samedi 5 avril 2014

Tu tiens sur tous les fronts: article de Libération



Tiré des textes du poète disparu Christophe Tarkos, «Tu tiens sur tous les fronts» est présenté à Aubervilliers par Hervé Pierre et Pascal Duquenne dans un face à face puissant.
Le projet n’allait pas de soi. Il fallait tenir sur tous les fronts : celui de l’agencement des mots, de la musique et de la mise en scène, et puis du casting. Le premier n’était pas sans écueils : monter les textes du poète Christophe Tarkos, disparu en 2004 à 40 ans, une prose en scansion, une mastication verbale. Des fragments qui disent le rien et l’infini du quotidien, avec drôlerie, en moraliste contemporain, dans des allers-retours incessants. 
Piocher donc dans son œuvre, dans Ecrits poétiques (POL), particulièrement dans Oui, et tisser un fil, un filin, en jouant sur le sens et les mots. Une envie de musicien, celle de Roland Auzet, «sensible à un style de littérature qui tend à représenter le monde avec une architecture de la pensée, une mécanique de texte qui fait penser à une construction musicale».

Shaker. Sur scène, actuellement à Aubervilliers, apparaît un autre challenge, y mettre des locuteurs puissants pour porter cette poésie-là, ces mécaniques textuelles, phrases imbriquées et macérées pour dévier en creux d’un iota. C’est Hervé Pierre, sociétaire de la Comédie-Française, doté de la virtuosité du dire, ressassant le sens de la vie et des gestes. Face à lui, Pascal Duquenne, atteint du syndrome de Down et connu depuis le film à succès le Huitième Jour de Jaco Van Dormael avec Daniel Auteuil, enrôlé sur scène d’une autre manière, par sa différence, par son silence, par sa présence. «Mon rôle dans la pièce est de danser, dessiner et peindre, le tout sans paroles. Je me tais et laisse Hervé parler»,dit celui qui joue du pinceau aussi dans la vraie vie en concevant des monotypes, portraits en noir et blanc. Car Hervé Pierre, lui, ne cesse de parler, secouant les phrases comme dans un shaker, se cognant à un décor immaculé qui explose au fur et à mesure de la pièce. Un face à face d’autant plus sur un fil que Pascal Duquenne dévie parfois un peu de son rôle.

 Ce soir-là, dans le restaurant du hall du théâtre Vidy à Lausanne , Hervé Pierre évoque, nettoyé de toutes les tâches intempestives, la concentration que lui impose la confrontation avec Pascal Duquenne et ce challenge passionnant pour un comédien chevronné. «Pascal m’oblige à être sur la brèche en ne reproduisant pas forcément les gestes décidés. Une part d’aléatoire qui rend beau ce projet et qui me renvoie aussi à mes limites», raconte avec générosité le comédien. Douter de son savoir-faire et être surpris, rempli de la prouesse.
Reflet. En plus, il y a dans Tu tiens sur tous les fronts une triangulaire. Les deux hommes sortent du face à face pour aller à la rencontre du public au moment d’un délicieux monologue d’Hervé Pierre sur le serrage de mains. «Le serrage de main est de se serrer la main. On ne fait le serrage de main. On se donne une poignée. Nous nous sommes serré la main. Nous ne nous serrons pas les mains, nous ne nous faisons pas un serrage de main, nous nous donnons une poignée de main. Nous nous poignons les mains, les mains se serrent. On en a le droit.»
L’un se cherche, se questionne, son reflet renvoyé par la vidéo, utilisée comme un appoint ; l’autre fait tout pour s’adapter à ce qu’il pense qu’on attend de lui. Ça frotte, ça dysfonctionne. «Tu tiens sur tous les fronts. Tu retires de tous les fronts. Tu ne vas pas sur tous les fronts pour rien, tu tiens, tu ne te laisses pas faire, tu retires ce que tu dois retirer, le reste que tu dois rejeter, tu le rejettes, tu tiens sur tous les fronts à la fois, tu ne t’es pas laissé faire, tu retires du front ce que tu veux, tu rejettes le reste, tu as tenu, tu tiens, on voit bien que tu tiens sur tous les fronts et que tu peux encore attaquer.» De la langue et du jus. Au bout, une autre identité.

Tu tiens sur tous les fronts: article du Monde

"Tu tiens sur tous les fronts", d'après Christophe Tarkos avec Hervé Pierre (à gauche) et Pascal Duquenne.

La crise et la morosité touchent aussi le théâtre, qui a tendance, ces derniers mois, à se réfugier dans des formes documentaires ou pseudo-politiques pas toujours très ambitieuses. L'automne qui s'achève a ainsi donné l'impression de manquer singulièrement de poésie. Dans ce paysage, Tu tiens sur tous les fronts, la pièce que signe Roland Auzet d'après des textes du poète Christophe Tarkos, est une bénédiction. C'est le spectacle à voir avant la fin du monde (il se joue à Aubervilliers jusqu'au 21 décembre). Drôle, émouvant, vivant, intelligent... On en sort regonflé à bloc, avec l'impression d'avoir enfin retrouvé quelque chose d'essentiel.
"La poésie est une intelligence", disait Christophe Tarkos, cette étoile filante des lettres contemporaines, mort en novembre 2004 à l'âge de 40 ans. En une dizaine d'années, il avait eu le temps de publier de nombreux livres (chez POL, aux éditions Al Dante et Ulysse fin de siècle), de participer à l'aventure de plusieurs revues et de se livrer à quantité de lectures et de performances - la poésie étant pour lui inséparable de sa dimension orale.
"Pour moi, la langue n'est pas en dehors du monde, c'est aussi concret qu'un sac de sable qui te tombe sur la tête, c'est complètement réel, complètement efficace, efficient, utile", expliquait-il lors d'un entretien dans le volume des Ecrits poétiques (édités chez POL).
Tarkos parle de l'amour, de l'argent, de Dieu et de ce que c'est, être un homme et être vivant - vivant parmi les autres -, avec la générosité verbale qui est sa marque, sans hermétisme aucun. Valère Novarina n'est pas loin, ce qui est particulièrement visible dans le spectacle de Roland Auzet, mais un Novarina qui se ferait plus prosaïque, plus quotidien, plus familier.
Rituel anthropologique
De cette matière, Roland Auzet, à la fois metteur en scène, percussionniste et compositeur de musique contemporaine, tire un spectacle aussi inventif sur le plan scénique que l'est la poésie de Tarkos. La pièce tient sur tous les fronts du théâtre, de la musique, de la peinture, du cinéma et, surtout, du jeu, tant le projet repose sur le couple formé par deux comédiens étourdissants et bouleversants.
Le premier, c'est Hervé Pierre, sociétaire de la Comédie-Française, acteur qui allie virtuosité et épaisseur humaine ; le second, c'est Pascal Duquenne, le comédien trisomique du Huitième Jour, le film de Jaco Van Dormael.
Ce qui se joue entre eux deux, l'Auguste et le clown blanc, est au coeur de ce spectacle qui prend peu à peu le tour d'un rituel anthropologique, entre tendresse subtile et cruauté pince-sans-rire.
Hervé Pierre parle, beaucoup, intarissable comme l'est la poésie de Tarkos. Pascal Duquenne l'observe, nous observe, présence étrange et douce, douloureusement inquiétante parfois. Il peint, aussi, sur le décor en forme de panneaux noir et blanc : de longues spirales blanches ou rouges, ou la forme de leurs corps à eux deux, comme pour tenter de redéfinir ce qu'est un homme, d'en retrouver les contours.
Alors, au terme de cette épopée, on se dit que c'est bien quelque chose de l'ordre de la fraternité qui se joue, ce mot si galvaudé qui retrouve ici une sacrée noblesse. Comme dans cet étonnant passage du "serrage de main" : "Laisse-moi toucher ta main, laisse-moi prendre ta main dans ma main, je veux prendre ta main, je veux toucher ta main, je veux la serrer, la prendre, la poigner, l'attraper, en la poignant, en l'attrapant, laisse-moi toucher ta main. (...) Nous nous l'attraperons, nous nous la serrerons, nous nous la donnerons, en une vraie poignée de main." Juste un échantillon, sur une heure de bonheur théâtral.


Tu tiens sur tous les fronts, d'après Christophe Tarkos. Conception, musique et mise en scène : Roland Auzet.
http://s1.lemde.fr/medias/web/img/bg/vide.png

vendredi 4 avril 2014

Sujets d'approfondissement possibles ( pour ceux qui n'en auraient pas!)

-L'enfant terrible au théâtre ( dans la lignée de Bébé)
- Comparaison entre différentes approches renouvelées du conte au théâtre: avec le Petit Poucet que vous allez voir mardi, les contes écrits par Olivier Py etc.

Le comique verbal dans les farces conjugales de Feydeau

http://www.publifarum.farum.it/ezine_articles.php?art_id=27

"L’étude du matériel linguistique employé au théâtre pour reproduire l’oralité du quotidien, révèle un autre instrument fondamental : celui du quiproquo. Mécanisme verbal très employé dans le théâtre classique, tragique ou comique, il représente un choix stylistique d’importance extrême dans un genre tel que le vaudeville, qui parvient à l’exploiter à merveille. Pierre Larthomas tient à distinguer le quiproquo, qui a une source toute linguistique, de la méprise, qui par contre, manifeste une liaison étroite avec le contexte, la situation, les gestes etc20. Il y a donc toujours, dans l’origine du quiproquo, un pivot verbal autour duquel tournent les actions et les répliques des personnages. Le malentendu linguistique, l’équivoque verbale, qui souvent rendent ambiguë notre conversation, deviennent une trouvaille de comique extraordinaire et, si dans le dialogue ordinaire, le quiproquo est vite arrêté par les rectifications du locuteur, dans le dialogue théâtral ses conséquences sont exaltées jusqu’à l’extrême et sa conclusion reculée autant que possible.
H. Bergson parle à ce propos “d’interférence de série” pour expliquer les différentes interprétations qu’une même suite d’événements peut déterminer chez deux ou plusieurs personnages : “Une situation est toujours comique quand elle appartient en même temps à deux séries d’événements absolument indépendantes, et qu’elle peut s’interpréter à la fois dans deux sens tout différents”21.
En fait chacun se représente et interprète une série de faits selon sa propre logique, déterminant toutes les actions et le comportement qui en résultent. Cela implique que chacun règle en permanence son attitude sur une interprétation qu'il se donne du réel, qui peut bien différer de celle caractérisant un autre esprit. Les deux séries s’entrecroisent, certes, mais elles n’interprètent pas de la même façon les mêmes événements, d’où l’équivoque. L’effet sera d’autant plus drôle si le quiproquo ne cesse pas, si la représentation différente des faits qui semble « craquer » à chaque instant, poursuit, malgré tout, son existence. Cette technique qui est une des plus caractéristiques du vaudeville n’est que la reproduction exagérée d’un phénomène typique de la vie réelle, subissant un processus de mécanisation par lequel elle est démontable en pièces détachées, susceptibles d’être remontées différemment. Le théâtre de boulevard, même dans son exagération, cherche à refléter la vie : “La vie réelle est un vaudeville dans l’exacte mesure où elle produit naturellement des effets du même genre”22.
Chez Feydeau, on le comprend bien, les quiproquos abondent. Voilà un des exemples les plus amusants :
Follavoine – C’est vrai ça !... (Rappelant Rose au moment où elle va sortir) Au fait, dites donc, vous…
Rose, redescendant. – Monsieur ?
Follavoine – Par hasard, les…les Hébrides… ?
Rose, qui ne comprend pas. – Comment ?
Follavoine – Les Hébrides ?...Vous ne savez pas où c’est ?
Rose, ahurie. – Les Hébrides ?
Follavoine – Oui.
Rose – Ah ! non !...non !... (Comme pour se justifier) C’est pas moi qui range ici !...c’est Madame.
Follavoine, se redressant en refermant son dictionnaire sur son index de façon à ne pas perdre la page. – Quoi ! quoi ! “qui range” ! les Hébrides !...des îles ! bougre d’ignare !...de la terre entourée d’eau…vous ne savez pas ce que c’est ?
Rose, ouvrant de grands yeux. – De la terre entourée d’eau ?
Follavoine – Oui ! de la terre entourée d’eau, comment ça s’appelle ?
Rose – De la boue ?
Follavoine, haussant les épaules. – Mais non, pas de la boue ! C’est de la boue quand il n’y a pas beaucoup de terre et pas beaucoup d’eau ; mais, quand il y a beaucoup de terre et beaucoup d’eau, ça s’appelle des îles !
Rose, abrutie. – Ah ?
Follavoine – Eh ! bien, les Hébrides, c’est ça ! c’est des îles ! par conséquent, c’est pas dans l’appartement.
Rose, voulant avoir compris. – Ah ! oui !...c’est dehors.
Follavoine, haussant les épaules. – Naturellement ! c’est dehors !
Rose – Ah ! ben, non ! non, je les ai pas vues23.
Follavoine, feuillète le dictionnaire à la recherche des renseignements nécessaires pour localiser les îles Hébrides ; son petit Toto lui a posé une question embarrassante et il ne veut pas apparaître ignorant aux yeux de son fils. Sa recherche est malheureusement vaine et il pense que sa servante Rose peut l’aider avec, hélas, les résultats désastreux qu’on vient de lire. Le comique jaillit spontanément du quiproquo qui pivote sur l’analphabétisme de la femme, incapable de comprendre les questions de son maître. C’est un problème de signifié n’ayant pas le même signifiant. L’indissolubilité entre les deux aspects du signe linguistique se brise devant l’ignorance de Rose. Chacun des deux personnages attribuent au signifiant île ou Hébrides, évidemment un signifié différent. Malgré les tentatives répétées de rectifications de la part de Follavoine, la bonne persiste, inébranlable, à attribuer le signifié incorrect au signifiant péniblement proposé par l’homme.
La localisation des Hébrides, donne lieu, dans la même pièce, à un autre quiproquo, cette fois-ci entre Follavoine et sa femme Julie. Ils se disputent pour savoir qui a trouvé l’orthographe correcte des îles en question.
Julie, furieuse, allant jusqu’au coin gauche de la table sur laquelle elle pose son seau. – Oh ! c’est trop fort ! Quand c’est moi qui ai pris le dictionnaire ! quand c’est moi qui ai cherché dedans !
Follavoine, descendant par la droite de la table. Sur un ton persifleur. – Oui, dans les E !
Julie – Dans les E…dans les E d’abord ; comme toi avant, dans les Z ; mais ensuite dans les H.
Follavoine, s’asseyant sur le fauteuil qui est à droite devant la table. L’air détaché, les yeux au plafond. – Belle malice, quand j’ai eu dit : “Pourquoi pas dans les H” ?
Julie, gagnant la gauche. – Oui, comme tu aurais dit “Pourquoi pas dans les Q” ?
Follavoine – Oh ! non, ma chère amie, non ! si nous en arrivons aux grossièretés !...
Julie, se retourne ahurie, reste un instant interloquée, puis. – Quoi ? Quoi ? Quelles grossièretés ?
Follavoine – Moi, je te préviens que je ne suis pas de force, alors !…
Julie, gagnant la gauche de la table – Où ça, des grossièretés ? Parce que je te tiens tête ? Parce que je dis ce qui est ? (Secouant rageusement son seau de toilette sur la table tout en parlant) Mais oui, c’est moi qui ai trouvé ! Oui, c’est moi qui ai trouvé24!
La cause du quiproquo change par rapport au premier exemple. Cette fois il est question d’homophonie. Le même son, la même sonorité évoquent deux images différentes, dont l’une décidemment cocasse et plutôt forte, comme dans la meilleure tradition vaudevillesque. L’interférence bergsonienne provoque encore une fois le rire sans que les personnages protagonistes de l’équivoque réussissent à trouver l’unicité d’interprétation."
 Dans On purge Bébé, Julie reproche à son mari sa façon d’appeler sa mère :
Julie – Ah ! Zut (Sans prendre la peine d’asseoir, elle relève vivement ses bas en se mettant successivement sur une jambe et sur l’autre, puis reprenant.) – J’ai été dressée à ça toute petite ; si bien que c’est devenu chez moi comme une seconde nature. (S’asseyant sur le fauteuil à droite de la table.) Maintenant est-ce un bien ? Est-ce un mal ? (S’accoudant sur le rebord de la table, la tête appuyée sur la main) Je ne peux dire qu’une chose : je tiens ça de ma mère.
Follavoine, occupé à parcourir ses papiers et sans aucune intention – Ah !...ma belle-mère.
Julie, la tête à demi-tournée vers Follavoine et sur un ton pincé. – Non !...“ma mère” !
Follavoine, de même. – Eh ! bien, oui ; c’est la même chose.
Julie, sur le même ton. – C’est possible ! mais “ma mère”, c’est tendre, c’est affectueux, c’est poli ; tandis que “ma belle-mère”, ça a quelque chose de sec, d’aigre-doux, de discourtois que rien ne justifie26.
Inutile de se justifier pour Follavoine et d’expliquer le sens réel de ses propos, Julie interrompt toute sorte d’éclaircissements :
Julie, qui a gagné le milieu de la scène, se retournant, et hautaine et tranchante.- Ah ! Et puis, je t’en prie, hein ? En voilà assez avec ma mère !
Follavoine, ahuri. – Quoi ?
Julie – C’est vrai ça ! Cette façon de tomber toujours sur cette malheureuse !...de la cribler de lardons à tout propos….27
En fait, peu de répliques suffisent pour pousser Julie à affirmer, devant un Follavoine étonné :
Follavoine – Ah ! oui ! oui !...ta mère.
Julie – Eh bien, oui, ma mère. (L’imitant) “Ta mère ! Ta mère !”, je le sais qu’elle est ma mère ! Cette façon de dire : “Ta mère”. Tu as toujours l’air de me la reprocher.
Follavoine, ahuri. – Moi !
Julie, revenant à son antienne. – Non, mais c’est bien ça : toutes les fois qu’elle sort avec Bébé, ça ne manque pas ; elle le bourre de gâteaux, de bonbons… !
Follavoine, tout en écrivant quelques notes. – Oh ! bien !... toutes les grands’mères sont comme ça.
Julie – C’est possible ! mais elle a eu tort ! Surtout que je l’avais priée de n’en rien faire.
Follavoine – Oh ! bien, elle n’a pas cru, la pauvre femme…
Julie, se montant. - “Elle n’a pas cru, elle n’a pas cru”, c’est entendu ! mais elle a eu tort tout de même.
Follavoine, indulgent. – Oh ! ben… !
Julie, s’emballant. – Mais si ! mais si ! il n’y a pas d’ “oh ben ” !...C’est curieux, ça, cette affectation que tu mets à donner toujours raison à maman !...à prendre parti contre moi ! Je te dis qu’elle a eu tort : eh bien, elle a eu tort28.
Quels que soient les mots employés par Follavoine, la mère de Julie n’est jamais appelée correctement ….même s’il recourt à l’appellation de mère proposée par Julie au début. La jeune femme n’hésite pas à se contredire : si sa mère est d’abord la cible de toutes les méchancetés de son gendre, elle devient ensuite son meilleur allié, tous deux étant toujours prêts à livrer bataille contre Julie. L’hilarité et le comique sont assurés.
Une autre forme de contraste, appartenant à la tradition burlesque du XVIIe siècle, se manifeste lorsque le langage du personnage s’oppose au sujet abordé. Il s’agit d’une catégorie de comique verbal plutôt bigarrée où le rire éclate à l’aide de différents effets d’opposition."
 on peut bien créer des effets de décalage entre des sujets prosaïques d’une part et des propos nobles d’autre part.
En voilà un exemple tiré de On purge Bébé :
Julie, se calmant aussitôt et sur un ton gouailleur. – Ah ! bien ; non tu sais, tu as du culot ! Tu me fais une scène pour mon seau et tu te ballades avec un pot de chambre !
Follavoine, sur un ton vexé. – Un pot de chambre !
Julie – Dame, à moins que ce ne soit une coiffure que tu lances.
Follavoine – Un pot de chambre ! Tu oses comparer ton seau de toilette…à ça ! Mais ton seau de toilette, ça n’est que…ton seau de toilette ! c’est-à-dire un objet vil, bas, qu’on n’étale pas, qu’on dissimule !... (Avec l’admiration qu’on aurait pour un objet d’art, tendant son vase en lui faisant comme un socle de l’extrémité de ses cinq doigts.) Tandis que ça, c’est…
Julie, lui coupant la parole et tout en redescendant vers la droite. - “C’est, c’est”…un pot de chambre ! c’est-à-dire un objet vil, bas, qu’on n’étale pas, qu’on dissimule.
Follavoine, descendant près de sa femme et avec lyrisme. – Oui, pour toi, pour n’importe qui, pour les profanes ; mais pour moi c’est quelque chose de plus noble, de plus grand, que je ne rougis pas d’introduire ici ! C’est le produit de mon travail ! un échantillon de mon industrie ! ma marchandise ! mon…gagne-pain.
Julie, avec une petite révérence gouailleuse. – Ah ! bien, mange, mon ami ! mange !31
Présenter un pot de chambre, un objet vulgaire par nature, comme une œuvre d’art avec tous les attributs d’une sculpture ou d’un objet d’orfèvrerie devient une source de comique même pour les spectateurs les plus sérieux et les plus hostiles au rire. Un effet cocasse doublé par les propos de Julie qui représente une sorte de miroir contre lequel tous les mots de Follavoine, prononcés lyriquement, se reflètent, mais de manière absolument dérisoire. C’est un écho ridicule qui retentit sur la scène.""

On purge bébé : spectacle de fin d'année au Conservatoire

http://www.dailymotion.com/video/xqj6tk_on-purge-bebe-journees-de-juin-2011-de-la-classe-de-j-d-barbin-au-cnsad_fun

Extrait des journées de juin du conservatoire national supérieur d'art dramatique, classe d'interprétation de Jean-Damien Barbin. Représentation du 26/05/2011.
A discuter.Pour Elodie et Gilian en particulier.

Une conférence très intéressante sur On purge bébé: farce conjugale:
http://www.uv.es/~dpujante/PDF/CAP2/B/M_Serrano.pdf

jeudi 3 avril 2014

Sujet de bac sur Cendrillon de Pommerat

http://blog.crdp-versailles.fr/optiontheatremontgeron/public/pommerat/cendrillon/sujet-type-bac-Cendrillon-2-2.pdf

Sur le site Théâtre en Nord:
http://theatre-en-nord.jimdo.com/oeuvres-au-programme/cendrillon/sujets-type-1/

Match d'improvisation à Colmar

Vendredi 11 avril à 20h à l'auditorium du pole média culture
Match de théâtre d'improvisation, dans le cadre du "Carton". Organisé par les Improcibles.
Attention sur inscription uniquement à l'adresse suivante: improcibles@gmail.com
Le PMC ne prend pas de réservation.
L'entrée payante se fera par la rue du chasseur à partir de 19h15. Entracte et buvette.

 
Je ne sais ce que ça vaut mais si cela vous intéresse , appelez pour réserver à votre propre initiative.

Brecht metteur en scène ( Histoire de la mise en scène)

Plusieurs articles pour clarifier les choses:
http://www.vacarme.org/article876.html

Sur l'acteur brechtien:
 http://profondeurdechamps.com/2012/05/27/techniques-dacteurs-2-lacteur-brechtien/

Bertolt Brecht: Il naît en 1898 à Augsbourg, petite ville de Bavière. Fils d’une famille bourgeoise, il jouit d’une bonne éducation et commence à écrire très tôt. Son premier texte paraît en 1914 dans un quotidien, juste avant la guerre.
Il entame ensuite des études de philosophie, puis de médecine, et sert comme infirmier pendant la première guerre mondiale.
Dés 1918, il écrit sa première pièce de théâtre, « Baal », et enchaîne ensuite avec « Tambours dans la nuit » (1919) et « dans la jungle des villes » (1921). Ces trois pièces, inspirées par le mouvement expressionniste, mettent alors en avant son côté anarchiste.
Il reçoit vers 1922 le prix Kleist et rejoint en 1924 le Deutsches Theater de Reinhardt, à Berlin, avec l’actrice Hélène Veigel avec qui il monte ses propres pièces.
Ses œuvres créées la polémique, mais la création en 1928 de « l’opéra de quat’sous » avec Kurt Weill lui apporte le succès. Le « Theater am Schiffsbauerdamm » se met dés lors à sa disposition. Il épouse ensuite Hélène, devient Marxiste et écrit environ une ou deux pièces par an.
Mais la montée du Nazisme en Allemagne le pousse à s’exiler en Suisse, puis en France, au Danemark, en Finlande, en Russie et enfin aux Etats-Unis, où il présente la pièce « La Mère » et s’installe, comme beaucoup d’écrivains exilés de cette époque, à Hollywood.
Ses idées Marxiste le pousse à fuir de la Californie en 1947, il retourne alors dans son pays d’origine où il choisit de s’installer dans Berlin-est, où il dirige à partir de ce moment le « Berliner Ensemble ». Là, il expose ses idées socialistes et fonde le théâtre époque de mouvance Marxiste, qui lui apporte le prix Staline en 1955.
Il meurt un an après d’un infarctus, léguant à sa femme le Berliner Ensemble ainsi que toute son œuvre, qui outre des pièces de théâtre, comprend aussi des poèmes, des contes, des écrits théoriques sur le théâtre et de essais.

Pour en finir avec Eddy Bellegueule Edouard Louis

Je vous avais recommandé la lecture de ce roman qui raconte l'incroyable histoire d'un ado issu d'un milieu modeste en Picardie confronté au rejet parce qu'il est différent. Vous pouvez entendre le jeune écrivain de 21 ans sur France Culture:
http://www.franceculture.fr/emission-du-jour-au-lendemain-edouard-louis-2014-03-26

mercredi 2 avril 2014

Dernière création de Pommerat: Au monde à l'Opéra de la Monnaie de Bruxelle

Pommerat travaille en ce moment à la création pour l’opéra de la Monnaie de l'adaptation de sa pièce Au monde.
Le site du théâtre vous permet d'entrer dans le processus de création:
http://www.lamonnaie.be/fr/mymm/related/event/335/media/2022/La%20cr%C3%A9ation/

Au monde

un nouvel opera par Philippe Boesmans

Pour cette création mondiale, le compositeur Philippe Boesmans, qui a marqué l’histoire de l’art lyrique des trente dernières années avec Reigen, Wintermärchen, Julie et Yvonne, Princesse de Bourgogne, a souhaité que l’auteur et metteur en scène Joël Pommerat adapte sa pièce Au monde – que la Monnaie vous propose également au cours de cette saison dans sa version théâtrale – pour la transformer en livret de son nouvel opéra. Collaboration exceptionnelle entre deux créateurs contemporains parmi les plus importants, elle permet à Philippe Boesmans d’investir un nouvel univers littéraire après ceux de Schnitzler, Shakespeare, Strindberg et Gombrowicz, et à Joël Pommerat de s’engager dans la réalisation d’un deuxième projet musical à la suite de Thanks to my Eyes (d’après sa pièce Grâce à mes yeux) conçu avec le compositeur Oscar Bianchi.

Création mondiale dédiée à Gerard Mortier
Production La Monnaie / De Munt
Coproduction Opéra Comique (Paris)
Dans le cadre de Ars Musica
Avec le soutien de Belfius, MM Friends Synopsis
Dans un huis-clos à l’atmosphère crépusculaire, une famille est confrontée à ses démons. Face à la santé vacillante du vieux père, industriel puissant et riche, à la tête de nombreuses entreprises internationales, se révèlent les fragilités et les angoisses, les failles et les doutes de femmes et d’hommes mis à nus. Désespoir insurmontable, indifférence résignée, mais aussi opportunisme sournois s’affrontent dans une partie dont la catastrophe est l’issue connue de tous. Être au monde appelle le triomphe de la nuit.

mardi 1 avril 2014

Carnet de bord de la création d'En attendant Godot à Caen

Sur culturebox: http://culturebox.francetvinfo.fr/en-attendant-godot-carnet-de-bord-dune-creation


Pendant un mois le site propose d’être en temps réel les témoins d’une création : « En attendant Godot » de Samuel Beckett, sous la direction de Jean Lambert-wild, Lorenzo Malaguerra et Marcel Bozonnet. Trois hommes de théâtre qui partageront avec nous leur travail, leur joie, leurs doutes, jusqu’à la première le 18 mars 2014. Il y a 9 épisodes.

Jean Lambert-wild, Michel Bohiri, Fargass Assandé 

Gêne 2001: pour mieux comprendre Peanuts

Le contexte de l'écriture de Peanuts de Fausto Paravidino:
Voici le documentaire dont nous avons vu un extrait ce matin:
gênes 2001

La bande annonce d'un film de fiction: Diaz un crime d'état
Un interview du réalisateur: Daniele Vicari

Réflexion du philosophe Giorgio Agamben sur ce qui s'est passé à Gênes:

http://laboratoireurbanismeinsurrectionnel.blogspot.fr/2012/06/giorgio-agamben-genes-2001.html




Peanuts (suivi de) Gênes 01
Marqué par la répression sanglante lors du sommet du G8, l'auteur italien Fausto Paravidino livre deux pièces d'une même conscience révoltée.

Fausto Paravidino est né à Gênes le 15 juin 1976. Comédien pour le théâtre mais aussi pour le cinéma, scénariste, traducteur de Shakespeare et de Pinter, il écrit des pièces où il cherche à chaque fois à expérimenter une nouvelle forme dramatique. Peanuts et Gênes 01 traitent toutes les deux d'un même événement, la répression policière qui a frappé les manifestants altermondialistes lors du sommet du G8 qui s'est déroulé à Gènes en juillet 2001. Ces affrontements avaient causé la mort d'un jeune manifestant de 23 ans, Caria Giuliani.
Deux pièces pour parler d'un même sujet grave, mais traité de deux façons totalement différentes. Peanuts est une fiction qui ne fait pas expressément référence à Gênes mais traite plutôt de tout l'environnement culturel qui peut aboutir à de tels événements. La pièce est écrite sur le principe des planches de la bande dessinée Peanuts. Les séquences sont courtes. Buddy a la charge de garder un appartement luxueux pendant l'absence de la famille pour laquelle il travaille comme serveur. L'appartement est représenté par une immense télévision et un grand canapé. Une bande de copains va s'incruster sans que Buddy parvienne à les mettre dehors. L'appartement va subir de nombreuses dégradations. Les scènes sont toutes titrées de façon ironique par des thématiques politiques. Ainsi la séquence " Globalisation et mondialisation " traite du difficile problème de savoir combien se cotiser pour acheter du Coca cola et comment, sous la pression du groupe, ceux qui veulent consommer une autre boisson vont devoir payer plus cher. Une ironie pour mettre en lumière l'absence de conscience politique d'uns partie de notre société, préoccupée majoritairement de consommation. Scène 11, le jeune fils de famille revient et met tout le monde dehors. Puis la pièce bascule. Entre la scène 11 et 12, dix ans se sont écoulés. Toute l'action se déroule dans un commissariat, il n'y a aucune mémoire du passé, il y a seulement les policiers et les accusés. On va assister à une bavure du policier Buddy. La pièce se termine sur une deuxième version de la scène de transition, avec cette question : comment cela pourrait-il se passer autrement ?
Gênes 01 est un récit-témoignage, porté par tout un groupe d'hommes et de femmes d'âge, de culture et de couleur différents. Le texte est présenté comme une chronique personnelle. Fausto Paravidino fait de Gènes un lieu de la tragédie au niveau de Thèbes. “Mais la tragédie est dans le présent, elle ne peut être célébrée comme métaphore et cela implique qu'elle doit être de bout en bout réécrite jour après jour ". En note introductive l'auteur écrit : "Ayant accepté avec la modestie nécessaire l'idée que la version définitive de cette tragédie sera peut-être écrite par les enfants de nos enfants, nous avons choisi de présenter ici non une version présumée définitive, mais une sélection de matériaux sur lesquels nous sommes actuellement en train de travailler, espérant que ces mêmes matériaux pourront être un jour utiles à ces petits-enfants dans lesquels nous remettons nos plus vifs espoirs et auxquels nous demandons pour l'heure pardon. ' Ce théâtre enquête dit un certain nombre de faits terribles à entendre et dénonce un état de guerre. II montre la préparation de Gênes comme une ville en état de siège, la manipulation concernant la mort du jeune homme qu'on a voulu attribuer à un autre manifestant, l'attaque du quartier général du Forum social, avec les violences policières, certaines fascistes au cri de " Vive Mussolini ", le fait même d'inventer un nouveau délit pour poursuivre les manifestants, celui de " participation psychologique ". La liste est longue. Le théâtre de Fausto Paravidino est engagé, militant, c'est comme un cri. Une prise de conscience aiguë, qu'il cherche à faire partager le plus largement possible. Son théâtre, c'est évident, a été bousculé par les événements de Gênes. " Quand tout ceci a-t-il commencé ? C'est difficile à dire. Le moment où nous avons commencé à nous en apercevoir et à nous préoccuper sérieusement s'appelle Gênes. Nous partons de là.“ A suivre très attentivement.

Le Matricule des Anges.

Tu tiens sur tous les fronts

Texte du poète Christophe Tarkos avec Hervé Pierre sociétaire de la comédie française) et Pascal Duquenne ( acteur dans Huitième jour au cinéma)
 http://www.lapasserelle.info/tu_tiens.html
http://www.lapasserelle.info/_dossiers/Tarkos_DosPeda.pdf

Je vis parce qu’il est agréable de vivre. Je sais pourquoi je vis. Je vis parce que cela me fait plaisir. J’ai bien vu que c’est agréable d’être vivant, qu’il y a des plaisirs. Si je suis en vie, c’est que je trouve qu’il est agréable de vivre, ainsi j’ai décidé de vivre. Tarkos [extrait]
Christophe Tarkos construit de petites mécaniques poétiques délicieuses, à l’humour tangible, qui convoquent notre rapport aux autres et au temps qui passe. Deux navigateurs hors pair, Hervé Pierre (sociétaire de la Comédie-Française) et Pascal Duquenne (acteur du Huitième Jour) nous débarquent sur l’île Tarkos avec pour seuls bagages, leur différence. Deux figures inversées du clown, deux prismes opposés d’où observer différemment le monde. L’un est submergé par un flot de mots, ses ballades verbales sont autant de questions qui nous touchent ; l’autre regarde tout avec un regard premier, et sa présence silencieuse, toujours souriante, interroge notre besoin de dire tant – trop ? – pour exister. C’est à un choc entre deux mondes qu’on assiste, et finalement à une rencontre, éblouissante, qui nous embrasse tous dans un sentiment étrange de fraternité. La poésie est fête, et on nous l’avait caché. Cette parenthèse, à la Godot, est une perle précieuse d’humanité où chacun finit par rejoindre l’autre, et se rejoindre. Une belle performance d’acteurs funambules.
Tu tiens sur tous les fronts. Tu retires de tous les fronts. Tu ne vas pas sur tous les fronts pour rien, tu tiens, tu ne te laisses pas faire, tu retires ce que tu dois retirer, le reste que tu dois rejeter, tu le rejettes, tu tiens sur tous les fronts à la fois, tu ne t’es pas laissé faire, tu retires du front ce que tu veux, tu rejettes le reste, tu as tenu, tu tiens, on voit bien que tu tiens sur tous les fronts et que tu peux encore attaquer. Tarkos [extrait]

Les mains libres d'Eluard: un excellent cours en ligne

Pour les Terminales, sans doute avez-vous déjà découvert cet excellent cours sur Les mains libres d'Eluard, mais je ne résiste pas au plaisir de vous le signaler:
http://www.lettresvolees.fr/eluard