Analyse
dramaturgique des personnages,
Le personnage
de Norah
Norah est la femme de David et
la mère d’Eitan. On entend réellement sa parole pour la première fois lors de
la scène 7, le Seder à la page 34. Elle raconte elle-même son histoire. Elle a
reçu une éducation communiste dûe aux fortes croyances de ses parents contre
lesquels elle s’est « rebellée » en tombant amoureuse de David qui
est juif. Cela a d’autant été plus compliqué dans sa famille puisqu’ils se sont
appliqués à lui cacher qu’elle était juive.
Aux vues de son parcours on
s’attend à ce qu’elle soit d’autant plus compréhensive envers Wahida mais elle ne
prend pas la défense de son fils en appuyant son mari. On ressent d’ailleurs
une certaine rivalité entre Wahida et elle puisqu’elle lui dit à la page
67 : « quand j’étais jeune, j’étais aussi belle que toi ».
On
apprend aussi qu’elle est psychologue et l’évoque plusieurs fois en évoquant
pour exemple la vie de ses patients comme à la page 74 où elle explique que
certaines personnes ne sont pas prêtes à entendre la vérité, selon elle, elle
doit donc être cachée et elle est d’avis de ne pas dire à David qu’Edgar n’est pas
son père. Elle semble à la fois protéger son mari mais parle de lui à la page 76
comme étant « un monstre », un mot fort qui pour elle définit
quelqu’un d’entier pouvant avoir de fortes réactions. Elle sait très bien avoir
une force de caractère que lui n’a pas forcément, c’est en tout cas ce qu’elle
dit à la scène 13 p.67 : « il a toujours été convenu qu’entre mon
mari et moi, c’est lui qui souffrait le plus, lui le plus fragile ».
C’est
une femme cultivée, que l’on peut imaginer avoir une quarantaine d’années, sûre
d’elle et qui prend souvent le dessus face à Leah en restant sur ses positions ne
se remettant pas tellement en question. C’est un personnage ambivalent :
elle se montre relativement aimante face à Eitan et son mari mais fait preuve
de froideur face à la souffrance de Leah à la page 76 et on comprend qu’elle ne
veut pas que David soit au courant pour son père par peur des répercussions que
cela pourrait avoir dans leur couple, ce qui paraît être égoïste. Encore une
fois, cela est en contradiction avec son passé puisqu’elle reproche à la p.43 à
ses parents de leur avoir caché leur religion juive car ils voulaient qu’ils
soient communistes. Elle est d’avis que toutes les vérités ne sont pas bonnes à
dire et que ce n’est pas toujours le moment de le faire. En ce sens elle illustre la position de Wajdi Mouawad lorsqu'il pense que ce qui peut poser problème n'est pas la vérité elle-même mais la vitesse à laquelle elle est révélée? leçon qui lui vient de l'histoire d'Oedipe, donc de la tragédie grecque.
Ce n’est pas qu’un
personnage secondaire puisque Wajdi Mouawad semble vouloir montrer son
ambivalence en ajoutant des scènes comme celle à la p.91 où elle parle à l’un
de ses patients, un peintre à l’aspect déluré puisque ses œuvres consistent à
peindre avec du sperme, cela montre aussi un aspect d’elle relativement ouvert
par rapport à l’image plus bourgeoise qu’elle renvoie. Dans cette scène, on la
découvre un peu plus, elle et ses opinions comme par exemple lorsqu’elle
dit : « Vous pouvez me mentir, Franz, mais à la justice vous devrez
dire la vérité ». Elle a un rapport à la vérité particulièrement
contradictoire encore une fois puisqu’elle dit à la page 76 : « il y
a un temps juste pour le mensonge et un temps injuste pour la vérité ».
Dans mon imagination, Norah est une femme dont les
marques de l’âge commencent à apparaître mais garde une certaine classe. On
peut deviner dans ses traits la beauté qu’elle avait lors de sa jeunesse. Dans
la captation de la mise en scène Wajdi Mouawad lui-même, il a choisi pour
actrice Judith Rosmair pour incarner le rôle de Norah. Si j’avais à réaliser
une mise en scène personnelle, je pense que physiquement pour ce rôle c’est Laetitia
Casta qui a maintenant 41 ans, n’a plus toute cette fraicheur qu’elle avait
dans sa jeunesse mais n’en reste pas moins très classe et belle. En ce qui
concerne ses habits, j’aime beaucoup la tenue qu’a choisie Wajdi Mouawad. Je
l’imagine en tailleur, un peu élégant mais pas trop non plus. Norah est une
femme cultivée, ouverte sûrement à l’art, je la verrais plutôt écouter de la musique
classique que le Boléro de Maurice Ravel, se rendre à des expositions, au
théâtre… Je l’imagine aussi porter à son cou un médaillon symbolisant l’étoile
juive à six branches en or car, même si elle ne semble pas avoir le même
rapport à la religion que David, cela reste quand même chez elle quelque chose
d’important, une pratique personnelle qui renvoie à son histoire, sa famille et
est au centre d’une majeure partie de sa vie.