mercredi 17 décembre 2014

Quatre émissions sur Ariane Mnouchkine ( France Culture)

Pour fêter les 50 ans du théâtre du Soleil, France Culture invite Ariane Mnouchkine dans quatre émissions passionnantes.
Emission du lundi 15 décembre

Première d'une série de quatre émissions en compagnie d'Ariane Mnouchkine, metteur en scène, fondatrice et directrice du Théâtre du Soleil. Une première émission autour de ses débuts et de l'idée de transmission

C'est dans son "lieu de travail, de vie", la Cartoucherie, qu'elle reçoit. Plus précisement dans la bibliothèque, surnommée "le temple", qui sert aussi de refuge... "Même dans une bibliothèque pas très grande, il y a virtuellement tous les trésors du monde". A titre personnel, Robinson, le Capitaine Fracasse, Victor Hugo... furent ses premières lectures marquantes.
Elle raconte son enfance, pendant la Seconde Guerre Mondiale. "Les traumatismes se sont abattus sur la partie adulte de la famille, pas sur moi. J'ai eu de la chance..."
Son père, le producteur Alexandre Mnouchkine, était inquiet à l'idée de la voir faire du théâtre. "Les artistes ont peur de ce monde pour leurs enfants (...) Malgré tout il m'a énormement aidée..."
Il la pousse à partir pour Oxford : "un des plus beaux cadeaux qu'il m'ait  fait". C'est là, en faisant du théâtre universitaire avec Ken Loach, qu'elle comprend qu'elle veut en vivre. "Je l'ai su un jour, comme ça, pendant une répétition de Coriolan. Le coup de foudre..."
Un autre moment marquant :  "Arlequin, serviteur de deux maitres" de Giorgio Strehler. "C'était comme la statue du théâtre lui-même...".
Elle nous parle du concept de maitre. "Un maitre c'est celui qui veut, au fond, que son éléve le quitte (...) Un chef de troupe ne veut pas qu'on le quitte (...) Si je pouvais garder tout le monde, je garderais tout le monde..."
"Ce moment de répétition où tout est possible, où on peut être autre, créer un monde..."
Le théâtre du Soleil a eu la chance de bénéficier de l'esprit de la Libération. "On croyait en nous, on nous attendait..." Elle aimerait qu'il en soit de même pour la jeunesse actuelle : "on ne lui parle pas de sa responsabilité, de toute la part qui lui revient, de tout ce qu'elle a à faire, on ne lui raconte que ce qu'elle a à subir (...) Le venin du désenchantement et donc de l'égoïsme individualiste (...) est un mensonge..."
"Nous devons recommencer à éduquer nos enfants au courage et à la confiance. On se trompe beaucoup plus souvent quand on ne pas fait confiance que quand on fait confiance..."

"L'essence même du théâtre c'est la poésie faite chair (...) C'est aussi le mystère (...) Le théâtre peut, doit souvent raconter des choses abominables..."
Quand elle reçoit des jeunes, elle attend de l'émotion. "Qu'ils sachent que cela leur appartient. Qu'ils ont en eux cette beauté, même si cela va s'exprimer différemment dans leur vie..."
Ariane Mnouchkine aimerait toucher tout le monde, dans la tradition de Jean Vilar. "Quand j'ouvre la porte le soir, j'ai la même émotion de les voir arriver..."
L'éducation, l'idée d' "égalité d'expression", la lecture, closent ce premier entretien...

mardi 16 décembre 2014

L'acteur Marlon Brando

Pour vous expliquer la puissance de désir que peut créer un acteur, Patrice vous a donné l'exemple de Marlon Brando.Voici un excellent documentaire sur cet acteur incroyable Marlon Brando un acteur nommé désir à regarder pendant une semaine.Marlon Brando a été formé selon la méthode de Stanislavski mais il est entré dans l'école presque par hasard.

Le thème de la nourriture dans le spectacle vivant ( 2nde enseignement d'exploration)

Un petit écho au projet Délice du début d'année, le chorégraphe Boris Charmatz a intitulé sa nouvelle pièce présentée au festival d'Automne à Paris Manger. Les danseurs se sont interrogés sur notre façon de manger, sur l'importance de la nourriture, sur le rapport que nous avons avec elle et cela a donné lieu à une performance assez déroutante pour le public dont vous pouvez voir un extrait

"nous mangeons couché nous dormons debout nous digérons les informations nous dansons la bouche pleine nous chantons en mâchant nous mâchons en marchant nous dansons en pensant en chantant en avalant nous attaquons le mouvement à partir de la bouche des lèvres des doigts que nous suçons des pieds qui touchent la nourriture au sol la danse est du palais la danse est des dents la danse est de la langue nous enlevons table et chaises et nappe nous enlevons le rituel du repas nous imaginons une sorte de repas en mouvement nous mangeons tout nous mangeons de tout tout le temps longue chaîne de nourriture passées de bras en bras la nourriture disparaît dans les corps le décor devient invisible la chorégraphie des gens devient aussi la chorégraphie des aliments qui traversent l'espace puis le corps par l'intérieur l'essentiel est enfoui dans la gorge nous ne voulons pas mourir étouffé nous faisons la grève de la faim notre corps devient un objet de grève nous avalons le message nous avalons le réel nous digérons les conflits un enfant mange en dansant"
notes (extrait), Boris Charmatz

Une analyse critique de cette chorégraphie

Une autre proposition canadienne: Cuisine et confessions

Projet Lampedusa article dans L'Alsace

Un petit article dans le journal local avec une photo

samedi 13 décembre 2014

Interview d'Ariane Mnouchkine sur France Inter

Emission L'Humeur Vagabonde consacrée à Ariane Mnouchkine




Le Rire de Bergson ( pour réfléchir au théâtre de Feydeau)

Petit clin d'oeil à Hélène et aux terminales de spécialité.
L'ouvrage du philosophe peut se lire en ligne
Un blog philo qui résume le livre

Extrait du chapitre 2


"Un homme, qui courait dans la rue, trébuche et tombe : les passants rient.
On ne rirait pas de lui, je pense, si l’on pouvait supposer que la fantaisie lui est
venue tout à coup de s’asseoir par terre. On rit de ce qu’il s’est assis involon-
tairement. Ce n’est donc pas son changement brusque d’attitude qui fait rire,
c’est ce qu’il y a d’involontaire dans le changement, c’est la maladresse. Une
pierre était peut-être sur le chemin. Il aurait fallu changer d’allure ou tourner
l’obstacle. Mais par manque de souplesse, par distraction ou obstination du
corps, par un effet de raideur ou de vitesse acquise, les muscles ont continué
d’accomplir le même mouvement quand les circonstances demandaient autre
chose. C’est pourquoi l’homme est tombé, et c’est de quoi les passants rient.
Voici maintenant une personne qui vaque à ses petites occupations avec
une régularité mathématique. Seulement, les objets qui l’entourent ont été
truqués par un mauvais plaisant. Elle trempe sa plume dans l’encrier et en
retire de la boue, croit s’asseoir sur une chaise solide et s’étend sur le parquet,
enfin agit à contresens ou fonctionne à vide, toujours par un effet de vitesse
acquise. L’habitude avait imprimé un élan. Il aurait fallu arrêter le mouvement
ou l’infléchir. Mais point du tout, on a continué machinalement en ligne
droite. La victime d’une farce d’atelier est donc dans une situation analogue à
celle du coureur qui tombe. Elle est comique pour la même raison. Ce qu’il y
a de risible dans un cas comme dans l’autre, c’est une certaine raideur de
mécanique là où l’on voudrait trouver la souplesse attentive et la vivante
flexibilité d’une personne. Il y a entre les deux cas cette seule différence que
le premier s’est produit de lui-même, tandis que le second a été obtenu artifi-
ciellement. Le passant, tout à l’heure, ne faisait qu’observer ; ici le mauvais
plaisant expérimente.
Toutefois, dans les deux cas, c’est une circonstance extérieure qui a
déterminé l’effet. Le comique est donc accidentel ; il reste, pour ainsi dire, à la
surface de la personne. Comment pénétrera-t-il à l’intérieur ? Il faudra que la
raideur mécanique n’ait plus besoin, pour se révéler, d’un obstacle placé
devant elle par le hasard des circonstances ou par la malice de l’homme. Il
faudra qu’elle tire de son propre fonds, par une opération naturelle, l’occasion
sans cesse renouvelée de se manifester extérieurement. Imaginons donc un
esprit qui soit toujours à ce qu’il vient de faire, jamais à ce qu’il fait, comme
une mélodie qui retarderait sur son accompagnement. Imaginons une certaine
inélasticité native des sens et de l’intelligence, qui fasse que l’on continue de
voir ce qui n’est plus, d’entendre ce qui ne résonne plus, de dire ce qui ne
convient plus, enfin de s’adapter à une situation passée et imaginaire quand on
devrait se modeler sur la réalité présente. Le comique s’installera cette fois
dans la personne même : c’est la personne qui lui fournira tout, matière et
forme, cause et occasion. Est-il étonnant que le distrait (car tel est le person-
nage que nous venons de décrire) ait tenté généralement la verve des auteurs
comiques ? Quand La Bruyère rencontra ce caractère sur son chemin, il
comprit, en l’analysant, qu’il tenait une recette pour la fabrication en gros des
effets amusants. Il en abusa. Il fit de Ménalque la plus longue et la plus minu-
tieuse des descriptions, revenant, insistant, s’appesantissant outre mesure. La
facilité du sujet le retenait. Avec la distraction, en effet, on n’est peut-être pas
à la source même du comique, mais on est sûrement dans un certain courant
de faits et d’idées qui vient tout droit de la source. On est sur une des grandes
pentes naturelles du rire.
Mais l’effet de la distraction peut se renforcer à son tour. Il y a une loi
générale dont nous venons de trouver une première application et que nous
formulerons ainsi : quand un certain effet comique dérive d’une certaine
cause, l’effet nous paraît d’autant plus comique que nous jugeons plus natu-
relle la cause. Nous rions déjà de la distraction qu’on nous présente comme un
simple fait. Plus risible sera la distraction que nous aurons vue naître et
grandir sous nos yeux, dont nous connaîtrons l’origine et dont nous pourrons
reconstituer l’histoire. Supposons donc, pour prendre un exemple précis,
qu’un personnage ait fait des romans d’amour ou de chevalerie sa lecture
habituelle. Attiré, fasciné par ses héros, il détache vers eux, petit à petit, sa
pensée et sa volonté. Le voici qui circule parmi nous à la manière d’un
somnambule. Ses actions sont des distractions. Seulement, toutes ces distrac-
tions se rattachent à une cause connue et positive. Ce ne sont plus, purement et
simplement, des absences ; elles s’expliquent par la présence du personnage
dans un milieu bien défini, quoique imaginaire. Sans doute une chute est
toujours une chute, mais autre chose est de se laisser choir dans un puits parce
qu’on regardait n’importe où ailleurs, autre chose y tomber parce qu’on visait
une étoile. C’est bien une étoile que Don Quichotte contemplait. Quelle
profondeur de comique que celle du romanesque et de l’esprit de chimère ! Et
pourtant, si l’on rétablit l’idée de distraction qui doit servir d’intermédiaire, on
voit ce comique très profond se relier au comique le plus superficiel. Oui, ces
esprits chimériques, ces exaltés, ces fous si étrangement raisonnables nous
font rire en touchant les mêmes cordes en nous, en actionnant le même méca-
nisme intérieur, que la victime d’une farce d’atelier ou le passant qui glisse
dans la rue. Ce sont bien, eux aussi, des coureurs qui tombent et des naïfs
qu’on mystifie, coureurs d’idéal qui trébuchent sur les réalités, rêveurs
candides que guette malicieusement la vie. Mais ce sont surtout de grands
distraits, avec cette supériorité sur les autres que leur distraction est systéma-
tique, organisée autour d’une idée centrale, — que leurs mésaventures aussi
sont bien liées, liées par l’inexorable logique que la réalité applique à corriger
le rêve, — et qu’ils provoquent ainsi autour d’eux, par des effets capables de
s’additionner toujours les uns aux autres, un rire indéfiniment grandissant." 


Le Projet Délices au Salon du livre par ceux qui l'ont vécu.

Au début de l'après-midi ''Délices'' , nous étions tous un peu en retrait , en distance par rapport à l'auditoire. En fait, sans vouloir l'avouer , nous avions peur , étions angoissés parce que nous n'avions jamais fait ça auparavant. Puis , petit à petit , nous avons pris nos aises et l'adresse directe devint plus facile, les personnes étaient pratiquement toujours intéressées  par nos poèmes mais aussi  par notre parcours. Nous avons fait de très belles rencontres, avec un poète/chanteur mais aussi avec un groupe de jeunes , auteurs/dessinateurs d'un journal poétique ''le Jelly Rodger'', plus accessible, humoristique et intéressant que nous aurions pu le croire.
   J'ai vraiment adoré cette expérience car c'était à la fois instructif d'un point de vue théâtral, nous avons ''expérimenté'' l'adresse directe,nous nous sommes confrontés au regard de l'autre, ....
mais  nous avons aussi découvert le point de vue des spectateurs sur ce que nous faisons, et avons pris un plaisir à ''offrir'' nos poèmes.
Tom


Au début de cette après-midi, j'étais honnêtement loin d'être rassurée, c'était quelque chose de nouveau mais quelque chose de vraiment intéressant!  Parler aux gens est déjà quelque chose de compliqué pour moi,  et même si ça s'est arrangé, j'étais plutôt angoissée. J'ai rapidement vu qu'il n'y avait pas de quoi l'être, une très grosse majorité des personnes acceptaient avec plaisir d'entendre les poèmes. Certes, je me suis fais recalée plusieurs fois, mais ça m'a pas découragée au contraire!
Résultat, je suis vraiment heureuse et fière de l'avoir fait, et si c'était à refaire je n'hésiterais pas une seule seconde!

Marie Schilz 503

La Grâce, mise en scène Jean-Marc Eder

Mardi 9 décembre, les secondes enseignement d'exploration ont rencontré le metteur en scène Jean-Marc Eder et ses collaborateurs qui travaillent actuellement en résidence au Centre Europe sur sa prochaine création La Grâce de Michael Leewis Maclennan, un auteur canadien.

La pièce écrite en 1996 retrace, au cours d’une journée, dans une grande ville, les trajectoires de six personnages anonymes qui ont fait un pas de côté. Leurs tentatives de rencontre, leurs échanges parfois dérisoires, leurs transformations éphémères sont autant d’épisodes qui dessinent une chorégraphie urbaine autour de la recherche d’une grâce salvatrice, qui aujourd’hui s’accorde peut-être tout simplement d’homme à homme.
Le projet de mise en scène de cette pièce est né de mon envie de retrouver, au sein d’un même projet, plusieurs jeunes gens, que j’ai formés ou rencontrés en Alsace depuis mon arrivée dans cette région en 2001. Quatre d’entre eux seront là comme comédiens, et trois dans l’équipe artistique. Avec eux, entourés par des artistes plus aguerris, nous aborderons cette création avec le désir de raconter cette fresque urbaine, avec humour et légèreté dans les mots, sensualité et grâce dans les corps.
Jean-Marc Eder 


Comme par un déplacement métonymique, MacLennan passe de son titre La Grâce à une mise en jeu du verbe Sauver. La pièce pourrait être entendu comme une sorte de variation autour de cette question : Le Salut aujourd'hui, mais venant de qui ?
Il y a encore quelques dizaines d'années, dans nos sociétés occidentales, la réponse à nos angoisses était en partie fournie par la religion : Au bout du compte Dieu sauvera tous les hommes en leur accordant sa Grâce.
Mais aujourd'hui, alors que les convictions religieuses se dissolvent dans une multiplicité de possibles, alors que le rite devient coutume ou pire, prétexte au commerce, alors que le matérialisme débridé et l'individualisme aveuglé rendent l'accès à une quelconque vérité divine, absurde, qui donc peut nous sauver de la cruauté de notre réalité humaine et sociale ? Le Salut est même devenu une utopie dangereuse.
Qui plus est, Sauver induit un absolu. Car c'est Dieu qui sauve, et cela définitivement, pour l'éternité. Alors, sauver quelqu'un, n'est-ce pas, d'une part se prendre pour Dieu, et d'autre part espérer trouver une réponse définitive à notre angoisse existentielle ?
Tous les personnages de la pièce, pris dans un réseau de contraintes psychiques et sociales, sont en quête d'une solution définitive à leur incapacité de vivre. Certains espèrent un être qui apaiserait tout, d'autres cherchent un abandon total par l'errance ou la mort.
Alors MacLennan s'amuse à organiser entre eux, des rencontres fugaces, des ratages, des incompréhensions, des moments d'écoute, des rounds d'observation, des échanges dérisoires ou fulgurants, bref, tout un ensemble de situations dramatiques volontairement anecdotiques qui cartographie une sorte de chorégraphie urbaine, autour de la recherche d’une grâce salvatrice perdue.
Et finalement, au bout de la nuit, l'auteur, avec un humour léger et tendre, fait surgir pour chacun de ses personnages, une possible résolution, profondément ancrée dans ces tentatives de relation humaine, mais évidemment fugace. Une grâce temporaire d’homme à homme.

vendredi 12 décembre 2014

Le Dernier Caravansérail ( Ariane Mnouchkine)

Images sur le site du Théâtre du SoleilArticle

Présentation

Le spectacle joué par le Théâtre du Soleil mettait en scène une fresque constituée de fragments de destins, ceux d’exilés condamnés à une éternelle transhumance, une communauté d’errants appartenant à un « dernier caravansérail ». Ariane Mnouchkine, dans les décors mêmes des représentations théâtrales à la Cartoucherie, a entièrement recréé la pièce pour la caméra, restituant sa puissance poétique et émotionnelle.

Contexte de la création

À partir des témoignages d’une cinquantaine de réfugiés venus de tous les horizons, Ariane Mnouchkine et les comédiens de sa compagnie du Théâtre du Soleil ont tissé une vaste épopée sur les exilés de notre monde moderne. Ce spectacle fait entendre de nombreuses langues et se déroule sur divers points de la planète à travers une multitude de décors. Du Kurdistan à Sangatte, de l’Iran à l’Angleterre, de l’Indonésie à l’Australie, chaque fragment saisit quelques instants de destins singuliers et donne ainsi la parole aux réfugiés, aux exilés, aux sans-papiers que nous avons d’ordinaire bien du mal à entendre.
En 2003, la première partie, Le Fleuve cruel, fut suivie d’Origines et Destins, tant la matière était importante sous l’urgence des évènements.
De cette matière, en 2006, Ariane Mnouchkine recrée un spectacle pour le filmer, avec la même troupe de comédiens et dans les mêmes décors de la Cartoucherie de Vincennes.

Rodrigo Garcia, metteur en scène

Le théâtre politique de Rodrigo Garcia

C'est comme ça et faites pas chier: extrait du spectacle

Questions en vue d'un contrôle sur Théâtre et Politique( 1ère spe)

1. En quoi les  pièces que vous avez vues depuis la rentrée ont-elles une dimension politique? Est-ce vraiment le cas?
2. Pourquoi le nom de Piscator est-il associé au concept de théâtre politique?
3. Suffit-il que le thème de la pièce concerne le pouvoir ou les inégalités sociales pour que l'on puisse parler de théâtre politique?
4. Comment Brecht s'y pend-il pour tenter d'émanciper le spectateur à travers son théâtre?
5. Quel a été le rôle de Jean Vilar dans la démocratisation du théâtre?
6 .Evoquez une pièce de Camus et une autre de Sartre qui témoignent de leur engagement politique.
7. Pourquoi Augusto Boal a-t-il appelé, selon vous, sa compagnie Le Théâtre de l'Opprimé?
8.Quels sont les objectifs du Living Théâtre? Pourquoi leurs spectacles ont-ils choqué?
9.Qu'en est-il du théâtre politique aujourd'hui?

L'Enfant Sauvage au théâtre: texte de Bruno Castan

Site de la compagnie 7ème Ciel

Note d'intention de Marie Provence

L’histoire de Victor de l’Aveyron illustre comme un mythe la fascination populaire pour le sauvage, le différent, comme un élément rassurant et anxiolytique. Elle s’inscrit dans une époque transitoire, un trou vide laissé par les révolutions et les conquêtes territoriales où l’Europe explore les différents Etats politiques, au lendemain du « Discours sur l’origine de l’inégalité » de Rousseau et à l’aube de la naissance de la psychiatrie.
Les foires sont très importantes dans la culture populaire du 19e siècle. Elles présentent les découvertes scientifiques et technologiques, mais aussi la fascination pour la nature humaine dans tous ses états. On y montre des monstres humains, puis on relaye l’information dans les salons parisiens. Après la découverte d’un enfant sauvage dans la forêt de l’Aveyron qui apparaît comme un fait divers plutôt banal, le ministre décide de le faire venir à Paris. Sa venue provoque une grande excitation dans les milieux intellectuels, elle clarifie la dualité de l’inné et de l’acquis.
Pourtant, il est très vite déclaré idiot et délaissé dans un coin de l’Institut des Sourds et Muets, faute de changements immédiats au contact de la société. Son jeune directeur, le Dr Villeneuve (le Pr Itard dans la réalité), ne peut accepter cet abandon et décide de consacrer du temps à observer comment une éducation innovante, basée sur l’affection, la répétition, l’éveil aux sensations peut soigner l’aliénation et ramener petit à petit le sauvage à la normalité, celle où parler permet de communiquer, faculté qui différencie l’homme de l’animal.
François Truffaut en a fait un film, proche du rapport du Pr Itard, avec simplicité et poésie. Il y est question de cadre et la relation du cinéaste à la paternité transperce l’écran.
Ici, Bruno Castan écrit une histoire tendre, proche du conte, la présence féminine et maternelle de la bonne est plus accentuée. Le jeune spectateur assiste à la tentative d’éducation et suit l’évolution des rapports entre le docteur Villeneuve, la bonne et Victor, parsemés de petites victoires mais aussi de remises en question. Il y est plus question de parcours individuel, de recherche de langage, de communication et la pièce se rythme autour de la tendresse, de l’humour, de l’obstination mais aussi du cynisme et du désespoir.
Pourquoi monter ce texte aujourd’hui ? Parce qu’au delà de la fascination pour la découverte du langage originel et du rapport exclusif qu’un enfant peut avoir avec la Nature, il en ressort un cri d’amour, un hymne à la pédagogie, une reconnaissance pour tous ceux et celles qui cherchent les codes et les moyens de s’adapter, le plus souvent dans l’ombre, aux enfants différents, laissés sur le bas côté de la route, dans une société soucieuse de normalisation. Et parce que cette histoire, qui nous plonge dans le mythe fascinant des enfants sauvages, continue de nous questionner sur la nature humaine : Parfois ne vaut-il pas mieux l’humanité de la sauvagerie que la sauvagerie de l’humanité ?
Marie Provence, metteur en scène.

février 2013