Je vous signale les sujets de philo et de lettres:
Lettres sur Lorenzaccio
http://pedagogie.ac-toulouse.fr/lyc-francais-pondichery/espaceprofs/sujetbac/Bacpondy2014/litteratureL.pdf
Philosophie:
http://pedagogie.ac-toulouse.fr/lyc-francais-pondichery/espaceprofs/sujetbac/Bacpondy2014/PhiloL.pdf
Un blog pour les élèves des options théâtre du Lycée Camille Sée à Colmar
mercredi 9 avril 2014
Le Petit poucet de Laurent Gutmann
Un dossier très éclairant:
http://www.theatresendracenie.com/educ/DP2013_14/DPpetit_poucet.pdf
http://www.theatresendracenie.com/educ/DP2013_14/DPpetit_poucet.pdf
lundi 7 avril 2014
Textes seconde pour le projet Manne
Si je pouvais t’offrir un bonheur éternel
Brodé de lumière d’or et de tendresse
Le mystérieux secret de ma gentillesse
De la vie et du jour comme de l’éternel
Avec tout le bel
amour que j’ai pour toi
Moi qui ne suis rien
pour toi je le ferais
Sous tes pas se cache un bonheur
Marche doucement car tu marches sur mon cœur
Alizéé
Si je pouvais t’offrir le temps de jouer avec toi
Au foot, à l’ordi ou sur mes vidéos
A te traiter comme une reine
et non pas comme un roi
Et à faire avec toi ce grand saut,
tu m’aiderais pour la grande aventure
continuer avec toi ce
que j’aimais
en tout cas une chose est sûre
de toutes les personnes du monde je ne te changerais pas.
Pierre Marie
Si je pouvais t’offrir le secret du partage
Le secret de l’amour, de l’amitié, du voyage
Si je pouvais faire face à tout ce qui m’agace
Si l’on pouvait faire ça, la vie serait moins garce
Avec si peu de chose on se métamorphose
On dénonce le monde et en vers et en prose
On avance pas à pas ,
si on s’y mettait tous,
un autre monde serait là.
Clément
Si je pouvais t’offrir ce dont tu rêves
Si tout le monde pouvait vivre bien
Nous ne serions plus en guerre contre la faim
Cette guerre qui ne connaît aucune trêve
et tue des gens par milliers chaque année, meurtrière.
Camille
Marie Laure
Si je pouvais t’offrir la liberté,
Je te la donnerais dans un jour d’été.
Clément
Si je pouvais te donner de quoi manger et un toit pour
dormir, je le ferais… Malheureusement…
Marie
Si je pouvais t’offrir à manger
Un simple geste de
générosité
qualité si importante
des hommes d’aujourd’hui
Avec toute ma volonté je le mettrai à tes pieds
moi qui n’ai pour
seule compagnie que mes rêves
je les mets à tes pieds
Sous le soleil levant
à l’ombre d’une maison
je pense aux gens dans le besoin
et à des manières de les aider
Quand il fait froid ou chaud
sous le soleil ou la
pluie
un simple geste de générosité.
Amélie
Si je pouvais t’offrir tout ce dont tu manques
Eau nourriture habits amour surtout
Je le ferais
Je vais t’aider à combler les vides
Rien que d’essayer te
montre que tu n’es pas seul
Je marcherais avec toi et tout te semblera déjà gagné.
Eva
Si je pouvais t’offrir tout ce que j’ai
Mon amour, ma générosité
et aussi tout simplement du lait
le mystérieux secret de la vie éternelle
de la nuit et du jour loin de toute querelle
avec tout mon amour je ferai plier la misère
moi qui ne suis pas
ni vaillant ni puissant
qui ai besoin d’être
aidé, tout autant…
Ne t’en fais pas les gens sont bons, ils t’aideront très
sûrement.
Louise et Houria
Si je pouvais t’offrir un abri, un endroit pour dormir, pour
tout simplement vivre
Si je pouvais t’offrir de l’or et de l’argent, je le ferais,
je te promets
Peut-être qu’un jour les gens se réveilleront
pour te donner tout l’amour dont tu as besoin
tout ce que tu veux
pour aujourd’hui et pour demain.
dimanche 6 avril 2014
Le Paris de Feydeau: expo Paris 1900
http://www.petitpalais.paris.fr/

L’exposition « Paris 1900, la Ville spectacle » invite le public à revivre les heures fastes de la capitale française au moment où elle accueille l’Exposition Universelle qui inaugure en fanfare le 20e siècle. Plus que jamais la ville rayonne aux yeux du monde entier comme la cité du luxe et de l’art de vivre. Plus de 600 oeuvres – peintures, objets d’art, costumes, affiches, photographies, films, meubles, bijoux, sculptures… - plongeront les visiteurs du Petit Palais dans le Paris de la Belle Epoque. Les innovations techniques, l’effervescence culturelle, l’élégance de la Parisienne seront mis en scène comme autant de mythologies de ce Paris dont la littérature et le cinéma n’ont cessé depuis de véhiculer l’image dans le monde entier.
Dans une scénographie inventive intégrant le tout nouveau cinématographe au fil du parcours, le visiteur est convié à un voyage semblable à celui des 51 millions de touristes qui affluèrent à Paris en 1900. Le parcours organisé autour de six « pavillons » débute par une section intitulée « Paris, vitrine du monde » évoquant l’Exposition Universelle. A cette occasion, les nouvelles gares de Lyon, d’Orsay et des Invalides sont construites tout comme la première ligne du « métropolitain ». Des projets architecturaux, des peintures, des films mais aussi de pittoresques objets souvenirs et des éléments de décors sauvegardés, rappelleront cette manifestation inouïe.
Mais Paris 1900 ne saurait se résumer à l’Exposition Universelle : la Ville lumière proposait bien d’autres occasions d’émerveillement et de dépenses. Dans les magasins de luxe et les galeries d’art, les amateurs pouvaient découvrir les créations des inventeurs de l’Art Nouveau, présenté ici au sein d’un second pavillon dédié aux chefs-d’oeuvre de Gallé, Guimard, Majorelle, Mucha, Lalique…
La troisième section dévolue aux Beaux-Arts démontre la place centrale de Paris sur la scène artistique. À cette époque, tous les talents convergent vers la capitale pour se former dans les ateliers, exposer dans les Salons et vendre grâce aux réseaux montants des galeries d’art. Des toiles du finlandais Edelfelt, de l’espagnol Zuloaga ou de l’américain Stewart, évoqueront ce climat international. Mais l’accrochage confronte aussi les oeuvres de Cézanne, Monet, Renoir, Pissarro, Vuillard, avec celles de Gérôme, de Bouguereau ou Gervex, gloires acclamées tant de l’Académisme que de l’Impressionnisme enfin reconnu, du Symbolisme tardif ou de figures plus nouvelles, comme Maillol ou Maurice Denis, tandis que triomphe l’art d’un Rodin.
Le visiteur découvre ensuite les créations d’une mode parisienne triomphante qui affichaient son succès dès l’entrée de l’Exposition Universelle dont la porte monumentale était surmontée d’une figure de Parisienne habillée par Jeanne Paquin. Les maisons de couture de la rue de la Paix attirent un monde cosmopolite et richissime, qu’imitent les midinettes. Les plus beaux trésors du Palais Galliera, telle la célèbre cape de soirée signée du couturier Worth, seront accompagnés de grands portraits mondains par La Gandara ou Besnard, et d’évocation du monde des modistes et des trottins sous le pinceau aussi bien de Jean Béraud que d’Edgar Degas.
Les deux derniers pavillons offriront une plongée dans le Paris des divertissements : des triomphes de Sarah Bernhardt à ceux d’Yvette Guilbert, de Pelléas et Mélisande de Debussy à l’Aiglon de Rostand, de l’opéra au café-concert, du cirque à la maison close. Autant d’illustrations des côtés brillants et obscurs d’une cité qui se livrait sans compter afin de conforter l’idée qu’elle demeurait la capitale du monde et la reine des plaisirs. Les lieux mythiques comme le Moulin Rouge ou le Chat Noir, deviennent les sujets favoris d’artistes comme Toulouse-Lautrec. Des grandes demi-mondaines Liane de Pougy ou la belle Otero à l’enfer de la prostitution et de la drogue, l’exposition montre l’envers du décor, thèmes qui se révéleront être des sujets porteurs de révolutions esthétiques.
Si le mythe de la Belle Epoque a perduré jusqu’à aujourd’hui, ce n’est pas seulement par contraste avec l’horreur de la Grande Guerre qui lui succéda, c’est bien parce qu’il repose sur un foisonnement culturel réel dont cette exposition veut rappeler la force inégalée. Plus beau joyau architectural subsistant de l’année 1900 à Paris, le Petit Palais consacre enfin à cette époque phare une grande exposition, accompagnée d’un programme événementiel et d’un parcours complémentaire dans les galeries permanentes enrichies de toiles inédites des collections : un juste hommage comme jamais Paris ne l’avait encore proposé.
Visite virtuelle à la radio:
http://www.franceinter.fr/evenement-paris-1900
L’exposition « Paris 1900, la Ville spectacle » invite le public à revivre les heures fastes de la capitale française au moment où elle accueille l’Exposition Universelle qui inaugure en fanfare le 20e siècle. Plus que jamais la ville rayonne aux yeux du monde entier comme la cité du luxe et de l’art de vivre. Plus de 600 oeuvres – peintures, objets d’art, costumes, affiches, photographies, films, meubles, bijoux, sculptures… - plongeront les visiteurs du Petit Palais dans le Paris de la Belle Epoque. Les innovations techniques, l’effervescence culturelle, l’élégance de la Parisienne seront mis en scène comme autant de mythologies de ce Paris dont la littérature et le cinéma n’ont cessé depuis de véhiculer l’image dans le monde entier.
Dans une scénographie inventive intégrant le tout nouveau cinématographe au fil du parcours, le visiteur est convié à un voyage semblable à celui des 51 millions de touristes qui affluèrent à Paris en 1900. Le parcours organisé autour de six « pavillons » débute par une section intitulée « Paris, vitrine du monde » évoquant l’Exposition Universelle. A cette occasion, les nouvelles gares de Lyon, d’Orsay et des Invalides sont construites tout comme la première ligne du « métropolitain ». Des projets architecturaux, des peintures, des films mais aussi de pittoresques objets souvenirs et des éléments de décors sauvegardés, rappelleront cette manifestation inouïe.
Mais Paris 1900 ne saurait se résumer à l’Exposition Universelle : la Ville lumière proposait bien d’autres occasions d’émerveillement et de dépenses. Dans les magasins de luxe et les galeries d’art, les amateurs pouvaient découvrir les créations des inventeurs de l’Art Nouveau, présenté ici au sein d’un second pavillon dédié aux chefs-d’oeuvre de Gallé, Guimard, Majorelle, Mucha, Lalique…
La troisième section dévolue aux Beaux-Arts démontre la place centrale de Paris sur la scène artistique. À cette époque, tous les talents convergent vers la capitale pour se former dans les ateliers, exposer dans les Salons et vendre grâce aux réseaux montants des galeries d’art. Des toiles du finlandais Edelfelt, de l’espagnol Zuloaga ou de l’américain Stewart, évoqueront ce climat international. Mais l’accrochage confronte aussi les oeuvres de Cézanne, Monet, Renoir, Pissarro, Vuillard, avec celles de Gérôme, de Bouguereau ou Gervex, gloires acclamées tant de l’Académisme que de l’Impressionnisme enfin reconnu, du Symbolisme tardif ou de figures plus nouvelles, comme Maillol ou Maurice Denis, tandis que triomphe l’art d’un Rodin.
Le visiteur découvre ensuite les créations d’une mode parisienne triomphante qui affichaient son succès dès l’entrée de l’Exposition Universelle dont la porte monumentale était surmontée d’une figure de Parisienne habillée par Jeanne Paquin. Les maisons de couture de la rue de la Paix attirent un monde cosmopolite et richissime, qu’imitent les midinettes. Les plus beaux trésors du Palais Galliera, telle la célèbre cape de soirée signée du couturier Worth, seront accompagnés de grands portraits mondains par La Gandara ou Besnard, et d’évocation du monde des modistes et des trottins sous le pinceau aussi bien de Jean Béraud que d’Edgar Degas.
Les deux derniers pavillons offriront une plongée dans le Paris des divertissements : des triomphes de Sarah Bernhardt à ceux d’Yvette Guilbert, de Pelléas et Mélisande de Debussy à l’Aiglon de Rostand, de l’opéra au café-concert, du cirque à la maison close. Autant d’illustrations des côtés brillants et obscurs d’une cité qui se livrait sans compter afin de conforter l’idée qu’elle demeurait la capitale du monde et la reine des plaisirs. Les lieux mythiques comme le Moulin Rouge ou le Chat Noir, deviennent les sujets favoris d’artistes comme Toulouse-Lautrec. Des grandes demi-mondaines Liane de Pougy ou la belle Otero à l’enfer de la prostitution et de la drogue, l’exposition montre l’envers du décor, thèmes qui se révéleront être des sujets porteurs de révolutions esthétiques.
Si le mythe de la Belle Epoque a perduré jusqu’à aujourd’hui, ce n’est pas seulement par contraste avec l’horreur de la Grande Guerre qui lui succéda, c’est bien parce qu’il repose sur un foisonnement culturel réel dont cette exposition veut rappeler la force inégalée. Plus beau joyau architectural subsistant de l’année 1900 à Paris, le Petit Palais consacre enfin à cette époque phare une grande exposition, accompagnée d’un programme événementiel et d’un parcours complémentaire dans les galeries permanentes enrichies de toiles inédites des collections : un juste hommage comme jamais Paris ne l’avait encore proposé.
Visite virtuelle à la radio:
http://www.franceinter.fr/evenement-paris-1900
Pourquoi faut-il raconter des histoires
Entretien entre Joel Pommerat et le pédiatre Aldo Naouri;
J.-P. Guilloteau/L'Express
L'un,
Joël Pommerat, est un auteur et metteur en scène parmi les plus
passionnants de la scène française. L'autre, Aldo Naouri, est un
pédiatre, spécialiste des relations interfamiliales. Ensemble,
ils partent à l'assaut de l'imaginaire des contes et de toutes ces
histoires qui aident l'être humain à vivre.
Pourquoi faut-il raconter des histoires ?
Aldo Naouri : C'est fondamental pour le développement d'un enfant. Les histoires ont cet avantage de faire appel à son imagination, ce qui lui permet de travailler sa perception de la réalité. Et si l'enfant en est à ce point friand, c'est parce qu'elles mettent en scène des échanges qui vont venir solliciter la chose la plus importante pour lui : la gestion de l'angoisse. Les histoires peuvent éventuellement alléger cette angoisse.
Joël Pommerat : Pour le philosophe François Flahault, l'être humain a besoin d'une histoire pour se dire qu'il est en train de faire quelque chose avec l'autre. J'aime cette idée qu'on ne peut pas être comme les animaux, simplement posés l'un à côté de l'autre. Pour moi, la notion d'histoires renvoie aussi au plaisir d'être ensemble.
A. N. : Nous disons les mêmes choses en termes différents. Quand vous soulignez que l'histoire éclaire une relation à l'autre, c'est effectivement cela, la gestion de l'angoisse : je suis abandonné, mais l'autre existe et je peux avoir des échanges avec lui. Là où je mettrais un bémol, c'est qu'être seul, c'est parfois aussi être avec les autres. Devant la télévision, par exemple : l'histoire me parle parce qu'elle met en scène des individus qui, justement, nouent une relation.
J. P. : Vous avez parlé d'angoisse, j'ai parlé de plaisir...
A. N. : Le spectacle produit un plaisir dû à une chute de l'intensité de l'angoisse. Et c'est ainsi quel que soit l'âge, quels que soient les moyens d'expression. C'est pourquoi j'ai une grande admiration pour les metteurs en scène : ils trouvent un moyen de solliciter l'inconnu qu'il y a en moi et ils me le révèlent.
Raconter des histoires est aussi lié à la manipulation. Le spectateur est-il toujours conscient de cette manipulation ?
J. P. : Oui, je pense. Toute ma démarche au théâtre consiste à donner au spectateur la possibilité de voir le jeu qui s'opère entre ce qui serait du côté du réel, même si les choses ne sont jamais aussi tranchées, et ce qui serait du côté de l'imaginaire.
Donc pas de manipulation...
J. P. : Si, je manipule parce que je suis de côté de l'artifice. Mais c'est marqué sur ma carte de visite. Je suis honnête avec le public, qui vient au spectacle en étant prêt à être manipulé. Il se prête au jeu.
A. N. : J'ai été enthousiasmé de savoir que vous montiez ces deux pièces, en particulier Pinocchio [NDLR : avec Le Petit Chaperon rouge]. Parce qu'aujourd'hui ce conte est d'une extraordinaire actualité. Nous sommes tous traités comme des Pinocchio : il faut voir comment l'ensemble des instances auxquelles nous avons affaire fabriquent de l'illusion et nous trompent constamment. Une pièce comme celle-là, à destination des enfants, mais pas seulement, est là pour réveiller la conscience, pour permettre à chacun d'exercer son esprit critique et refuser de se laisser happer par cette sorte d'uniformisation dans laquelle on cherche à nous coincer.
Il y a des époques où certaines histoires sont plus pertinentes que d'autres...
A. N. : Sans doute. Depuis quelques années, nous vivons une sorte d'abattement généralisé. Si on en est arrivé là, c'est parce qu'on a subi une overdose de manipulations. Un exemple : on voit partout des tricycles poussés par une canne tenue par les parents et sur lesquels sont juchés des enfants portant un casque. Une canne, un casque : voyez jusqu'où est allé le principe de précaution, jusqu'où on distille de la peur pour tout ! J'appelle cela de la manipulation. Même chose pour l'épidémie de grippe. Comment, dans un tel état de panique , pourrions-nous retrouver un état de conscience ? Alors là, Pinocchio vient vous dire : "Ne croyez pas tout ce que l'on vous raconte."
J. P. : Le Pinocchio de Collodi, celui que j'ai trituré, est un être prisonnier de ses pulsions et de son désir de consommation immédiate. Il m'a fait penser aux enfants d'aujourd'hui : des enfants-tyrans qui sont dans la toute-puissance. C'est en ce sens qu'à un moment donné on peut croiser une histoire avec une réalité contemporaine. La démarche du spectateur face à un acte artistique, c'est de recréer les émotions qu'il subit dans la vie de façon négative. Au théâtre, le plaisir pour les enfants consiste, selon moi, à jouer à avoir peur. Certains pensent qu'il peut être traumatisant pour un enfant d'avoir peur. Je crois, moi, que ce qui est pire, c'est d'avoir peur de la peur.
Peut-on prendre le risque de traumatiser les enfants en leur racontant de telles histoires ?
A. N. : Il faut s'opposer au fonctionnement des enfants, ces individus qui ne travaillent que sur leur registre pulsionnel et leur recherche du plaisir. Si on ne bride jamais ce registre pulsionnel, ils vont entrer dans la toute-puissance et devenir ces enfants-tyrans qui posent tellement de problèmes.
J. P. : Je suis d'accord. Le Petit Chaperon rouge et Pinocchio sont des histoires dans lesquelles il est question de cruauté et de violence, ce que j'ai choisi de ne pas totalement édulcorer. Je provoque non pas pour traumatiser, mais pour réveiller. Il n'est pas horrible de penser que les enfants ont du plaisir devant la représentation d'actes considérés à juste titre, par la société, comme mauvais. Le théâtre est au-delà de la morale. On peut rire à la dévoration de la grand-mère : ce n'est pas le rire d'un meurtrier en puissance, c'est un rire qui dit l'angoisse. L'état de pantin de Pinocchio représente l'état pulsionnel du petit enfant. Or, il faut bien se rendre compte que Pinocchio, dans l'accomplissement de cet état pulsionnel, finit dans la servitude. Montrer que la liberté accordée aux enfants ne les amène pas à dominer le monde mais à être asservis, ce n'est pas très politiquement correct !
A. N. : Le théâtre a une fonction cathartique. Lors d'un spectacle, l'enfant, confronté à la violence, va aller interroger sa pulsion meurtrière, pulsion indissociable de son existence. L'être humain passe sa vie à réprimer ses pulsions en arrondissant les angles.
J. P. : On devrait utiliser ce discours comme argument publicitaire : "Amenez vos enfants pour les confronter à leurs pulsions meurtrières."
Pourquoi faut-il raconter des histoires ?
Aldo Naouri : C'est fondamental pour le développement d'un enfant. Les histoires ont cet avantage de faire appel à son imagination, ce qui lui permet de travailler sa perception de la réalité. Et si l'enfant en est à ce point friand, c'est parce qu'elles mettent en scène des échanges qui vont venir solliciter la chose la plus importante pour lui : la gestion de l'angoisse. Les histoires peuvent éventuellement alléger cette angoisse.
Joël Pommerat : Pour le philosophe François Flahault, l'être humain a besoin d'une histoire pour se dire qu'il est en train de faire quelque chose avec l'autre. J'aime cette idée qu'on ne peut pas être comme les animaux, simplement posés l'un à côté de l'autre. Pour moi, la notion d'histoires renvoie aussi au plaisir d'être ensemble.
A. N. : Nous disons les mêmes choses en termes différents. Quand vous soulignez que l'histoire éclaire une relation à l'autre, c'est effectivement cela, la gestion de l'angoisse : je suis abandonné, mais l'autre existe et je peux avoir des échanges avec lui. Là où je mettrais un bémol, c'est qu'être seul, c'est parfois aussi être avec les autres. Devant la télévision, par exemple : l'histoire me parle parce qu'elle met en scène des individus qui, justement, nouent une relation.
J. P. : Vous avez parlé d'angoisse, j'ai parlé de plaisir...
A. N. : Le spectacle produit un plaisir dû à une chute de l'intensité de l'angoisse. Et c'est ainsi quel que soit l'âge, quels que soient les moyens d'expression. C'est pourquoi j'ai une grande admiration pour les metteurs en scène : ils trouvent un moyen de solliciter l'inconnu qu'il y a en moi et ils me le révèlent.
Raconter des histoires est aussi lié à la manipulation. Le spectateur est-il toujours conscient de cette manipulation ?
J. P. : Oui, je pense. Toute ma démarche au théâtre consiste à donner au spectateur la possibilité de voir le jeu qui s'opère entre ce qui serait du côté du réel, même si les choses ne sont jamais aussi tranchées, et ce qui serait du côté de l'imaginaire.
Donc pas de manipulation...
J. P. : Si, je manipule parce que je suis de côté de l'artifice. Mais c'est marqué sur ma carte de visite. Je suis honnête avec le public, qui vient au spectacle en étant prêt à être manipulé. Il se prête au jeu.
A. N. : J'ai été enthousiasmé de savoir que vous montiez ces deux pièces, en particulier Pinocchio [NDLR : avec Le Petit Chaperon rouge]. Parce qu'aujourd'hui ce conte est d'une extraordinaire actualité. Nous sommes tous traités comme des Pinocchio : il faut voir comment l'ensemble des instances auxquelles nous avons affaire fabriquent de l'illusion et nous trompent constamment. Une pièce comme celle-là, à destination des enfants, mais pas seulement, est là pour réveiller la conscience, pour permettre à chacun d'exercer son esprit critique et refuser de se laisser happer par cette sorte d'uniformisation dans laquelle on cherche à nous coincer.
Il y a des époques où certaines histoires sont plus pertinentes que d'autres...
A. N. : Sans doute. Depuis quelques années, nous vivons une sorte d'abattement généralisé. Si on en est arrivé là, c'est parce qu'on a subi une overdose de manipulations. Un exemple : on voit partout des tricycles poussés par une canne tenue par les parents et sur lesquels sont juchés des enfants portant un casque. Une canne, un casque : voyez jusqu'où est allé le principe de précaution, jusqu'où on distille de la peur pour tout ! J'appelle cela de la manipulation. Même chose pour l'épidémie de grippe. Comment, dans un tel état de panique , pourrions-nous retrouver un état de conscience ? Alors là, Pinocchio vient vous dire : "Ne croyez pas tout ce que l'on vous raconte."
J. P. : Le Pinocchio de Collodi, celui que j'ai trituré, est un être prisonnier de ses pulsions et de son désir de consommation immédiate. Il m'a fait penser aux enfants d'aujourd'hui : des enfants-tyrans qui sont dans la toute-puissance. C'est en ce sens qu'à un moment donné on peut croiser une histoire avec une réalité contemporaine. La démarche du spectateur face à un acte artistique, c'est de recréer les émotions qu'il subit dans la vie de façon négative. Au théâtre, le plaisir pour les enfants consiste, selon moi, à jouer à avoir peur. Certains pensent qu'il peut être traumatisant pour un enfant d'avoir peur. Je crois, moi, que ce qui est pire, c'est d'avoir peur de la peur.
Peut-on prendre le risque de traumatiser les enfants en leur racontant de telles histoires ?
A. N. : Il faut s'opposer au fonctionnement des enfants, ces individus qui ne travaillent que sur leur registre pulsionnel et leur recherche du plaisir. Si on ne bride jamais ce registre pulsionnel, ils vont entrer dans la toute-puissance et devenir ces enfants-tyrans qui posent tellement de problèmes.
J. P. : Je suis d'accord. Le Petit Chaperon rouge et Pinocchio sont des histoires dans lesquelles il est question de cruauté et de violence, ce que j'ai choisi de ne pas totalement édulcorer. Je provoque non pas pour traumatiser, mais pour réveiller. Il n'est pas horrible de penser que les enfants ont du plaisir devant la représentation d'actes considérés à juste titre, par la société, comme mauvais. Le théâtre est au-delà de la morale. On peut rire à la dévoration de la grand-mère : ce n'est pas le rire d'un meurtrier en puissance, c'est un rire qui dit l'angoisse. L'état de pantin de Pinocchio représente l'état pulsionnel du petit enfant. Or, il faut bien se rendre compte que Pinocchio, dans l'accomplissement de cet état pulsionnel, finit dans la servitude. Montrer que la liberté accordée aux enfants ne les amène pas à dominer le monde mais à être asservis, ce n'est pas très politiquement correct !
A. N. : Le théâtre a une fonction cathartique. Lors d'un spectacle, l'enfant, confronté à la violence, va aller interroger sa pulsion meurtrière, pulsion indissociable de son existence. L'être humain passe sa vie à réprimer ses pulsions en arrondissant les angles.
J. P. : On devrait utiliser ce discours comme argument publicitaire : "Amenez vos enfants pour les confronter à leurs pulsions meurtrières."
Portraits de Pommerat dans différentes revues
http://www.lintermede.com/portrait-joel-pommerat-la-chambre-froide-theatre-de-l-odeon.php
http://www.telerama.fr/scenes/joel-pommerat-homme-de-theatre,27831.php
http://www.telerama.fr/scenes/joel-pommerat-homme-de-theatre,27831.php
Pommerat et l'écriture de plateau
http://culture.ulg.ac.be/jcms/prod_1125804/la-plume-et-le-plateau-double-dimension-de-lecriture-de-joel-pommerat?part=1
Pommerat et le cinéma:
L’influence du cinéma et le rôle de la fable
Pommerat et le cinéma:
- L’originalité de votre démarche tient aussi à la forme de vos
mises en scène que l’on associé souvent au cinéma. Est-ce une des bases
de votre travail ?
Bien sûr j’ai un rapport avec le cinéma, mais il n’est pas plus
important que mon rapport à la peinture, à la photographie, à la
littérature, au roman, à la télévision, aux arts plastiques… Donc
pour moi le travail du cadre qu’on associe au cinéma est plus lié à
la peinture, au dessin, aux miniatures japonaises par exemple qui sont
faites de vides et de pleins, dans une grande épure dans
lesquelles le sujet est pris en état de « condensation ». Quand j’ai
commencé à travailler sur les cadres et sur la composition dans le
cadre, je suis vraiment rentré « dans » le théâtre.
Mais je ne fais pas du théâtre parce que j’adore le théâtre mais
bien parce que c’est mon moyen à moi d’être dans la représentation. Je
ne le lâcherais plus car j’ai appris à l’aimer et qu’il
m’aime un peu. Je ne cherche pas à perpétuer le théâtre. Le roman
contemporain a joué aussi un grand rôle dans mon écriture, car c’est
grâce à lui que j’ai développé les ellipses, les fragments
dans ma narration.
- N’y a-t-il pas aussi du roman policier ou du film policier à la Hitchcock dans vos pièces ?
On a en effet parfois parlé de polar, en parlant de mes pièces, mais
je crois que c’est plus ma tentative de vouloir rendre le réel qui est
en question. Le réel aussi bien sous sa face la plus
concrète, définissable que dans ce qui appartient à l’imaginaire, à
la représentation, aux fantasmes et qui s’accolent à cette face visible,
qui la torture, la détériore et la modifie. Bien sûr
comme je suis dans ce rapport d’entremêlement de ces deux aspects,
c’est forcément le mystère, l’énigme qui en ressort le plus souvent. Le
trouble.
Une autre de mes tentatives est de représenter le temps, de le
matérialiser, de le rendre sensible, d’où des phénomènes de tensions
comme dans un film policier, puisque vous parliez de Hitchcock.
Mon désir est de ramener le spectateur dans le temps présent. Mon
projet de théâtre n’est pas seulement de raconter la société ou le
politique mais c’est aussi une recherche sensible
.
- Peut-on parler de fables morales quand on envisage votre théâtre ?
Le narratif avait pris un coup de vieux il y a vingt ans. Mais je
crois qu’on peut continuer à penser la modernité du théâtre en gardant
le narratif, l’histoire. Pour moi, la narration est une
façon d’inscrire le temps. Une histoire me permet d’inscrire un
commencement, une succession d’événements qui marquent le temps jusqu’à
un avenir.
Tout cela est concret, charnel et sensible. La fable, c’est quand on veut être dans l’histoire sans être dans l’anecdote.
À la différence du roman, comment est-il possible de raconter au théâtre en si peu de temps ? Le temps
À la différence du roman, comment est-il possible de raconter au théâtre en si peu de temps ? Le temps
du théâtre, c’est le temps de la nouvelle en littérature, le temps
d’un conte. Je crois que si Tchekhov a réussi à écrire des pièces si
précises, si concises, si merveilleuses et si riches, c’est
parce qu’il a écrit des centaines de nouvelles et que son théâtre
provient de cet atelier de la nouvelle. Et puis il y a le théâtre de la
fable et du conte, comme chez Shakespeare. C’est sur
cette voie que je me suis engagé, car mon imaginaire est trop
débridé pour avoir la rigueur clinique d’un Tchekhov
Réécriures scéniques de Cendrillon au XIXème siècle déjà
http://feeries.revues.org/273
Au xixe siècle, la féerie est un phénomène dramatique de très grande ampleur. À travers l’exemple des réécritures de Cendrillon pour le théâtre, l’opéra et le ballet, cet article illustre la diversité des variations sur ce thème (plus de trente versions), l’invasion de toutes les scènes par un certain esprit féerique (typique de son époque) et les efforts mis en œuvre pour satisfaire un public avide de divertissements oniriques (le machiniste-truquiste, devenu « mécano » du conte, en est sacré le roi). Intertextualité, parodie, transgénéricité, hybridité, ironie et grossissement jusqu’à la boursouflure concourent à réactualiser et remettre à la mode le conte de Perrault, en faisant ainsi un produit caractéristique de la dramaturgie du xixe siècle.
Au xixe siècle, la féerie est un phénomène dramatique de très grande ampleur. À travers l’exemple des réécritures de Cendrillon pour le théâtre, l’opéra et le ballet, cet article illustre la diversité des variations sur ce thème (plus de trente versions), l’invasion de toutes les scènes par un certain esprit féerique (typique de son époque) et les efforts mis en œuvre pour satisfaire un public avide de divertissements oniriques (le machiniste-truquiste, devenu « mécano » du conte, en est sacré le roi). Intertextualité, parodie, transgénéricité, hybridité, ironie et grossissement jusqu’à la boursouflure concourent à réactualiser et remettre à la mode le conte de Perrault, en faisant ainsi un produit caractéristique de la dramaturgie du xixe siècle.
Etre comédien à la radio
Voici un documentaire sur le travail d'enregistrement d'un texte à la radio.Beaucoup de métiers que vous ne connaissez pas sont nécessaires pur que ces émissions de fictions radiophoniques existent.
Documentaire de Guillaume Kozakiewiez. Il est venu 4 jours, en studio d'enregistrement à la maison de la radio, et a filmé l'enregistrement sonore de La Traversée de l'Hudson, de Peter Stefan Jungk, feuilleton interprété entre autres par Danièle Lebrun. Ce film met en lumière le travail, peu connu, de François Christophe et de l'équipe de la fiction de France Culture.
http://www.franceculture.fr/2014-04-05-hommage-a-francois-christophe-diffusion-du-cycle-israel-horovitz
Documentaire de Guillaume Kozakiewiez. Il est venu 4 jours, en studio d'enregistrement à la maison de la radio, et a filmé l'enregistrement sonore de La Traversée de l'Hudson, de Peter Stefan Jungk, feuilleton interprété entre autres par Danièle Lebrun. Ce film met en lumière le travail, peu connu, de François Christophe et de l'équipe de la fiction de France Culture.
http://www.franceculture.fr/2014-04-05-hommage-a-francois-christophe-diffusion-du-cycle-israel-horovitz
samedi 5 avril 2014
Rabelais au théâtre: Paroles gelées ( Humanisme)
http://culturebox.francetvinfo.fr/paroles-gelees-de-jean-bellorini-150651
Résumé
Pantagruel voyage. Il traverse les mers d’îles en îles, jusqu’à la Dive Bouteille. Les héros de Rabelais, condensés de l’humanité, partent en quête de découvertes dans des contrées imaginaires jusqu’à l’oracle final qui dévoile la vérité du monde et des êtres.Ils chevauchent les moutons de Panurge, survivent dans la tempête, livrent une guerre aux Andouilles. Ils découvrent les Paroles gelées, voix de peuples disparus, paroles glaçons qui se dégèlent et se font entendre quand on les touche, qui charment ou effraient. Rabelais, écrivain humaniste et médecin, insolente figure de la Renaissance, invente des mots et une langue chatoyante. Il compose le Quart livre en 1552, point d’orgue de son œuvre. Il brasse le cul et l’âme, les étrons et les étoiles, les peuples monstrueux et leurs coutumes fantasques. Cinq siècles plus tard, la jeune troupe de Jean Bellorini réécrit une langue actuelle et fleurie pour édifier un théâtre populaire et festif.
Les treize artistes complets bricolent un espace en mouvement. Après l’étonnant Tempête sous un crâne d’après Les Misérables d’Hugo, la Compagnie Air de Lune se jette dans le gargantuesque et dans la flotte d’un décor fontaine. Tous chantent et dansent dans une aventure humaine étincelée de questionnements philosophiques. Les thèmes nous renvoient à nos préoccupations : « lutte pour la libération des mots et des corps, recherche d’une pédagogie idéale, attaques contre les fanatismes religieux, dénonciation des guerres de conquête », énonce le metteur en scène. Allégorique, satirique, scatologique, poétique, Paroles gelées, périple initiatique, entraîne et éblouit.
Pierre Notte
Distribution
- Date :
- 19 Mars 2014
- Durée :
- 2h 13min
- Genre :
- Théâtre
- Auteur :
- D'après François Rabelais
- Acteurs (+rôles) :
- Marc Bollengier, François Deblock, Patrick Delattre, Karyll Elgrichi, Samuel Glaumé, Camille de la Guillonnière, Benjamin Guillard/Teddy Mélis, Jacques Hadjaje, Gosha Kowalinska, Clara Mayer/Fany Germond, Geoffroy Rondeau, Blanche Leleu, Hugo Sablic
- Réalisation :
- François Caudal
- Production :
- Axe Sud
Notes sur le livre Feydeau, la machine à vertige de Violaine Heyraud
Un Fil à la patte Notes sur le livre Feydeau, la machine à vertige de Violaine Heyraud
Tous les grands vaudevilles de Feydeau, il les a signés seul : «
comédies vaudevilles » en 3 actes. Système
répétitif mais complexification de l’intrigue, pièces à adultère, mouvements
dramatiques effrénées, chassé croisé et courses poursuites.
Plus de couplets, lui préfère parler de « pièces »,
critique de mœurs : comédie, emploie rarement le terme « vaudeville »
P42 « Moi
j’touche des épingles » : chanson discrète sur la corruption
politique, évasif
P74 fil directeur qui mène de la faute (commise ou non) au
flagrant délit ( évité ou non) puis au dénouement heureux
P81 trois intrigues secondaires dans un Fil
P92 procédé du soulignement maîtrisé par Feydeau cf Fontanet « comme je pus », enlève la
réplique de Bois d’Enghien « non mais c’est qu’il le répète
encore ! », pas d’effet de clin d’œil, n’abuse pas des apartés.
P98 effets visuels du cinéma muet construction progressive
du gag : pistolet de Lucette qui
devient un éventail, puis faux revolver utilisé par bois d’Enghien pour
intimider Bouzin et lui voler son pantalon ,enfin Bouzin à son tour s’empare de
l’arme , désireux de récupérer ses vêtements, il découvre alors le subterfuge.
Répétitions et fil directeur : acte II un Fil :
tentatives d’évitement : Lucienne ne doit pas chanter ici car…il ya des
courants d’air là, Bois d’Enghien déguerpit, Lucienne enquête : répétition
de « vent coulis » : agitation de la Baronne, deux femmes
discutent, bois d’Enghien réapparaît et s’échappe de nouveau, idem pour Cheneviette
qui reprend le « vent coulis une dernière fois pour éloigner
Lucette ;correspondance entre le sujet du débat et les chassés croisés de
l’acte retardant l’éclosion de la vérité. Dans tout l’acte il n’est question au
propre comme au figuré que de « courant d’air ».
Escalier praticable : dynamiser un espace saturé, limitation des possibilités d’ouverture :acte
III coincés sur le pallier en caleçons ni entrer dans l’appart ni sortir dans
la rue cf« Deschamps « on ne
peut reculer le canapé de trois mètres parce que ç a fait un temps plus long
pour que les répliques s’enchainent et ça casse quelque chose d’essentiel «
association forte entre espace piégé et mouvement des personnages encagés
P182 fil à la patte 1894 : installation et dérèglement de la loi du
genre : prolifération, mouvement scénique de l’acte III relancé au moment
même où tout doit se dénouer, ce qui pose un pb d’équilibre.
Clarté initiale : version farce d’Une Chaîne de Scribe
( 1841)
Bois d’Enghien ne se
résout pas à avouer à sa maîtresse Lucette, chanteuse de café concert
passionnée qu’il va la quitter pour épouser Viviane, jeune héritière. Deux
autre hommes gravitent autour de Lucette : le général Irrigua qui est
épris d’elle et le clerc de notaire aussi médiocre auteur de chanson : Bouzin pour lui plaire glisse sa carte dans un
magnifique bouquet en réalité envoyé par le général qui contenait un écrin- une
bague. Tous le croient amoureux de Lucette (Acte I scène x) L’arrivée d’Irrigua
à l’acte I scène XVI éclaire bien vite l’imposture. Paradoxalement absence de
conséquence, tous persistent à croire
Bouzin amoureux, pas la patience de
résoudre le malentendu aussi face à Irrigua décidé à supprimer l’amant de
Lucette, bois d’Enghien prétend n’être qu’un ténor camarade de Lucette ( clin
d’œil à Chat en poche et à Labiche) pour
se sauver il désigne Bouzin qu’il croit amoureux transi, ce qui justifie la haine du général pour ce
dernier. pdt toute la pièce Bois d’Enghien ment à répétition à Lucette et à
Irrigua ; dble mensonge qui devrait tourner à son avantage.
P193 Répétitions : aveux d’amour mensongers, allers et
venues de BOuzin pour cause de parapluie avec quiproquo : toujours contraint
de revenir pour se faire congédier, Latin irrigua qui sollicite régulièrement son
interprète pour des mots transparents dans les deux langues ( Antonio :
rythme, drôlerie)
Acte ii quiproquo principal : série de menaces ; Viviane se désole car son futur lui paraît
trop sage, Lucette invitée en toute innocence à chanter aux fiançailles :
parades de Bois d’Enghien : placard de Luvette, faire partir Lucette avec
l’histoire des courants d’air, aide de Cheneviette, emmène Viviane ailleurs,
une deuxième fois avec la Baronne elle-même scène XIV tension à l’apogée :
Lucette découvre la vérité autre fil de l’action : Bouzin à nouveau
pourchassé, Lucette s’évanouit, toute
une série de révélations : Irrigua
comprend que Bois d’Enghien est son rival, Lucette déshabille son amant pour
faire échouer le mariage, toute la noce trouve Bois d’Enghien en caleçon auprès
de Lucette, Viviane découvre avec joie le tempérament fougueux de son fiancé :
révélations à clous.
Prolifération et exagérations : emplois amusants :
chanteuse, hispanophone orageux, le monsieur qui sent mauvais, le parasite, la
victime dérisoire, la gouvernante anglaise accumulation de péripéties
Vertige final : tout aurait pu se finir avec la découverte
par Viviane de l’amant rêvé : comment animer le dernier acte ? Cabinet
de toilettes de B, palier plus escalier derrière la porte : courant d’air
qui claque la porte, B dehors : première
solution la leçon de chant cf Molière et Beaumarchais: recours au couplet
cf vaudeville Lucette ne chante pas mais la promise si ! cf film réalisé
par Guy Lefranc ; la diva se tait
et on chante en caleçon sur le palier !
Dernier acte uniquement structuré sur les courants d’air portes
qui claquent et pantomimes de Bouzin :
succès de la pièce déterminé par le choix de ce rôle : Christian Hecq moliérisé, légendaire Rober Hirsch.
Feydeau rappelle ses personnages sur scène : Lucette
revient et menace en vain de se tuer, mouvements : BOuzin revient puis le général
un contrat caduc, une apparition mystérieuse cohésion artificielle de l’amour
prêté à Bouzin pour Lucette, fragilité
compensés par l’énergie des 75 entrées et sorties, record pour une fin de
vaudeville ; farce et farceur farcé :l’histoire
du pistolet ; saturer l’espace de
mouvement entre cour et jardin et de haut en bas de l’escalier : frôle la rupture du mécanisme, spectacle
visuel brut qui révèle une angoisse
derrière le rire. Scène= cage, «
le fil à la patte » retient le personnage dans un mouvement stérile au cœur
d’une intrigue entrain de se vider de sa substance. Remplissage dynamique non
dénué d’ironie : journaux qui prolifèrent au début, à la fin pantoufles de
Lucette jetées et deux hommes presque nus !
Donner la primauté au mouvement. « Extrême limite qui
sépare la folle gaieté de la sensation pénible IL chatouille trop violemment les
spectateurs et finit par les faire crier. »
Feydeau reçoit la légion d’honneur : sacré roi de la
fantaisie débridée et auteur enfin reconnu.
Exploration des milieux poreux aux marges, tableau de mœurs de l’intérieur d’une
chanteuse de café concert : ameublement élégant, piano, décoration un rien chargée et désordonnée « des
bibelots un peu partout », milieu
composé de personnages mobiles : amant rentier Bois d’Enghien, c’est
Lucette qui l’entretient ! comme elle le fait pour son ex mari Cheneviette, protecteurs variés :
Irrigua. Femme d’argent et artiste au grand cœur, Marceline la sœur aigrie,
milieu bien vivant qui pose des pb quotidiens cf « la pension du petit »,
perméabilité du salon : aller et
venues des visites, intrus : baronne qui cherche la chanteuse, Bouzin
auteur de chanson, deux figures que tout
oppose mises en présence dans le salon scène 8
Compartimentation sociale au sein d’un milieu hybride :
décloisonnement riche en échanges possibles
Intrigue du Fil conditionné par une double faute :
mensonge de Bois d’Enghien sur son mariage, tricherie de Bouzin sur le bouquet,
mêle les milieux : Baronne chez Lucette puis l’inverse. B d’Enghien pris
en étau multiplie les tentatives de fuite puis confondu publiquement chez
Lucette Bouzin est dans une impasse : empêché de faire son travail de clerc
par l’irruption d’Irrigua : deux homme désireux de s’élever sans cesse
poursuivis par leur position hybride B d’Enghien passé sulfureux Bouzin
prétentions artistiques démesurées… destins // qui les rassemblent sur le
palier au 3èm e acte, se ressemblent étrangement finalement deux B puis fin
idem aussi EIN ; l’un a cependant
un patronyme noble qui fleure la belle campagne, l’autre renvoie au fumier. L’un
des deux doit être évacué de la scène et l’effet de miroir réitéré renforce par
conséquent une hiérarchie : Bouzin avatar malheureux du rentier, bouc
émissaire, n’en sort pas indemne : pistolet de théâtre Bouzin désespéré va
jusqu’à presser sur la gâchette : dimension tragi comique : pour
Bouzin déshabillé et arrêtée par la police pour exhibitionnisme que les jeux
dans l’escalier géant transforment l’élévation en dégringolade cf chez Deschamps Bouzin se suicide en se jetant du
haut de la rampe !
Hommage à Christophe Tarkos
Film de Katalin Molnar et David Christoffel en hommage à Christophe
Tarkos, diffusé la première fois au Centre Pompidou, le 7 novembre 2009 : https://www.youtube.com/watch?v=AQmDZ_8Dm_U
Une émission de radio:
http://www.franceculture.fr/emission-l-atelier-du-son-bertrand-belin-david-christoffel-echos-de-tarkos-2014-02-28
Une émission de radio:
http://www.franceculture.fr/emission-l-atelier-du-son-bertrand-belin-david-christoffel-echos-de-tarkos-2014-02-28
Christophe Tarkos: extraits
Christophe Tarkos est né à Marseille en 1963. Il est décédé des suites
d'une longue maladie en 2004. Sa poésie écrite et orale (il est un
excellent performer et improvisateur) le situe dans la filiation de
Beckett, par exemple, et est associée aux travaux de poètes et
d'écrivains comme Charles Pennequin, Christian Prigent, Claude Pélieu,
Philippe Beck, Vincent Tholomé, durant les 30 dernières années.
« Je suis un poète qui défend la langue française contre sa dégénérescence, je suis un poète qui sauve sa langue, en la faisant travailler, en la faisant vivre, en la faisant bouger ».
Il organise un travail de sape de la langue ; une poésie de déconstruction ; il s’attaque à la langue dans sa matérialité, en même temps il effectue un travail de nomination (ou renomination) et de rumination (mâche-mot) en soumettant la langue et les mots à une sorte d’incantation ou de psalmodie, les malaxant en une sorte de purée de sons : le pâte-mot. Il aboutit ainsi à une sorte de superficialité de la langue, n'ayant d'abord qu'à proposer sa matérialité : paradigmes, grammaire, sons. C'est l'agencement et le montage qui donnent ensuite cette impression d'emportement, ou d'étouffement dans les méandres des rythmes. A l'instar d'Olivier Cadiot, son écriture n'est pas étrangère aux recherches du 20ème siècle sur la linguistique : grammaires génératives et transformationnelles. Par exemple, le jeu des répétitions, des permutations, par les glissements d’une phrase à l’autre, par substitution ou par déclinaison de paradigmes grammaticaux (passages du présent au passé etc.), énoncés en boucles spiralées, énoncés variables de formules interrogatives, présentatives…Indéniablement, cette poésie est construite pour être proclamée et c'est dans cette opération que la physique du souffle chez le lecteur contribue, pour sa part, à l'élaboration des sens.
Tentatives de susprendre le contrôle de la pensée (voir les premiers surréalistes) et tentation de s’affranchir du sens donné pour faire que le rappel du sens n’encombre plus le dire : jaillissement du dire à l'intérieur même de la gangue de la langue, en "effleurant la surface des mots pour atteindre musicalement le monde". Christian Prigent a été un de ses principaux défenseurs (voir ses articles ). C’est pourquoi il a également un rapport avec la poésie sonore. « Vient inquiéter l’idylle ahurie entre choses et langues : ça s’appelle peut-être poésie. » (C. Prigent).
Textes
Tue-moi tue-moi ne me laisse pas crever de rien ne me laisse pas mourir sans que personne ne me touche par simple flocalisation ne me laisse pas finir à cause de rien je ne suis pas rien je mérite que tu me tues que tu me poignardes dans le dos que tu m'étrangles que tu m'assassines mais pas de mourir comme ça avec rien dans le dos avec rien en plus avec rien qui m'arrête dans mon élan et ma force je ne veux pas m'arrêter pour rien tue-moi je veux que tu me tues que tu m'assassines je n'ai aucun pouvoir sur ma mort je ne veux pas mourir par mourrissement je suis de la valeur à tuer je suis un élan qui ne s'arrête pas qui ne s'arrêtera pas si tu ne me tues pas dans mon élan mon combat est digne d'un assassinat je suis un combattant tue-moi que je puisse me défendre et te regarder dans les yeux te voir toi le garçon qui va avoir le dessus je me défendrai je perdrai je serai tué par toi qui vas me tuer pour ta raison parce que je suis un vaillant combattant dans son élan en trop tue-moi dans mon élan j'ai l'espoir d'être en trop qu'il faille me descendre me tuer assassine-moi dans le dos avant que rien ni personne ne me tue avant de me voir mourir par dessèchement de laissé toujours vivant pour rien enlève-moi ma vie que j'aime d'homme vaillant ne me laisse pas me dessécher abandonné comme si j'étais rien à ce point qu'aucun assassinat ne m'assassine qu'aucune personne ne m'étrangle qu'aucun garçon ne me poignarde pendant ma combattante vaillance je ne veux pas que ce soit rien je serai mort je mourrai sans raisons je mourrai par le vide.
Caisses éd. P.O.L. 1998
Tout est totalement monstrueux ma face collée à manger est monstrueuse à pommeaux à trous à volonté à s'accrocher à tout s'accrocher est monstrueuse ma bouche ouverte est dégueulasse des ronds d'yeux liquides sont monstrueux clignent la face est monstre de mes miennes narines seules mes narines les deux seules vues les deux seules narines bougeantes mes narines bougent toutes seules mes narines bougeantes sont monstrueuses ce qui sort de mes narines oreilles est monstre monstrueux ma monstrueuse bouche tout est monstrueux ce qui sort des oreilles et des yeux s'échappe dehors est dégueulasse déborde dehors c'est dehors débordé ma haleine est monstrueuse ce qui sort de mes narines qui bouge tout seul est monstrueux et irrespirable des monstres me sort par les yeux me sort par le nez déborde dehors est monstrueux et c'est dehors pense dehors qui pense tout me sort par le nez et par les oreilles dehors a débordé a tout préparé est bien installé pense tout est tout installé tout est dégueulasse débordant dehors pense monstrueusement je mange dehors monstre.
Caisses éd. P.O.L. 1998
Je soulève le couvercle de la théière. La théière est en fer peint de fleurs sur un fond blanc. La théière est en fer-blanc, a la forme d'une cafetière. Je soulève le couvercle de fer-blanc de la théière, je le pose à ses côtés sur la table en bois. Je prends la bouilloire et je verse l'eau bouillante de la bouilloire dans théière en fer ouverte. J'enlève le couvercle, je pose le couvercle, je verse l'eau, je prends le couvercle, je repose le couvercle sur la théière en fer. Je referme la théière en fer qui fume. La théière de thé tiède est pleine d'eau chaude. Le thé dans la tasse blanche a le goût du thé couleur thé. Eclaircie par la tache blanche, la vapeur d'eau et l'eau chaude versée dans la tasse blanche aux bords chauds.Une goutte de thé versée goutte sur le bec de la théière qui verse le thé dans la tasse et glisse sous la gouttière courbée de la théière puis le long de la courbe de la théière de terre et tache la table. Je prends la tasse. Je bois une gorgée de thé chaud. Le thé fait mal au coeur. Je bois une gorgée, je repose la tasse. J'oublie la tasse de thé. J'ai mal au coeur. J'ai soif, je prends la tasse, je bois une gorgée. Je repose la tasse. Le mal au coeur s'adoucit. J'oublie la tasse. Je bois une gorgée de thé, le thé est froid.
Caisses éd. P.O.L. 1998
Les nuages sont beaux, blancs les nuages sont blancs, bleus, les nuages sont beaux, immondes, les nuagent nagent, les enfants font l'amour, lèvent, soufflent, grandissent, passent, ne reculent pas, se retournent, descendent, les nuages nagent, les nuages volent, sont beaux immortels, couvrent tout le ciel, remplissent le ciel, rendent le ciel plus blanc, ne tordent pas, s'élargissent font des nuées, les nuages ne servent à rien, au-dessus de nos têtes, glissent, sont sur le ciel, sont sur les yeux, il n'y a qu'à lever les yeux pour les voir glisser au-dessus de nous les mouvements sont si lents, il n'y a pas de mouvements dans le ciel, les nuages glissent lentement, si lentement les nuages volent, s'enfoncent, il y en a partout dans le ciel, ce qui reste est du bleu, le bleu du ciel, des taches bleues, les enfants sont jeunes et blancs, les enfants sont doux, les enfants sont jolis, les enfants font l'amour, se font l'amour entre eux, sont en train de faire l'amour entre eux, sont jeunes et doux, les taches bleues sont semblables aux taches blanches des nuages les nappes blanches des nuages s'étalent, se sont étalées, sont étalées, prennent la place dans le ciel, couvrent, sont couvrantes, les mouvements sont si lents, les masses blanches changent de forme sans qu'on les voie changer de forme, on ne voit pas, dans les yeux, les nuages sont sur le voile de yeux les nuages voilent les yeux, on ne voit que des nuages, le ciel se referme, ils peuvent couvrir le ciel de nuages [ ...]
( extrait)
Pan éd. P.O.L. 2000
« Je suis un poète qui défend la langue française contre sa dégénérescence, je suis un poète qui sauve sa langue, en la faisant travailler, en la faisant vivre, en la faisant bouger ».
Il organise un travail de sape de la langue ; une poésie de déconstruction ; il s’attaque à la langue dans sa matérialité, en même temps il effectue un travail de nomination (ou renomination) et de rumination (mâche-mot) en soumettant la langue et les mots à une sorte d’incantation ou de psalmodie, les malaxant en une sorte de purée de sons : le pâte-mot. Il aboutit ainsi à une sorte de superficialité de la langue, n'ayant d'abord qu'à proposer sa matérialité : paradigmes, grammaire, sons. C'est l'agencement et le montage qui donnent ensuite cette impression d'emportement, ou d'étouffement dans les méandres des rythmes. A l'instar d'Olivier Cadiot, son écriture n'est pas étrangère aux recherches du 20ème siècle sur la linguistique : grammaires génératives et transformationnelles. Par exemple, le jeu des répétitions, des permutations, par les glissements d’une phrase à l’autre, par substitution ou par déclinaison de paradigmes grammaticaux (passages du présent au passé etc.), énoncés en boucles spiralées, énoncés variables de formules interrogatives, présentatives…Indéniablement, cette poésie est construite pour être proclamée et c'est dans cette opération que la physique du souffle chez le lecteur contribue, pour sa part, à l'élaboration des sens.
Tentatives de susprendre le contrôle de la pensée (voir les premiers surréalistes) et tentation de s’affranchir du sens donné pour faire que le rappel du sens n’encombre plus le dire : jaillissement du dire à l'intérieur même de la gangue de la langue, en "effleurant la surface des mots pour atteindre musicalement le monde". Christian Prigent a été un de ses principaux défenseurs (voir ses articles ). C’est pourquoi il a également un rapport avec la poésie sonore. « Vient inquiéter l’idylle ahurie entre choses et langues : ça s’appelle peut-être poésie. » (C. Prigent).
Textes
Tue-moi tue-moi ne me laisse pas crever de rien ne me laisse pas mourir sans que personne ne me touche par simple flocalisation ne me laisse pas finir à cause de rien je ne suis pas rien je mérite que tu me tues que tu me poignardes dans le dos que tu m'étrangles que tu m'assassines mais pas de mourir comme ça avec rien dans le dos avec rien en plus avec rien qui m'arrête dans mon élan et ma force je ne veux pas m'arrêter pour rien tue-moi je veux que tu me tues que tu m'assassines je n'ai aucun pouvoir sur ma mort je ne veux pas mourir par mourrissement je suis de la valeur à tuer je suis un élan qui ne s'arrête pas qui ne s'arrêtera pas si tu ne me tues pas dans mon élan mon combat est digne d'un assassinat je suis un combattant tue-moi que je puisse me défendre et te regarder dans les yeux te voir toi le garçon qui va avoir le dessus je me défendrai je perdrai je serai tué par toi qui vas me tuer pour ta raison parce que je suis un vaillant combattant dans son élan en trop tue-moi dans mon élan j'ai l'espoir d'être en trop qu'il faille me descendre me tuer assassine-moi dans le dos avant que rien ni personne ne me tue avant de me voir mourir par dessèchement de laissé toujours vivant pour rien enlève-moi ma vie que j'aime d'homme vaillant ne me laisse pas me dessécher abandonné comme si j'étais rien à ce point qu'aucun assassinat ne m'assassine qu'aucune personne ne m'étrangle qu'aucun garçon ne me poignarde pendant ma combattante vaillance je ne veux pas que ce soit rien je serai mort je mourrai sans raisons je mourrai par le vide.
Caisses éd. P.O.L. 1998
Tout est totalement monstrueux ma face collée à manger est monstrueuse à pommeaux à trous à volonté à s'accrocher à tout s'accrocher est monstrueuse ma bouche ouverte est dégueulasse des ronds d'yeux liquides sont monstrueux clignent la face est monstre de mes miennes narines seules mes narines les deux seules vues les deux seules narines bougeantes mes narines bougent toutes seules mes narines bougeantes sont monstrueuses ce qui sort de mes narines oreilles est monstre monstrueux ma monstrueuse bouche tout est monstrueux ce qui sort des oreilles et des yeux s'échappe dehors est dégueulasse déborde dehors c'est dehors débordé ma haleine est monstrueuse ce qui sort de mes narines qui bouge tout seul est monstrueux et irrespirable des monstres me sort par les yeux me sort par le nez déborde dehors est monstrueux et c'est dehors pense dehors qui pense tout me sort par le nez et par les oreilles dehors a débordé a tout préparé est bien installé pense tout est tout installé tout est dégueulasse débordant dehors pense monstrueusement je mange dehors monstre.
Caisses éd. P.O.L. 1998
Je soulève le couvercle de la théière. La théière est en fer peint de fleurs sur un fond blanc. La théière est en fer-blanc, a la forme d'une cafetière. Je soulève le couvercle de fer-blanc de la théière, je le pose à ses côtés sur la table en bois. Je prends la bouilloire et je verse l'eau bouillante de la bouilloire dans théière en fer ouverte. J'enlève le couvercle, je pose le couvercle, je verse l'eau, je prends le couvercle, je repose le couvercle sur la théière en fer. Je referme la théière en fer qui fume. La théière de thé tiède est pleine d'eau chaude. Le thé dans la tasse blanche a le goût du thé couleur thé. Eclaircie par la tache blanche, la vapeur d'eau et l'eau chaude versée dans la tasse blanche aux bords chauds.Une goutte de thé versée goutte sur le bec de la théière qui verse le thé dans la tasse et glisse sous la gouttière courbée de la théière puis le long de la courbe de la théière de terre et tache la table. Je prends la tasse. Je bois une gorgée de thé chaud. Le thé fait mal au coeur. Je bois une gorgée, je repose la tasse. J'oublie la tasse de thé. J'ai mal au coeur. J'ai soif, je prends la tasse, je bois une gorgée. Je repose la tasse. Le mal au coeur s'adoucit. J'oublie la tasse. Je bois une gorgée de thé, le thé est froid.
Caisses éd. P.O.L. 1998
Les nuages sont beaux, blancs les nuages sont blancs, bleus, les nuages sont beaux, immondes, les nuagent nagent, les enfants font l'amour, lèvent, soufflent, grandissent, passent, ne reculent pas, se retournent, descendent, les nuages nagent, les nuages volent, sont beaux immortels, couvrent tout le ciel, remplissent le ciel, rendent le ciel plus blanc, ne tordent pas, s'élargissent font des nuées, les nuages ne servent à rien, au-dessus de nos têtes, glissent, sont sur le ciel, sont sur les yeux, il n'y a qu'à lever les yeux pour les voir glisser au-dessus de nous les mouvements sont si lents, il n'y a pas de mouvements dans le ciel, les nuages glissent lentement, si lentement les nuages volent, s'enfoncent, il y en a partout dans le ciel, ce qui reste est du bleu, le bleu du ciel, des taches bleues, les enfants sont jeunes et blancs, les enfants sont doux, les enfants sont jolis, les enfants font l'amour, se font l'amour entre eux, sont en train de faire l'amour entre eux, sont jeunes et doux, les taches bleues sont semblables aux taches blanches des nuages les nappes blanches des nuages s'étalent, se sont étalées, sont étalées, prennent la place dans le ciel, couvrent, sont couvrantes, les mouvements sont si lents, les masses blanches changent de forme sans qu'on les voie changer de forme, on ne voit pas, dans les yeux, les nuages sont sur le voile de yeux les nuages voilent les yeux, on ne voit que des nuages, le ciel se referme, ils peuvent couvrir le ciel de nuages [ ...]
( extrait)
Pan éd. P.O.L. 2000
Entretien avec R. Auzet créateur du spectacle: Tu tiens sur tous les fronts
http://www.theatre-video.net/video/Tu-tiens-sur-tous-les-fronts-d-apres-C-Tarkos-entretien-avec-R-Auzet
Poser la question de comment on se rassemble pour porter les poèmes du monde au public!
Lutter contre l'indifférence de notre société, lutter contre les préjugés en acceptant de regarder l'autre.
Poser la question de comment on se rassemble pour porter les poèmes du monde au public!
Lutter contre l'indifférence de notre société, lutter contre les préjugés en acceptant de regarder l'autre.
Tu tiens sur tous les fronts: revue de presse
Revue de presse en ligne:
http://unfauteuilpourlorchestre.com/critique-tu-tiens-sur-tous-les-fronts-de-christophe-tarkos-mise-en-scene-roland-auzet-theatre-de-la-commune/
http://unfauteuilpourlorchestre.com/critique-tu-tiens-sur-tous-les-fronts-de-christophe-tarkos-mise-en-scene-roland-auzet-theatre-de-la-commune/
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