samedi 10 mai 2014

Bravo à la troupe de Mistero Buffo!

Patrice et moi félicitons de tout coeur l'ensemble des élèves d'option facultative premières et terminales pour leur prestation dans Mistero Buffo. Vous nous avez donné beaucoup de bonheur.
Les photos arrivent... Si vous en avez de votre côté, envoyez-les moi également. Nous ferons une exposition la semaine prochaine au lycée.

Au fur et à mesure je mettrai sur le blog les petits mots qui m'arrivent des spectateurs que j'avais invités de mon côté . Vous pouvez en faire autant en me transmettant les différents textes que vous recevez.

Pour les terminales qui passent le bac théâtre, je vous propose de nous retrouver mardi 13 mai pour une simulation de l'épreuve. Si vous n'êtes pas disponibles, je le comprendrais aisément, mais prévenez-moi de votre absence.



"Je ne regrette pas d’être venu ! J’avais vu les 3 ou 4 mystères joués à la CDE cette saison et je les avais trouvés austères et manquant de punch. Le travail des élèves et le vôtre m’ont réconcilié avec l’œuvre. Quel travail ! Je suis aussi impressionné par la puissance vocale et physique des lycéens : ils envoient vraiment vers le public. Les collégiens n’ont pas cette présence.
Savent-ils tous chanter aussi ? C’est incroyable.
Fred Demma, professeur de français au collège Berlioz , animateur d'un atelier théâtre. 

 "Comme je te le disais, c'est un réel plaisir de venir vous voir. Jérôme (et moi aussi d'ailleurs) a été impressionné par la qualité du spectacle et l'investissement des élèves. Ça donne vraiment envie de mener des projets quand on voit de quoi ils sont capables. "
 Je garderai le souvenir d'un pur moment de partage : partage du plaisir qu'ils ont eu à jouer et nous à les regarder ! Félicitations !
Mélanie Karch, professeur au collège Molière

 "Quelle belle énergie ! Un vrai bol d'air." Joëlle, directrice de la salle Europe



"Nous avons aimé ce spectacle.

Bravo pour le travail d’encadrement et celui de ces jeunes.

Certains ont déjà un réel talent mais c’est l’impression laissée par le collectif qui me touche le plus.

C’est avec plaisir que nous sommes venus voir ces jeunes, leur fraicheur et leur punch n’ont rien à envier à leurs ainés ; certains mystères étaient mieux donnés que par le trio qui s’était produit à la CDE.

On est maintenant impatients de voir le travail de l’option théâtre début juin."
Bruno Maillot


Le jongleur de dario Fo par Hugo Kreyder



Réflexions sur le jongleur du Moyen Age et d’aujourd’hui


« Ohé les gens ! Venez ici c’est le jongleur ! »  Ainsi débute le mystère de la naissance du jongleur. Tout le monde s’attend à découvrir un personnage fantaisiste jonglant avec divers objets comme au cirque, en somme, à se détendre pour un instant durant ce petit moment de divertissement précèdent le spectacle, pourtant aucun objet ne fera d’allers retours dans les airs, et le ton de la pièce ne sera pas  seulement à la rigolade, bien au contraire. Ce décalage entre les attentes et la réalité effective du jongleur repose sur une méprise toute simple : le jongleur, tel que nous le connaissons aujourd’hui n’est qu’un aspect de ce qu’est vraiment un jongleur, qui possède une signification beaucoup plus large. Nous pouvons alors nous intéresser à ce qu’est et ce qu’était un jongleur : Qu’y a-t-il comme différence entre le jongleur d’hier et d’aujourd’hui ?

Le terme de jongleur remonte au Moyen-âge, un jongleur était un artiste itinérant qui se représentait dans les lieus publics, et qui manipulait adroitement les objets, les notes de musiques mais aussi (et surtout) les mots. Les jongleurs étaient à la fois amuseurs et conteurs, car à cette époque la littérature était transmise principalement par voie orale. Sa scène de jeu pouvait tout aussi bien être un palais, une cours seigneuriale, une place publique, une foire ou un marché. Ils récitaient également des poèmes écrits par les troubadours (dans le sud) ou les trouvères (dans le nord). S’ils étaient au service d’un seigneur, ils revêtent alors le rôle de bouffon.

En vérité, le jongleur avait trois fonctions, ce qui faisait de lui un personnage clé du peuple moyenâgeux. Tout d’abord il avait fonction de divertir. Pour cela ils jonglaient devant leur public avec divers objets, ce type de jongleurs était déjà présent chez les anciens égyptiens, puisqu’on retrouve des fresques datées de près de 2000 ans avant JC montrant des jongleurs jetant des balles.
Ensuite, depuis la Grèce antique, les jongleurs assument un rôle littéraire car le tout premier théâtre s’identifie à la jonglerie : le jongleur avait ce pouvoir d’attirer  l’attention sur lui et racontait son histoire, en y mêlant joie, tristesse, ironie pour obtenir l’adhésion du spectateur. Leur rôle pris une importance énorme au Moyen Age,  puisqu’ils étaient les seuls sources de  culture que possédait le bas peuple. A cette époque, seuls les nobles avaient accès à la culture, les livres étaient onéreux car recopiés manuellement par des moines copistes et écrits en latin, alors que le peuple était majoritairement illettré. Les jongleurs, en se donnant sur les places lors de rassemblements pouvaient ainsi raconter des histoires écrites par les troubadours au peuple dans la langue du peuple, en y ajoutant parfois des éléments personnels, rendant le texte vivant et donc plus marquant. Leur succès était tel que les moines méprisaient les jongleurs qu’ils qualifiaient péjorativement de  joculares (amuseur, pitre), allant même jusqu’à les accuser de sorcellerie. Le rôle de conteur que possèdent les jongleurs disparaitra au XIIIe siècle et sera attribué aux ménestrels (domestiques seigneuriaux) puis aux troubadours eux mêmes.
Enfin le jongleur possédait un rôle politique, qui découle des deux précédents et fait du jongleur un porte-parole du peuple. Le jongleur était avant tout un membre du peuple, c'est-à-dire quelqu’un qui vivait  au quotidien ce que vivait le reste du peuple, cependant alors que le peuple se contente de vaquer à ses occupations nécessaires à sa survie, le jongleur, bénéficiant d’une culture littéraire, critique, remet en question, se révolte. De ses histoires il peut puiser des leçons du passé et les réinvestir dans le présent pour raisonner les foules, c’est là que ses dons de l’éloquence se révèlent utiles ainsi que ses capacités à prendre les autres à parti, dénonçant les abus du pouvoir. Le discours du jongleur part d’une tragédie, la tragédie de leur condition de leurs servitudes de la vie quotidienne, leur désespoir, leurs souffrances ; de là il puise sa force, sa parole et son énergie qui les transforment en rigolade et redonnent joie et espoir. Tout est susceptible de constituer une arme pour le jongleur, qui ne s’inquiète pas du prestige de la personne qu’il tourne en dérision : les puissants, Dieu (dans Mistero Buffo de Dario Fo, ce dernier s’attaque à Dieu en le mettant du côté des patrons plutôt que du peuple opprimé comme en témoigne la Bible, il fait de lui un homme comme les autres et pas l’être suprême qu’il est sensé être, il peut tromper, mentir, manipuler; or Dario FO prétend que ses mystères ne sont pas une invention de lui, mais une reprise de jongleries du Moyen Age, le Christ en revanche garde une image positive.). Ces discours sont donnés sur le ton de la plaisanterie pour se protéger d’éventuelles représailles, mais aussi pour donner envie d’être écouté et de retenir, Molière dira à ce sujet «  J'aime réussir à faire rire, parce que la tragédie fait descendre les larmes sur le visage. » car les larmes qui coulent font descendre les pensées du cerveau, tandis que le rire et la rigolade restent comme des clous dans la tête. Les paroles du jongleur sont des paroles d’émancipation et d’affranchissement de la pensée unique et uniforme voulue par la noblesse pour aveugler le petit peuple. Ruggiero Pugliese, jongleur ayant frôlé le bucher pour son art, décrit les compétences indispensables à un bon jongleur « courtiser, chanter, ferrer, berner, peser, compter, moquer les moqueurs, tricher aux cartes et aux dés, jurer le faux, parler un pseudo latin et le vrai grec, rendre le faux vraisemblable et le vrai incroyable ». Le jongleur se définit alors comme un être complexe, à même d’accomplir un rôle bien particulier, il est chargé d’entretenir une conscience populaire qui tient tête à l’autorité seigneuriale, il veut rétablir à sa juste place l’histoire du peuple en rappelant l’enchaînement de ses révoltes, ce qui explique les répressions féroces qui ont été faites à leur encontre, ainsi que leur bannissement  de la littérature officielle alors que leur rôle était clé.
Les jongleurs voyageaient, se confrontant ainsi à d’autres réalités, qui enrichissent encore d’avantage leur répertoire de références, son langage s’adapte, il fait appel aux gestes, aux sons, dédramatisant encore le sujet de ses jongleries, et accentuant d’avantage la proximité avec son public de même que la démarcation avec les nobles. Le jongleur dérange, ses armes sont l’ironie, dont il se sert pour créer un lien avec le peuple en portant ce dernier à l’autodérision, et au grotesque qui, lui,  sert à démystifier pour attaquer directement les puissants.
Les jongleurs ont également pour fonction d’enseigner, leurs récits portent souvent le nom de « moralités »  (moralité de l’aveugle et du boiteux, moralité de la naissance du jongleur). Le terme « moralité » indique que le rôle du jongleur est de dire le bien et le mal à partir d’une observation des comportements, donc d’éduquer pour rendre meilleur, en développant une conception de la vie, une idée de l’être et du devenir, dans les rapports avec Dieu, la doctrine chrétienne, la société humaine, ses lois et ses conventions. Elles enseignent des règles de bien vivre en société, et condamnent les abus quelle que soient leurs provenances. C’est d’ailleurs à cause de ces moralités que Dario Fo prétend que le premier grand jongleur de l’histoire était Jésus, car il avait le don d’interpeller les foules pour leur raconter ses paraboles.
Les jongleurs jouent également un rôle important dans les conflits : on raconte que l’armée Burgonde attaqua un jour la ville de Bâle, mais que les soldats burgonds avaient pour ordre de ne pas attaquer avant que le soleil  ne soit bien haut sur l’horizon. En face, des dizaines de jongleurs déguisés en bouffons sont allés narguer les burgonds les faisant passer pour des couards et se révélant obscènes au point de baisser leur culotte remplie de pétards, s’essuyant le derrière avec les insignes burgondes ; ces derniers, malgré le contre ordre, répondent pour certains à la provocation et poursuivent les jongleurs jusqu’aux lignes baloises, ce qui amena la victoire pour la ville. Plus vraisemblablement, aux cours de certaines guerres civiles, les jongleurs profitaient de leur position particulière et des laissez-passer auxquels ils avaient droit pour servir de messagers entre les groupes de rebelles, et entretenir les révoltes, certains sont morts exécutés pour cela. D’autres au contraire se faisaient passer pour des sympathisants des révoltes paysannes et dénonçaient ces derniers à la police féodale, s’exposant ainsi à la vengeance des paysans trahis.

Pourtant, la fin du Moyen âge marque la fin de l’âge d’or de la jonglerie, et le rôle des jongleurs sombrera progressivement dans les oubliettes, pour se limiter au sens que nous lui connaissons aujourd’hui et qui se borne au maniement (certes habile) d’objets. Probablement car avec l’invention de l’imprimerie, l’accès croissant à une éducation digne et une hausse du niveau de vie, leur rôle perdait en intérêt.

Toujours est-il que Dario Fo est fier d’être un des rares jongleurs contemporains, au sens théâtral du terme. Il se dit héritier de la jonglerie médiévale, qu’il compte bien remettre à l’honneur dans sa réécriture des mystères et moralités moyenâgeux. Son jeu est clairement celui d’un jongleur moderne : seul, il s’adresse avec humour, joie, ironie au public. Son succès ne dépend pas d’une mise en scène ou d’autres artifices, seul son corps et sa voix lui servent. Il prend le public à parti et construit sa représentation théâtrale avec lui, et rit avec lui, il déclarera d’ailleurs « À propos du fait de plaisanter sur des choses très sérieuses, dramatiques ; ce que nous voulions, c’est faire comprendre que c’est [le rire] qui permet et qui permettait (car c’est bien dans la tradition du jongleur) à l’acteur du peuple de toucher les consciences, d’y laisser quelque chose d’amer et de brûlant... Si je me contentais de raconter les ennuis des gens sur le mode tragique, en me plaçant d’un point de vue rhétorique, ou mélancolique, ou dramatique, j’amènerais les spectateurs à s’indigner, un point c’est tout ; et tout cela glisserait sur eux, immanquablement [...] il n’en resterait rien ». Pour accroitre la proximité avec son public, il cesse les représentations dans un théâtre institutionnel et va jouer directement dans les usines, cinémas de quartier et maisons du peuple. D’une mentalité de gauche, il s’indigne dans ses jongleries des patrons (dans la naissance du jongleur, ce dernier veut tout posséder, n’hésitant pas à détruire la terre du jongleur et  à violer sa femme pour le forcer à céder. Il dénonce les « lois dans les livres qui sont à eux »), mais à la manière du jongleur, c'est-à-dire avec rire et dérision. Ses talents d’écriture lui ont valu le prix Nobel de la littérature en 1997 ; malgré cette récompense, il n’a pas stoppé ses représentations, et continue en jongleur des temps moderne à entretenir la révolte et la lucidité du peuple contre ses dirigeants, notamment en critiquant vivement Silvio Berlusconi.

jeudi 8 mai 2014

Paroles de bella Cio à apprendre

Paroles Bella Ciao

Una mattina mi son alzato
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Una mattina mi son alzato
E ho trovato l'invasor
O partigiano portami via
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
O partigiano portami via
Che mi sento di morir
E se io muoio da partigiano
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
E se io muoio da partigiano
Tu mi devi seppellir
E me seppellirai lassù in montagna
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
E me seppellirai lassù in montagna
Sotto l'ombra d'un bel fior
E le genti che passeranno
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
E le genti che passeranno
Mi diranno « che bel fior »
E quest'è'l fiore del partigiano
O bella ciao, o bella ciao, o bella ciao ciao ciao
E quest'è'l fiore del partigiano
Morto per la libertà.

Histoire de ce chant:  http://blogs.mediapart.fr/blog/dianne/040413/bella-ciao-quelle-histoire

Marguerite Duras et Jeanne Moreau: cinéma et théâtre

Jeanne Moreau parlant du théâtre et du cinéma avec Marguerite Duras



Texte du programme de Mistero Buffo



« Lorsqu’un enfant naît, ses parents s’empressent de le faire rire, en lui faisant des grimaces. Pourquoi ? Parce que, au moment où il rit, cela signifie que l’intelligence est née. Il a su distinguer le vrai du faux, le réel de l’imaginaire, la grimace de la menace. Il a su voir au-delà du masque. Le rire libère l’homme de la peur. Tout obscurantisme, tout système de dictature est fondé sur la peur. Alors, rions ! » Dario Fo

Quand la commission suédoise de Stockholm attribua le prix Nobel à Dario Fo, la motivation fut que «dans la tradition des jongleurs médiévaux» Dario Fo «tourne le pouvoir en dérision et rend leur dignité aux opprimés», poussant l’auditoire à «prendre conscience des abus et des injustices de la société». Une motivation qui exprime le couronnement d’une carrière fortement engagée politiquement et humainement. En proposant aux élèves de l’option de jouer Mistero Buffo, nous avons voulu qu’à leur tour ils expérimentent un théâtre populaire à l’énergie communicative et qu’ils s’emparent, corps et âmes, de la liberté de parole du « jongleur » dont on assiste à la naissance au début du spectacle.
Christine Huckel et Patrice Verdeil

La troupe est composée de
Terminales :  ANDRE Omaël  ,BIRGKAN Marine , CASPAR Ludivine ,  BISCARAT Julie , BYSTRZYCKI Estelle, WAQUIER Claire,  KREYDER Hugo, DUFLOT Alexis, GOLDSTEIN  Brenda, KERSCHENMEYER Roxane , IMHOFF Franck , DESPRETZ-HENRION Soléanne
Première : BITSCHENE Cécile, CHAPOT Marianne,  KAUTH Estelle, LEPIOUFLE Pauline , MERLEN Pierre , CLUZEL Anna, HANN Mélissa , SCHWARTZ Juliette,  FERNANDEZ Pierre ,TINH Romain.

L’ensemble instrumental  sous la direction de Marie Annick Guillemin est composé de :
KUENY Agathe - JAEG Amandine- BITZENOFER Léa- JOLIVET Claire- BRETZ Morgane- KRETZ Adèle- LAFFINEUR Lucas

Dario Fo: un théâtre politique ( extrait de l'approfondissement d'Alexis Duflot)



Dario Fo dans le théâtre politique

            Dans cette troisième et dernière partie, nous allons nous pencher sur l'auteur Italien Dario Fo et plus précisément sur son implication dans le théâtre politique. Nous allons notamment voir comment il introduit des éléments politiques dans son ouvrage  "Mistero buffo".


a. Inspiration du théâtre politique.
            Dario Fo est né le 24 Mars 1926 à Sangiano, en Lombardie, une région Italienne. C'est un écrivain, metteur en scène, acteur et dramaturge.
            Pour son théâtre, il s'inspire de Molière et d'Angelo Beolco (dramaturge vénitien du XVIe siècle,dit Ruzzante) qu'il considère comme ses plus grands maîtres.
            Déjà à 17 ans, Dario Fo veut s'opposer au système en essayant d'éviter  d'entrer à l'armée. Pour finir, voyant qu'il va y être contraint (et de peur de représailles sur sa famille) il décide de devancer l'appel et s'engage en 1943, comme parachutiste. Cet épisode montre tout à fait l’esprit de Dario Fo : en opposition avec le pouvoir établi et se voyant contraint, il cherche une solution non sans humour.
            Après la guerre, il étudie les beaux-arts à Brera près de Milan et sort diplômé en Architecture en 1950. C'est aussi là-bas qu'il étudie la mise en scène et découvre la peinture qui le passionne.
            Il commence sa carrière à la télévision et à la radio où il présente des monologues satiriques qu'il écrit. Ensuit il fait quelques expériences dans le théâtre et  se marie en 1954 avec la comédienne Franca Rame. Il va à Rome où il participe à la mise en scène de plusieurs films et fonde une compagnie théâtrale et présente des pièces de Shakespeare, Molière et des farces traditionnelles.
            C'est en 1959 qu'il devient populaire avec sa pièce "Les archanges ne jouent pas au flipper".
            Après 1968, les thèmes sont plus explicitement politiques et provocateurs. Grande pantomima con bandiere e pupazzi piccoli e medi ((Grande pantomime avec drapeaux et pantins petits et moyens) est une des pièces emblématiques de cette période. Il écrit plusieurs pièces par an et fait face aux pressions extérieures. Pourtant, un drame advient en 1973. Sa femme est enlevée, violée et torturée par des militants d’extrême droite. Elle en restera profondément choquée et on peut imaginer que cette tragédie influença aussi Dario Fo pour son théâtre.... Cela ne l'empêche pourtant pas d'inaugurer sa propre salle de théâtre en 1974.
            Dans les années 2000, il s'oppose ouvertement à Silvio Berlusconi et en 2001 il va jusqu'à mettre en doute la thèse du gouvernement américain concernant les attentats du 11 septembre....
            Dario Fo s'impose donc comme un anticonformiste, provocateur et engagé politiquement à l’extrême gauche (ce qui ne l’empêche pas de s'attirer des problèmes avec le parti communiste italien). Tout au long de sa carrière, il aura des opposants, comme le Vatican par exemple, mais surtout beaucoup de spectateurs et de lecteurs partout dans le monde. En 1997, il reçoit le Prix Nobel de littérature, ce qui ne plaît pas du tout à la bourgeoisie et à l'élite italienne.
b. Théâtre politique dans ses œuvres.

            Le style de ses pièces perpétue le style de la commedia dell'arte et de la farce médiévale. L'improvisation, le déluge verbal, la performance physique et l'enchaînement de gags en sont les principales caractéristiques. L'utilisation de parlers populaires, d'accents régionaux et de formules idiomatiques occupe également une place centrale. Le théâtre de Fo se démarque par une esthétique grotesque, faisant la part belle au délire, aux allusions scatologiques et aux notations grivoises. À noter aussi un remarquable sens de l'économie et d'invention dans l'utilisation de rares accessoires. Souvent chez Fo, qui met en scène ses propres pièces, un même acteur interprète plusieurs personnages et porte un masque, un accoutrement ou un maquillage volontairement simple et délibérément trivial et bouffon. Fo cherche souvent à dépasser le cadre de la représentation scénique en la parodiant et en la renvoyant à sa nature d'artifice. Le naturalisme est farouchement rejeté puis le faux et l'invraisemblable sont célébrés. Ainsi, il n'est pas rare de voir les comédiens s'adresser au public, utiliser la salle comme extension de la scène, commenter les objets du décor, critiquer ouvertement la progression dramatique de la pièce et émettre des jugements sur les contraintes imposées par la préparation d'un rôle. Tout ceci fait du théâtre de Dario Fo un théâtre populaire et accessible à tous. Sa portée politique n'en est qu'augmenté. Par conviction « antibourgeoise », refusant de poursuivre le rôle de « bouffon de la bourgeoisie », ils amènent le théâtre dans les usines et les maisons du peuple.
            Quant au fond, le comique, la fantaisie et la satire s'inscrivent dans une perspective éminemment politique, voire militante : la charge sociale aux accents anticonformistes, anticapitalistes et anticléricaux est toujours présente, entraînant fréquemment la censure, qui se révéla particulièrement féroce en 1962 pour une émission télévisée, Canzonissima, où le couple Fo-Rame est médiatiquement lynché, car on tolérait encore qu'ils fassent rire de petites salles de théâtre, mais on s'effrayait du message corrosif qu'ils pourraient faire passer avec les médias. Franca Rame, la femme de Dario Fo, rapporte qu'il est arrivé durant cette période que l'évêque de Vincenza demande à la police d'arracher toutes les affiches de leur spectacle ou que, refusant les coupes imposées dans leur texte par la censure, ils ont joué malgré tout le texte original en risquant ainsi l'arrestation immédiate. Le manuscrit des Arcangeli aurait ainsi fait l'objet de 280 plaintes et demandes de censure, de la part de la police, à chaque fois que la pièce était jouée.
            Inspiré d'un fait réel, en 1970 "Morte accidentale di un anarchico" donne avec humour et brio, sa version abracadabrante du cas de l'anarchiste Giuseppe Pinelli, dont la garde à vue, à la questure de Milan, s'était soldée par une défenestration mal expliquée. L'anarchiste serait un de ces personnages de soi-disant « fous » ou « bouffons », que Dario Fo affectionne et qu'il utilise fréquemment dans ses pièces pour les effets comiques absurdes qu'il peut créer avec et pour pouvoir contourner la censure.
            Tous cela montre à quel point Dario Fo était engagé dans son théâtre. Il ne connaît aucune limite, ni le politique, ni le culturel ni même la religion ne lui font peur. Les "mistero buffo" en sont un bon exemple...

c. Dans les mystères.

            Dario Fo joue les "mystère bouffe" pour la première fois en 1969. Il les joue tout seul et interprète donc tous les rôles en même temps. Ces petites histoires sont inspirées des jongleries populaires du Moyen Âge. Les mystères commencent souvent par un prologue, qui plante le décor de la scène à venir, inspiré souvent de peintures murales médiévales et d’événements de la bible et expose avec parfois beaucoup d’érudition l’origine du Mystère. Les personnages alors mis en scène sont des bouffons et prennent les caractéristiques d'un jongleur, d'un fou, d'un ivrogne d'un ange ou encore de la mort elle-même. Les personnages de l’ancien et du nouveau testament bien connus du public prennent vie. La foule intervient et commente les actions.
            Pour faire rire le public et se faire comprendre partout, Fo utilise le « gromelot, » une sorte d'imitation de langage sans signification véritable mais très humoristique à entendre et très explicite soutenu par une gestuelle appropriée.
            Seul en scène, face à un public assis par terre en cercle autour de lui, Dario Fo joue l’ensemble des rôles, intervient sans cesse dans son propre texte pour le commenter et faire participer le spectateur. Le spectacle change à chaque représentation, comprenant une grande partie d’improvisation, et le texte publié ne correspond donc que de manière très trompeuse à ce qui a réellement été représenté.
            Le but est donc de proposer un théâtre populaire, pour le peuple et émanant du peuple et de son histoire : à maintes reprises, Fo dénonce la déformation de l'histoire populaire par les élites et les savants, et la constitution d'une histoire officielle qui oublie les révoltes et les soulèvements populaires, qui passaient aussi par la dérision et le théâtre. Le propos général tend à exalter la mission de Jésus et à dénoncer ses détournements par les puissants de l’Église et du monde. Par exemple, il met en scène un pape qui ne se préoccupe que de futilités et de richesses, des mendiants ayant pour pire cauchemar la guérison ou encore des miracles avec "accès payant" pour dénoncer la vénalité des gens qui exploitent la crédulité des autres…
            Dans les mystère bouffe, on ressent très fortement l'opposition de Dario Fo envers l'élite sociale et en particulier religieuse. Néanmoins, on comprend aussi très bien que Fo ne s'en prend pas à la religion et au message christique, bien au contraire. Les puissants d’aujourd’hui sont critiqués même si l'époque à laquelle se situent les histoire semble remonter aux alentours de l'an zéro, les messages véhiculés (abus de pouvoir, utilisation des livres saints à des fins personnelles, religion béquille...) sont tout à fait actuels et donc très pertinents.
            De plus, on perçoit le fait que c'est toute la biographie de Dario Fo qui a inspiré et mené l'auteur à faire ses Mystères. De cette manière il peut les vivre et donc les faire vivre à son public, car un auteur n'ayant pas de vécu ne peut pas tout inventer et le public ne sera pas dupe. Comme beaucoup de grands artistes, son expérience de vie semble indissociable de ses œuvres et c'est ce qui en fait des dons de sa part d'une valeur inestimable.

Conclusion
            C'est donc grâce au travail d'hommes tel que Dario Fo, éternel contradicteur, que le théâtre politique a pu se développer et trouver sa place dans le monde actuel. Il semble pourtant que depuis les débuts du théâtre, un lien existe avec la politique. Il semble que ce soit la qualité de transmission, de partage et de communication qui confère à cette art la possibilité de faire comprendre et même de faire vivre un message au personnes qui voudront bien le saisir. Le théâtre, même s’il n’est  pas  toujours directement lié à la politique, permet de la faire vivre en montrant des personnages qui s’interrogent sur le vivre ensemble, sur les oppressions qu’ils subissent, sur les luttes à mener contre les puissants et donc de la partager avec « l’assemblée » théâtrale. ». En effet le théâtre est le seul art qui rassemble le public dans une salle ou en extérieur pour entendre des paroles de gens en conflit, un peu comme dans les meetings politiques.