Retrouver le texte même si la traduction est différente.
une analyse du Lenz De Buchner
Buchner met dans la bouche de Lenz sa propre conception de l'art:
(...) A table, Lenz retrouva sa bonne humeur ; on parla littérature, il
était sur son terrain. Alors commençait la période idéaliste. Kaufmann
en était partisan; Lenz le contredit impétueusement. « Les poëtes qui,
dit-on,
donnent la réalité, n’en ont pourtant aucune idée ; mais ils sont en
tout cas beaucoup plus supportables que ceux qui veulent transfigurer
cette réalité.
Le bon Dieu a bien fait le monde, tout comme il doit être, et nous ne
pouvons guère barbouiller quelque chose de mieux ; notre unique effort
doit être d’y ajouter un peu. Ce que je réclame en tout, c’est la vie,
la possibilité de l’existence, et alors c’est bien; nous n’avons pas à
demander ensuite si c’est
beau ou laid. Le sentiment d’avoir créé quelque chose de vivant
l’emporte sur la beauté ou la laideur, et constitue l’unique critérium
dans les choses
de l’art. Cette vie, d’ailleurs, ne se rencontre que rarement : nous la
trouvons dans Shakespeare, elle renait
avec toute sa puissance dans les chants aires, parfois aussi dans
Gœthe. On peut jeter le reste au feu. Sans doute, il ne faut pas non
plus décrire des chenils. On a voulu des figures
lestes, mais tout ce que j’en ai vu ressemble à des poupées en bois. Cet
idéalisme est le mépris le plus honteux de la nature humaine. Essayez,
une fois de vous plonger dans la vie du plus chétif des êtres et de la
rendre avec ses convulsions, ses manifestations, toute sa mimique si
subtile et à peine remarquée ; j’ai tenté cela dans le Précepteur
et les Soldats. Ce sont les hommes les plus proches qui existent sous le
soleil ; mais la veine du sentiment est chez presque tous la même ; il
n’y a de différence que dans le plus ou moins d’épaisseur de la peau à
traverser. Il suffit d’avoir pour eux des yeux et des oreilles.
Hier, en passant par la vallée, je vis deux jeunes filles assises
sur une
pierre; l’une nouait ses cheveux ,l’autre l’aidait; la chevelure dorée
de la première pendait sur son dos ; son visage était sérieux et pâle,
bien qu’elle fût toute jeune, et elle était vêtue de noir;
l’autre s’efforçait de lui venir en aide. Les tableaux les plus beaux,
les plus intimes, des maîtres allemands,donnent à peine une idée de
cela. On désirerait parfois être la tète de Méduse pour pouvoir changer
en pierre un tel
groupe, et appeler les gens. Elles se levèrent, le groupe était détruit;
mais en descendant entre
les rochers, elles formèrent un autre tableau. Les tableaux les plus
beaux, les notes les plus sonores se groupent, s’évanouissent.
« Il ne reste qu’une chose, une beauté infinie qui d’une forme
passe à une autre, éternellement accessible, éternellement variée. On ne
peut pas toujours, il est vrai, la fixer et la placer dans les musées
ou la traduire en sons, puis convoquer fieux et jeunes
en les laissant radoter et s’émerveiller sur ce sujet. On doit aimer
l’humanité, pour pénétrer l’essence particulière de chacun ; nul ne doit
être à nos yeux trop chétif ou trop laid : c’est le seul moyen de le
comprendre. Le visage le plus insignifiant cause une impression plus
profonde que la pure sensation du
beau, et l’on peut faire sortir les figures d’elles-mêmes sans y ajouter
quelque chose copié du dehors, auquel cas on ne sent battre et palpiter
ni
vie, ni muscles, ni pouls ».
Kaufmann lui objecta qu’il ne trouverait pourtant pas dans la
réalité de types pour un Apollon du Belvédère ou une
madone de Raphaël. « Qu’importe ! répliqua Lenz ; je dois avouer que
cela me laisse absolument froid. En travaillant en moi-même, je puis
aussi saisir quelque chose là-dedans; mais tout le mérite en est à moi.
Le poète et le sculpteur que je préfère, c’est celui qui me rend le plus
fidèlement la nature, de
telle sorte que je sente sa création; tout le reste me dérange. J’aime
mieux les peintres hollandais que les peintres italiens : ils sont aussi
les seuls compréhensibles.(...)
Un blog pour les élèves des options théâtre du Lycée Camille Sée à Colmar
mardi 20 novembre 2018
dimanche 18 novembre 2018
Qui était le poète Lenz?
Jakob Michael Lenz (1751-1792) :
Jakob Michael Reinhold Lenz est l’un des créateurs et auteurs phare du Sturm und Drang, mouvement politique et littéraire, majoritairement allemand, prônant la révolte et la supériorité des sentiments et de la passion sur la raison.
Jakob Michael Reinhold Lenz est l’un des créateurs et auteurs phare du Sturm und Drang, mouvement politique et littéraire, majoritairement allemand, prônant la révolte et la supériorité des sentiments et de la passion sur la raison.
Il met ainsi en scène des personnages impulsifs et exaltés, assaillis
par des passions, aussi violentes qu’éphémères. À partir de 1774, Jakob
Lenz règne aux côtés de Goethe sur l’intelligentsia
de l’époque. Ce dernier le convie à des voyages, durant lesquels ils sont chaleureusement accueillis. Lenz vit alors à cette époque un véritable triomphe. En 1777, après une période d’errance, il est victime d’une violente crise de démence. Bien que ce soit sa première crise, il souffrira jusqu’à la fin de sa vie, d’un mal émotionnel, proche de la folie.
En 1835, Georg Büchner, exilé à Strasbourg, s’intéresse au séjour que le poète et dramaturge Jakob Lenz effectua en 1777 au Ban de la Roche, dans la demeure du pasteur Oberlin. De cette parenthèse de vingt et un jours au coeur des Vosges, il cherche à faire entendre les tourments d’un écrivain aux prises avec ses questionnements existentiels. Au sein de ce village et plus précisément au centre d’une communauté de fidèles qui entourent le pasteur, Lenz se sent généreusement accueilli mais prend conscience que le seul remède proposé à ses angoisses est une foi qu’il a déjà rejetée dans sa jeunesse. Si le salut existe, ce ne sera pas celui-ci… Poids de la religion, puissance de l’univers, violence des éléments, hypersensibilité des âmes… "Lenz" ouvre la porte au romantisme.
Bande annonce d'une autre mise en scène de Lenz
Mise en scène Jacques Osinski:
Dans Lenz, nouvelle de 1835, le jeune écrivain allemand Büchner dresse le portrait d’un dramaturge, un malheureux poète devenu fou. Auteur important du «Sturm und Drang», courant littéraire allemand préromantique, Lenz séjourne chez le pasteur Oberlin à partir de 1777, chez qui il souffre de troubles psychiques. S’appropriant tout un ensemble de matériaux documentaires – journal d’Oberlin, témoignages et correspondance de Lenz –, Büchner écrit un récit totalement libre et fictionnel, où ses propres intérêts se mêlent à l’histoire tragique de Lenz. C’est bien de cette dimension narrative que Jacques Osinski s’empare, afin de rendre perceptible la subtile variation des points de vue dans ce texte inachevé de Büchner. Sur scène, le comédien Johan Leysen pourrait avoir connu Lenz. Il est chez lui, vaque à ses occupations quotidiennes et raconte ce passage douloureux de la vie de cet homme. Sur les murs derrière lui, sont projetées des images d’une nature majestueuse, filmées par le vidéaste Yann Chapotel. Une nature qui fait écho à l’état psychique de Lenz et soumise aux distorsions de sa perception, comme si l’homme ne parvenait plus à trouver sa juste place dans le monde qui l’entoure. Tandis que les images défilent et suivent un rythme qui leur est propre, Johan Leysen nous fait le récit, parfois empathique, parfois clinique, d’un écrivain au bord du gouffre. Plus qu’une œuvre sur la folie, Lenz parle de cette solitude effroyable qui peut s’emparer de l’âme humaine, une solitude dont la langue de Büchner, fulgurante et brusque, rend les accès de désespoir.
Dossier de presse
de l’époque. Ce dernier le convie à des voyages, durant lesquels ils sont chaleureusement accueillis. Lenz vit alors à cette époque un véritable triomphe. En 1777, après une période d’errance, il est victime d’une violente crise de démence. Bien que ce soit sa première crise, il souffrira jusqu’à la fin de sa vie, d’un mal émotionnel, proche de la folie.
En 1835, Georg Büchner, exilé à Strasbourg, s’intéresse au séjour que le poète et dramaturge Jakob Lenz effectua en 1777 au Ban de la Roche, dans la demeure du pasteur Oberlin. De cette parenthèse de vingt et un jours au coeur des Vosges, il cherche à faire entendre les tourments d’un écrivain aux prises avec ses questionnements existentiels. Au sein de ce village et plus précisément au centre d’une communauté de fidèles qui entourent le pasteur, Lenz se sent généreusement accueilli mais prend conscience que le seul remède proposé à ses angoisses est une foi qu’il a déjà rejetée dans sa jeunesse. Si le salut existe, ce ne sera pas celui-ci… Poids de la religion, puissance de l’univers, violence des éléments, hypersensibilité des âmes… "Lenz" ouvre la porte au romantisme.
Bande annonce d'une autre mise en scène de Lenz
Mise en scène Jacques Osinski:
Dans Lenz, nouvelle de 1835, le jeune écrivain allemand Büchner dresse le portrait d’un dramaturge, un malheureux poète devenu fou. Auteur important du «Sturm und Drang», courant littéraire allemand préromantique, Lenz séjourne chez le pasteur Oberlin à partir de 1777, chez qui il souffre de troubles psychiques. S’appropriant tout un ensemble de matériaux documentaires – journal d’Oberlin, témoignages et correspondance de Lenz –, Büchner écrit un récit totalement libre et fictionnel, où ses propres intérêts se mêlent à l’histoire tragique de Lenz. C’est bien de cette dimension narrative que Jacques Osinski s’empare, afin de rendre perceptible la subtile variation des points de vue dans ce texte inachevé de Büchner. Sur scène, le comédien Johan Leysen pourrait avoir connu Lenz. Il est chez lui, vaque à ses occupations quotidiennes et raconte ce passage douloureux de la vie de cet homme. Sur les murs derrière lui, sont projetées des images d’une nature majestueuse, filmées par le vidéaste Yann Chapotel. Une nature qui fait écho à l’état psychique de Lenz et soumise aux distorsions de sa perception, comme si l’homme ne parvenait plus à trouver sa juste place dans le monde qui l’entoure. Tandis que les images défilent et suivent un rythme qui leur est propre, Johan Leysen nous fait le récit, parfois empathique, parfois clinique, d’un écrivain au bord du gouffre. Plus qu’une œuvre sur la folie, Lenz parle de cette solitude effroyable qui peut s’emparer de l’âme humaine, une solitude dont la langue de Büchner, fulgurante et brusque, rend les accès de désespoir.
Dossier de presse
Barème de la note de plateau sur le projet Woyzeck
1. Qualité du travail pendant toutes les séances.
2.Engagement au plateau, être une force de proposition.
3. Ecoute des intervenants et des partenaires
4. Mémorisation précise du texte avec son rythme et de la structure proposée par la metteuse en scène.
5. Compréhension du code de jeu demandé par Sandrine: rien de naturaliste, jeu qui s'adresse au partenaire à travers le public, jeu face public avec seulement des appuis parfois sur le partenaire, jeu à distance, engagement corporel jusqu'à la chorégraphie, corps marionnette.
2.Engagement au plateau, être une force de proposition.
3. Ecoute des intervenants et des partenaires
4. Mémorisation précise du texte avec son rythme et de la structure proposée par la metteuse en scène.
5. Compréhension du code de jeu demandé par Sandrine: rien de naturaliste, jeu qui s'adresse au partenaire à travers le public, jeu face public avec seulement des appuis parfois sur le partenaire, jeu à distance, engagement corporel jusqu'à la chorégraphie, corps marionnette.
mercredi 14 novembre 2018
11 décembre Les Enfants Eblouis mis en scène par Quentin Métenier et les élèves du Conservatoire
Le comité de lecture sélectionne chaque année un texte que les élèves du Conservatoire mettent ensuite en espace dans la petite salle. Vous êtes invités à cette présentation le mardi 11 décembre à 19h. C'est gratuit mais il faut réserver.
Pour en savoir plus site de la CDE
Pour en savoir plus site de la CDE
mardi 13 novembre 2018
Projet Suppliants: documentaire sur l'errance des migrants
Après la destruction de la "jungle de calais" , errance des migrants: voir Fugitif, où cours-tu?
A voir absolument pour comprendre ce qui se joue dans Les Suppliants que vous interprétez.
Après
la destruction de la "jungle" et la dispersion de ses 12 000 habitants
aux quatre coins de la France, la caméra suit un migrant errant sur la
lande, parmi les débris épars. Est-il le dernier habitant à partir ? Il
se met à danser sur la plage, et sa danse réveille les vies, les abris,
les feux, les labyrinthes, les voix de cette ville surgie de la boue
puis disparue, filmée un an plus tôt. Les habitants déplaçaient alors
leurs abris vers la zone Nord pour échapper aux bulldozers et aux CRS
qui détruisaient la zone Sud.
Alignements policiers, pelleteuses en marche, tentes carbonisées… Des nuages de fumée noire engloutissent ceux qui filment avec leurs téléphones portables tandis que d'autres se masquent le visage avec des foulards de fortune. Le quotidien des réfugiés de la jungle de Calais, démantelée entre octobre 2016 et août 2017, s'étage entre la sidération des évacuations et l'attente avant les tentatives de départ, le tout dans des conditions d'existence dignes, comme le dit l'un d'entre eux, "de la vie des animaux". Questionnements sur leur présent infernal, récits fragmentés de leurs parcours (frissons en évoquant la Libye) : face à la caméra de Nicolas Klotz et Élisabeth Perceval, leur parole prend une ampleur impressionnante. Pourtant, dans les interstices entre espoir et désespoir, la vie s'immisce : des couples se forment, on joue au foot, un homme seul danse sur la plage – formidables séquence d'ouverture et finale…
Interview des réalisateurs
A voir absolument pour comprendre ce qui se joue dans Les Suppliants que vous interprétez.
La
vie des réfugiés de Calais, filmée entre l’immense étendue de la
Manche, les plages désertes, le charivari des autoroutes et les camps à
la topographie mouvante. Entre désespoir et esprit de combat, un
documentaire nécessaire.
Alignements policiers, pelleteuses en marche, tentes carbonisées… Des nuages de fumée noire engloutissent ceux qui filment avec leurs téléphones portables tandis que d'autres se masquent le visage avec des foulards de fortune. Le quotidien des réfugiés de la jungle de Calais, démantelée entre octobre 2016 et août 2017, s'étage entre la sidération des évacuations et l'attente avant les tentatives de départ, le tout dans des conditions d'existence dignes, comme le dit l'un d'entre eux, "de la vie des animaux". Questionnements sur leur présent infernal, récits fragmentés de leurs parcours (frissons en évoquant la Libye) : face à la caméra de Nicolas Klotz et Élisabeth Perceval, leur parole prend une ampleur impressionnante. Pourtant, dans les interstices entre espoir et désespoir, la vie s'immisce : des couples se forment, on joue au foot, un homme seul danse sur la plage – formidables séquence d'ouverture et finale…
Interview des réalisateurs
Terminales, conseil de classe le vendredi 7 décembre
Il est urgent que tout le monde me rendre son analyse de spectacle car l'arrêt de note et le premier décembre et monbureaunumérique est moins souple qu'ENTEA pour la saisie des notes.
Je n'ai pas non plus vu le carnet de bord de tout le monde!
Je n'ai pas non plus vu le carnet de bord de tout le monde!
samedi 10 novembre 2018
Conférence philosophique de Guillaume Clayssen et francis Fischer sur Jeunesse de Conrad
Conférence de Guillaume Clayssen sur
Jeunesse de Joseph Conrad qu’il met en scène en compagnie de Francis Fischer,
philosophe qui a parlé de la nouvelle Au Cœur des ténèbres.
Notes prises le mardi 6 novembre.
Qu’est-ce que la
jeunesse ? Boutade : Si
personne ne m’interroge, je le sais, si on me demande je l’ignore.
Quand commence et finit la jeunesse ? Question
vertigineuse.
Si une certaine période de la vie, pbl. des limites
temporelles.
Donc différentes apories, impasses, commencements et fins
flous.
Livre : Philosophie des âges de la vie de Eric Dechavannes :
jeunesse pas notion que l’on retrouve
dans la nature : animaux passent de l’enfance à l’âge adulte, mais existe
dans les sociétés humaines, notion culturelle donc.
Sociétés ritualistes :
jeunesse inscrite dans un rite de passage, être jeune sur une durée courte
Société qui n’impose pas de limite, plus individualiste cf
concept d’ » adulescence ».
Notion historique : à une époque, on perdait sa jeunesse
après le premier acte sexuel, aujourd’hui c’est plutôt avoir un premier enfant,
mais alors que dire de ceux qui n’ont pas d’enfants et n’en auront jamais ?
Notion sociologique : catégories défavorisées n’auraient
pas de « jeunesse » ou moins, d’emblée adultes par le travail cf Bourdieu »
la « jeunesse » n’est qu’un mot. » (http://www.homme-moderne.org/societe/socio/bourdieu/questions/jeuness.html)
Essayer de répondre alors en interrogeant la nouvelle de
Conrad et ce qu’elle dit de la jeunesse.
Pour Guillaume la
littérature et les romans en particulier ne sont pas seulement des accessoires
de la pensée, mais permettent d’approfondir la pensée. L’écrivain regarde le
monde, l’observe et le philosophe est aidé par l’acuité de son regard.
Histoire racontée par Jeunesse
est une histoire à tiroir, enchâssement des récits que Guillaume a un peu gommé
dans son adaptation théâtrale.
Un marin dans un bar à Londres avec d’autres collègues ( de
la mer à la terre) fait le récit de sa première traversée vers l’Orient, vers
Bangkok sur un vieux rafiot la Judée, voyage qui au lieu de durer 15 jours,
durera des mois. Voyages maritimes pour Conrad symboles de la vie elle-même. Jeunesse :
pouvoir convertir l’enfer en paradis, survie permanente et joyeuse à toutes les
catastrophes en mer, vivre comme si la vie était au-dessus d’elle-même.
« O Jeunesse quelle force, quelle foi et l’imagination
qu’elle a »
Force : pour
Rousseau la force n’est pas quantité, mais rapport équilibré entre ses désirs
et ses facultés : qui peut ce qu’il veut est fort.
Conrad : être mu par un désir tel qu’il crée sa propre
puissance. Pas de limites à ce que peut la jeunesse, peuvent ce qu’ils
désirent. Force du désir juvénile de créer la force elle-même. Force de la
passion. Cf « J’ai vécu comme un ermite avec passion in Le Miroir de la
mer
Rapport jamais amer avec la vie.
Jusqu’à quand vit-on avec passion ? Age flexible, durée
indéterminable.
La foi :
pouvoir de régénération du monde, pas une simple opinion. Croyance en quelque
chose d’incroyable et inconnaissable, (l’objet de la foi ; ) on peut avoir
une foi sans dieu ( justice, révolution, vérité…) donc un sentiment : être
jeune, c’est sentir quelque chose.
Conviction qu’on ne peut mourir vraiment : « le
sentiment que je pourrais durer à jamais », force de vie telle que la mort
n’est même pas envisageable.
Idéal : idée si
haute et si désirable qu’elle devient un but à atteindre. Idéal moteur :
objet lointain de foi d’où le fait que la jeunesse soit plus idéaliste, projeté
dans un temps lointain de l’idéal à atteindre ;
Vivre selon l’idée + marqueur de la jeunesse. La philosophie
serait ainsi une science de la jeunesse : philosopher toute sa vie pour
rester jeune, croire au pouvoir de la pensée sur sa vie et sur le monde.
Sens pratique : avoir la foi permet de déplacer des
montagnes, chaque génération est une occasion de régénérer le monde. cf rôle de
l’éducation pour Arendt : « les préparer d’avance à changer un monde
pour le faire nouveau » ( A méditer !)
Désarroi lorsqu’une nouvelle génération ne parvient pas à
régénérer la société cf texte de Lermontov, manque de foi dans sa génération.
Imagination : « la chimère » la jeunesse
comme plongée dans l’imaginaire qui se heurte tout à coup au réel. Nager dans
ses rêves et ne pas couler : force de l’imaginaire. Jeunesse : yeux
encore fermés pas encore ouverts.
Sens du romanesque : enfance et adolescence plongées
dans le livre, le cas de Conrad, ensuite jetés dans le monde : « nourrir sa vie des rêves de son enfance »
cf Conrad Don quichotte
L’imagination butte à un moment contre le réel, déception, désenchantement
du réel cf Nouvelle Héloise de
Rousseau : « le pays des chimères est en ce monde le seul digne d’être
habité ».
Explication avec la vie au sortir du rêve.
Conclusion :
Jeunesse= Manière de vivre l’âge qu’on a, pas descriptif d’une réalité, un
concept narratif : être jeune, c’est ce raconter quelque chose, une
histoire sur la vie que l’on n’a pas encore vécue mais qu’on veut vivre inconditionnellement.
Aujourd’hui les jeunes sont peut-être empêchés de vivre leur
part romanesque, de vivre leurs illusions.
Pbl aussi de l’absence de nourriture littéraire, pas assez
de grands récits lus pour nourrir la rêverie ?
Transition par Francis Fischer : lorsqu’on donne à la
jeunesse une image tellement idéalisée, c’est peut-être qu’on n’y est plus. Conceptualiser
la jeunesse, c’est en être sorti.
Marlow, le personnage de Jeunesse, est âg é quand il
raconte, nostalgie,
Marlow est aussi le
personnage principal d’une autre nouvelle de Conrad Au cœur des ténèbres qui parle de la conquête coloniale du Congo
belge. Scène d’un personnage âgé qui rencontre un jeune russe de 24 ans sorte d’arlequin
aux hardes multicolores « insoucieusement vivant par la seule vertu d’être
de son jeune âge et de son audace irréfléchie ».
Marlow double de Conrad lui même ( voir biographie
aventureuse et romanesque)
La jeunesse luit de l’éclat des noirceurs du mal aperçues au
Congo cf dans jeunesse l’image de l’arrivée à Bangkok sur le rivage ensoleillé
sous le regard des orientaux rassemblés en foule silencieuse et qui regardent
apparaître le jeune Marlow dans sa splendeur. Puissance, éclat, beauté, puis la
nouvelle se termine sur un goodby et la nuit !
Expérience d’une forme de maturité qui permet de valoriser
la jeunesse, « maturité » terrible puisqu’elle se fonde sur la
découverte des abominations de la colonisation africaine à rebours des discours
progressistes, celui des lumières, utilisés pour lancer la quête soi-disant
civilisatrice du continent noir ; On ne peut lire Jeunesse sans l’associer
à Au cœur des ténèbres, les deux textes étant écrits très près l’un de l’autre.
Conrad contemporain de Rimbaud, voir le poème intitulé Le Bateau ivre.
Conrad contemporain de Rimbaud, voir le poème intitulé Le Bateau ivre.
Spectacles en novembre: Attention
Le prochain spectacle Lenz de Büchner aura lieu à la CDE le lundi 19 novembre à 19h. ( Madame Resch Rosin m'a assuré que les TL2 seraient revenus de Strasbourg.
Dans la même semaine , le mercredi 21 novembre, nous allons voir Purge d'après la Mort de Danton de Büchner au théâtre municipal à 20h30. ( Il faut que les internes prennent leurs dispositions.)
Dans la même semaine , le mercredi 21 novembre, nous allons voir Purge d'après la Mort de Danton de Büchner au théâtre municipal à 20h30. ( Il faut que les internes prennent leurs dispositions.)
jeudi 8 novembre 2018
Wozzek (suite)
Autre site intéressant sur l'opéra de Berg, notamment dans la mise en scène de David MC Vicar
Texte sur le personnage de Marie que j'ai lu ce matin dans le dossier bien fait:Carnet Wozzek du CNDP de Reims. Tout est à exploiter dans ce dossier.
dossier musical intéressant avec des illustrations sonores
A propos de la mise en scène de Christoph Marthaler à l'Opéra Bastille
Articles d'étudiants de la Sorbonne sur la mise en scène de Marthaler.
Reprise des mises en scènes vues en photos en cours:
Scénographie chez Marthaler:
"Mettre en scène l’opéra d’Alban Berg, c’est donc prendre à bras le corps cette écriture noire et ramassée, qui n’a pas perdu de sa violence après avoir été mise en musique. Pour mieux rendre compte de la bassesse du sujet (mais oui !), Christoph Marthaler transpose l’action dans la banlieue défavorisée d’une ville moyenne des années 1990. Les très belles photographies de Raymond Depardon intégrées au programme suggéreraient Glasgow, mais le metteur en scène mentionne plutôt Gand. Peu importe. Dans cette ville sinistre au possible a lieu une kermesse, où l’on aperçoit les enfants jouer à l’extérieur alors que sous la tente en plastique transparent, les adultes mènent leur triste vie de débauche.
Disons-le d’emblée : le parallèle de Marthaler fonctionne. Les personnages sont nettement dessinés grâce à un jeu d’acteur efficace et les costumes d’Anna Viebrock, d’un épouvantable mauvais goût bien étudié, contribuent à brosser le portrait d’une société abandonnée par le progrès. La pièce se déroule sans interruption, selon une mécanique bien huilée, où les références humoristiques désabusées ne manquent pas. On reprocherait cependant un certain manque de finesse à ce paysage peu élogieux, où la parodie frise parfois le grotesque involontaire, voire le mépris de classe. Heureusement, les lumières saisissantes d’Olaf Winter viennent contrebalancer ce paysage qui ne proposerait sinon pas grand chose d’autre que de la crudité."
Mise en scène de Kentridge
(...°et William Kentridge, dont les mises en scène ne laissent jamais indifférents, avec Matthias Goerne dans le rôle-titre avait de quoi séduire les familiers du Festival de Salzbourg. Yannick Boussaert y était et avait rendu compte du spectacle qui fait l’objet du présent enregistrement (Plus noir que le fond de la mare). Un an après, la version enregistrée nous parvient.
Ni rue, ni maison, ni caserne, taverne ou étang, un décor unique, mouvant, changeant, où la nature est détruite, réduite à son évocation musicale. William Kentridge nous a habitués à contextualiser ses réalisations expressionnistes. Il connaît son Büchner, qu’il fréquentait de longue date, avant de s’emparer de l’ extraordinaire déclinaison musicale de son Woyzeck. Ici, l’univers sinistre qu’il peint, joue à tous les niveaux : par le décor, surprenant, et les éclairages, mais autant par les projections constantes sur un vaste cyclorama, comme celles sur petit écran de petits films, évidemment en noir et blanc, de dessins expressionnistes, de cartes, de photos de guerre. Elles accompagnent les changements de tableaux, tout en traduisant les pensées des acteurs du drame. Plasticien expressionniste autant que metteur en scène, il réalise là une union des arts telle qu’auraient pu la rêver les penseurs de la Renaissance. Sabine Theunissen crée un monde de laideur, sordide, de désolation et de misère, aux couleurs passées, de boue ou d’excréments. Un tertre, des passerelles enchevêtrées, une boîte confinée, sorte d’armoire à secrets, cabinet de curiosités, qui sera aussi le cabinet du docteur, des objets de récupération, béquilles, bandages, masques à gaz, lambeaux d’uniformes… Tout concourt à rappeler la Grande guerre et traduit la décomposition de ce monde. Des lumières chichement mesurées, se conjuguant aux projections participent à ce malaise, où le réel, l’incertain et la vision fugace tendent à se confondre. La troisième scène de l’acte III mêle ainsi les images des danseurs, grandis par la projection, aux personnages réels, hommes avec masques à gaz et femmes dansant le plus souvent avec des chaises. Aucun pléonasme ou surlignage : en témoigne la scène où Wozzeck, halluciné, et Andres, à la tombée de la nuit, rentrent chargés du bois qu’ils ont coupé (ici de pauvres objets ramassés dans les ruines). Cette scène ne tire sa force que du chant et de l’orchestre : aucun effet scénique pour traduire les superstitions, les visions démentes de Wozzeck. Le texte, sa traduction musicale et le jeu des chanteurs sont magnifiés par cette approche originale. Le spectacle est épuré au profit du drame.
Mise en scène David McVicar
David McVicar, à qui l’on doit la mise en scène de ce Wozzeck, l’affirme et tient promesse : il s'agit d'un « cri urgent pour plus de compassion ». Familier ou non de l’ouvrage, on sort bouleversé. Tout y concourt : une distribution de haut vol, sans faiblesse, servie par une mise en scène d’anthologie. Cette création européenne de la production réalisée en novembre 2015 pour le Lyric Opera de Chicago, ici confiée à Daniel Ellis, se signale par son intelligence et sa prise en compte scrupuleuse des indications scéniques. Pour avoir du souffle, la réalisation n’en est pas moins extrêmement fouillée. Tout fait sens. N’était l’émotion forte à laquelle nul ne peut échapper, on se contenterait de tourner les pages de ce beau livre d’images, toujours justes, parlantes, servies par des éclairages judicieux. Pour autant, l’œil n’est jamais distrait du jeu des acteurs.
Visible dès l’entrée en salle, toujours présent, même occulté, un imposant cénotaphe nous donne la mesure du temps, des hommes broyés par la « grande » guerre. Le large cadre scénique, panoramique, se module ingénieusement dans les trois dimensions. La hauteur et la profondeur sont réduites par deux étroits rideaux coulissant latéralement. Les invraisemblables accessoires, authentiques (la baignoire à roulettes de la première scène) comme fantastiques (le fardier auquel est attelé Wozzeck, les appareils du cabinet du Docteur, avec cette pupille grossissante qui nous défie, la voiture du Capitaine) sont autant de trouvailles bienvenues. Les costumes s’accordent idéalement aux personnages, du Capitaine, au casque à pointe, au Tambour-Major, roux, en veste bleu horizon, en passant par la pianiste en turban à plume des années folles. Les humbles ne sont pas moins caractérisés. Y compris dans les scènes les plus dépouillées, c’est toujours un régal pour l’œil. Ajoutez à cela une excellente direction d’acteurs, où tout est vrai, juste, réglé au millimètre, et vous aurez déjà pris conscience du caractère exceptionnel de cette production.
Pour David McVicar, Wozzeck est un pur, une âme simple, soumise, superstitieuse, broyée par un environnement sordide. Intensément humain, il n’est pas ce fou halluciné qui sert de cobaye au Docteur. Son amour, son besoin d’amour sont essentiels, comme sa solitude, ses incompréhensions. « Il porte tout le poids du monde sur ses épaules, tourmenté, opprimé, oppressé », « le sadisme des autres le plonge dans la démence » nous dit le metteur en scène. Ce ne sont pas tant le meurtre de Marie puis le suicide de Wozzeck qui constituent l’aboutissement, quelque horreur qu’ils portent, mais la promesse de transmission de sa pauvre condition à son fils, dans la scène ultime, après le bouleversant interlude en ré mineur. Vision cohérente, d’une grande fidélité au livret, si dense malgré sa brièveté.
Texte sur le personnage de Marie que j'ai lu ce matin dans le dossier bien fait:Carnet Wozzek du CNDP de Reims. Tout est à exploiter dans ce dossier.
dossier musical intéressant avec des illustrations sonores
A propos de la mise en scène de Christoph Marthaler à l'Opéra Bastille
Articles d'étudiants de la Sorbonne sur la mise en scène de Marthaler.
Reprise des mises en scènes vues en photos en cours:
Scénographie chez Marthaler:
"Mettre en scène l’opéra d’Alban Berg, c’est donc prendre à bras le corps cette écriture noire et ramassée, qui n’a pas perdu de sa violence après avoir été mise en musique. Pour mieux rendre compte de la bassesse du sujet (mais oui !), Christoph Marthaler transpose l’action dans la banlieue défavorisée d’une ville moyenne des années 1990. Les très belles photographies de Raymond Depardon intégrées au programme suggéreraient Glasgow, mais le metteur en scène mentionne plutôt Gand. Peu importe. Dans cette ville sinistre au possible a lieu une kermesse, où l’on aperçoit les enfants jouer à l’extérieur alors que sous la tente en plastique transparent, les adultes mènent leur triste vie de débauche.
Disons-le d’emblée : le parallèle de Marthaler fonctionne. Les personnages sont nettement dessinés grâce à un jeu d’acteur efficace et les costumes d’Anna Viebrock, d’un épouvantable mauvais goût bien étudié, contribuent à brosser le portrait d’une société abandonnée par le progrès. La pièce se déroule sans interruption, selon une mécanique bien huilée, où les références humoristiques désabusées ne manquent pas. On reprocherait cependant un certain manque de finesse à ce paysage peu élogieux, où la parodie frise parfois le grotesque involontaire, voire le mépris de classe. Heureusement, les lumières saisissantes d’Olaf Winter viennent contrebalancer ce paysage qui ne proposerait sinon pas grand chose d’autre que de la crudité."
Mise en scène de Kentridge
(...°et William Kentridge, dont les mises en scène ne laissent jamais indifférents, avec Matthias Goerne dans le rôle-titre avait de quoi séduire les familiers du Festival de Salzbourg. Yannick Boussaert y était et avait rendu compte du spectacle qui fait l’objet du présent enregistrement (Plus noir que le fond de la mare). Un an après, la version enregistrée nous parvient.
Ni rue, ni maison, ni caserne, taverne ou étang, un décor unique, mouvant, changeant, où la nature est détruite, réduite à son évocation musicale. William Kentridge nous a habitués à contextualiser ses réalisations expressionnistes. Il connaît son Büchner, qu’il fréquentait de longue date, avant de s’emparer de l’ extraordinaire déclinaison musicale de son Woyzeck. Ici, l’univers sinistre qu’il peint, joue à tous les niveaux : par le décor, surprenant, et les éclairages, mais autant par les projections constantes sur un vaste cyclorama, comme celles sur petit écran de petits films, évidemment en noir et blanc, de dessins expressionnistes, de cartes, de photos de guerre. Elles accompagnent les changements de tableaux, tout en traduisant les pensées des acteurs du drame. Plasticien expressionniste autant que metteur en scène, il réalise là une union des arts telle qu’auraient pu la rêver les penseurs de la Renaissance. Sabine Theunissen crée un monde de laideur, sordide, de désolation et de misère, aux couleurs passées, de boue ou d’excréments. Un tertre, des passerelles enchevêtrées, une boîte confinée, sorte d’armoire à secrets, cabinet de curiosités, qui sera aussi le cabinet du docteur, des objets de récupération, béquilles, bandages, masques à gaz, lambeaux d’uniformes… Tout concourt à rappeler la Grande guerre et traduit la décomposition de ce monde. Des lumières chichement mesurées, se conjuguant aux projections participent à ce malaise, où le réel, l’incertain et la vision fugace tendent à se confondre. La troisième scène de l’acte III mêle ainsi les images des danseurs, grandis par la projection, aux personnages réels, hommes avec masques à gaz et femmes dansant le plus souvent avec des chaises. Aucun pléonasme ou surlignage : en témoigne la scène où Wozzeck, halluciné, et Andres, à la tombée de la nuit, rentrent chargés du bois qu’ils ont coupé (ici de pauvres objets ramassés dans les ruines). Cette scène ne tire sa force que du chant et de l’orchestre : aucun effet scénique pour traduire les superstitions, les visions démentes de Wozzeck. Le texte, sa traduction musicale et le jeu des chanteurs sont magnifiés par cette approche originale. Le spectacle est épuré au profit du drame.
Mise en scène David McVicar
David McVicar, à qui l’on doit la mise en scène de ce Wozzeck, l’affirme et tient promesse : il s'agit d'un « cri urgent pour plus de compassion ». Familier ou non de l’ouvrage, on sort bouleversé. Tout y concourt : une distribution de haut vol, sans faiblesse, servie par une mise en scène d’anthologie. Cette création européenne de la production réalisée en novembre 2015 pour le Lyric Opera de Chicago, ici confiée à Daniel Ellis, se signale par son intelligence et sa prise en compte scrupuleuse des indications scéniques. Pour avoir du souffle, la réalisation n’en est pas moins extrêmement fouillée. Tout fait sens. N’était l’émotion forte à laquelle nul ne peut échapper, on se contenterait de tourner les pages de ce beau livre d’images, toujours justes, parlantes, servies par des éclairages judicieux. Pour autant, l’œil n’est jamais distrait du jeu des acteurs.
Visible dès l’entrée en salle, toujours présent, même occulté, un imposant cénotaphe nous donne la mesure du temps, des hommes broyés par la « grande » guerre. Le large cadre scénique, panoramique, se module ingénieusement dans les trois dimensions. La hauteur et la profondeur sont réduites par deux étroits rideaux coulissant latéralement. Les invraisemblables accessoires, authentiques (la baignoire à roulettes de la première scène) comme fantastiques (le fardier auquel est attelé Wozzeck, les appareils du cabinet du Docteur, avec cette pupille grossissante qui nous défie, la voiture du Capitaine) sont autant de trouvailles bienvenues. Les costumes s’accordent idéalement aux personnages, du Capitaine, au casque à pointe, au Tambour-Major, roux, en veste bleu horizon, en passant par la pianiste en turban à plume des années folles. Les humbles ne sont pas moins caractérisés. Y compris dans les scènes les plus dépouillées, c’est toujours un régal pour l’œil. Ajoutez à cela une excellente direction d’acteurs, où tout est vrai, juste, réglé au millimètre, et vous aurez déjà pris conscience du caractère exceptionnel de cette production.
Pour David McVicar, Wozzeck est un pur, une âme simple, soumise, superstitieuse, broyée par un environnement sordide. Intensément humain, il n’est pas ce fou halluciné qui sert de cobaye au Docteur. Son amour, son besoin d’amour sont essentiels, comme sa solitude, ses incompréhensions. « Il porte tout le poids du monde sur ses épaules, tourmenté, opprimé, oppressé », « le sadisme des autres le plonge dans la démence » nous dit le metteur en scène. Ce ne sont pas tant le meurtre de Marie puis le suicide de Wozzeck qui constituent l’aboutissement, quelque horreur qu’ils portent, mais la promesse de transmission de sa pauvre condition à son fils, dans la scène ultime, après le bouleversant interlude en ré mineur. Vision cohérente, d’une grande fidélité au livret, si dense malgré sa brièveté.
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