jeudi 20 février 2014

Le faiseur de théâtre

Lien vers le dossier pédagogique



Le metteur en scène Jean Pierre VINCENT et le comédien Bernard FREYD évoquent la pièce de théâtre "Le faiseur de théâtre" et son auteur Thomas BERNHARD
Sur la mise en scène de Jean-Pierre Vincent:

Voir les photos pour voir une scénographie différente

Thomas Bernhard, auteur du Faiseur de Théâtre

Pour mieux comprendre l'importance de cet auteur autrichien et la pièce que vous avez vue:
http://thomasbernhard.free.fr/

Thomas Bernhard poète:  http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/bernhard/bernhard.html

 

"Plus une ville est belle en apparence, plus il est consternant de découvrir le véritable visage qu’elle cache sous sa façade. Entrez dans n’importe quel restaurant de Salzbourg. A première vue, vous aurez l’impression d’être au milieu de braves gens. Ecoutez les propos de vos voisins de table, vous découvrirez qu’ils ne rêvent que d’extermination et de chambres à gaz."
Extrait de : Sur les traces de la vérité, traduction de Daniel Mirsky.

Thomas Bernhard. - Je ne pense à aucun moment à celui qui lira mes oeuvres, parce que ça ne m’intéresse pas du tout de savoir qui lit ça. Ça me fait plaisir d’écrire, c’est suffisant. On veut toujours faire mieux, et plus fort, c’est tout, comme un danseur veut toujours mieux danser, mais ça se fait tout seul, parce que tout le monde, - peu importe ce qu’on fait -, arrive obligatoirement, par la répétition, à une perfection, que ce soit un joueur de ping-pong, un cavalier, un écrivain, un nageur, une bonne ou une femme de ménage, c’est exactement la même chose. Au bout de cinq ans, elle aussi, elle fera mieux le ménage que le premier jour, où elle cassait tout et où elle faisait plus de dégâts que de ménage.

André Müller. - Mais écrire, est ce que ce n’est pas aussi la recherche d’un contact ?
Th. B. - Je ne cherche absolument aucun contact. Quand est-ce que vous m’avez vu chercher un contact ? Au contraire, je l’ai toujours refusé quand quelqu’un le cherchait. Les lettres, je les bazarde de toute façon, parce que, rien que techniquement, il est impossible d’entrer dans le jeu, sinon, il faudrait que je fasse comme ces écrivains à la con qui ont deux secrétaires, qui lèchent le cul du dernier des tarés en lui glissant sa p’tit’ lettre. Ce que je veux, c’est que mon travail soit imprimé, qu’il en sorte un livre, et qu’après, ça soit réglé pour moi. Alors je le mets dans mon armoire, comme ça, ce n’est par perdu et, en plus, ça fait très joli. J’écris mes choses sur un papier à lettres qui boit, très bon marché, moche, et le passage à cette typographie me fait un effet très agréable, et puis l’éditeur envoie tous les mois une somme quelconque, et alors l’affaire est réglée. Je n’ai certes pas la moindre envie de laisser tomber tout ça, écrire et l’état dans lequel ça me met, parce que j’y prends beaucoup de plaisir, parce que je n’ai absolument besoin de rien d’autre et parce qu’aussi j’ai l’impression de faire quelque chose que personne ne fait comme moi, pas seulement chez nous, mais même dans le monde entier.
Paru dans la Quinzaine littéraire, Dossier Thomas Bernhard, numéro 354, 1er septembre 1981.

 Sur le site Oeuvres ouvertes: http://oeuvresouvertes.net/spip.php?article1999

mercredi 19 février 2014

Mise en scène de Peanuts par une jeune compagnie suisse

La Cie ÜBERRUNTER (Lausanne, Suisse): http://vimeo.com/56850079

Une étude sur Peanuts

http://theses.univ-lyon2.fr/documents/getpart.php?id=lyon2.2007.hamidi-kim_b&part=136810

entretien avec Fausto Paravidino à propos de Peanuts

Entretien avec Fausto Paravidino

Comment la pièce Peanuts est-elle née ?
Le Royal National Théâtre m’avait fait une commande en décembre 2000. Il était question d’écrire une pièce adressée au jeune public, dans le cadre d’un projet qui s’appelle "International Connections".
Peanuts a été pensée pour un public international, même si, avant même d’être écrite, la pièce avait été choisie par le metteur en scène Sergio Maifredi du Théâtre de la Tosse de Gênes. Je ne voulais ni faire une opération de tourisme culturel, l’auteur italien qui vous montre comment l’Italie est faite, ni de l’autre côté, me déguiser en écrivain britannique. Et puis l’occasion de faire parler des jeunes avec d’autres jeunes était trop savoureuse. Et c’est là que la globalisation intervient. J’ai cherché un modèle de dialogue commun aux deux, moi et eux, et j’ai pensé à la bande dessinée, au langage universel des Peanuts, qui sont comme du Beckett, mais en bande dessinée. Les Peanuts de Schultz sont absolument beckettiens, sauf que, au contraire de Beckett, ils sont populaires. J’ai donc emprunté les personnages de Schultz, je les ai vieillis et je les ai balancés à la caserne de Bolzaneto, où les jeunes, arrêtés par la police qui avait fait irruption dans les lieux, furent soumis à des menaces et à des violences de tout genre. 

Quelle est la correspondance entre les personnages de Peanuts et les personnages de la bande dessinée ?
Dans la première version, les noms des personnages étaient les mêmes que ceux de la bande dessinée dont ils étaient inspirés. Ensuite, pour des raisons de droits d’auteur, on a préféré les déformer, même si certains demeurent très reconnaissables. Le nom de Charlie Brown est devenu, comme Buddy, un nom commun comme par exemple “Mario Rossi” en Italie ou “Franz Schmidt” en Allemagne. Minus est Linus, Schroeder est devenu Schkreker, d’autres sont encore plus transparents, comme Snoopy qui est devenu Snappy ou Sally qui est Silly ou encore Woodstock-Woodschlock, alors que Lucy est devenue Magda. 

Y a-t-il une correspondance psychologique entre chaque personnage de Schultz et son correspondant dans la pièce ?
J’ai essayé de maintenir une adéquation avec le personnage original et dans certains cas j’ai réussi, comme pour Charlie Brown, Sally et Lucy. Avec d’autres j’ai moins réussi, parce que certains personnages de Schultz ont une psychologie qu’on peut retrouver chez les adultes, alors que d’autres restent confinés à l’enfance. Par exemple, il y a de nombreux Charlie Brown adultes dans le monde. Et puis il y a les animaux, par exemple le fait que Snoopy soit un chien a été traduit dans le caractère anarchiste de Snappy, alors que Woodstock se prêtait à toutes sortes d’opérations dramaturgiques à partir du moment où dans la version originale il s’exprime par petits traits et que personnellement je n’ai jamais compris ce qu’il avait à dire. Aussi souvent que possible j’ai tenté de garder les rapports d’amitié et les liens de famille, comme pour Charlie Brown et sa sœur Sally. 

Je me souviens d’avoir lu quelque part qu’à l’origine de Peanuts il y a la constatation que Carlo Giuliani et Mario Placanica, le carabinier qui lui a tiré dessus, avaient le même âge.
C’est une chose qui m’a frappé. Nous sommes bien loin de Pasolini et de ses prolétaires en uniforme de policier. Alors que le jeune assassiné écrivait des poèmes en latin, Placanica, le meurtrier, interviewé à la télé, ne sait même pas aligner six mots d’affilée et c’est impressionnant de savoir que c’est l’Etat qui lui a mis une arme à la main. La tendance actuelle me paraît celle de recréer un monde de classes, et en plus, les pouvoirs de droite attaquent l’état social. J’ai l’impression que c’est celle-là, la droite qui s’avance : une droite pas tellement caractérisée par ses choix autoritaires plus ou moins fascistes, mais par son soutien à une société basée sur le pouvoir de l’argent, une société où c’est la loi du plus riche qui domine, et tant pis pour ceux qui n’ont pas réussi. La vieille Démocratie Chrétienne avait tant bien que mal transformé les italiens en une grande classe moyenne, et là est la vraie question de cette pièce. C’est sur la base de ce processus d’homologation, culturelle et autre, que, à Gênes, ceux qui défonçaient les têtes avec les matraques et les jeunes qui manifestaient, avaient les mêmes chansons en commun. Ce n’est pas un hasard si les musiques de Fabrizio de Andrè, chanteur anarchiste par excellence, étaient diffusées par les enceintes du Palais des sports, transformé, à l’occasion du G8, en une grande caserne. 

Quelle est la fonction des titres des différentes sections ?
Dans leur ensemble, elles constituent une sorte de bréviaire des thèmes de la globalisation. Il fut un temps où on disait que la sphère personnelle est aussi politique. Les sections de la pièce représentent une tentative de mesurer dans la vie de tous les jours les grands thèmes de la politique, et elles en sont aussi une sorte de contre-chant ironique, sans jamais tomber dans la parodie.
En général, le même concept exprimé de manière infantile dans le premier acte, revient dans le deuxième sous sa forme adulte. Mais, alors que dans le premier acte des situations très banales et à « mesure de gamins » correspondent à des titres tirés des grands thèmes de l’Histoire et de la politique, dans le deuxième j’ai attribué des titres inadéquats et sentimentaux à des scènes qui racontent un monde adulte aux traits inquiétants. A cause de leur minimalisme, les titres du deuxième acte ne correspondent pas du tout à la gravité de la situation qu’on raconte, et sont une sorte de message rhétorique et rassurant, dicté par un ordre établi, uniquement occupé à minimiser. 

Prenons des exemples. Au début, la présentation de Buddy paraît sous le titre de Politiques du Travail.
Buddy fait un travail d’esclave et lorsque les autres lui renvoient cette image, il répond par un exercice de rhétorique qui vise à masquer la réalité des faits, tout d’abord à lui-même et ensuite aux autres. C’est la barbarisation en cours actuellement dans le monde du travail globalisé. Il y a eu récemment en Italie, mais peut-être aussi ailleurs, une campagne de recrutement de Mc Donald, un exemple très clair pour expliquer le sens du travail intérimaire. Les affiches montraient des visages souriants de jeunes employés et en dessous de chacun on lisait « futur avocat, futur ingénieur », etc. Ce qui voudrait dire que Mc Donald ne vous promet aucun avenir, et d’ailleurs, qui voudrait d’un avenir chez Mc Donald ? Ce qui n’est pas dit c’est que Mc Donald propose une paie minable et un contrat de six mois, et je doute fortement qu’après une journée de travail chez McDo, on ait suffisamment d’énergie pour mener à bien des études d’avocat ou d’ingénieur. 

Un autre exemple : « Les idéaux là et tout de suite ».
Le thème est incarné par Magda, qui fait des études d’ingénieur seulement pour suivre le désir de ses parents et qui calcule la date probable de leur mort afin d’acquérir sa liberté. C’est l’écart avec ce raisonnement tordu selon lequel dans l’attente d’un avenir meilleur, la réalpolitik suggère d’accepter un présent basé sur le compromis. Sauf qu’après on s’aperçoit que ce que l’on pensait être transitoire se révèle définitif et que la vie est passée dans l’attente d’une occasion qui ne s’est pas présentée. 

« Révolution et nouvelles techniques de lutte politique ».
C’est évidemment un dialogue parodique entre deux personnages, l’un intégré et l’autre animé par un élan révolutionnaire, dominé par l’envie de tout fracasser, mais sans un dessin politique précis. C’est peut-être le moment le plus triste de toute la pièce. C’est l’image des émeutes de Los Angeles, de la révolution argentine, où la population est descendue dans les rues pour manifester, en frappant les cuillères sur les marmites vides, mais personne n’avait dans la tête une véritable alternative politique. 

Quel est le sens de la politique pour ta génération ?
Je précise que je n’ai pas envie de parler au nom de ma génération, entre autre parce que je crains que mes copains et moi n’en soyons qu’un échantillon statistiquement peu représentatif. Je crois qu’il y a actuellement un véritable problème de reconnaissance. Beaucoup de citoyens, et pas seulement ceux de ma génération, ne se reconnaissent plus dans la politique traditionnelle et aujourd’hui, les mouvements contre la globalisation recherchent d’autres lieux et d’autres manières de faire de la politique. Les associations de volontariat sont souvent la réponse à cette envie retrouvée de faire la politique. Mais ce qu’on ressent est le manque d’un projet. Même l’âme verte et écologiste de l’Europe ne bouge qu’à l’intérieur des catégories économiques propres à l’économie de l’exploitation. Au fond, l’Europe ne se différencie des Etats-Unis que par sa timidité, par moins d’arrogance, par un reste de culpabilité, dû, peut-être, à son passé colonialiste. Mais on n’en est pas encore à une inversion de la tendance capitaliste, celle qui mesure les paramètres de Maastricht en terme de croissance du PIB (produit intérieur brut), alors que l’objectif de l’économie mondiale devrait être la réduction du PIB. Je comprends que la crise du marché de l’automobile engendre le chômage, mais en arriver à souhaiter l’expansion perpétuelle du marché de l’automobile nous amènera tout droit à la catastrophe, et pas uniquement à la catastrophe de l’environnement. Je n’ai pas de recettes, je constate seulement le manque d’une idée politique alternative. 

Comment Gênes 01, la commande de la pièce ensuite représentée au Royal Court, est-elle née ?
J’étais en contact avec le Royal Court depuis le stage, et la commande m’a été faite dans le cadre d’une initiative conjointe entre le Royal Court et l’association Human Rights Watch, une sorte d’Amnesty International qui, à cause des violences du G8, avait inscrit l’Italie dans la liste des six pays du monde où il y avait violation des droits de l’homme. Ils ont donc fait une commande d’écriture à un écrivain pour chacun des six pays en question. Gênes 01 est née comme ça, et de toute façon c’est une pièce qui vient après Peanuts et qui retrace les jours du G8 sur le style sec du théâtre-enquête, tel un reportage journalistique. 

Tu étais à Gênes pendant le G8 ?
Non, j’étais à Paris, et le premier jour du G8 j’étais à Londres, au Royal Court, où, en discutant avec un metteur en scène auquel je rendais visite, je disais qu’à Gênes il allait y avoir un gros bordel. Il n’était pas difficile de le prévoir, vu comment les choses avaient été mises en place : la ville militairement occupée par les forces de l’ordre, les huit chefs d’Etat enfermés comme dans une forteresse assiégée, des barricades partout qui encerclaient le centre d’une ville fantôme, et enfin le bruit des hélicoptères en permanence au-dessus de nos têtes… J’avais plein de copains à Gênes et j’étais en contact avec eux pour savoir comment les choses se passaient. 

Quel est le sens du théâtre pour toi ?
C’est un moyen pour communiquer, c’est une occasion pour partager les joies et les douleurs, les pensées et les émotions dans un lieu public.

Extrait d’un entretien réalisé par Alessandro Tinterri
pour le site www.drammaturgia.it
traduction : Valentina Fago

Gêne 2001 de Fausto Paravidino

Présentation de la pièce par un jeune metteur en scène Victor Gauthier-Martin qui l'a montée en 2007


Et aussi:
http://www.youtube.com/watch?v=5WKWO1CL--E

http://www.theatre-contemporain.net/spectacles/Genes-01-2527/ensavoirplus/

Une étude de la pièce: http://www.mediazioni.sitlec.unibo.it/images/stories/PDF_folder/document-pdf/15-2013/boula%20de%20mareuil.pdf

A écouter en version radiophonique par les élèves du TNS:
http://fictions.franceculture.fr/emission-fictions-theatre-et-cie-genes-01-de-fausto-paravidino-2011-05-01.html#

Compte rendu de la réunion de préparation du bac théâtre ( spe)

1.Ecrit ( 3h30 coefficient 3)  aura lieu le vendredi 20 juin l’après-midi: seront valorisée les copies qui font une introduction centrée sur la problématique du sujet, pas seulement présentation de l’œuvre mais bien présentation de la problématique ( 2 points)
Analyse des documents ( 8 points)
Projet personnel (8 points) doit découler de l’analyse des documents
Qualité du style et correction de la langue (2 points)
Seront valorisées les copies qui organisent leur réflexion de façon subtile, qui font la preuve de connaissances précises des textes et des représentations, qui seront créatives dans le cadre du sujet proposé.
Le barème peut changer en fonction des sujets, il est établi en commission d’entente juste avant les corrections.

2.Oral :  aura lieu les jeudi et vendredi 26 et 27 juin
Préparation 30 mn
-Une prestation scénique  de 15 mn notée sur 12: un extrait de l’une des trois œuvres au programme choisi par le jury en fonction de votre carnet de bord. Le jury peut en discuter avec vous mais n’est pas censé vous laisser choisir la scène que vous souhaitez présenter.
Après votre jeu, discussion sur ce que vous avez fait et proposition éventuelle de re-jeu ou d’autres exercices en rapport avec votre prestation.
-Un entretien de 15 mn sur 8 points qui s’appuie sur deux documents : la fiche pédagogique rédigée par le professeur et présentant les projets menés sur les trois œuvres en accord avec les intervenants  ainsi que les spectacles vus dans l’année et le journal de bord de l’élève dans lequel figure : le travail personnel du candidat, son parcours de spectateur et de comédien, son point de vue réflexif et critique sur un aspect du travail de l’année qu’il aura souhaité approfondir.
Précision sur le journal de bord individuel et les documents à présenter au jury :
Le journal de bord  n’est pas un journal intime puisqu’il est destiné au jury de l’examen, il ne doit pas se contenter de décrire ce qui a été fait dans chaque séance, il doit montrer votre réflexion sur ce qui est proposé, sur votre rôle, sur votre scène, sur le projet artistique du groupe ; il doit rendre compte de votre évolution dans les apprentissages, de votre capacité à réfléchir sur votre pratique et sur le fonctionnement de la création théâtrale.
Il doit montrer le lien que vous faites entre les spectacles vus et votre propre travail. A la fin du travail sur une œuvre du programme, il est bon que vous fassiez un bilan qui permette au jury d’avoir un accès rapide à la synthèse de votre réflexion.
Le journal de bord devra contenir trois analyses de spectacle complètes sur des spectacles vus dans l’année de terminale mais les autres spectacles vus doivent être mentionnés dans le carnet de bord de façon plus succincte : on peut mentionner seulement la scénographie, l’éclairage, le son, le travail des acteurs, donner son opinion argumentée sur le spectacle, analyser une photo de plateau, un programme etc.
Le journal de bord devra contenir aussi une trace de votre sujet d’approfondissement. S’il n’est pas de type dissertatif (recherche sur une problématique développée à l’écrit) – maquette, costume, film etc- sa présentation écrite et des photos doivent figurer dans le journal de bord. L’objet en lui-même sera présenté en vrai lors de l’examen mais le jury doit en avoir pris connaissance au préalable.
Le journal de bord devra être rendu en deux exemplaires : l’original où vous êtes libres de sa forme, du cahier choisi, du papier, de l’organisation ( avec sommaire pour faciliter la lecture du correcteur), de la calligraphie. (L’on vous conseille même de faire preuve de créativité.) et un duplicata numérisable, photo copiable  qui  permette une lecture de l’essentiel par le jury à distance.

Les deux sont à rendre le 2 juin au plus tard, les documents devant être dans les centres d’examen au plus tard le 6 juin car les correcteurs ont toute latitude pour venir les consulter avant l’oral.

samedi 15 février 2014

Sujets sur le thème de "bébé" (Feydeau)

Sur le site de collègues du Nord des propositions de sujets:
http://theatre-en-nord.jimdo.com/oeuvres-au-programme/feydeau/b%C3%A9b%C3%A9-s/

http://patatheatre.wordpress.com/oeuvres-etudiees/un-fil-a-la-patte-on-purge-bebe-feydeau/differentes-representations-de-toto-dans-on-purge-bebe/






article de Daniel Loayza, dramaturge à l'Odéon

L’art d’oublier : Cendrillon selon Pommerat

Que sait-on de Cendrillon ? En France, la plupart des adultes non prévenus que l’on invite à 
consulter   leurs   souvenirs   songent   spontanément   à  une   version   du   conte   assez   proche   de   celle   que propose   Charles   Perrault   (la   variante   des   frères   Grimm,   beaucoup   plus   sombre,   est   généralement ignorée). Il était donc une fois une demoiselle persécutée par une marâtre et secourue par une bonne fée,   qui   lui   ouvre   les   portes   d’un   bal   princier.   Les   deux   filles   de   la   marâtre   cherchent   alors   à   la  supplanter   pour   épouser   le   prince   charmant.   Mais   grâce   à   une   pantoufle   de   verre   (ou   de   vair),  opportunément perdue sur le perron du château et qui sert au héros de signe de reconnaissance pour  trouver, comme on dit, chaussure à son pied, tout est bien qui finit bien par un mariage d’amour et beaucoup d’enfants. Tel est à peu près le matériau de mémoire collective auquel Pommerat choisit de se confronter. Ainsi résumé, le récit semble n’avoir d’autre objet que de satisfaire un désir naïf : à une
réalité sinistre succède en fin de compte un bonheur bien mérité, et qui est censé racheter toutes les  souffrances endurées jusque-là. Tout paraît simple jusqu’à la mièvrerie. La belle-mère est méchante, sa victime est gentille, il y a donc injustice flagrante – mais la justice, avec un peu de magie blanche, finit toujours par triompher... Voilà sans doute de quoi faire un dessin animé, mais comment et pourquoi y trouver matière à théâtre ?
Une telle Cendrillon, si l’on poussait à bout la logique de son personnage, serait on ne peut plus passive. Pareille à un pion dans la partie que se livrent à distance les deux figures réellement agissantes dans son histoire, brutalisée et spoliée par sa belle-mère, transportée et rhabillée somptueusement par sa marraine, elle n’aurait en somme qu’à tendre le pied pour enfiler sa pantoufle et le tour serait joué. 
Mettons que tel soit bien le cas : qu’est-ce qu’une telle passivité pourrait nous raconter ? Au pire, que le destin des jeunes filles consisterait à se laisser faire, à prendre leur mal en patience et à placer leurs espoirs dans l’intervention quasi surnaturelle qui leur offrira une planche de salut matrimoniale (mais qui voudrait encore d’une telle lecture aujourd’hui ?). Au mieux, que sous l’apparente passivité de l’héroïne se cache en fait une force qui progresse et mûrit sourdement à l’insu même de celle qui l’abrite – la force qui fait tenir bon dans les épreuves et qui pousse tout enfant à grandir, à trouver la voie de son autonomie, bref, à se réaliser en tant que personne. Dans le premier cas, la passivité de Cendrillon est à 
prendre au pied de la lettre et n’est que le signe de sa soumission à un certain rôle que lui propose la société, ou qu’elle lui impose comme destin. Dans le second, cette passivité est plus apparente que réelle ; sous sa surface anodine se prépare une métamorphose qui est aussi une libération.

Le succès durable d’un conte tel que  Cendrillon  s’explique peut-être par le fait que ces deux lectures, en apparence incompatibles, soient pourtant coprésentes tout au long du récit. Comme l’écrit un philosophe que Pommerat a lu de près, si le conte sert sans doute à procurer les plaisirs naïfs de la confirmation et de la compensation, il travaille aussi à formuler “quelque chose qui a trait à la condition humaine, à la manière dont la question d’être soi est liée à la nécessité d’occuper une place dans les processus biologiques et culturels qui assurent la succession des générations.” D’un côté, les contes
renforcent un certain conformisme ; mais de l’autre, ajoute François Flahault, ils “insistent sur le fait que nous ne pouvons être tout pour une seule personne, que nous ne saurions être à elle et à elle seule. 
Ils montrent que la pluralité des liens humains, tout en étant nécessaire et souhaitable, introduit en nous une division que la réalisation de soi, si accomplie soit-elle, ne peut effacer. Comment l’enfant – un être d’abord rivé à la génération qui le précède – parvient-il à se détourner de celle-ci pour prendre sa place d’homme   ou   de   femme   parmi   ses   contemporains   ?   C’est      une   question   sur   laquelle   les   contes reviennent sans cesse […]” (La Pensée du conte, p. 9). Si naïfs qu’ils puissent paraître, les grands récits traditionnels se tiennent ainsi sur une mince ligne de crête. D’une part, ils peuvent servir à consoler (sinon toujours à aveugler) en répétant et renforçant la satisfaction illusoire de désirs plus ou moins infantiles (de vengeance, de reconnaissance, de toute-puissance, etc.). De l’autre, ils font au contraire éprouver que cette satisfaction n’est qu’un masque, le signe superficiel que s’est achevé un lent et secret
processus de conquête de soi.  Cendrillon  ne se réduit donc pas à une simple conversion féerique du malheur en bonheur : le renversement qui s’y opère conduit aussi d’un état passif, aliéné ou dépendant, à un état de liberté où l’héroïne, en reprenant l’initiative, accède à son propre charme et peut enfin rejoindre la vie qui lui est due.
Entre légèreté du plaisir et poids d’un apprentissage, l’un n’allant pas sans l’autre, le conte trace sa voie. Mais comment, de nos jours, concilier ces deux faces, comment équilibrer leurs rapports  ?
Comment arracher le conte à ses figures aujourd’hui datées, à ces rôles trop vite distribués que sont les princes   charmants   et   les   jolies   princesses,   et   comment   éviter   d’exploiter   à   son   tour   les   filons   de merveilleux   dont   toute   une   industrie   de   la   distraction   tire   aujourd’hui   son   étourdissante   matière première ? Pommerat veille d’abord à arracher le conte à l’usure qui le guette. Pour cela, il remet à l’épreuve tous ses rouages, ceux-là précisément que la mémoire collective a renoncé à interroger. Il ne doit plus aller de soi que le prince soit charmant, ni que la fée soit bonne, douce ou polie (et si la souillon est sale, c’est d’une saleté superlative et on ne peut plus concrète…). Toutes les facilités de l’intrigue ont ainsi vocation à être ébranlées, surtout si elles ouvrent trop vite la voie à une interprétation conformiste
et rassurante à peu de frais. Cette refonte de certains éléments traditionnels peut évidemment donner lieu à d’amusantes surprises : même la fameuse pantoufle, et son célèbre matériau, sont retouchés par Pommerat dans cette perspective (c’est d’ailleurs presque tout le spectacle qui est ainsi animé d’une belle verve comique). Mais cette réinvention vise moins, au fond, à ironiser ou moderniser la fable qu’à réintroduire  de   la  distance    c’est-à-dire  du  jeu,  à  tous  sens du  terme  – entre  les  éléments  qui la composent, de façon à redonner de l’acuité et de la souplesse aux questions qu’elle permet de poser.
Ces questions, chez Pommerat, n’ont rien de spécialement “moderne”, car elles sont d’abord celles des enfants eux-mêmes. Ce n’est certainement pas un hasard s’il a choisi jusqu’ici de ne recréer que des contes dont les héros sont des enfants, et si, dans les trois cas, les intrigues se nouent dans le cadre de la famille ou de ce qui en tient lieu : qu’il s’agisse du Petit Chaperon rouge, de Pinocchio ou de Cendrillon, un être se découvre pris entre l’asile précaire, fragile, de la communauté humaine qui l’a vu venir au monde et ce monde lui-même qui l’attend au-delà du seuil, séduisant, dangereux – nécessaire.
L’enfant selon Pommerat est le sujet de cette découverte première qu’il n’y a pas d’abri absolument sûr,  que tôt ou tard, il faudra être exposé au dehors. Tous les enfants ont été jetés dans le monde  ; tous, un jour ou l’autre, y ont affronté de plein fouet des expériences énigmatiques et parfois terribles. Face aux questions qu’elles soulèvent, chacun prend ses soutiens où il peut, c’est-à-dire d’abord à l’endroit même où il se trouve, fût-ce sur les grands chemins ou au fond des forêts sombres où les loups rôdent. On ne peut grandir qu’à ce prix. Et c’est parce que les enfants se mesurent franchement à leurs interrogations qu’ils sont aussi passionnément attachés aux réponses qu’ils leur découvrent. Le manque, l’absence, la perte, le silence – la mort – sont comme des fissures par où le sens menace de fuir. Les enfants essaient de comprendre, même de travers, de comprendre vraiment – c’est-à-dire sans se contenter de répondre comme on bouche un trou. Ainsi de Cendrillon ; ainsi de ses spectateurs. Par la voie du symbole, les contes (il n’est pas question ici de leurs versions édulcorées et mercantiles) ramènent leur auditoire adulte au sentiment profond, originel, de ces risques et de ces vertiges du premier âge.
Mais ce n’est pas tout : après Le Petit chaperon rouge et Pinocchio, Pommerat choisit à nouveau de partir d’un canevas que tous connaissent, alors qu’il aurait pu préférer s’inspirer d’une version rare d’un récit traditionnel peu connu. Pourquoi ? La comparaison avec l’autre versant de son travail est ici instructive. Dans ses textes pour adultes, Pommerat invente en effet des fictions à partir de données d’apparence   réaliste   que   les   spectateurs   sont   censés   ignorer ;   ces   fictions   sont   présentées   selon   des processus complexes (violation de lois logiques, brouillage des frontières et l’onirique et le quotidien, ellipses ou inversions temporelles, superposition de points de vue…) qui subvertissent ou troublent le statut « réel » des événements. Or dans ses textes dits « pour enfants », la polarité de l’écriture semble en quelque sorte inversée : tandis que les règles narratives sont relativement simples et directes (même si le « narrateur » peut s’avérer si paradoxal qu’il en devient impossible à localiser), ce sont cette fois-ci les matériaux mêmes de la fable qui sont subtilement gauchis – et s’ils peuvent l’être, c’est précisément  parce qu’ils sont supposés connus de tous.

D’un   côté,   donc,   un   art   de   l’invention,      forme   et   fond   se   dévoilent   progressivement   et réclament d’être à chaque fois redécouverts par le public à nouveaux frais. De l’autre, un art de la variation, où la nouveauté s’apprécie dans les écarts qui séparent deux versions d’une même fable : celle que propose l’artiste, celle qui hante notre mémoire collective. De même les premiers tragiques grecs, en élaborant leurs oeuvres, ne visaient pas tant à créer ex nihilo une intrigue originale qu’à agencer de façon   éclairante   et   suggestive   (voire,   parfois,   provocatrice)   des   événements   dont   la   teneur   globale constituait un bien culturel commun. Pommerat retrouverait donc ici un mode de composition très
ancien, à l’origine de la tradition théâtrale en Occident… Mais qu’il le fasse d’instinct ou de propos délibéré, peu importe. Tout ce qui compte en l’occurrence, c’est la profondeur et la diversité des contrats qu’il noue avec tous ses spectateurs, jeunes ou non ; contrats qui nourrissent et informent la substance même de son écriture tout en conférant aux problèmes qu’il suggère leurs qualités si éminemment théâtrales.

Quelles sont donc les questions que pose ou se pose Cendrillon ? Pour les dégager, Pommerat est parti d’intuitions matérielles (la cendre, le verre  – et comme un étrange flottement de lumière sombrement tangible, un espace clos qui hésiterait entre l’excès et le manque de fenêtres, tel que sait lui donner corps Eric Soyer). Et il a relevé un détail : avant même de devenir une enfant maltraitée, la malheureuse est orpheline. Or le décès maternel est une donnée que Perrault se borne à signaler dès la première phrase, pour ne plus jamais y revenir. Qu’est-ce que cette disparition de la mère a pu signifier pour sa fille ? C’est comme si Pommerat avait voulu restituer à Cendrillon la mémoire de cette perte que le conte passe quasiment sous silence, pour nous y donner à déchiffrer le vrai moteur de son destin.
On s’en voudrait de dévoiler ici aux spectateurs quel lien le dramaturge invente entre cette lourde mémoire et la prétendue “passivité” de son personnage, qu’il réinterprète à la lumière de ce fardeau (et qui fait d’elle une petite soeur d’Estelle, l’héroïne de Ma Chambre froide : comme dit la belle-mère, “on dirait pas comme ça, mais elle sait ce qu’elle veut cette gamine !”). Notons simplement ceci – rarement le travail du deuil aura si bien mérité son nom. Pour bien grandir, il faut se laisser rêver ; et comme pour rêver il faut du temps et de la place, il faut aussi savoir oublier. Pour peu qu’on y consente, on peut se souvenir autrement. Dès lors, et par surcroît, le passé peut revenir – et c’est alors, comme par magie, que nous pouvons enfin l’entendre.

Daniel Loayza

entretien avec Eric Soyer, scénographe de Cendrillon



Un Entretien avec Éric Soyer, scénographe de la compagnie Louis Brouillard, réalisé le 8 février 2008.


Éric Soyer a rejoint Joël Pommerat au Théâtre de La Main d’Or et a réalisé la scénographie de
tous ses spectacles.

La scénographie des spectacles de Joël Pommerat est extrêmement particulière et tient une place considérable  dans le spectacle. Comment la définiriez-vous ?
Éric Soyer – La scénographie dans les spectacles de Joël a pour but de mettre l’espace en mouvement. Elle procède par la création d’un espace vide. Il s’agit de fabriquer une boîte dans laquelle on oublie le théâtre et où tout devient possible au niveau de l’imaginaire. On s’attache à faire disparaître les limites du lieu où l’on inscrit la représentation. C’est une boîte de lumière qui permet de créer des tensions dans l’espace. Il s’agit plus d’un art chorégraphique au départ : la place des corps et leur mouvement dans l’espace. Joël a l’art de poser les corps dans l’espace. Ses mises en place sont extrêmement précises. La lumière se fait en même temps et vient proposer ou soutenir ces tensions. C’est une partition qui se décline sur plusieurs niveaux de sens : sensoriel, sonore, visuel pour rendre les choses intelligibles sur le plan de l’émotion.

[…]
Joël Pommerat a tenu à se démarquer fortement de cette étiquette de « travail cinématographique » dont une 
partie de la presse l’a affublé.
E.S. – On n’utilise pas directement des procédés de cinéma, on les retranscrit. On utilise la notion de découpages   :   flashbacks,   séquençages,   ellipses   de   temps,      Par   exemple,   on   saisit   des   gens   en mouvement à l’apparition de l’image ce qui demande d’imaginer ce que l’on n’a pas vu. Le son est un  élément aussi volatile que la lumière. Très souvent le son vient poursuivre en écho le travail sur la lumière   et  inversement.   La   perception   de   l’un   est   totalement   modifiée   par   l’autre.   Ce   sont   deux  matières complémentaires qui transportent le spectateur en un quart de seconde. On écrit une partition  avec des ingrédients : notes, rythme, on prolonge une image par les sons, ou bien on fait en cut, on fait disparaître en net, ou au contraire en flou, lentement. Dans Pinocchio qui dure environ une heure dix, on transporte instantanément le spectateur dans de nombreux lieux différents, intérieurs et extérieurs, à l’école, au cirque, dans le ventre de la baleine, sans aucune des lourdeurs du « changement de décor ».  L’agencement des séquences vise à créer une rythmique, une partition.