jeudi 15 septembre 2022

Jeudi 15 septembre: débuts des deux captations

 Nous avons analysé les débuts des deux captations et vous devez maintenant en produire une comparaison rédigée.

Voici quelques compléments:

Mise en scène Thomas Jolly

De même que la fin d’Henry VI dans la mise en scène de Thomas Jolly introduisait le début de
Richard III, le premier texte prononcé  par Richard n’est en fait pas présent dans Richard III : il s’agit d’un
extrait du monologue de Richard de Gloucester tiré de la troisième partie d’Henry VI (acte III, scène 2),
dans lequel Richard annonce ce qu’il considère déjà comme sa seule destinée possible : « commander »,
« réprimer », « dominer » 1 .  Ce monologue est suivi de l’apparition du titre descendu des cintres « La tragédie de Richard III », et qu’il est ainsi présenté tel un prologue à la pièce. Pourtant, le texte de la déclaration du roi Édouard qui ouvre à proprement parler ce spectacle n’est pas, lui non plus, tiré du texte de Richard III. Il s’agit du texte de la dernière scène d’Henry VI 2, brusquement interrompu par la quinte de toux du roi Édouard. Ce n’est qu’alors qu’intervient le texte de Richard III dans cette mise en scène, et Thomas Jolly, par cette juxtaposition, souligne la continuité entre les deux pièces de Shakespeare. 

 Shakespeare avait lui-même repris deux vers de la dernière scène d’Henry VI dans la première scène de Richard III :
« Sonnez, trompettes, battez, tambours ! Adieu, amer tourment,
Car ici, je l’espère, je l’espère, commence notre joie durable. »
Et dans la mise en scène de Thomas Jolly, c’est justement lorsque le roi Édouard prononce une première fois
ce passage qu’il ne peut finir sa déclaration du fait de sa toux, légitimant ainsi la répétition.

 Plus largement, les évocations d’Henry VI sont multiples : cf les extraits vidéo diffusés lors de Richard III

 Le choix d’ouvrir le spectacle par le monologue de Richard tiré de l’acte III de la troisième partie d’Henry VI,
au-delà de la continuité qu’il souligne entre les deux pièces, n’est pas neutre quant à la première percep-
tion qu’a le public du personnage. Par ce choix de texte, Thomas Jolly nous présente un Richard confessant
douloureusement, face au public, qu’il n’a pas la moindre illusion sur sa personne, souffrant de ce corps
qui lui interdit les plaisirs de l’Amour (« Je chercherai mon Ciel dans les bras d’une femme ? (...) Pensée
pathétique ! (...) L’Amour m’a renié dès le ventre de ma mère »). Plus encore, par ce texte, le public comprend
que ce sont ses tares physiques qui conduisent Richard à la quête effrénée du pouvoir (« Eh bien, puisque
cette terre ne m’offre d’autre joie que celle de commander, de réprimer, de dominer quiconque est mieux
fait de sa personne que moi, mon Ciel à moi sera de rêver à la Couronne, et tant que je vivrai de tenir ce
monde pour l’enfer »).
Ainsi, le public est d’abord le témoin des souffrances intimes de Richard avant d’être celui de ses turpitudes,
et ainsi Thomas Jolly introduit-il les éléments d’une compassion première possible pour son personnage

les couleurs dominantes apparaissant dans Richard III, aussi bien dans la scénographie que dans les costumes et
les lumières:
le noir omniprésent domine tous les éléments : le sol du plateau et la cage de scène dans son ensemble sont noirs. S’il y a des lumières, elles n’éclairent que ponctuellement le plateau, laissant l’essentiel de l’espace scénique dans une sombre pénombre.

La mise en scène d’Henry VI, dont les premiers mots sont « Cieux, tendez-vous de noir ! Jour, fais place à la nuit ! », présentait une évolution progressive d’un univers coloré vers une atmosphère de plus en plus sombre. Avec Richard III, la nuit et le deuil sont tombés durablement sur l’Angleterre.

 Le blanc est l’autre couleur la plus fréquente : lumière blanche des projecteurs, maquillage blanc des comédiens
qui les rend blafards, déjà marqués par la mort. Le blanc apparaît également dans quelques rares éléments de
costumes. Seuls certains personnages arborent un costume où le blanc domine : les enfants d’Édouard portant
chemise, chaussettes et perruque blanches,
Le blanc peut évoquer une forme de pureté et d’innocence pour les enfants d’Édouard 

 Concernant Richard, on pourra relever que plus il avance dans l’horreur de son règne, plus le blanc domine dans ses tenues : le spencer rouge qui recouvre encore ses épaules au début de son règne disparaît au profit d’un spencer blanc après qu’il a fait assassiner les deux fils d’Édouard,comme une pureté revendiquée alors que le caractère monstrueux de ses actes est de plus en plus manifeste.

 
Le blanc est l’autre couleur la plus fréquente : lumière blanche des projecteurs, maquillage blanc des comédiens
qui les rend blafards, déjà marqués par la mort. Le blanc apparaît également dans quelques rares éléments de
costumes. Seuls certains personnages arborent un costume où le blanc domine : les enfants d’Édouard portant
chemise, chaussettes et perruque blanches, lady Anne, quand elle apparaît enceinte et qu’elle devient reine, et
Richard devenu roi. Le blanc peut évoquer une forme de pureté et d’innocence pour les enfants d’Édouard et pour
lady Anne, seul personnage parmi les adultes qui n’a pas les mains couvertes de sang et qui n’a pas été impliqué
de près ou de loin dans l’assassinat de quiconque. Concernant Richard, on pourra relever que plus il avance dans
l’horreur de son règne, plus le blanc domine dans ses tenues : le spencer rouge qui recouvre encore ses épaules
au début de son règne disparaît au profit d’un spencer blanc après qu’il a fait assassiner les deux fils d’Édouard,
comme une pureté revendiquée alors que le caractère monstrueux de ses actes est de plus en plus manifeste.
Dans cet univers en noir et blanc, la moindre couleur est d’autant plus repérable. La première touche arrive
avec le mouchoir imbibé de sang d’Édouard : alors qu’une violente toux ponctue son discours de liesse à la
Cour, il se saisit d’un mouchoir blanc sur lequel il crache du sang. Le rouge sang réapparaît à de multiples
reprises.

 l’écran qui, dans les deux scènes où apparaît Édouard IV,surplombe l’estrade du trône et sur lequel sont projetées des images d’une douzaine de caméras de surveillance.  lors de la première scène cet écran s’allume au moment
même où le roi Édouard IV prononce ces paroles : « Ainsi nous avons balayé tout ce qui menaçait notre trône
et fait de la sécurité notre marchepied. »
Toutefois, si cette présence des images suggère le caractère paranoïaque du pouvoir exercé par Édouard,
leur nature évoque la fragilité de cette surveillance : des couloirs et des escaliers souvent vides, des images
dont le grain est tel que l’on a du mal à distinguer ce dont il s’agit, et quand quelqu’un y apparaît, il ne
s’agit que d’une silhouette totalement anonyme. De fait, le roi Édouard, malgré ce dispositif, et même s’il
est conscient des rivalités entre les membres de sa cour, ne voit rien de ce qui se trame réellement sous ses
yeux.

 Sans parler de ce que dit le texte même, Thomas Jolly choisit par sa mise en scène de souligner le caractère
diabolique de Richard. cf son apparition dans la fumée, sortant d’une trappe en plein cœur du plateau au début du spectacle ( A suivre.)