mardi 8 novembre 2022

La question du réalisme chez Thomas Ostermeier

 

“Raconter des histoires pour parler des conflits dans la société”

« Qu’est-ce donc qui en nous fornique, ment, vole et tue ? » Cette interrogation hante Thomas Ostermeier. L’artiste allemand, figure de proue du théâtre européen, l’a empruntée à Georg Büchner. Il porte ce bagage métaphysique sur la scène du monde, avec la conviction que le théâtre a encore les moyens d’aborder les questions existentielles, sociales et politiques.

Spectacles « sociologiques », liant les individus à un contexte. Ce faisant, il a consolidé sa conception d’un art « réaliste », qui réponde aux partisans de la déconstruction post-dramatique, ( Cherchez ce qu'on appelle le théâtre post-dramatique.) à l’idée que nous n’aurions plus rien de consistant à dire du monde. Car le metteur en scène ne croit pas à la fin des grands récits. Au contraire, il se met en situation de raconter des histoires, dans les pas de Bertolt Brecht. Contre le relativisme contemporain, considérant qu’il y aurait autant de vérités que de spectateurs, il retrouve la possibilité d’une vérité objective.

Pour lui, le réalisme est un puissant moyen d’atteindre le public et il le définit ainsi : « Le réalisme n’est pas la simple représentation du monde tel qu’on le voit. C’est un regard sur le monde, une attitude qui appelle aux changements, née d’une douleur et d’une blessure, qui devient une impulsion pour écrire, et qui veut prendre sa vengeance sur la cécité et la stupidité du monde. (...) Cette attitude veut provoquer l’étonnement face au reconnaissable. Elle montre des processus, c’est-à-dire qu’une action a des suites, des conséquences. C’est l’implacabilité du monde, et quand cette implacabilité monte sur scène, le drame naît. (...) La vie ordinaire est implacable (...). Le noyau du réalisme est la tragédie de la vie ordinaire. » (Ostermeier, Le Théâtre et la peur, « Un réalisme engagé. Le théâtre à l’ère de son accélération », texte de 1999, Actes sud/Le temps du théâtre, 2016).

Partant de ce constat, ce qui est réaliste dans Richard III, c’est d’abord ce goût indéracinable chez Ostermeier pour le fait de raconter des histoires, ici une histoire plurielle. D’abord celle de la « résistible » prise du pouvoir par un tyran ; celle ensuite d’un langage qui manipule ; celle de rapports de pouvoir, de la psychopathologie à l’œuvre dans les sphères politiques ; et enfin celle d’une exclusion produisant ressentiment et vengeance. Autant de thèmes que nous semblons connaître, et qui pourtant, réactivés par le réalisme de la mise en scène, nous étonnent.

Son réalisme enfin va passer par un traitement des émotions et des corps qui nous paraissent en tout point contemporains et donc plus à même de nous émouvoir et de faciliter l’identification avec les personnages. Ostermeier affirme qu’il ne peut se « concentrer que sur des modes de réaction, des rituels affectifs d’aujourd’hui, (...) tout ce répertoire hautement différencié de gestes, d’émotions, de mimiques, de signes corporels qui caractérisent le comportement social moderne (...) dans le rendu des corps. C’est la seule chose qui m’intéresse et beaucoup de gens appellent cela du réalisme. » (Ostermeier et Jörder, Backstage, L’Arche, 2015, pages 118-119). 

Les personnages de son Richard III empruntent des codes vestimentaires et corporels que nous identifions et reconnaissons comme peu éloignés des nôtres : ils portent de beaux vêtements de soirée, s’amusent en buvant des cocktails, pleurent, crachent, s’embrassent, se menacent, se tancent, courent… et leurs actions ont des conséquences dans les scènes qui suivent. Ainsi Richard se désespère-t-il sur sa solitude et son manque d’amour juste après que deux des hommes de la Cour sont entrés sur scène, débraillés, entourés des deux comédiennes, comme s’ils venaient de faire l’amour dans l’inner stage. Ce moment théâtral a à voir avec le très contemporain « marché » de l’amour ou du sexe. « Tragédie de la vie ordinaire » et processus d’exclusion sautent ici aux yeux.

séance du lundi 7 novembre

 


1.Cercle de paroles :

-Donner la parole à Elise sur Hôtel Proust: création d'un horizon d'attente.

-Festival du livre: Rappel pour le 26 et 27 novembre. travaillez vos textes chez vous, j'en donnerai encore jeudi prochain.

-York Rappel: achetez vos billets de train et les conservez! mardi 29 novembre

- Préparation du cours de jeudi : les lumières chez Thomas Jolly: je donnerai un sujet.

2.- Echauffement dirigé par Irénée: - marche neutre avec vitesses, respiration ventrale etc

 puis exercices Ostermeir:

-La façon de travailler d’Ostermeier: A retenir

- la méthode Meisner : répétition d’états au présent face à face : s’observer puis l’un dit « Tu souris », réaction par oui ou non «  oui je souris », expérimenter plusieurs fois, sentir dans quel état émotionnel ça met, combien il est difficile d’être au présent. Puis on change de phrases : Tu es stressé, non je ne le suis pas. Tu penses à autre chose…Tu as peur etc ( Commentez les effets produits et les buts de cette recherche.)

 -le portait de famille : au début des répétitions : choisir un rôle et entrer un par un sur le plateau en commençant par Richard III, tous les autres personnages doivent se positionner sur le plan spatial et sur le plan gestuel en fonction de ses rapports avec le personnage principal : distance physique avec l’autre ou à l’inverse proximité droit d’entrer en contact avec le corps de l’autre ; chaises tables pour qu’il y ait plusieurs niveaux d’espace. Poser des questions pour que l’acteur clarifie ce qu’il fait. Prendre une photo éventuellement. ( Suggestion de Léane de se servir de cet exercice pour faire la photo de l'affiche du spectacle ( à suivre)

 -Storytelling : proposer une situation de jeu correspondant à un moment de la pièce : réconciliation après une grosse querelle consistant à faire reconnaître à quelqu’un qu’il a mal agi et à obtenir de lui quelque chose qui est contraire à son  intérêt 

(Récit d'Elise de sa réconciliation avec une amie qui l'avait rejetée.)

( // scène 3 de l’acte 1 Lady Ann et Richard)

Situation où les événements vont trop vite et où l’on perd pied ( Elisabeth/ Richard Acte Iv scène 4)

Nouvelle de la mort de quelqu’un qu’il aime. ( L'histoire du chat de Loïs)

Un élève se porte volontaire pour raconte sa propre histoire qui doit être vraie. Il annonce le nombre d’acteurs dont il a besoin et ceux-ci doivent se préparer pendant deux à trois minutes. Le story teller ne doit pas jouer lui-même dans l’improvisation.

Commenter en cherchant des liens avec la pièce, quand la scène concernée est découverte, les acteurs concernées rejouent la scène du story telling. Puis rejouent le texte de Richard III en gardant trace de l’improvisation.

Récit du story teller ni trop intime ni trop voyeur, pas thérapie de groupe mais exercices inspirés de la méthode de Stanislavski :  «  souvenir émotionnel », "emotion memory" dans le quel le story teller est à la fois impliqué émotionnellement car il s’agit de son histoire mais placé à distance de celle-ci car elle est représentée devant ses yeux par d’autres.

Cf  aussi passage chez Brecht du théâtre dramatique au théâtre épique: ex de l’exercice de « la scène de rue » : «  le témoin oculaire d’un accident montre, gestes à l’appui, à des gens attroupés comment les choses se sont passés. Ces gens peuvent n’avoir vu ou simplement n’être pas de l’avis du témoin, voir les choses « autrement » ; l’essentiel est que le démonstrateur montre le comportement du conducteur, ou de la victime, ou de l’un ou l’autre, de manière telle que l’assistance puisse se faire une opinion sur l’accident ( Brecht Ecrits sur le théâtre)

Exercices qui servent à aller chercher une expression des émotions qui est à distance des clichés véhiculés habituellement par ce genre de situation théâtrale.

- les scènes improvisées avec vos mots à vous

3. Les chansons à reprendre et à présenter à Serge la prochaine séance (à faire chez vous pour le 14, pensez à vous enregistrer.)

4.Travail sur les scènes avec priorité aux plus fragiles

Rappel: pour jeudi 10 novembre: exercice sur les lumières dans la mise en scène de T.Jolly

 N'oubliez pas de faire l'exercice chez vous: quelles sont les fonctions de la lumière chez Thomas Jolly en vous appuyant sur des captures d'écran pour justifier votre propos.

je donnerai un sujet en classe jeudi mais je vous laisserai utiliser votre propre recherche pour y répondre.

dimanche 6 novembre 2022

Chansons des personnages de Richard III

 

Oriane BLAISE

   Couplet 1 :

J’ai quatre enfants mais qu’un n’est en vie,

il ne reste que celui que je voudrais voire mort

Il les a tous tués alors que je ne le vois pas comme mon fils

-      Refrain :

Je suis une mère

Je suis une duchesse

Je hais mon fils

Richard ce basilic

Pourquoi tu es encore là

Je suis une mère

Je suis une duchesse

Je hais mon fils

Richard ce monstre

 

Léane : Lady Ann

Je suis seul, sans  toi 

Il m’a enlevé mon mari

Ce démon est entré dans ma vie (ou ce démon fait partie de ma vie) 

Je ne peux que le haïr

 

Mais aujourd’hui

J’en suis tombée amoureuse, un amour incompris 

Voilà qu’après ces belles paroles

Je tombe dans le piège qui se renferme sur moi

 

Arrière toi, terrible, ministre de l’enfer

Ma naïveté sera assez pour t’écouter

Je tombe dans ton piège

A présent, Je suis ta douce lady Anne 

Un amour incompris

Jules

Voici les paroles de la chanson :

Couplet 1:

Un monde en paix je n'en veux pas

Tant que le roi Edouard vivra 

Je ne pourrais atteindre mon but.

Je suis le plus hideux de mes frères 

Et n'aura aucune pitié pour eux

Et tout ceux qui m'empêcheraient d'atteindre mon trône 

 

Refrain:

Soif de pouvoir, soif de sang

Personne ne peut me contrôler

Soif de pouvoir, soif de sang 

Ma cruauté est le reflet de  cette humanité

Soif de pouvoir, soif de sang 

Dieu n'est pas présent !

 

Couplet 2:

Je peux me jouer de vous 

Tous !- Mon esprit est aussi épuisé que la pointe d'une épée 

Mes mots tranchent sans pitié

Une femme seulement pour procréer 

Une descendance, ma descendance sera votre enfer ! 

Comme je le suis dans votre beau paradis ! 

 

Annaëlle F.

 A l’origine d’un sanglant passé

A jaillit en moi une colère profonde
Et pour ce scélérat de haute lignée,
Oh que le tonnerre gronde !
J’étais reine, me voila bannie
Vu comme un vulgaire torchon
Et désormais toute ma haine
Ma bouche elle envahit
Maudissant cet avorton

Mais il n’est pas là seule bête à me montrer les dents
La reine Élisabeth, est aussi témoin de mon bannissement
Ils me voient tous comme une sorcière flétrie,
Soit ! Qu’il en soit ainsi
A la fin je jubilerais
Ils croiront celle qu’ils ont bannie
Ils seront tous à regretter
Avec leur destin maudit


 

vendredi 4 novembre 2022

La taiga court au TNS: quatre représentations d'un même texte

 

La Taïga court est un texte de 2013, écrit pour la pièce Sfumato de Rachid Ouramdane, et augmenté à la demande de Stanislas Nordey pour que les quatre metteur·e·s en scène des Groupes 46 et 47 livrent chacun·e leur version d’une même œuvre. Sonia Chiambretto explore dans ce texte à la structure éclatée la question du dérèglement climatique en des territoires aussi divers qu’une salle de bain, les montagnes de la Chine centrale ou une église des États-Unis et met en jeu des matières aussi hétérogènes que des définitions empruntées aux gestionnaires des crises, des listes de tempêtes, des pictogrammes ou des témoignages. Une question centrale traverse le texte : « Où sont-elles·ils les éco-réfugié·e·s, les déplacé·e·s, les réfugié·e·s climatiques ? ».

L’œuvre de Sonia Chiambretto pour la scène, attachée à la démarche documentaire et influencée par l’objectivisme poétique américain, est notamment publiée chez Actes Sud-Papiers (CHTO, 12 Soeurs slovaques, Mon Képi blanc, Zone Éducation Prioritaire, Une Petite Randonnée PR), Nous (État civil) et L’Arche éditeur (Polices ! Supervision, Gratte-ciel, récit). Certains de ses textes sont traduits, lus ou représentés à l’étranger. Elle enseigne à l’université d’Aix-Marseille et à Nanterre-Amandiers. Avec Yoann Thommerel, elle fonde en 2016 le Groupe d’information sur les ghettos (g.i.g.), créateur notamment du Questionnaire dramatico-futuriste,TNS 2068 !, pour les 50 ans du TNS et co-met en scène deux pièces : Îlots et Paradis. Elle publie dans des revues de poésie comme IF, Nioques et Grumeaux.

La Taïga court

Texte Sonia Chiambretto
Mise en scène Antoine Hespel, Timothée Israël (Groupe 46), Ivan Màrquez, Mathilde Waeber (Groupe 47)

Avec les élèves de l’École du TNS

GROUPE 46
Jeu Yann Del Puppo, Quentin Ehret, Kadir Ersoy, Simon Jacquard, Joséphine Linel-Delmas, Pauline Vallé, Cindy Vincent, Sefa Yeboah
Mise en scène Antoine Hespel, Timothée Israël
Dramaturgie Marion Stenton
Scénographie – Costumes Constant Chiassai-Polin, Clara Hubert, Ninon Le Chevalier, Dimitri Lenin
Régie–Création Thomas Cany, Foucault De Malet, Jessica Maneveau, Zoë Robert, Margault Willkomm

GROUPE 47
Jeu Jonathan Bénéteau De La Prairie, Yanis Bouferrache, Gabriel Dahmani, Hameza El Omari, Jade Emmanuel, Felipe Fonseca Nobre, Charlotte Issaly, Vincent Pacaud, Naïsha Randrianasolo, Lucie Rouxel, Thomas Stachorsky, Manon Xardel
Mise en scène Ivan Marquez, Mathilde Waeber
Dramaturgie Alexandre Ben Mrad
Scénographie – Costume Sarah Barzic, Loïse Beauseigneur, Jeanne Daniel-Nguyen, Valentine Lê
Régie–Création Simon Anquetil, Léa Bonhomme, Arthur Mandô, Charlotte Moussié, Manon Poirier, Loïc Waridel

En savoir plus sur la chorégraphie de Rachid Oumramdane Sfumato pour qui un premier texte avait été écrit.

Interview de l'un des metteurs en scène Antoine Hespel Première cérémonie à 16h30

Dossier de presse avec les notes d'intention des metteurs en scène et les distributions.