidino

Comment la pièce Peanuts est-elle née ?
Le Royal National Théâtre m’avait fait une commande en décembre 2000. Il était question d’écrire une pièce adressée au jeune public, dans le cadre d’un projet qui s’appelle "International Connections".
Peanuts a été pensée pour un public international, même si, avant même d’être écrite, la pièce avait été choisie par le metteur en scène Sergio Maifredi du Théâtre de la Tosse de Gênes. Je ne voulais ni faire une opération de tourisme culturel, l’auteur italien qui vous montre comment l’Italie est faite, ni de l’autre côté, me déguiser en écrivain britannique. Et puis l’occasion de faire parler des jeunes avec d’autres jeunes était trop savoureuse. Et c’est là que la globalisation intervient. J’ai cherché un modèle de dialogue commun aux deux, moi et eux, et j’ai pensé à la bande dessinée, au langage universel des Peanuts, qui sont comme du Beckett, mais en bande dessinée. Les Peanuts de Schultz sont absolument beckettiens, sauf que, au contraire de Beckett, ils sont populaires. J’ai donc emprunté les personnages de Schultz, je les ai vieillis et je les ai balancés à la caserne de Bolzaneto, où les jeunes, arrêtés par la police qui avait fait irruption dans les lieux, furent soumis à des menaces et à des violences de tout genre. 

Quelle est la correspondance entre les personnages de Peanuts et les personnages de la bande dessinée ?
Dans la première version, les noms des personnages étaient les mêmes que ceux de la bande dessinée dont ils étaient inspirés. Ensuite, pour des raisons de droits d’auteur, on a préféré les déformer, même si certains demeurent très reconnaissables. Le nom de Charlie Brown est devenu, comme Buddy, un nom commun comme par exemple “Mario Rossi” en Italie ou “Franz Schmidt” en Allemagne. Minus est Linus, Schroeder est devenu Schkreker, d’autres sont encore plus transparents, comme Snoopy qui est devenu Snappy ou Sally qui est Silly ou encore Woodstock-Woodschlock, alors que Lucy est devenue Magda. 

Y a-t-il une correspondance psychologique entre chaque personnage de Schultz et son correspondant dans la pièce ?
J’ai essayé de maintenir une adéquation avec le personnage original et dans certains cas j’ai réussi, comme pour Charlie Brown, Sally et Lucy. Avec d’autres j’ai moins réussi, parce que certains personnages de Schultz ont une psychologie qu’on peut retrouver chez les adultes, alors que d’autres restent confinés à l’enfance. Par exemple, il y a de nombreux Charlie Brown adultes dans le monde. Et puis il y a les animaux, par exemple le fait que Snoopy soit un chien a été traduit dans le caractère anarchiste de Snappy, alors que Woodstock se prêtait à toutes sortes d’opérations dramaturgiques à partir du moment où dans la version originale il s’exprime par petits traits et que personnellement je n’ai jamais compris ce qu’il avait à dire. Aussi souvent que possible j’ai tenté de garder les rapports d’amitié et les liens de famille, comme pour Charlie Brown et sa sœur Sally. 

Je me souviens d’avoir lu quelque part qu’à l’origine de Peanuts il y a la constatation que Carlo Giuliani et Mario Placanica, le carabinier qui lui a tiré dessus, avaient le même âge.
C’est une chose qui m’a frappé. Nous sommes bien loin de Pasolini et de ses prolétaires en uniforme de policier. Alors que le jeune assassiné écrivait des poèmes en latin, Placanica, le meurtrier, interviewé à la télé, ne sait même pas aligner six mots d’affilée et c’est impressionnant de savoir que c’est l’Etat qui lui a mis une arme à la main. La tendance actuelle me paraît celle de recréer un monde de classes, et en plus, les pouvoirs de droite attaquent l’état social. J’ai l’impression que c’est celle-là, la droite qui s’avance : une droite pas tellement caractérisée par ses choix autoritaires plus ou moins fascistes, mais par son soutien à une société basée sur le pouvoir de l’argent, une société où c’est la loi du plus riche qui domine, et tant pis pour ceux qui n’ont pas réussi. La vieille Démocratie Chrétienne avait tant bien que mal transformé les italiens en une grande classe moyenne, et là est la vraie question de cette pièce. C’est sur la base de ce processus d’homologation, culturelle et autre, que, à Gênes, ceux qui défonçaient les têtes avec les matraques et les jeunes qui manifestaient, avaient les mêmes chansons en commun. Ce n’est pas un hasard si les musiques de Fabrizio de Andrè, chanteur anarchiste par excellence, étaient diffusées par les enceintes du Palais des sports, transformé, à l’occasion du G8, en une grande caserne. 

Quelle est la fonction des titres des différentes sections ?
Dans leur ensemble, elles constituent une sorte de bréviaire des thèmes de la globalisation. Il fut un temps où on disait que la sphère personnelle est aussi politique. Les sections de la pièce représentent une tentative de mesurer dans la vie de tous les jours les grands thèmes de la politique, et elles en sont aussi une sorte de contre-chant ironique, sans jamais tomber dans la parodie.
En général, le même concept exprimé de manière infantile dans le premier acte, revient dans le deuxième sous sa forme adulte. Mais, alors que dans le premier acte des situations très banales et à « mesure de gamins » correspondent à des titres tirés des grands thèmes de l’Histoire et de la politique, dans le deuxième j’ai attribué des titres inadéquats et sentimentaux à des scènes qui racontent un monde adulte aux traits inquiétants. A cause de leur minimalisme, les titres du deuxième acte ne correspondent pas du tout à la gravité de la situation qu’on raconte, et sont une sorte de message rhétorique et rassurant, dicté par un ordre établi, uniquement occupé à minimiser. 

Prenons des exemples. Au début, la présentation de Buddy paraît sous le titre de Politiques du Travail.
Buddy fait un travail d’esclave et lorsque les autres lui renvoient cette image, il répond par un exercice de rhétorique qui vise à masquer la réalité des faits, tout d’abord à lui-même et ensuite aux autres. C’est la barbarisation en cours actuellement dans le monde du travail globalisé. Il y a eu récemment en Italie, mais peut-être aussi ailleurs, une campagne de recrutement de Mc Donald, un exemple très clair pour expliquer le sens du travail intérimaire. Les affiches montraient des visages souriants de jeunes employés et en dessous de chacun on lisait « futur avocat, futur ingénieur », etc. Ce qui voudrait dire que Mc Donald ne vous promet aucun avenir, et d’ailleurs, qui voudrait d’un avenir chez Mc Donald ? Ce qui n’est pas dit c’est que Mc Donald propose une paie minable et un contrat de six mois, et je doute fortement qu’après une journée de travail chez McDo, on ait suffisamment d’énergie pour mener à bien des études d’avocat ou d’ingénieur. 

Un autre exemple : « Les idéaux là et tout de suite ».
Le thème est incarné par Magda, qui fait des études d’ingénieur seulement pour suivre le désir de ses parents et qui calcule la date probable de leur mort afin d’acquérir sa liberté. C’est l’écart avec ce raisonnement tordu selon lequel dans l’attente d’un avenir meilleur, la réalpolitik suggère d’accepter un présent basé sur le compromis. Sauf qu’après on s’aperçoit que ce que l’on pensait être transitoire se révèle définitif et que la vie est passée dans l’attente d’une occasion qui ne s’est pas présentée. 

« Révolution et nouvelles techniques de lutte politique ».
C’est évidemment un dialogue parodique entre deux personnages, l’un intégré et l’autre animé par un élan révolutionnaire, dominé par l’envie de tout fracasser, mais sans un dessin politique précis. C’est peut-être le moment le plus triste de toute la pièce. C’est l’image des émeutes de Los Angeles, de la révolution argentine, où la population est descendue dans les rues pour manifester, en frappant les cuillères sur les marmites vides, mais personne n’avait dans la tête une véritable alternative politique. 

Quel est le sens de la politique pour ta génération ?
Je précise que je n’ai pas envie de parler au nom de ma génération, entre autre parce que je crains que mes copains et moi n’en soyons qu’un échantillon statistiquement peu représentatif. Je crois qu’il y a actuellement un véritable problème de reconnaissance. Beaucoup de citoyens, et pas seulement ceux de ma génération, ne se reconnaissent plus dans la politique traditionnelle et aujourd’hui, les mouvements contre la globalisation recherchent d’autres lieux et d’autres manières de faire de la politique. Les associations de volontariat sont souvent la réponse à cette envie retrouvée de faire la politique. Mais ce qu’on ressent est le manque d’un projet. Même l’âme verte et écologiste de l’Europe ne bouge qu’à l’intérieur des catégories économiques propres à l’économie de l’exploitation. Au fond, l’Europe ne se différencie des Etats-Unis que par sa timidité, par moins d’arrogance, par un reste de culpabilité, dû, peut-être, à son passé colonialiste. Mais on n’en est pas encore à une inversion de la tendance capitaliste, celle qui mesure les paramètres de Maastricht en terme de croissance du PIB (produit intérieur brut), alors que l’objectif de l’économie mondiale devrait être la réduction du PIB. Je comprends que la crise du marché de l’automobile engendre le chômage, mais en arriver à souhaiter l’expansion perpétuelle du marché de l’automobile nous amènera tout droit à la catastrophe, et pas uniquement à la catastrophe de l’environnement. Je n’ai pas de recettes, je constate seulement le manque d’une idée politique alternative. 

Comment Gênes 01, la commande de la pièce ensuite représentée au Royal Court, est-elle née ?
J’étais en contact avec le Royal Court depuis le stage, et la commande m’a été faite dans le cadre d’une initiative conjointe entre le Royal Court et l’association Human Rights Watch, une sorte d’Amnesty International qui, à cause des violences du G8, avait inscrit l’Italie dans la liste des six pays du monde où il y avait violation des droits de l’homme. Ils ont donc fait une commande d’écriture à un écrivain pour chacun des six pays en question. Gênes 01 est née comme ça, et de toute façon c’est une pièce qui vient après Peanuts et qui retrace les jours du G8 sur le style sec du théâtre-enquête, tel un reportage journalistique. 

Tu étais à Gênes pendant le G8 ?
Non, j’étais à Paris, et le premier jour du G8 j’étais à Londres, au Royal Court, où, en discutant avec un metteur en scène auquel je rendais visite, je disais qu’à Gênes il allait y avoir un gros bordel. Il n’était pas difficile de le prévoir, vu comment les choses avaient été mises en place : la ville militairement occupée par les forces de l’ordre, les huit chefs d’Etat enfermés comme dans une forteresse assiégée, des barricades partout qui encerclaient le centre d’une ville fantôme, et enfin le bruit des hélicoptères en permanence au-dessus de nos têtes… J’avais plein de copains à Gênes et j’étais en contact avec eux pour savoir comment les choses se passaient. 

Quel est le sens du théâtre pour toi ?
C’est un moyen pour communiquer, c’est une occasion pour partager les joies et les douleurs, les pensées et les émotions dans un lieu public.

Extrait d’un entretien réalisé par Alessandro Tinterri
pour le site www.drammaturgia.it
traduction : Valentina Fago

Gêne 2001 de Fausto Paravidino

Présentation de la pièce par un jeune metteur en scène Victor Gauthier-Martin qui l'a montée en 2007


Et aussi:
http://www.youtube.com/watch?v=5WKWO1CL--E

http://www.theatre-contemporain.net/spectacles/Genes-01-2527/ensavoirplus/

Une étude de la pièce: http://www.mediazioni.sitlec.unibo.it/images/stories/PDF_folder/document-pdf/15-2013/boula%20de%20mareuil.pdf

A écouter en version radiophonique par les élèves du TNS:
http://fictions.franceculture.fr/emission-fictions-theatre-et-cie-genes-01-de-fausto-paravidino-2011-05-01.html#