Un blog pour les élèves des options théâtre du Lycée Camille Sée à Colmar
dimanche 31 mars 2019
A vos agendas pour les présentations de travaux
Le dimanche 5 mai à 17H, les premières de spécialités théâtre joueront le projet Les Suppliants dans le Festival des Jardins Enchantants à Herlissheim près de Colmar.
Les présentation de travaux des spécialités auront lieu pour les première le lundi 27 mai à 20H à la CDE en petite salle ( jauge de 8à places seulement). elles présenteront le Petit chaperon Rouge de Joel Pommerat sous la direction du comédien Bruno Journée.
Les Terminales présenteront leurs projets Woyzeck et Britannicus le mercredi 29 mai à 15h et à 20h dans la grande salle de la CDE.
Les réservations pour le soir sont à faire au 0389243178. pour la représentation de 15h, des classes seront invitées à s'y rendre avec leurs professeurs.
Les premières seront en immersion à la CDE toute la journée du lundi 27 mai et les Terminales du lundi 27 mai au mercredi 29 mai, la générale de la présentation ayant lieu le mardi 28 mai à 20H
S'il y en a parmi vous - ceux qui se destinent au graphisme- qui seraient d'accord pour fabriquer les affiches, je suis preneuse!
samedi 30 mars 2019
La Joie pour Py
La joie chez Py dans
Olivier Py , Planches de salut de Timothée picard
Cause et symptôme du sens
Accomplissement ultime d’une présence s’exprimant par la
parole : joie : fameux état au centre de toute la théologie et de
toute la poétique théâtrale de Py
Concept
fourre-tout, trop positif, un peu édifiant, surjoué ?
Joie :
de l’ordre de l’incantation visant à la faire advenir : faire apparaître
le mot joie a quelque chose d’irrépressible.
Proposition
forte et originale par rapport au reste du théâtre contemporain
Racine même
du théâtre grec : l’ololygmos, ce cri rituel, dont il parle à propos de
L’Orestie,
que l’acteur
moderne doit retrouver pour faire contre- poids à un théâtre de la culpabilité,
du vide ou de la nouveauté.
Joie
différent de bonheur, stabilité tiède alors que joie exaltante,
incandescente : ouvrir l’être, l’élargir, le faire coïncider avec la
matière palpitante du monde insufflé par l’esprit. « L’intelligence
libérée de toute pesanteur »
L’état dans
lequel on est quand on renoue avec les révélations fondatrices.
Joie, j’ouïs,
jouis
Ne s’oppose
ni à l’horreur ni à la mort cf y a dla joie de Charles Trenet créée en 39 : »
C’est dire encore ce qu’est la joie. Quelque chose est à sauver toujours aux
enfers, le rire, la joie d’être dépouillée de tout désir- dans une sorte de
misère. »
Dans Faust Nocturne :
la joie et la mort répondent très exactement à la même question : Faust Qu’est-ce
que la joie ? Ariel : la chair qui se fait verbe. Faust-Et la mort ?
Ariel : la chair qui se fait verbe. »
La servante
allumée = que la joie demeure. cf scène avec le Poète Mort trop tôt jouée par Marjolaine et Romane.
Dans son théâtre,
il est toujours question d’un homme cherchant à en sauver un autre : py
répond « ce n’est pas en nous donnant quelque chose que l’autre nous
sauve mais en nous le demandant. »
Même quand
tout est au plus noir, il demeure la joie de la parole. La parole est pour Py
déjà une victoire. Il raconte que pendant le siège de Sarajevo, pendant le couvre-feu,
un fou criait sans cesse « rallumez la lumière ! » : le
personnage qui crie cela est un personnage tragique. C’est lui qui affirme une
joie au cœur du labyrinthe, au fond de la destruction.
« Si je
ne croyais pas à cela- au fait que quelqu’un peut sauver quelqu’un par la
parole, par la prière- je ne pourrai pas écrire de théâtre ni croire au
théâtre. »
Dans une
interview : Vous avez une définition particulière, voire personnelle, de
la joie :
« Oui, c’est
un mot que j’utilise beaucoup et auquel mon théâtre a essayé de donner un sens
spirituel. La joie, c’est le point d’horizon d’une quête spirituelle, une
tentative d’être plus au monde, d’être mieux au monde, peut-être pas d’atteindre
la finalité de sa présence au monde, mais tout au moins de vivre mieux cette
impossibilité d’atteindre à une finalité. Sans aucun doute, le théâtre est un
excellent outil pour cette aventure là. Oui , le mot joie est un mot que j’ai
souvent employé de façon différente. La joie du poète n’est pas la joie du
chrétien. Mais c’est le mot qui m’est le plus couramment associé. J’en suis
finalement assez fier car il n’y a pas de place, je pense au théâtre pour le
constat d’impuissance, la déploration et l’ennui. Même quand le théâtre est
tragique, il faut qu’il soit tragique avec joie. Comprenne qui peut. »
vendredi 29 mars 2019
Mises en scène récentes de la Flute enchantée
Pour comparer avec celle dont nous avons vu la générale et sur des scènes plus prestigieuses et plus dotées
celle de Robert Carsen à l'opéra Bastille
La mise en scène surprenante de Roméo Castelluci en 2018 : captation
Bande annonce
Présentation de la scénographie
celle de Robert Carsen à l'opéra Bastille
La mise en scène surprenante de Roméo Castelluci en 2018 : captation
Bande annonce
Présentation de la scénographie
jeudi 28 mars 2019
Le Soulier de satin de Paul Claudel
Dossier de la mise en scène de Py
Bande annonce de la mise en scène de Py
Dossier plus étoffé
Emission de l'INA sur le Soulier de Satin : histoire de la création de la pièce par jean-Louis Barrault, reprise par Vitez. Interview de Claudel.
Résumé de la pièce
Interview de Py à propos de la pièce
Emission de radio où Py évoque l'importance de Claudel pour lui
Bande annonce de la mise en scène de Py
Dossier plus étoffé
Emission de l'INA sur le Soulier de Satin : histoire de la création de la pièce par jean-Louis Barrault, reprise par Vitez. Interview de Claudel.
Résumé de la pièce
Interview de Py à propos de la pièce
Emission de radio où Py évoque l'importance de Claudel pour lui
La société du spectacle de Debord: comprendre le concept
Olivier Py dans Illusions Comiques oppose le théâtre apparemment paradoxalement à la "société du spectacle" de Debord.
Explication de texte: Vous réviserez en même temps la méyhde du commentaire de texte en philosophie.
Résumé
Explication de texte: Vous réviserez en même temps la méyhde du commentaire de texte en philosophie.
Résumé
Parcours à travers l'histoire du théâtre: la leçon de tragédie dans Illusions Comiques
Leçon sur la tragédie : hommage à ce que Py a appris de
Girard : « pour moi Philippe est depuis longtemps l’acteur tragique
par excellence, non par le pathos, mais par la puissance de la parole : il
a un sens de la profération qu’on ne trouve plus ailleurs, ce qui en fait un
patrimoine national pour sa manière unique de dire la langue française. »
Double rôle du jésuite attaché à sa croix ( ambivalence du mot "bois" dans le texte: planches de théâtre et bois de la croix) adressant sa supplique à Dieu et de Rodrigue,personnage du Soulier de satin de Claudel,
ce frère « qui est de ceux-là qui ne peuvent se sauver qu’en sauvant
toute cette masse qui prend leur forme derrière eux », il semble adresser
toutes ces répliques au ciel :« rendre visible le miracle de la
Parole » cf P31-33 Epître aux
jeunes acteurs que je vous ai distribuée et qu'il faut lire.
Girard provoque le silence. Fau le rire : "terreur car
nous n’existons pas, nous ne sommes que masques." Rencontre entre le rose fluo
et le rouge dont se drape le tragédien. Force de l’émotion liée à l’accessoire.
Tissus rouge à la fois toge antique et flot de sang répandu sur le praticable en coulée terrible + calque rouge des
néons au diapason. Maquillage rouge et couronne de laurier.
Mais ravages de la société du spectacle : ce qui a été
sacrifié sur l’autel de la communication et de la consommation est la poésie: « le
poète a été égorgé dans une rue sombre de l’après-guerre, le dramaturge vient d’être
saigné dans le renouveau des formes par un vendeur de modes qui agence le
pulsionnel sur les podiums de la mondialisation. » Mort de la parole au
XXème siècle et peut être encore plus au XXième.
Redonner un sens aux mots, témoigner qu’une parole n’est pas
condamnée à l’insignifiance. P 86-87 Orphée : place dans le théâtre de Py cf
Visage d’Orphée 1997: Py joue Pan,
les autres en sont aussi sauf Balazuc cf scène 15 de la première époque Ainsi
les noms communs sont le scandale du monde. Cf Mallarmé « redonner un sens
plus pur aux mots de la tribu »,
faire briller à nouveau les mots usés : il ne devrait y avoir que des noms
propres ! Chaque chose devrait être appelée par son nom comme une personne
aimée ; cf Olivier ! Promesse cf la servante: "je voudrais pouvoir
appeler chaque arbre par son prénom », tout bâtir sur un jeu de mot. Cf
"Eglise sur cette pierre…" poids des mots.
Mots qui gagnent à être lourds : "Il y a de la parole
dans la parole"
Orphée dans tout acteur et poète qui montre un corps
traversé et transformé par une parole…L’acteur ne dit pas la parole, il
l’entend… et il la montre.
cf Novarina: les acteurs pneumatiques, faire du théâtre suppose tout
simplement de savoir qu’on n’est pas le premier à parler, que la parole se
reçoit !
D’où farcissure d’auteurs du passé dans le texte même,
bouturage.Nombreuses citations mêlées à l'écriture de Py, notamment Rimbaud. Âmes errantes du plateau qui reprennent corps. L’homme ne peut être
sauvé que par une parole incarnée, les pères… des verbes faits chairs
Artiste martyr de son art, théâtre d’insistance plus que de
résistance, continuer à évoquer Orphée et la puissance de la parole dans un
monde qui la dénigre= ultime affirmation de la liberté de l'homme.
« Pour moi un grand acteur est un acteur qui chante, un
acteur lyrique. Pas comme à l’opéra bien sûr, mais un acteur qui a un vrai
rapport avec son corps, qui joue avec son corps et peut ainsi se sentir
réconcilié avec lui-même et le monde. Le « beau » jeu doit dépasser
la vraisemblance, le réalisme, le « cogito ergo sum » des drames
bourgeois. Même l’émotion n’y suffit pas. La représentation de l’humain dans sa
totalité doit être encore au-delà. Dans le chant retrouvé de la mémoire et du
temps… »
Pas peur du ridicule, de son anachronisme, génie de Py de
faire rire de ce à quoi il croit et cependant de continuer de croire.
Tout cela est à rapprocher du travail corporel qu'exige de vous Sandrine.
Novarina: Lettre aux acteurs
A méditer par rapport à ce que Sandrine exige de vous dans Illusions Comiques: Novarina a aussi écrit un livre qui s'appelle Le Théâtre de la Parole. ( Faire une recherche sur Novarina)
Conférence sur Novarina à l'université de strasbourg
"J'écris par les oreilles. Pour les acteurs pneumatiques.
Les points, dans les vieux manuscrits arabes, sont marquée par des soleils respiratoires... Respirez, poumonez ! Poumoner, ça veut pas dire déplacer de l'air, gueuler, se gonfler, mais au contraire avoir une véritable économie respiratoire, user tout l'air quon prend, tout l'dépenser avant d'en reprendre, aller au bout du souffle, jusqu'à la constriction de l'asphyxie finale du point, du point de la phrase, du poing qu'on a au côté après la course.
Bouche, anus, sphincter. Muscles ronds fermant not'tube. L'ouverture et la fermeture de la parole. Attaquer net (des dents, des lèvres, de la bouche musclée) et finir net (air coupé). Arrêter net. Mâcher et manger le texte. Le spectateur aveugle doit entendre croquer et déglutir, se demander ce que ça mange, là-bas, sur ce plateau. Qu'est-ce qu'ils mangent ? Ils se mangent ? Mâcher ou avaler. Mastication, succion, déglutition. Des bouts de texte doivent être mordus, attaqués méchamment par les mangeuses (lèvres, dents) ; d'autres morceaux doivent être vite gobés, déglutis, engloutis, aspirés, avalés. Mange, gobe, mange, mâche, poumone sec, mâche, mastique, cannibale ! Aie, aie !... Beaucoup du texte doit être lancé d'un souffle, sans reprendre son souffle, en l'usant tout. Tout dépenser. Pas garder ces p'tites réserves, pas avoir peur de s'essouffler. Semble que c'est comme ça qu'on trouve le rythme, les différentes respirations, en se lançant en chute libre. Pas tout couper, tout découper en tranches intelligentes, en tranches intelligibles - comme le veut la diction habituelle française d'aujourd'hui où le travail de l'acteur consiste à découper son texte en salami, à souligner certains mots, les charger d'intentions, à refaire en somme l'exercice de segmentation de la parole qu'on apprend à l'école : phrase découpée en sujet-verbe-complément d'objet, le jeu consistant à chercher le mot important, à souligner un membre de phrase, pour bien montrer qu'on est un bon élève intelligent - alors que, alors que, alors que, la parole forme plutôt quelque chose comme un tube d'air, une colonne à échappée irrégulière, à spasmes, à vanne, à flots coupés, à fuite, à pression.
Où c'est qu'il est l'coeur de tout ça ? Est-ce que c'est l'coeur qui pompe, fait circuler tout ça ? Le coeur de tout ça, il est dans l'fond du ventre, dans les muscles du ventre. Ce sont les mêmes muscles du ventre qui, pressant boyaux et poumons, nous servent à déféquer ou à accentuer la parole. Faut pas faire les intelligents, mais mettre les ventres, les dents, les machoires au travail.
[...]
Le spectateur vient voir l'acteur s'exécuter. Cette dépense inutile lui active la circulation des sangs, pénètre à neuf ses vieux circuits. Un spectacle n'est pas un bouquin, un tableau, un discours, mais une durée, une dure épreuve des sens : ça veut dire que ça dure, que ça fatigue, que c'est dur pour nos corps, tout ce boucan. Faut qu'ils en sortent, exténués, pris du fou-rire inextinguible et épatant.
L'acteur n'est pas au centre il est le seul endroit où ça se passe et c'est tout. Chez lui que ça se passe et c'est tout. Pourvu qu'on cesse de lui faire prendre son corps pour un télégraphe intelligent à transmettre, de cervelle cultivée à cervelle policée, les signaux chics d'la mise en rond des gloses du jour. Pourvu qu'il travaille son corps dans l'centre. Qui se trouve quelque part. Dans l'comique. Dans les muscles du ventre. Dans les accentueurs-rythmiciens. Là d'où s'expulse la langue qui sort, dans l'endroit d'éjection, dans l'endroit d'l'expulsion de la parole, là d'où elle secoue le corps tout entier.
[...]
Faut des acteurs d'intensité, pas des acteurs d'intention. Mettre son corps au travail. Et d'abord, matérialistement, renifler, mâcher, respirer le texte. C'est en partant des lettres, en butant sur les consonnes, en soufflant les voyelles, en mâchant, en mâchant ça fort, qu'on trouve comment ça se respire et comment c'est rythmé. Semble même que c'est en se dépensant violemment dans le texte, en y perdant souffle, qu'on trouve son rythme et sa respiration. Lecture profonde, toujours plus basse, plus proche du fond. Tuer, exténuer son corps premier pour trouver l'autre corps, autre respiration, autre économie - qui doit jouer. Le texte pour l'acteur une nourriture, un corps. Chercher la musculature de c'vieux cadavre imprimé, ses mouvements possibles, par où il veut bouger : le voir p'tit à p'tit s'ranimer quand on lui souffle dedans, refaire l'acte de faire le texte, le ré-écrire avec son corps.
Valère Novarina, Lettre aux acteurs
Conférence sur Novarina à l'université de strasbourg
"J'écris par les oreilles. Pour les acteurs pneumatiques.
Les points, dans les vieux manuscrits arabes, sont marquée par des soleils respiratoires... Respirez, poumonez ! Poumoner, ça veut pas dire déplacer de l'air, gueuler, se gonfler, mais au contraire avoir une véritable économie respiratoire, user tout l'air quon prend, tout l'dépenser avant d'en reprendre, aller au bout du souffle, jusqu'à la constriction de l'asphyxie finale du point, du point de la phrase, du poing qu'on a au côté après la course.
Bouche, anus, sphincter. Muscles ronds fermant not'tube. L'ouverture et la fermeture de la parole. Attaquer net (des dents, des lèvres, de la bouche musclée) et finir net (air coupé). Arrêter net. Mâcher et manger le texte. Le spectateur aveugle doit entendre croquer et déglutir, se demander ce que ça mange, là-bas, sur ce plateau. Qu'est-ce qu'ils mangent ? Ils se mangent ? Mâcher ou avaler. Mastication, succion, déglutition. Des bouts de texte doivent être mordus, attaqués méchamment par les mangeuses (lèvres, dents) ; d'autres morceaux doivent être vite gobés, déglutis, engloutis, aspirés, avalés. Mange, gobe, mange, mâche, poumone sec, mâche, mastique, cannibale ! Aie, aie !... Beaucoup du texte doit être lancé d'un souffle, sans reprendre son souffle, en l'usant tout. Tout dépenser. Pas garder ces p'tites réserves, pas avoir peur de s'essouffler. Semble que c'est comme ça qu'on trouve le rythme, les différentes respirations, en se lançant en chute libre. Pas tout couper, tout découper en tranches intelligentes, en tranches intelligibles - comme le veut la diction habituelle française d'aujourd'hui où le travail de l'acteur consiste à découper son texte en salami, à souligner certains mots, les charger d'intentions, à refaire en somme l'exercice de segmentation de la parole qu'on apprend à l'école : phrase découpée en sujet-verbe-complément d'objet, le jeu consistant à chercher le mot important, à souligner un membre de phrase, pour bien montrer qu'on est un bon élève intelligent - alors que, alors que, alors que, la parole forme plutôt quelque chose comme un tube d'air, une colonne à échappée irrégulière, à spasmes, à vanne, à flots coupés, à fuite, à pression.
Où c'est qu'il est l'coeur de tout ça ? Est-ce que c'est l'coeur qui pompe, fait circuler tout ça ? Le coeur de tout ça, il est dans l'fond du ventre, dans les muscles du ventre. Ce sont les mêmes muscles du ventre qui, pressant boyaux et poumons, nous servent à déféquer ou à accentuer la parole. Faut pas faire les intelligents, mais mettre les ventres, les dents, les machoires au travail.
[...]
Le spectateur vient voir l'acteur s'exécuter. Cette dépense inutile lui active la circulation des sangs, pénètre à neuf ses vieux circuits. Un spectacle n'est pas un bouquin, un tableau, un discours, mais une durée, une dure épreuve des sens : ça veut dire que ça dure, que ça fatigue, que c'est dur pour nos corps, tout ce boucan. Faut qu'ils en sortent, exténués, pris du fou-rire inextinguible et épatant.
L'acteur n'est pas au centre il est le seul endroit où ça se passe et c'est tout. Chez lui que ça se passe et c'est tout. Pourvu qu'on cesse de lui faire prendre son corps pour un télégraphe intelligent à transmettre, de cervelle cultivée à cervelle policée, les signaux chics d'la mise en rond des gloses du jour. Pourvu qu'il travaille son corps dans l'centre. Qui se trouve quelque part. Dans l'comique. Dans les muscles du ventre. Dans les accentueurs-rythmiciens. Là d'où s'expulse la langue qui sort, dans l'endroit d'éjection, dans l'endroit d'l'expulsion de la parole, là d'où elle secoue le corps tout entier.
[...]
Faut des acteurs d'intensité, pas des acteurs d'intention. Mettre son corps au travail. Et d'abord, matérialistement, renifler, mâcher, respirer le texte. C'est en partant des lettres, en butant sur les consonnes, en soufflant les voyelles, en mâchant, en mâchant ça fort, qu'on trouve comment ça se respire et comment c'est rythmé. Semble même que c'est en se dépensant violemment dans le texte, en y perdant souffle, qu'on trouve son rythme et sa respiration. Lecture profonde, toujours plus basse, plus proche du fond. Tuer, exténuer son corps premier pour trouver l'autre corps, autre respiration, autre économie - qui doit jouer. Le texte pour l'acteur une nourriture, un corps. Chercher la musculature de c'vieux cadavre imprimé, ses mouvements possibles, par où il veut bouger : le voir p'tit à p'tit s'ranimer quand on lui souffle dedans, refaire l'acte de faire le texte, le ré-écrire avec son corps.
Valère Novarina, Lettre aux acteurs
mercredi 27 mars 2019
Illusions Comiques: Une traversée du théâtre
Traverser l’histoire
du théâtre
« Le théâtre est un fleuve qui remonte vers sa source »P94
Le théâtre en «
leçons
Totalité de l’espace : Versailles-Verdun, Ciel et
Terre, scène et coulisses, même ambition pour le temps
Traversée à grandes enjambées de l’histoire du T cf leçons
de Théâtre de Fau et Py : visions du monde : exposer les évolutions,
questionner les ruptures, courants dominants
Accumulation et pas soustraction
3 pensées de l’homme
et de sa parole : théâtre de boulevard, tragédie et drame lyrique cf
…nous ne passerons à la tragédie qu’à la deuxième leçon. Cette première leçon
est consacrée au théâtre de boulevard. » « dénouer le songe
bourgeois » : formule que Py emprunte à Maria Casares. Théâtre
bourgeois pour Py =un Théâtre qui se passe entre les 4 murs d’une chambre vs
théâtre dont la scène est le monde, de l’infini planétaire à l’infini du cœur
de l’homme cf didascalie initiale du Soulier de satin. De Claudel+ modèle
Shakespeare qui résiste à l’embourgeoisement ( voir la Crise du personnage
d’Abirached : tournant bourgeois = XVIIIème siècle)
Scène= lieu d’enseignement, école du spectateur. Tante Geneviève :
sympathie pour le monde bourgeois. Essentiel de la leçon consiste à mettre à
mort le personnage en tant qu’il serait assimilé à une personne. Contre
Stanislavski et toute forme de « revivre » Fau fait éclater d’un même
mouvement le personnage bourgeois et la personne elle-même
Contre ce que Brecht par commodité appelait « le
théâtre aristotélicien, » Brecht signalait déjà que la clé de voûte de
l’identification du spectateur au personnage était l’identification du comédien
lui-même à son personnage considéré comme une personne. cf Petit Organon de Brecht
En pédagogue exceptionnel Fau ne cesse d’illustrer en acte
l’idée qu’il défend par son discours : il n’y a pas de masques :
l’existence de tante Geneviève ne tient qu’à une perruque que Fau peut retirer
à volonté et déposer partout : perruque joue le rôle du masque : «
le masque est là mais doit bailler, l’acteur de boulevard est une tante
Geneviève qui sait qu’elle en est une et qui fait bailler son masque. Elle sait
que ce qu’elle dit est inepte, que sa vie est inepte et elle dénoue le songe
bourgeois en montrant qu’elle n’est pas dupe de ce qu’elle dit. » Pas
confondre théâtre de boulevard selon Py et théâtre bourgeois. Le théâtre de
boulevard tourne le dos au théâtre bourgeois par son excès même, artifices,
courses poursuites, hystérie, comme une sorte de commedia dell’arte loin de toute prétention à
l’authenticité du quotidien un théâtre bourgois éveillé de son songe ! il
ya du jeu, ça baille et ça joue ! cf « la convention est la chair du
théâtre, sans convention on tombe dans la convention la plus conventionnelle,
l’authentique. »
cf Balazuc dans le rôle de dieu qui fait son propre
éloge : acteur étonnamment doué qui amène le vaudeville au point métaphysique »
mieux vaut jouer Feydeau que Musset pour tante Geneviève !
Relation maître / élève aussi riche que relation
maître/valet !
Théâtre de la Joie= tragédie et drame lyrique P49-50
qu’est-ce qu’un poète ? C’est celui qui entend que les dieux désirent
inlassablement notre humanité. » Immense comédien pour réussir à faire
rire avec tante Geneviève sans discréditer dans la foulée les belles envolées
de Monsieur Fau ! Sublime mêlé de grotesque qui reste sublime ! Contribution
de la scéno et du son à la beauté de la scène : musique solennelle un brin
funèbre sans grandiloquence, Fau absorbé peu à peu par les ténèbres du
lointain, bras en croix avec sa perruque, parole de Py portée à
incandescence. : un grand comédien peut être tragédienne en collant rose fluo.
Apprentissage progressif du comédien cf les leçons comme un
instrument de musique ça s’apprend « Il faut des années pour jouer assez
mal du violon, l’homme qui entre en scène dès la première minute connaît la
grandeur et l’effroi et la beauté et l’exigence et la joie de l’art
dramatique. »
Les intentions : « même les dieux ne peuvent
défaire ce qui a été » différent dans la captation : « Et la
mort est pour nous la dernière créance » : numéro de cabaret applaudi,
hommage à tous les cours de théâtre, complicité de deux comédiens si différents
dans leur jeu et si heureux d’être ensemble.
Leçon sur la tragédie : hommage à ce que Py a appris de
Girard : « pour moi Philippe est depuis longtemps l’acteur tragique
par excellence, non par le pathos, mais par la puissance de la parole : il
a un sens de la profération qu’on ne trouve plus ailleurs, ce qui en fait un
patrimoine national pour sa manière unique de dire la langue française. »
double rôle du jésuite attaché à sa croix adressant sa supplique à dieu et de Rodrigue
ce frère « qui est de ceux-là qui ne peuvent se sauver qu’en sauvant
toute cette masse qui prend leur forme derrière eux » il semble adresser
toutes ces répliques au ciel « rendre visible le miracle de la
Parole » cf P31-33 Epître aux
jeunes acteurs
Girard provoque le silence. Fau le rire : terreur car
nous n’existons pas, nous ne sommes que masques. Rencontre entre le rose fluo
et le rouge dont se drape le tragédien. Force de l’émotion liée à l’accessoire.
Tissus rouge à la fois toge antique et flot de sang répandu + calque rouge des
néons au diapason
Mais ravages de la société du spectacle : ce qui a été
sacrifié sur l’autel de la communication et de la consommation « le
poète a été égorgé dans une rue sombre de l’après-guerre, le dramaturge vient d’être
saigné dans le renouveau des formes par un vendeur de modes qui agence le
pulsionnel sur les podiums de la mondialisation. » Mort de la parole au
XXème siècle
Redonner un sens aux mots, témoigner qu’une parole n’est pas
condamnée à l’insignifiance. P 86-87 Orphée : place dans le théâtre de Py cf
Visage d’Orphée 1997 Py joue Pan,
les autres en sont aussi sauf Balazuc cf scène 15 de la première époque Ainsi
les noms communs sont le scandale du monde. Cf Mallarmé « redonner un sens
plus pur aux mots de la tribu »,
faire briller à nouveau les mots usés : il ne devrait y avoir que des noms
propres ! Chaque chose devrait être appelée par son nom comme une personne
aimée ; cf Olivier ! Promesse cf la servante je voudrais pouvoir
appeler chaque arbre par son prénom », tout bâtir sur un jeu de mot. Cf
Eglise sur cette pierre… poids des mots.
Mots qui gagnent à être lourds : Il y a de la parole
dans la parole
Orphée dans tout acteur et poète qui montre un corps
traversé et transformé par une parole…L’acteur ne dit pas la parole, il
l’entend… cf Novarina les acteurs pneumatiques, faire du théâtre suppose tout
simplement de savoir qu’on n’est pas le premier à parler, que la parole se
reçoit !
D’où farcissure d’auteurs du passé dans le texte même,
bouturage. Ames errantes du plateau qui reprennent corps L’homme ne peut être
sauvé que par une parole incarnée, les pères… des verbes faits chairs
Artiste martyr de son art, théâtre d’insistance plus que de
résistance, continuer à évoquer Orphée et la puissance de la parole dans un
monde qui la dénigre.
« pour moi un grand acteur est un acteur qui chante, un
acteur lyrique. Pas comme à l’opéra bien sûr, mais un acteur qui a un vrai
rapport avec son corps, qui joue avec son corps et peut ainsi se sentir
réconcilié avec lui-même et le monde. Le « beau » jeu doit dépasser
la vraisemblance, le réalisme, le « cogito ergo sum » des drames
bourgeois. Même l’émotion n’y suffit pas. La représentation de l’humain dans sa
totalité doit être encore au-delà. Dans le chant retrouvé de la mémoire et du
temps… »
Pas peur du ridicule, de son anachronisme, génie de Py de
faire rire de ce à quoi il croit et cependant de continuer de croire.
Guy Debord et la société du spectacle
Dans Illusions Comiques, Olivier Py évoque "la société du spectacle", expression que l'on doit à Guy Debord: pour approfondir une émission de France Culture
mardi 26 mars 2019
Conférence de Monsieur Fischer: théâtre et philosophie mardi 2 avril
A ne manquer sous aucun prétexte, mardi 2 avril à 18h30 à la médiathèque de Colmar:
Théâtr’ô phil : La philosophie et le théâtre
Avec Francis Fischer, lectures par Marlène Le Goff
Une réflexion sur l’art de représenter les relations entre les humains.
Ma 02.04 à 18h30
Entrée libre - Au Pôle Média-Culture Edmond Gerrer, Colmar
En partenariat avec la Comédie De l’Est
Une réflexion sur l’art de représenter les relations entre les humains.
Ma 02.04 à 18h30
Entrée libre - Au Pôle Média-Culture Edmond Gerrer, Colmar
En partenariat avec la Comédie De l’Est
lundi 25 mars 2019
Olivier Py, un cul-bénit?
Texte qui est la retranscription d'une conférence prononcée au théâtre de la ville le 25 mars 2017 en présence d'Olivier Py et Pierre-André Weitz par Henri Quantin ( qui a aussi écrit la postface à lire d'urgence si vous ne l'avez pas fait dans votre édition)
Olivier Py, un cul-bénit
Olivier Py, un cul-bénit
Le Théâtre des années 50: théâtre de l'absurde- anti théâtre (HIDA)
Site de L'INA
Vous trouverez beaucoup de documents sur le site de l'INA pour plonger dans le théâtre des années 50.
Un dossier très complet sur samuel Becket, l'auteur dEn attendant Godot
Vous trouverez beaucoup de documents sur le site de l'INA pour plonger dans le théâtre des années 50.
Un dossier très complet sur samuel Becket, l'auteur dEn attendant Godot
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