lundi 26 avril 2021

Les femmes chez Molière: notes de cours (d'après le livret canopé) Lundi 26 avril

 

Plutôt qu’opposer les personnages féminins aux personnages masculines, ou voir en quoi elles font l’objet d’un traitement spécifique : entrer dans les comédies à partir de femmes en interrogeant la dramaturgie complexe des personnages féminins.

Dans quelle situation concrète elles se trouvent : ce qui les limite, les isole, les enferme, quelles stratégies elles déploient pour briser l’enfermement, quels lien elles nouent, de quel sens du collectif elles font preuve

Comment elles sont empêchées d’agir et comment elles agissent malgré tout.

Quel trajet elles accomplissent, de quelle manière elles se construisent ;

Quels discours sont tenus sur elles, surfaces de projection pour les hommes, fantasmes d’innocence ou de perversion

Quelles aspirations les traversent, quels désirs les agitent

Interroger les formes de violence qui s’exercent sur elles et la manière dont elles les déjouent

Esprit de sérieux auquel elles sont confrontées et la manière dont elless introduisent le jeu et l’humour.

Plan

1.Place des femmes dans le système des personnages ? ( Où sont les mères ?)

 

1.       Place des femmes dans le système des personnages ? ( Où sont les mères ?)

A .femmes au pluriel

Deux dans l’Ecole des Femmes : Agnès et Georgette

Quatre dans l’Amour Médecin : Lucinde, Lisette, Aminte et Lucrèce)

5 dans Tartuffe : Mariane, Elmire, Mme Pernelle, dorine et Flipote) = 11 femmes en tout. Bcq et peu, en minorité par rapport aux hommes 24

-Plurielles par leur âge : de la très jeune fille Agnès 17 ans qui a été recueillie à 4 ans et élevée par Arnolphe pendant 13 ans ( V 130 et V1031) à la femme âgée, en passant par tous les âges intermédiaires : enjeux dramaturgiques majeurs : quel âge à Dorine, Elmire ? Lisette,

Héros classique plutôt jeune. Cf Scherer

Agnès 17 ans, Arnolphe 42 ans , l’âge de Molière au moment de l’écriture. Paraît vieux à l’époque, pas à la nôtre.

-Plurielles par leur statut : filles, épouses, suivantes, grand-mère définie par leur rapport avec un homme

Cf Vitez : «  les femmes ne sont pas peintes en elles-mêmes ni pour elles mêmes, mais pour lui, l’homme, le mari, l’amant, le père pour son regard et son usage à lui. »

Parfois multiples car plusieurs statuts : Elmire est à la fois épouse, belle mère et bru, tandiqye Mariane est petite fille, fille, amante et sœur.

B. Une absence, les mères

Mais une belle mère, une femme plus jeune, épousée en secondes noces qui n’a pas d’enfant et sur laquelle pèse soupçon d’infidélité cf Elmire à qui Mme Pernelle reproche sa frivolité et son désir de plaire à d’autres hommes.

Fille livrée au pouvoir du père schéma de la comédie italienne, relation au cœur des deux pièces, Tartuffe un peu à part puisque belle-mère et qui s’intéresse à sa belle fille Mariane qu’elle cherche à défendre comme une mère ; pas marâtre de comédie italienne. Dramaturgiquement  pourquoi  le choix de ne pas être la mère des enfants d’Orgon : +ou- de pouvoir qu’une vraie mère ? question d’âge : pas de personnage féminin âgé qui pourrait avoir des fils de 40ans ? Impensable de faire d’une mère l’objet de la convoitise de Tartuffe ?

Jeune fille du corpus orpheline de mère. Cf Sganarelle urne en main » Je n’avais qu’une seule femme qui est morte »

Eloge de la mère de Mariane et Damis par Mme Pernellee au début du Tartuffe : « Et leur défunte mère en usait beaucoup mieux. » éloge de la première épouse pour lancer des piques à la bru.

Ec. Des femmes : on apprend à la toute fin que la mère d’Agnès qui était aussi la femme d’Enrique) est morte, paysanne qui l’a élevée = nourrice.

Seule mère : Mme Pernelle , plutôt grand-mère : femme vieille, confite dans la dévotion, autoritaire et peu intégrée au circuit des désirs malgré sa passion pour Tartuffe : attraction peut-être pas seulement spirituelle. Jugement moral, double d’Orgon, meilleure alliée : pouvoir redouté des autres personnages y compris de son propre fils.

Est-ce son statut de mère qui lui confère son autorité, ou son statut de veuve ?

Cf Scherer : « une seule situation de famille permet à l’auteur dramatique de montrer une héroïne indépendante : c’est le veuvage, mais on s’en sert peu, car les obstacles sont nécessaires au théâtre(…) Monstre d’indépendance, Célimène « jeune veuve » dans le Misanthrope.

Seul horizon de liberté pour les veuves, réalité historique.

Dans les comédies de Molière, les mères décèdent et les hommes sont veufs ! Sganarelle et Orgon

Arnolphe qui ne s’est pas marié par peur d’être cocu , a déciéd de se faire un enfant tout seul lorsqu’il a décidé d’acheter Agnès à l’a^ge de 4 ans.

Dans quel état est Elmire ? Ne va pas trop bien au début de la pièce d’après Dorine : migraine, nausées, insomnies qui ne semble pas préoccupé son époux exclusivement soucieux de Tartuffe.Epouse délaissée, frustrée, déprimée ? Enceinte ?

C. Des Filles face à leur père

Entièrement livrées à eux qu’ils soient adoptifs ou biologiques. Principal élément de convergence des 3 comédies. ( similarité et singularité à étudier)

Conflit-père fille héritage de la comédie italienne, transposé par Molière en une question galante, celle de la place de l’amour dans les mariages ;: «  bourgeois hostile à la galanterie et une jeune fille qui incarne par contraste, et sans le ridicule des précieuses, les valeurs galantes mise au service de la fidélité amoureuse. « Forestier P 143

Source dans le désir incestueux des pères cf Sganarelle : ce n’est pas mon dessein, comme on sait, de marier ma fille avec qui que ce soit, et j’ai mes raisons pour cela » cf colère à coup de peluches, vision très enfantine que le père a de son fille, refus de la voir grandir et ne veut pas entendre parler de projet de mariage . Impensable de donner sa fille à un autre homme ( à un homme qui ne nous touche de rien) et encore moins quand on est veuf «  ce n’est pas la récompense de t’(avoir élevée comme j’ai fait » ( I, 5 et I,3)

Motif incestueux également quand Arnolphe apprend à Chrysalde qu’il veut épouser sa fille adoptive dont il est tombé amoureux quand elle avait 4 ans «  Un air doux et posé, parmi d’autres enfants/ m’inspira de l’amour pour elle dès quatre ans. » arrière fond scabreux de la passion d’Arnolphe pou Agnès, attirance pédophile. Cf mises en scène Lassalle, Roussillon, pas celle de Bezace, mais très visible chez Braunschweig dans le jeu de Suzanne Aubert et dans la scéno.

Pas aussi fort  dans Tartuffe ; Orgon n’a pas de vues sur sa fille, mais décide de la marier àTtartuffe qui est une sorte d’autre lui-même.

Attraction pédophile, inceste : poser la question du point de vue des hommes, du côté des filles : manière dont 2 désirs s’opposent, biaisé par la domination des pères et par la difficulté pour les filles d'exprimer leur désir. Injonctions contradictoires auxquelles elles sont confrontées, maintenues en enfance jusqu’où jour où leur octroie un époux. Tantôt rester des enfants (Lucinde), tantôt être à la fois femme et enfant, mortifier leurs désirs même dans la perspective du mariage.

Les pères refusent que leur fille devienne une femme pour conserver  une pleine maîtrise de leur existence ; cf fantasme de pureté pour Lucinde avec jeu de mots grivois II, 2

Interroger la part d’enfance, d’adolescence et de femmes adultes des personnages féminins cf Agnès qui a maintenu ne enfance de manière artificielle et contre nature cf ne sait rien « si les enfants que l’on fait se font par l’oreille » éducation imposée par son tuteur qui fait d’elle cet être étrange, physiquement femme et intellectuellement enfant, ce dont Arnolphe est fier devant Chrysalede : singularité d’Agnès ;

En dépit de l’ignorance dans laquelle elle est maintenue , elle est travaillée par le désir sexuel qui s’éveille en elle cf les puces. Arnolphe tire un plaisir trouble à la fois de l’ignorance des choses du sexe dans laquelle se trouve Agnès et de la manière dont elle aspire confusément à en pénétrer le mystère cf vous me ferez plaisir. Scène 3 de l’acte 1. De quoi rit le spectateur ? position de surplomb par rapport à Agnès, position d’Arnolphe. Tradition farcesque dans laquelle la découverte de la sexualité par les jeunes filles est source de plaisanteries grivoises. Spectateur complice de ce qui l’excite ! regard que l’on entend poser sur l’innocence d’Agnès : forme de complicité grivoise avec le spectateur ou conscience de la profanation de l’enfance !

Je rajoute la fin de la première partie que vous pourrez lire. N'hésitez pas à poser des questions s'il ya lieu.

 

D. Les servantes : substituts maternels

 Fonctions:Protéger les filles, imaginer des stratégies, porter leurs voix

Georgette : servante d’Arnolphe : paysanne limitée et simple, plus encore qu’Alain qui lui fait la leçon, d’aucune aide pour Agnès ; solitude radicale d’Agnès qui doit agir seule pour trouver des ressources de son émancipation.

Lisette en revanche adjuvant de Lucinde, mais ne s’oppose pas frontalement comme Dorine, recourt à des ruses pour ne pas se moquer ouvertement de son maître sauf à la fin «  Monsieur la bécasse est bridée, et vous avez cru faire un jeu, qui demeure une vérité. »

Dorine « fille suivante un peu trop forte en gueule et fort impertinente » qui « se m^le sur tout de dire son avis ( Mme Pernelle » s’oppose frontalement et avec un plaisir manifeste à Orgon.

Choix de distribution riches d’enjeux : Georgette et Dorine étaient tenues par Madeleine Béjart.

Comédienne à vois : Céline Brune ( Lisette) et Annie mercier ( Dorine) dont le timbre grave de fumeuses imposent d’emblée l’autorité.

Dorine : caractère très cru de ses interventions dépourvues de tabou en matière de sexualité : désir des femmes, risque d’adultère, mais aussi responsabilité des hommes dans l’infidélité des femmes II,2 importance du corps et du désir dans le mariage alors qu’Orgon parle de « vrais enfants, comme deux tourterelle »s pour la relation de sa fille ave Tartuffe. V 534 comme en dehors de toute sexualité.

Résistance des filles et des servantes inversement proportionnelles : servantes ont du coffre et qu’elles sont redoutées, elles dispensent en partie les  filles de se battre elles –mêmes, différent pour Agnès qui n’a pas le soutien de Georgette.

Pourquoi les servantes résistent-elles d’ailleurs mieux que les  filles, pourquoi elles s’autorisent davantage d’audace, pourtant risque d’être battues ou renvoyées II, 2 fin de l’altercation Dorine/Orgon

Pb de l’éducation des filles cf Mariane, éducation à se soumettre au père, énoncer des phrases que le père désire entendre. Cf « Voyez bien comme vous répondrez »

Dorine: pas été élevée comme une fille de la bourgeoisie, tradition de la farce, elle a conservé intacte sa capacité à se rebeller. Dominée socialement mais moins soumise sur la question du mariage que ne l’est Mariane

Jouer collectif

Duo que forment filles et servantes pour résister au père

Tartuffe même plus que duo, petite équipe autour de Mariane pour contrer le projet d’Orgon. : manière dont les femmes en viennent à créer un jeu d’alliances avec d’autres femmes et parfois avec des hommes pour mener un combat. Pourquoi Elmire et Dorine prennent autant de risque pour sauver Mariane? Cf Lambert :  Expression de l’émancipation féminine telle qu’elle commence à se développer à l’époque ; Elmire : liberté de régler ses problèmes sans en parler à son mari, Dorine, liberté de ton à l’égard des maîtres. Stratagèmes des femmes pour  se libérer.

Différent pour Agnès : combat solitaire, unique allié= Horace si maladroit qu’il détruit par ses confidences  hasardeuses ce qu’elle construit avec ingéniosité de son côté.

Coup de force de la mise en scène de Bezace : renverser cette situation de solitude. C’est Arnolphe qui est isolé campé dans sa folie, qui se rend inaccessible au monde. Agnès quand elle sort de sa trappe pour monter sur le plateau fait signe à tous les partenaires qui la regardent pour la soutenir du haut des fenêtres du palais des papes, Arnolphe solitaire car il prétend se placer au-dessus des autres hommes, public compris tandis que Agnès aspire totalement à faire partie de la société ; éclaire un peu la mise en scène très sombre de la pièce.

dimanche 25 avril 2021

L'Ile des esclaves de Marivaux dans la mise en scène de Jacques Vincey


Cette semaine nous aurions dû voir à la Comédie de Colmar L'Ile des esclaves de Marivaux dans la mise en scène de Jacques Vincey.

Heureusement il existe une captation de cette mise en scène que je vous propose de regarder. Elle dure 1h36 > L'île des esclaves

Faites- en une analyse à me rendre la dernière semaine de mars. (Analyse qui comptera pour le 3ème trimestre.)

Quatre Athéniens, deux maîtres et deux esclaves, se retrouvent échoués sur une île. Pas n’importe laquelle : la mystérieuse et révolutionnaire « île des esclaves »… Très vite, guidés par Trivelin, le gouverneur de cette république, les naufragés vont devoir se soumettre à une singulière expérience : inverser leurs rôles ! Les asservis se changent sans complexe en « patrons » de leurs anciens maîtres qui sont, eux, sommés de faire amende honorable et de montrer obéissance.

Ceux à qui le hasard de la naissance avait donné des privilèges se révèleront-ils capables d’affronter ce revers de fortune ? Et comment se comporteront les anciens esclaves, eux-mêmes soumis aux exigences de leur hôte Trivelin ? Souvenir des souffrances passées, chantage affectif et désir de vengeance vont bon train dans cette cruelle et vertigineuse comédie philosophique en un acte.

Trois ans après La Dispute, Jacques Vincey met de nouveau en scène Marivaux, en compagnie des cinq jeunes comédiens de l’ensemble artistique du T°. Adjoignant à la pièce un épilogue composé collectivement au cours des répétitions, ils nous invitent à interroger des formes d’asservissement qui, des plus intimes aux plus politiques, mutent sans disparaître à travers le temps.

 

Lien vers les dossiers de presse et pédagogique 

Présentation par jacques Vincey 

Texte de la pièce en ligne  Vous pouvez vous reporter au texte pour vos citations et pour mieux suivre ce qui échapperait à une première audition.

samedi 24 avril 2021

Analyse d'un extrait de L'ïle des Esclaves de Marivaux ( France Culture)

 Commentaire d'un extrait de L'ïle des Esclaves sur France Culture

 

"L'Île des esclaves" de Marivaux - Étude des scènes IX, X et XI 

« Aucune pièce de Marivaux n’a plus de ”philosophie”, aucune n’a plus de ”théâtralité” ; tout y est sens et tout y est jeu ». Voila ce qu’on peut lire dans la notice signée Henri Coulet et Michel Gilot de la célèbre Pléiade à propos de L’Île des esclaves, cette petite comédie en un seul et unique acte et en prose de Marivaux.

Quelle philosophie ?

La Rochefoucauld dirait : une « haute sagesse, fondée sur la méditation de la vie, et donnant une grande force d'âme dans les vicissitudes » (Œuvres, 1655, Maxime 22).

C’est vrai. Mais pour transmettre cette sagesse sans avoir l’air de faire la leçon, Marivaux recourt à la théâtralité propre aux comédiens-italiens pour lesquels il écrit. L’auteur exploite les nouveaux traits que Thomassin a donné à son Arlequin : non plus lourdaud et sans vergogne, comme ses prédécesseurs du XVIIe siècle, mais petit, « silhouette hésitante, un peu benêt, un peu émerveillé, il fait plaisir à voir ». Dans la petite comédie en un acte, ce « petit homme » (Marivaux) devient le véritable acteur/maître de l’action quand Trivelin se contente d’en poser le cadre et les règles.

L'intrigue

L’intrigue de la pièce repose sur un jeu de rôles qui lui-même exacerbe la théâtralité, le travestissement. Rappelons la situation. L’île des esclaves où s’est échoué un navire laisse sur sa grève deux couples formés l’un d’Arlequin et de son maître Iphicrate, l’autre de la soubrette Cléanthis et de sa maîtresse Euphrosine. L’île devient l’espace d’un renversement des conditions de maîtres et valets. Trivelin, organisateur d’une l’épreuve qui doit corriger les maîtres en les « rend[ant] sensibles aux maux qu’on […] éprouve en esclavage » ordonne l’échange des noms et des habits. Non sans ironie, Marivaux utilise ce stratagème pour mettre en lumière les rôles dans lesquels chacun s’enferme, qui conditionnent nos existences

L'intention

Pour autant, en ce début du XVIIIe siècle, Marivaux ne se sert pas du théâtre comme d’une tribune politique. Le théâtre est alors une boîte où agit le charme de la fiction. L’identification forcée des maîtres aux domestiques et des domestiques aux maîtres conduit chacun à éprouver, pour les uns, la honte d’entendre le portrait peu flatteur qui est fait de soi par ses domestiques et l’humiliation d’être le sujet de leurs projets de mésalliances, et, pour les autres, le ressentiment de s’être vu maltraité par sa maîtresse pendant longtemps, ou, au contraire, la joie malicieuse de se moquer de son maître. 

À force de jouer avec la fibre sensible de ses personnages,  le « cours d’humanité » dispensé par Marivaux sur l’île finit par porter ses fruits. Lorsqu’Arlequin déclare sa flamme à une Euphrosine qui n’en peut plus, l’ancienne maîtresse répond au valet par une tirade pathétique où, pour la première fois, elle en appelle à sa « compassion ». Le bouffon italien se retrouve tout démuni, ce que Marivaux souligne par une didascalie et une réplique : « abattu et les bras abaissés, comme immobile [il ne peut que dire] : j’ai perdu la parole ».

En trois scènes, Marivaux construit par palier un dénouement vertueux. Le pathétique et le comique s’enchevêtrent, s’imbriquent, de manière singulière pour attendrir les spectateurs tout en préservant le plaisir d’un bon spectacle.

Analyse réalisée par Lucille Perello, professeure de Lettres et de théâtre.

lundi 19 avril 2021

Pour les amoureux de la littérature: Félix de Lire

 Connaissez-vous cette série sur LUMNI: Félix de Lire

une façon amusante de découvrir des oeuvres littéraires et de réviser son bac français, peut-être de créer vos propres capsules video, encore plus subtiles!

mardi 13 avril 2021

Terminales: 13 avril : Wajdi Mouawad répond à des questions de lycéens

 Interview de Wajdi Mouawad sur zoom ( lien facebook)

Sur le site du théâtre de la Colline 

C'est passionnant de l'entendre répondre aux questions d'élèves de votre âge.Il essaie vraiment de transmettre sa vision du monde en partant de sa vie personnelle. 

 

 

 

vendredi 9 avril 2021

Projet Prix Koltès: les grandes tendances du théâtre contemporain

 

Grandes tendances du Théâtre Contemporain ( d'après l'introduction de Mme Agnès Heyer, prix Koltes TNS)

-        -  Héritages de Brecht/ Beckett ( Faites une recherche sur ces deux auteurs.)

-          Brecht : théâtre épique, importance du récit, de la narration ( Cherchez une définition précise de la notion de "théâtre épique" brechtien)

-          Beckett : évidement de la fable de toute anecdote, langage minimaliste, restreint.

-Usages contrastés du dialogue et du monologue. Dialogue polyphonique, plusieurs voix en une, dimension chorale.

-Influence du roman moderne : récit qui prend beaucoup de place.

-Auteur souvent très présent ( pas forcément dans les 3 œuvres du prix, un peu plus autobiographique pour la Chute des comètes et des cosmonautes.)

-Fin de la notion de conflit dramatique mais dramatisation de la vie : la vie toute entière en elle-même est considérée comme drame.

-Personnage confronté à son histoire mais pas forcément de « crise », de moment paroxystique.

-Discontinuité, remise en cause de la structure de la fable, récit par fragments disjoints, partition à recomposer, puzzle…

-Dire le monde par la brisure, le non dit. Question de point de vue. Travail de montage à faire par le lecteur, spectateur .

-Forme rhapsodique du verbe grec qui signifie «  coudre » : drame-récit-poème à recoudre ensemble ( concept de Sarrazac)

"Rhapsodie". C'est dans ce que Jean-Pierre Sarrazac nomme le "théâtre des possibles", où coexistent et s'ajoutent les contraires, où tout est placé sous le signe de la polyphonie que le travail rhapsodique de rapiéçage et de conjointure prend tout son sens, engendrant dans les écritures contemporaines la structure d'un "montage dynamique".

La Rhapsodie : Concept initié et développé par Jean-Pierre Sarrazac dans L’Avenir du drame (1980), la rhapsodie correspond au geste du rhapsode qui signifie «coudre ou ajuster des chants». Cette notion apparaît donc liée au domaine épique, celui des chants et de la narration, en même temps qu’à des procédés d’écriture tels que le montage, l’hybridation, le rapiéçage, la choralité .La rhapsodie se caractérise par un kaléidoscope des modes dramatique, épique, lyrique, par une écriture en montage dynamique, percée d’une voix narratrice et questionnante, dédoublement d’une subjectivité tour à tour dramatique et épique (ou visionnaire).Un tel geste d’écriture donne lieu à une nouvelle distribution de la parole. Ce désemboîtement, terme emprunté à Jean-Pierre Ryngaert fait coexister dans l’espace scénique des espaces voire des temps différents.

-Travail de collage, inclusion d’éléments hors de la diégèse ( l'histoire racontée) à proprement parlé ( ex la mère en dehors de l’histoire de la rencontre des trois ado dans Chéries de l’ombre, discours à la radio dans Les Inamovibles)

-Crise du personnage : pas de noms propres, disparition du caractère au sens psychologique du terme, perte d’identité, étrangeté à soi, absence aux autres, personnage qui peut être polyphonique : plusieurs voix en lui cf Chéries de l’ombre, personnage en question plus qu’en action. Cf notion d’impersonnage , visage sans traits.

La narration : des acteurs-rhapsodes Avec la narration, le statut de l’interprète évolue vers un statut d’acteur-conteur voire d’acteur-performeur: il porte la parole plus qu’il n’incarne un personnage, il s’adresse directement au public, sans quatrième mur. Il renoue avec la figure de l’aède ( le poète chanteur de l'Antiquité) ou du conteur.L’acteur est un «rhapsode» comme le nomme Jean-Pierre Sarrazac, un témoin, un passeur, un porteur. Le poème passe à travers lui, le traverse, il porte une parole qui le dépasse, une parole politique capable de nous toucher au cœur. Jean-Pierre Sarrazac forge la notion d’«Impersonnage» dont l’identité de témoin est «transpersonnelle»: «L’Impersonnage est le témoin de sa propre vie, vie non pas individuelle et fixée mais nomade et transpersonnelle. Il est le martyr –martus, en grec, signifie témoin. Un témoin, c'est-à-dire, comme chez Brecht, un tiers, qui témoigne non plus pour le Christ mais pour l’Homme.[...] le personnage du drame tend vers le neutre, l’impersonnel ou le transpersonnel. [...]C’est en cela précisément qu’il accède au statut de témoin. Personnage-rhapsode ou personnage-témoin, il se pose en tiers –testis–par rapport à lui-même.»

Reprenant l’idée d’« impersonnel » aux écrits théoriques de Mallarmé, J.-P. Sarrazac forge le concept d’« impersonnage », signe d’un « passage au neutre » caractérisé par ces symptômes : sentiment d’étrangeté à soi‑même, catalepsie, évanouissements, absence aux autres et à soi‑même, personnalités multiples… L’impersonnage incarne une humanité morcelé, discontinuée, multiple, transgressive

-Variations autour du monologue : plongée dans l’intériorité, pas psychologique, abysse, subconscient, inconscient. Travail sur la langue, poésie, méditation intérieure, dialogisme intérieur.

-Dialogues souvent épurés, langue concrète, crue qui peut choquer par rapport à l’idée de la belle écriture .

-Liberté formelle totale. Plus de canons, de règles obligées. Par conséquent gros travail pour le lecteur ;

-Nouveau statut des didascalies : souvent pas seulement instrumentales, poésie, écriture : comment les rendre au plateau ? le faut-il ?

-Travail sur la temporalité : discontinuité, simultanéité, collisions temporelles, retours en arrière pas tout de suite compréhensibles, éclatement de la chronologie qu’il faut recomposer. Partition avec des « temps » des « pauses », quelque chose de rythmique, de musical.

-Oralité : langue épurée mais aussi flamboiement  lyrique, mise en valeur d’une écriture particulière que l’acteur doit faire entendre. Sonorités, mastication du verbe, faire entendre la langue inscrite dans le corps : parfois mots crus, langue bousculée par la théâtralité.

( les textes ont cependant été pensés pour le plateau, faits pour être dits, joués.)

Vous voyez que vos aviez trouvé beaucoup de caractéristiques du théâtre contemporain par vous mêmes.N'oubliez pas d'envoyer vos questions.

vendredi 2 avril 2021

jeudi 1 avril 2021

Jacques Lecoq et la pratique du masque

 Les deux voyages de Jacques Lecoq

Hommage des élèves de Jacques Lecoq à son enseignement  Au début du film, on entend Jacques Lecoq expliquer l'importance des gestes et des silences pour le jeu après avoir fait une démonstration de clown.Dès 6mn il parle du jeu avec le masque.