Un blog pour les élèves des options théâtre du Lycée Camille Sée à Colmar
lundi 27 janvier 2020
samedi 25 janvier 2020
Piscine(s): documents pour aider à l'analyse de spectacle
L'histoire racontée par François Bégaudeau, l'auteur:
l y eut peut-être un temps où Paul fut heureux, et heureux les amis qu’il s’honora de rassembler au tour de sa piscine. Il y eut peut-être une épouse et deux filles et un chien. Peut-être un âge d’or, de prospérité,d’affaires conclues, de nuits de poker enfumées, de revers liftés. De cet âge les corps se souviennent. Ils se souviennent de ce qui peut-être n’a pas eu lieu mais assurément n’est plus.
D’hier ils savent au moins ceci qu’il dissemble d’aujourd’hui. Aujourd’hui ils font du sport. Ils mangent léger pour s’affiner.Quadragénaires, ils sont minces comme ils ne se sont jamais soucié de l’être au temps si lointain qu’incertain de leur plénitude. La plénitude se fiche bien de l’entretien - est venu leur dire Paul. Paul est venu leur dire qu’une grâce entretenue est perdue. Que la vraie santé se moque de la santé. La vraie santé s’accroupit pour boire aux ruisseaux
.Mais qui est Paul pour prétendre s’arrimer aux loutres ? Pour ainsi se distinguer de ceux qui, dans un passé plus ou moins effectif, furent ses semblables ? Qui est-il pour leur parler comme ça ? Paul parle bizarrement. Il parle des milliers d’années dont se souvient une pierre. Il parle du vent qui à nous porter suffit. Il parle d’affronter les fauves à mains nues. Il parle de restaurer la cruauté. Il parle d’honorer le soleil en pensée. Il parle de rejoindre sa femme dans la maison que chacun sait vide. Il parle de devenir un arbre.
On mécomprend sa langue, on s’en amuse puis s’en inquiète. Ce parler haut est suspect. Cette euphorie est la politesse d’une défaite. L’homme neuf dont il parle est un rêve de vieillard. Il a dû se passer quelque chose, quelque chose a dû arriver.Qu’est-ce qui nous est arrivé ?Les amis, ceux qui peut-être le furent et peinent à le demeurer, savent bien ce qui est arrivé, ou ne l’ignorent que parce qu’ils ont oeuvré à l’oublier. Ils préféreraient que ça n’ait pas eu lieu, qu’aucun chien n’ait été broyé par aucune voiture, que Paul soit inchangé et eux aussi. Dans le verbe déglingué de Paul,ils tâchent de ne pas entendre que quelque chose s’est cassé, que du temps a passé, que beaucoup de ce qui fut n’est plus. S’il y eut une épouse et des filles il n’y en a plus. S’il y eut un temps pour se nourrir de feuilles il est révolu. Aujourd’hui nous nous faisons livrer. Nous activons des objets qui nous désactivent. Nous sous-traitons la sauvagerie aux machines. Nous n’avons pas de désir mais des projets. Dans le reflet des piscines nos visages sont flous. Nous n’avons rien vu venir. Nous avons été pris par surprise, à peine nés que déjà éteints. Nous flottons, hagards et incrédules, dans le cauchemar bienheureux du temps.
Notes de mise en scène par Matthieu Cruciani
Une odyssée contemporaine
François Bégaudeau écrit dans Piscine(s) la chronique acidulée d’une société comme endormie. Nous y suivons Paul, Sarah, Suzanne, d’autres encore, qui voient passer les années, les fêtes, les anniversaires,se voyant vieillir et avancer dans la vie, d’apéritifs en siestes, de discussions en souvenirs, au bord d’une piscine. Avec ce motif narratif inquiétant et fantastique : plonger dans une piscine à une période de sa vie,en ressortir dans une autre. Recomposer le puzzle. Et de voir le monde autour de soi offrir ses variations,en nageant dans ses souvenirs.Tout commence par un homme en maillot de bain. Paul. Entouré d’amis réjouis, il inaugure sa piscine.On rit fort. On boit un verre. Puis deux. On manie du vent. On est parfaitement riches. Les vies sont des vacances. On a trop bu hier. Droit sous le soleil, puissant entre deux âges, cet homme s’épanouit dans sa villa auprès de Mélinda, son épouse, et ses deux filles qui jouent au tennis.Puis le temps s’accélère. Femme et filles semblent disparues de la photo de famille. Les amis restent, et s’interrogent. Les fêtes continuent à se succéder, avec une fièvre grandissante. Peu à peu les amis se font moins chaleureux. La mémoire revient, bribes par bribes, au fil des retrouvailles, au fil des piscines.L’enquête se mène. Sur Paul bien sûr, qui semble avoir trébuché, mais partant, et c’est le plus intéressant, sur soi-même. Sur le rôle que l’on a eu à jouer dans cette histoire. Collectivement aussi.Piscine(s) est un conte sur les temps présents, une sorte de mythologie moderne.C’est l’histoire d’une double chute. D’une société en dévissage, et de l’homme qui l’incarne le mieux.Cet homme est à la fois une version inédite d’Ulysse, un Faust bronzé au sourire impeccable,amnésique de son pacte, et un golden boy en chute libre.C’est l’histoire aussi de la beauté paradoxale de cette chute, de sa poésie, de sa drôlerie. Car comme toutes les chutes, elle est drôle et cruelle à la fois. Goya écrivait que les rêves de la raison accouchent de monstres, les rêves du capitalisme, du consumérisme, d’une humanité compétitrice aussi, donc.Piscine(s) met en scène l’un des plus étonnants de ces monstres contemporains. Et ce monstre de son temps, alors, de nous bouleverser, dans ce qu’il est totalement coupable, et totalement innocent. Idiot et savant à la fois. Et d’y reconnaître nos propres espoirs de pacotille. Nos abandons. Nos renoncements.Nos dénis et nos résistances mêlé
l y eut peut-être un temps où Paul fut heureux, et heureux les amis qu’il s’honora de rassembler au tour de sa piscine. Il y eut peut-être une épouse et deux filles et un chien. Peut-être un âge d’or, de prospérité,d’affaires conclues, de nuits de poker enfumées, de revers liftés. De cet âge les corps se souviennent. Ils se souviennent de ce qui peut-être n’a pas eu lieu mais assurément n’est plus.
D’hier ils savent au moins ceci qu’il dissemble d’aujourd’hui. Aujourd’hui ils font du sport. Ils mangent léger pour s’affiner.Quadragénaires, ils sont minces comme ils ne se sont jamais soucié de l’être au temps si lointain qu’incertain de leur plénitude. La plénitude se fiche bien de l’entretien - est venu leur dire Paul. Paul est venu leur dire qu’une grâce entretenue est perdue. Que la vraie santé se moque de la santé. La vraie santé s’accroupit pour boire aux ruisseaux
.Mais qui est Paul pour prétendre s’arrimer aux loutres ? Pour ainsi se distinguer de ceux qui, dans un passé plus ou moins effectif, furent ses semblables ? Qui est-il pour leur parler comme ça ? Paul parle bizarrement. Il parle des milliers d’années dont se souvient une pierre. Il parle du vent qui à nous porter suffit. Il parle d’affronter les fauves à mains nues. Il parle de restaurer la cruauté. Il parle d’honorer le soleil en pensée. Il parle de rejoindre sa femme dans la maison que chacun sait vide. Il parle de devenir un arbre.
On mécomprend sa langue, on s’en amuse puis s’en inquiète. Ce parler haut est suspect. Cette euphorie est la politesse d’une défaite. L’homme neuf dont il parle est un rêve de vieillard. Il a dû se passer quelque chose, quelque chose a dû arriver.Qu’est-ce qui nous est arrivé ?Les amis, ceux qui peut-être le furent et peinent à le demeurer, savent bien ce qui est arrivé, ou ne l’ignorent que parce qu’ils ont oeuvré à l’oublier. Ils préféreraient que ça n’ait pas eu lieu, qu’aucun chien n’ait été broyé par aucune voiture, que Paul soit inchangé et eux aussi. Dans le verbe déglingué de Paul,ils tâchent de ne pas entendre que quelque chose s’est cassé, que du temps a passé, que beaucoup de ce qui fut n’est plus. S’il y eut une épouse et des filles il n’y en a plus. S’il y eut un temps pour se nourrir de feuilles il est révolu. Aujourd’hui nous nous faisons livrer. Nous activons des objets qui nous désactivent. Nous sous-traitons la sauvagerie aux machines. Nous n’avons pas de désir mais des projets. Dans le reflet des piscines nos visages sont flous. Nous n’avons rien vu venir. Nous avons été pris par surprise, à peine nés que déjà éteints. Nous flottons, hagards et incrédules, dans le cauchemar bienheureux du temps.
Notes de mise en scène par Matthieu Cruciani
Une odyssée contemporaine
François Bégaudeau écrit dans Piscine(s) la chronique acidulée d’une société comme endormie. Nous y suivons Paul, Sarah, Suzanne, d’autres encore, qui voient passer les années, les fêtes, les anniversaires,se voyant vieillir et avancer dans la vie, d’apéritifs en siestes, de discussions en souvenirs, au bord d’une piscine. Avec ce motif narratif inquiétant et fantastique : plonger dans une piscine à une période de sa vie,en ressortir dans une autre. Recomposer le puzzle. Et de voir le monde autour de soi offrir ses variations,en nageant dans ses souvenirs.Tout commence par un homme en maillot de bain. Paul. Entouré d’amis réjouis, il inaugure sa piscine.On rit fort. On boit un verre. Puis deux. On manie du vent. On est parfaitement riches. Les vies sont des vacances. On a trop bu hier. Droit sous le soleil, puissant entre deux âges, cet homme s’épanouit dans sa villa auprès de Mélinda, son épouse, et ses deux filles qui jouent au tennis.Puis le temps s’accélère. Femme et filles semblent disparues de la photo de famille. Les amis restent, et s’interrogent. Les fêtes continuent à se succéder, avec une fièvre grandissante. Peu à peu les amis se font moins chaleureux. La mémoire revient, bribes par bribes, au fil des retrouvailles, au fil des piscines.L’enquête se mène. Sur Paul bien sûr, qui semble avoir trébuché, mais partant, et c’est le plus intéressant, sur soi-même. Sur le rôle que l’on a eu à jouer dans cette histoire. Collectivement aussi.Piscine(s) est un conte sur les temps présents, une sorte de mythologie moderne.C’est l’histoire d’une double chute. D’une société en dévissage, et de l’homme qui l’incarne le mieux.Cet homme est à la fois une version inédite d’Ulysse, un Faust bronzé au sourire impeccable,amnésique de son pacte, et un golden boy en chute libre.C’est l’histoire aussi de la beauté paradoxale de cette chute, de sa poésie, de sa drôlerie. Car comme toutes les chutes, elle est drôle et cruelle à la fois. Goya écrivait que les rêves de la raison accouchent de monstres, les rêves du capitalisme, du consumérisme, d’une humanité compétitrice aussi, donc.Piscine(s) met en scène l’un des plus étonnants de ces monstres contemporains. Et ce monstre de son temps, alors, de nous bouleverser, dans ce qu’il est totalement coupable, et totalement innocent. Idiot et savant à la fois. Et d’y reconnaître nos propres espoirs de pacotille. Nos abandons. Nos renoncements.Nos dénis et nos résistances mêlé
mercredi 22 janvier 2020
Oncle Vania à l'Odéon, mise en scène Stéphane Braunschweig
Emission de radio sur france Culture L'appel de la forêt
Astrov : – (...) L’homme a été doué de raison et de force créatrice pour multiplier ce qui lui était donné, mais, jusqu’à présent, il n’a pas créé, il a détruit. Les forêts, il y en a de moins en moins, les rivières tarissent, le gibier a disparu, le climat est détraqué, et, chaque jour, la terre devient plus pauvre et laide. (A Voïnitski). Tu me regardes d’un air ironique, là, et rien de ce que je dis ne te paraît sérieux... et... peut-être que, pour de bon, c’est des histoires de toqué, mais quand je passe devant les bois des paysans que j’ai sauvés de la hache, ou quand j’entends bruire ma jeune forêt, plantée de mes propres mains, j’ai conscience de ce que le climat, lui aussi, est un tant soit peu en mon pouvoir, et que si, dans mille ans, les hommes sont heureux, eh bien, ça sera aussi, un tant soit peu, de mon fait. Quand je pense à un bouleau, que je le vois se couvrir de feuilles et se balancer dans le vent, mon âme s’emplit de fierté, et je... (Voyant le valet de ferme qui lui apporte un petit verre de vodka sur un plateau.) N’empêche... (il boit) il est temps que j’y aille. Acte I, traduction d’André Markowicz et Françoise Morvan (éd. Actes Sud)
Pour lui, Tchekhov est comme une sorte de lanceur d'alerte sur la destruction de la nature.
Oncle Vania (sous-titrée "Scènes de la vie de campagne"), créé au Théâtre des Nations de Moscou le 15 septembre 2019, sera joué au Théâtre de l’Odéon du 16 au 26 janvier 2020 dans la mise en scène de son directeur Stéphane Braunschweig. C’est la quatrième pièce de Tchekhov qu’il monte, cette fois-ci avec des acteurs russes. Avec nous, il affirme que "le quotidien est le sens même du théâtre".
https://www.theatre-contemporain.net/images/upload/pdf/f-39b-5e21f5e5890b7.pdf
Astrov : – (...) L’homme a été doué de raison et de force créatrice pour multiplier ce qui lui était donné, mais, jusqu’à présent, il n’a pas créé, il a détruit. Les forêts, il y en a de moins en moins, les rivières tarissent, le gibier a disparu, le climat est détraqué, et, chaque jour, la terre devient plus pauvre et laide. (A Voïnitski). Tu me regardes d’un air ironique, là, et rien de ce que je dis ne te paraît sérieux... et... peut-être que, pour de bon, c’est des histoires de toqué, mais quand je passe devant les bois des paysans que j’ai sauvés de la hache, ou quand j’entends bruire ma jeune forêt, plantée de mes propres mains, j’ai conscience de ce que le climat, lui aussi, est un tant soit peu en mon pouvoir, et que si, dans mille ans, les hommes sont heureux, eh bien, ça sera aussi, un tant soit peu, de mon fait. Quand je pense à un bouleau, que je le vois se couvrir de feuilles et se balancer dans le vent, mon âme s’emplit de fierté, et je... (Voyant le valet de ferme qui lui apporte un petit verre de vodka sur un plateau.) N’empêche... (il boit) il est temps que j’y aille. Acte I, traduction d’André Markowicz et Françoise Morvan (éd. Actes Sud)
Pour lui, Tchekhov est comme une sorte de lanceur d'alerte sur la destruction de la nature.
Oncle Vania (sous-titrée "Scènes de la vie de campagne"), créé au Théâtre des Nations de Moscou le 15 septembre 2019, sera joué au Théâtre de l’Odéon du 16 au 26 janvier 2020 dans la mise en scène de son directeur Stéphane Braunschweig. C’est la quatrième pièce de Tchekhov qu’il monte, cette fois-ci avec des acteurs russes. Avec nous, il affirme que "le quotidien est le sens même du théâtre".
A chaque nouvelle lecture, on est sensible à des choses différentes, et cela dépend du contexte, de l’époque. Il y a tout ce discours d’Astrov sur la destruction de la planète qui, jusqu’alors, passait inaperçu …Tchekhov lui-même est extrêmement attentif à cette dégradation des campagnes russes et, ce qui est intéressant, c’est qu’il le met tout de suite en relation avec la destructivité de l’homme.Dans la pièce la plus sombre du dramaturge et nouvelliste, publiée en 1897, le metteur en scène a notamment mis en avant la dimension écologique. La Russie de la fin du XIXe est en effet en proie à une peur eschatologique liée à l’anéantissement de la nature par l’homme. En ce sens, Tchekhov fait figure de visionnaire, distillant une inquiétude mêlée à l’angoisse métaphysique qui travaille toujours ses personnages. Celui d’Astrov, double de l’auteur – et peut-être du metteur en scène – incarne l’oscillation entre la tentation d’un espoir et le plus profond désarroi.
(Stéphane Braunschweig)
L’histoire de Vania est l’histoire d’un homme qui perd ses idéaux, ses croyances, ce qui était son moteur de vie. Et il ne le supporte pas. Il détruit les relations autour de lui. Et, chez Tchekhov, les destructions d’ordres psychologiques sont aussi importantes que les destructions écologiques.
(Stéphane Braunschweig)
Les acteurs russes sont dans cette tradition très stanislavskienne du jeu, ils ont besoin de savoir énormément de choses sur leur personnage ; moi, je pars plutôt des relations, des situations. Pour moi, ce sont les situations qui déterminent les personnages et pas les personnages qui déterminent la situation.Je suis quelqu’un de très attentif au texte mais je ne glorifie pas la langue. Je crois que c’est le sens et le concret qui donnent la force à la langue et pas le contraire.
(Stéphane Braunschweig)
https://www.theatre-contemporain.net/images/upload/pdf/f-39b-5e21f5e5890b7.pdf
lundi 20 janvier 2020
Koltes à l'honneur sur France Culture à partir de demain
Toute une série d'émission pour approfondir votre connaissance de Koltes. Même si je sais que vous êtes trop occupés en ce moment avec les E3C et le bac blanc de français, je vous transmets l'info. les émissions sont podcastables encore longtemps.
Lire et relire Koltes
Lire et relire Koltes
samedi 18 janvier 2020
Recherche sur l'arbre et la forêt pour La Cerisaie
Avez-vu qu'il ya en ce moment toute une série d'émissions sur Arte sur les arbres et la forêt.
Histoire des arbres nourriciers
Histoire des arbres sacrés
Frères des arbres: témoignage d'un chef papou
La Forêt en péril
Histoire des arbres nourriciers
Histoire des arbres sacrés
Frères des arbres: témoignage d'un chef papou
La Forêt en péril
mercredi 15 janvier 2020
Un regard très critique sur Tous des Oiseaux et des comptes-rendus rédigés par une classe
J'avais lu cet article en cours de théorie mais il ya avait des absents. je le donne à lire aujourd'hui à toutes:
un mélodrame sado masochiste
Je vous transmets également des analyses du spectacle Tous des Oiseaux qui ont été rédigées par une classe qui a vu le spectacle:Lycée Bellevue de Toulouse
un mélodrame sado masochiste
Je vous transmets également des analyses du spectacle Tous des Oiseaux qui ont été rédigées par une classe qui a vu le spectacle:Lycée Bellevue de Toulouse
Britannicus: l'art de bien draper: un outil expressif
Je tombe par hasard sur cette émission qui s'intéresse au drapé et j'ai pensé à l'utilisation des draps dans le projet de Sandrine:L'art du draper: un outil expressif
Le grand historien Aby Warburg appelait le drapé l'outil du pathétique .
"Le drapé complément obligé du nu", cette puissante formule expressive semble moins vêtir que dire. Dire la joie, le désir, la mélancolie, les larmes ou le vent du génie qui s'engouffre dans les tissus de l'esprit.
Le drapé, ses plis, ses tombées, ses froissés, ses relâchés. Ce sont ces chiffons que l'on voit ; le drapé préoccupation permanente de l'art de tous les temps comme si l'humain, comme le dit Lacan, n'était qu'un porte manteau en promenade.
Le grand historien Aby Warburg appelait le drapé l'outil du pathétique .
"Le drapé complément obligé du nu", cette puissante formule expressive semble moins vêtir que dire. Dire la joie, le désir, la mélancolie, les larmes ou le vent du génie qui s'engouffre dans les tissus de l'esprit.
Le drapé, ses plis, ses tombées, ses froissés, ses relâchés. Ce sont ces chiffons que l'on voit ; le drapé préoccupation permanente de l'art de tous les temps comme si l'humain, comme le dit Lacan, n'était qu'un porte manteau en promenade.
rappel Un instant le jeudi 16 janvier au théâtre municipal
Je vous rappelle à tous que le spectacle Un Instant a lieu demain jeudi à 19h au théâtre Municipal. c'est un spectacle de La Comédie de Colmar et vous avez les billets. Aucun duplicata ne pourra vous être donné au théâtre Municipal car il n'y aura pas de billeterie.
Je verrai pour ma part le spectacle ce soir!
Je verrai pour ma part le spectacle ce soir!
Le Triptyque de Sandrine Pires sur des textes de Marion Muller-Collard
En savoir plus sur le site de la compagnie du Gourbi Bleu
Article du MOnde sur Hannah Arendt, philosophe de l'action
Hannah Arendt: le concept de "banalité du mal" Totalitarisme et pensée : un cours de philo pour des terminales
Article du MOnde sur Hannah Arendt, philosophe de l'action
Hannah Arendt: le concept de "banalité du mal" Totalitarisme et pensée : un cours de philo pour des terminales
mardi 14 janvier 2020
Qui est Tchekhov au moment de la Cerisaie
Anton Pavlovitch Tchekhov, auteur russe de la fin du xixe siècle (1860-1904), a exercé une influence considérable sur le théâtre du xxe siècle, en inventant une écriture dramatique fondée sur la vie quotidienne, ainsi que sur l’exposition des souvenirs et des aspirations des êtres humains, plus que sur leurs actes.
« Dans mes pièces, il ne se passe rien », affirmait-il lui-même.
Médecin dans les environs de Moscou, Tchekhov trouve dans l’exercice de son métier l’occasion d’observer divers milieux sociaux, d’ausculter de multiples comportements humains, tout en maintenant « l’équilibre entre la com-passion et la distance » 3.
Il se fait d’abord connaitre en publiant des nouvelles dans des quotidiens, comme le Temps nouveau (1886). Puis, il adapte certaines de ses nouvelles à a scène, avant d’écrire sa première pièce, Ivanov, en 1887. Son talent d’auteur de récits a d’ailleurs des conséquences sur son écriture théâtrale : les personnages secondaires y sont nombreux, les didascalies atteignent parfois la longueur d’une description romanesque, et plusieurs actions ont souvent lieu parallèlement sur scène. Tchekhov dit de sa pièce Les Trois Sœurs, qu’elle est « compliquée comme un roman ».
Pour le théâtre, il compose de courtes pièces satiriques, en un acte, qui raillent les travers de certains milieux russes : celui des propriétaires terriens dans L’Ours(1888), celui des fonctionnaires et des petits employés dans La Noce (1890), et celui des banquiers dans Jubilé (1891). Il écrit aussi de longues pièces en quatre actes, où ces milieux se côtoient : La Mouette (1896), Oncle Vania (1897), Les Trois Sœurs (1901) et enfin, La Cerisaie sa dernière pièce, rédigée entre 1901 et 1904, alors qu’il est atteint d’une tuberculose. Il meurt quelques mois après l’avoir achevée, en Allemagne, à Badenweiler, où il s’est exilé en quête d’un climat plus clément que celui de l’hiver russe.
La Cerisaie est expressément écrite pour le Théâtre d’Art de Moscou, la troupe dirigée par Constantin Stanislavski, acteur et metteur en scène qui a rendu le dramaturge Tchekhov célèbre. La rencontre des deux hommes en 1899, a été décisive pour l’un comme pour l’autre. En effet, cette année-là, la mise en
scène de La Mouette par Stanislavski remporte un grand succès, alors que la pièce avait connu un four trois ans plus tôt, quand elle avait été montée au Théâtre Alexandrinski de Saint-Pétersbourg. Mais, si Tchekhov doit à Stanislavski, et la faveur du public, et sa rencontre avec sa future femme Olga Knipper (actrice dans la troupe du Théâtre d’art, qu’il épouse en 1901), le metteur en scène doit aussi beaucoup à l’auteur de théâtre. En effet, c’est en montant les pièces de Tchekhov, que Stanislavski met au point toute une réflexion nouvelle sur le jeu d’acteur. À ses yeux, « Les pièces de Tchekhov regorgent d’action : mais d’une action qui se développe au-dedans, et pas au-dehors. »4 Les rôles de Tchekhov sont souvent, selon l’expression de Stanislavski, « sans agrafes », (tellement courts qu’ils tiennent en une page donc on n’a pas besoin d’agrafer les feuillets), mais ils sont en vérité inépuisables. L’acteur y trouve à chaque fois des émotions neuves. Car il doit moins jouer le texte que les états d’âmes qu’il suscite, en faisant appel aux pauses, aux regards silencieux, qui ne sont pas toujours explicites dans le texte. C’est au comédien de les trouver par tout un travail intérieur.
Tchekhov est persuadé d’avoir écrit, avec La Cerisaie, une « comédie », mais il ne justifie jamais sa position. Stanislavski déclare qu’il s’agit d’une « tragédie », et Némirovitch-Dantchenko (associé et conseiller littéraire de Stanislavski) parle, pour sa part, de « drame ». Ces divergences entre les trois hommes montrent bien que la pièce joue sur différents registres, sans véritablement appartenir à un genre défini.
« Dans mes pièces, il ne se passe rien », affirmait-il lui-même.
Médecin dans les environs de Moscou, Tchekhov trouve dans l’exercice de son métier l’occasion d’observer divers milieux sociaux, d’ausculter de multiples comportements humains, tout en maintenant « l’équilibre entre la com-passion et la distance » 3.
Il se fait d’abord connaitre en publiant des nouvelles dans des quotidiens, comme le Temps nouveau (1886). Puis, il adapte certaines de ses nouvelles à a scène, avant d’écrire sa première pièce, Ivanov, en 1887. Son talent d’auteur de récits a d’ailleurs des conséquences sur son écriture théâtrale : les personnages secondaires y sont nombreux, les didascalies atteignent parfois la longueur d’une description romanesque, et plusieurs actions ont souvent lieu parallèlement sur scène. Tchekhov dit de sa pièce Les Trois Sœurs, qu’elle est « compliquée comme un roman ».
Pour le théâtre, il compose de courtes pièces satiriques, en un acte, qui raillent les travers de certains milieux russes : celui des propriétaires terriens dans L’Ours(1888), celui des fonctionnaires et des petits employés dans La Noce (1890), et celui des banquiers dans Jubilé (1891). Il écrit aussi de longues pièces en quatre actes, où ces milieux se côtoient : La Mouette (1896), Oncle Vania (1897), Les Trois Sœurs (1901) et enfin, La Cerisaie sa dernière pièce, rédigée entre 1901 et 1904, alors qu’il est atteint d’une tuberculose. Il meurt quelques mois après l’avoir achevée, en Allemagne, à Badenweiler, où il s’est exilé en quête d’un climat plus clément que celui de l’hiver russe.
La Cerisaie est expressément écrite pour le Théâtre d’Art de Moscou, la troupe dirigée par Constantin Stanislavski, acteur et metteur en scène qui a rendu le dramaturge Tchekhov célèbre. La rencontre des deux hommes en 1899, a été décisive pour l’un comme pour l’autre. En effet, cette année-là, la mise en
scène de La Mouette par Stanislavski remporte un grand succès, alors que la pièce avait connu un four trois ans plus tôt, quand elle avait été montée au Théâtre Alexandrinski de Saint-Pétersbourg. Mais, si Tchekhov doit à Stanislavski, et la faveur du public, et sa rencontre avec sa future femme Olga Knipper (actrice dans la troupe du Théâtre d’art, qu’il épouse en 1901), le metteur en scène doit aussi beaucoup à l’auteur de théâtre. En effet, c’est en montant les pièces de Tchekhov, que Stanislavski met au point toute une réflexion nouvelle sur le jeu d’acteur. À ses yeux, « Les pièces de Tchekhov regorgent d’action : mais d’une action qui se développe au-dedans, et pas au-dehors. »4 Les rôles de Tchekhov sont souvent, selon l’expression de Stanislavski, « sans agrafes », (tellement courts qu’ils tiennent en une page donc on n’a pas besoin d’agrafer les feuillets), mais ils sont en vérité inépuisables. L’acteur y trouve à chaque fois des émotions neuves. Car il doit moins jouer le texte que les états d’âmes qu’il suscite, en faisant appel aux pauses, aux regards silencieux, qui ne sont pas toujours explicites dans le texte. C’est au comédien de les trouver par tout un travail intérieur.
Tchekhov est persuadé d’avoir écrit, avec La Cerisaie, une « comédie », mais il ne justifie jamais sa position. Stanislavski déclare qu’il s’agit d’une « tragédie », et Némirovitch-Dantchenko (associé et conseiller littéraire de Stanislavski) parle, pour sa part, de « drame ». Ces divergences entre les trois hommes montrent bien que la pièce joue sur différents registres, sans véritablement appartenir à un genre défini.
La Cerisaie de Tchekhov: exploration
Deux metteurs en scène et acteurs parlent de la pièce en 2015, ils jouent tous les deux Lopakhine: A écouter tout de suite après les infos: La Cerisaie sur l'émission La Grande Table
Dans l'émission on entend une partie du début que nous avons lu lundi . On entend aussi le traducteur.
L es metteurs en scène Christian Benedetti et Frank Vercruyssen, du collectif TG Stan, montent et jouent tous deux dans La Cerisaie de Tchekhov. Ils nous parlent aujourd'hui de cette pièce à la fois comique et tragique, dont les personnages ne sont jamais jugés moralement mais illustrent une forme de destruction de soi par la recherche de vérités intimes. Une pièce qui pose, selon Christian Benedetti une question essentielle : "comment être à l'heure à un rendez-vous qu'on ne peut que manquer, celui de sa propre vie?"
Lecture de la pièce sur France Culture
La Cerisaie, achevée en 1904, est la dernière pièce d’Anton Tchekhov. Œuvre somme, elle associe le réalisme des conversations et des actions quotidiennes, au symbolisme des apparitions spectrales et des sonorités (à la manière de ce bruit de « corde cassée, mourant, triste », qui retentit aux actes II et IV).
Œuvre phare, la pièce met en scène les mutations historiques du tournant du xixe et du xxe siècle : déclassement des anciens propriétaires fonciers, avènement d’une nouvelle bourgeoisie, aspirations utopistes de la classe étudiante.
Les didascalies tchekhoviennes sont nombreuses et précises. Au xixesiècle, le discours didas-calique se développe par rapport à l’époque classique : il est influencé par les descriptions romanesques.
La pièce est structurée en acte, mais il n’y a pas de découpages en scènes. Ces sont les didascalies, très nombreuses, qui prennent en charge les indications concernant l’entrée ou la sortie d’un personnage. On notera le grand nombre de mouvements de scènes, d’entrées et sorties, qui marquent l’agitation des personnages au moment de l’arrivée de Lioubov et de sa
famille. La mise en espace fera apparaitre ces variations de manière évidente (deux personnages, puis la scène vide, puis Firs seul, puis huit personnages au moins, et enfin deux couples de femmes successifs).Tous ces mouvements donnent à la scène son réalisme. Comme dans la vie, certains personnages passent, sans avoir d’action précise à faire sur scène (c’est le cas de Firs, p. 13), ou de réplique essentielle à dire (comme Charlotte qui parle de son chien, p. 14). Chacun s’affaire. Des discussions s’engagent de-ci, de-là. On a donc un sentiment « d’éclatement » de l’action dramatique en petites actions simultanées, comme dans la vie quotidienne.
Les rires et les pleurs – émotions contradictoires – ne cessent de se relayer dans cette scène, ce qui montre l’intensité des émotions des personnages au moment des retrouvailles. Le personnage le plus étonnant de ce point de vue-là est bien celui de Lioubov, qui allie les deux émotions (p. 13 « d’une voix joyeuse, les larmes aux yeux »). D’emblée, on ne sait pas quel registre domine dans la pièce : comique ou pathétique ?
Dans l'émission on entend une partie du début que nous avons lu lundi . On entend aussi le traducteur.
L es metteurs en scène Christian Benedetti et Frank Vercruyssen, du collectif TG Stan, montent et jouent tous deux dans La Cerisaie de Tchekhov. Ils nous parlent aujourd'hui de cette pièce à la fois comique et tragique, dont les personnages ne sont jamais jugés moralement mais illustrent une forme de destruction de soi par la recherche de vérités intimes. Une pièce qui pose, selon Christian Benedetti une question essentielle : "comment être à l'heure à un rendez-vous qu'on ne peut que manquer, celui de sa propre vie?"
Lecture de la pièce sur France Culture
La Cerisaie, achevée en 1904, est la dernière pièce d’Anton Tchekhov. Œuvre somme, elle associe le réalisme des conversations et des actions quotidiennes, au symbolisme des apparitions spectrales et des sonorités (à la manière de ce bruit de « corde cassée, mourant, triste », qui retentit aux actes II et IV).
Œuvre phare, la pièce met en scène les mutations historiques du tournant du xixe et du xxe siècle : déclassement des anciens propriétaires fonciers, avènement d’une nouvelle bourgeoisie, aspirations utopistes de la classe étudiante.
Les didascalies tchekhoviennes sont nombreuses et précises. Au xixesiècle, le discours didas-calique se développe par rapport à l’époque classique : il est influencé par les descriptions romanesques.
La pièce est structurée en acte, mais il n’y a pas de découpages en scènes. Ces sont les didascalies, très nombreuses, qui prennent en charge les indications concernant l’entrée ou la sortie d’un personnage. On notera le grand nombre de mouvements de scènes, d’entrées et sorties, qui marquent l’agitation des personnages au moment de l’arrivée de Lioubov et de sa
famille. La mise en espace fera apparaitre ces variations de manière évidente (deux personnages, puis la scène vide, puis Firs seul, puis huit personnages au moins, et enfin deux couples de femmes successifs).Tous ces mouvements donnent à la scène son réalisme. Comme dans la vie, certains personnages passent, sans avoir d’action précise à faire sur scène (c’est le cas de Firs, p. 13), ou de réplique essentielle à dire (comme Charlotte qui parle de son chien, p. 14). Chacun s’affaire. Des discussions s’engagent de-ci, de-là. On a donc un sentiment « d’éclatement » de l’action dramatique en petites actions simultanées, comme dans la vie quotidienne.
Les rires et les pleurs – émotions contradictoires – ne cessent de se relayer dans cette scène, ce qui montre l’intensité des émotions des personnages au moment des retrouvailles. Le personnage le plus étonnant de ce point de vue-là est bien celui de Lioubov, qui allie les deux émotions (p. 13 « d’une voix joyeuse, les larmes aux yeux »). D’emblée, on ne sait pas quel registre domine dans la pièce : comique ou pathétique ?
En savoir plus sur Piscine(s) que vous verrez le 22 janvier
Extraits video de la répétition publique de Piscine(s): Matthieu Cruciani parlant de Piscine(s)
Emission de radio sur Piscine(S) Interview de Matthieu Cruciani par Bibi!
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vendredi 10 janvier 2020
Création d'un nouveau Britannicus à la Manufacture de Nancy
Sur le site de la Manufacture : mise en scène Jean-Thomas Bouillaguet
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lundi 6 janvier 2020
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