Un blog pour les élèves des options théâtre du Lycée Camille Sée à Colmar
jeudi 10 décembre 2020
Rappel Premières: cours vendredi 11 décembre
mardi 8 décembre 2020
Des personnages entre silence et effusion
Les personnages entre silence et effusion
Pour l’auteur, la question « est-ce que je parle ou est-ce que je me tais » est au cœur de sa création.
« Il est impossible pour les personnages que je crée de parler, dit-il mais il ne leur est plus possible de se taire. Ils sont écartelés entre ces deux impossibilités et, comme tout écartèlement, c’est une torture.Les pièces que je tente d’écrire montrent jusqu’où les personnages sont capables de tenir.
Le tiraillement interne est très net dans Tous des oiseaux, où chaque personnage se voit attribuer un long monologue. Un moment le personnage ne peut plus continuer à se taire et explose, déversant sa parole dans un flux ininterrompu. Ce que l’auteur écrit, c’est une déflagration langagière qui, selon lui, crée un moment de transformation ou tout à coup les choses sortent vers l’extérieur pour devenir une étoile. Sorte de combustion lyrique, le monologue est l’espace possible d’une commotion collective, génératrice d’un lien entre les êtres.
Ce propos donne des indications pour le jeu des longues tirades: les faire jaillir comme si elles avaient été longtemps retenues. faut que ça sorte!
a) Malgré les déchirures, les ruptures, la pièce affirme le lien:
Malgré les chocs, les collisions, la quête artistique de l’auteur et celle du lien. Il s’agit de faire éprouver au public, malgré tout, le plaisir d’être ensemble. Le théâtre s’efforce de recréer une communauté perdue. Si l’auteur cherche à bouleverser le spectateur, le metteur en scène tente d’estomper les ruptures du récit. Il apporte un soin particulier à l’enchaînement des scènes et aux transitions. « Un de mes grands défis dit-il et de savoir comment je vais passer d’une scène à une autre sans que le spectateur se réveille ». Fluidité et transparence telles sont les enjeux de la représentation.
Partage d'émotions, universalité du besoin de se sentir relier aux autres.
Des passages comiques dans Tous des oiseaux?
Rires et larmes.
Pour l’auteur, le rire est une des voix qu’il adopte pour échapper au cynisme de notre temps. Dans la pièce, on est amusé devant la rationalité scientifique du discours amoureux d’Eitan, ou devant l’évocation de l’artiste contemporain qui peint des grands formats avec son sperme. Nombre de répliques de Léah provoque un effet comique, mais se déploient sur fond de mort et de déchirement entre les peuples. De ce fait, le rire est atténué, comme mis en sourdine. Les répliques de Léah font écho à une forte tradition yiddish, où l’humour est à la fois moyen de transmission et expression de la capacité de survie.
Risque de moments perçus comme vaudevillesques: propos autour de la sexualité du couple par exemple.
Contre-points humoristiques pour alléger la tension dramatique. Moments pour le jeu d'acteur cf Norah
Tous des Oiseaux, un théâtre de narration? une pièce qui s'apparente à une tragédie?
Notes du cours du jeudi 3 décembre 2020.
1.
L’auteur aime raconter des histoires. Ce désir lui a valu
certaines réactions qui l' ont amené à s’interroger sur le rapport que le
théâtre entretien aujourd’hui avec la narration.
« On me disait tu es un conteur, tu es un fabricateur, tu es un à fabulateur. Y a-t-il un tabou de la narration en France ? Est-ce un diktat de la mode ? Est-ce ringard ? J’ai essayé de comprendre d’où cela pouvait provenir.
Il prend conscience de la défiance qui frappe le récit de la Shoah. Theodor Adorno a dit : « Pas de poésie après Auschwitz ». Walter Benjamin a écrit : « On ne sait plus raconter des histoires, on ne sait plus que se plaindre ».
L’auteur se demande si on peut lier le traumatisme des grandes guerres européennes du XXe siècle et celui des camps à la montée d’une suspicion sur le récit et les histoires.
Globalement dans son œuvre il estime que la narration s’impose à lui.
Elle seule peut l’arracher à l’exil, au Liban, au Québec, ces pays qui ne sont pas les siens et le sont quand même.
Il y a donc toujours un enthousiasme narratif chez lui, que certains trouve parfois excessif. C’est un peu ce que dit Eitan au début du spectacle. « Je vous raconte. Je vous raconte ? Je vous raconte » (page 12).
Chaque personnage a un moment se lance dans une longue tirade où il fait le récit de sa vie.
Mettant en scène un personnage, porteur d’un mystère, qui finit par apprendre la vérité sur ses origines, Tous des oiseaux renoue avec la dramaturgie de la révélation que l’auteur a pu mettre en œuvre dans ses précédents spectacles.
Cette violence du dévoilement rappelle l’influence de Sophocle sur le dramaturge. « Ce qui m’a frappé chez Sophocle dit-il, c’est son obsession de montrer comment le tragique tombe sur celui qui, aveuglé par lui-même, ne voit pas sa démesure. Cela me poussait à m’interroger sur ce que je ne voyais pas de moi, sur ce point aveugle qui pourrait, en se réveillant, déchirer la trame de ma vie. Que serais-je devenu si j’étais resté au Liban ? Ma famille et moi étions partis avant le massacre de Sabra et Chatila en 1982, commis par des milices chrétiennes auquel j’avais rêvé d’appartenir dans mon enfance. Aurais-je été parmi eux ? On ne peut présumer de soi. »
Comme dans les tragédies grecques, la brutalité du dévoilement est fatale. Œdipe se crève les yeux, Jocaste se pend, Créon devient fou. Quant à David, il tombe dans le coma. La vérité est dangereuse.
Le personnage de Nora rappelle que ce n’est pas la vérité qui crève les yeux d’Oedipe, mais la vitesse avec laquelle il la reçoit. Ne rien jeter trop vite contre le mur de la connaissance. Page 100.
La révélation présuppose l’énigme. Les personnages de Mouawad sont souvent porteurs d’un mystère à résoudre. L’écriture chez lui et le lieu d’une enquête.
L’influence de Sophocle est perceptible , doublement. Dans
Œdipe roi, la construction dramatique dissémine les informations, jusqu’à la
révélation finale de la culpabilité d’Œdipe.( Faites une recherche sur cette pièce.)
Le spectateur de Tous les oiseaux reçoit lui aussi les renseignements de manière fragmentaire.
La révélation pour David est d’autant plus violente que, à la différence d’autres personnages de Mouawad, il n’est pas protagonistes de son enquête.
Raconter un récit, c’est aussi, pour l’auteur, redonner du sens un monde qui en est dépourvu.
L’histoire gronde dans Tous des oiseaux comme dans les créations antérieures de l’artiste. C’est dans cette tension de l’individu face au grand mouvement collectif que réside le tragique mouawadien. Le drame de l’intéresse pas. Quand la mort dialogue avec les hommes, ça donne un drame. Quand la mort dialogue avec les dieux, ça donne une tragédie. Les dieux ayant disparu, c’est à la violence d’un monde déchiré par des conflits qui les dépasse que les hommes sont confrontés dans le théâtre mouwadien.
Dans ce théâtre pas de chœur, pas de Dieu, mais de petites
vies. L’amour impossible de Wahida et Eitan exhume le souvenir d’un autre
couple tragique, Roméo et Juliette, explicitement évoqué par Leah page 59. SE rappeler que la tragédie chez Shakespeare permet le mélange des registres comique et tragique.
Plusieurs différences fondamentales distinguent cependant ce spectacle des tragédies grecques ; malgré tout dans la pièce de Sophocle, rappelle l’auteur, les personnages principaux sont en charge de la cité. Ce ne sont pas des petites gens. Or Incendies et Tous des oiseaux mettent en scène des personnages ordinaires.
Et l’autre différence, bien entendu c’est l’absence de
dieux. C'est le poids de l'Histoire qui joue le rôle du fatum.
Enfin les textes de l’auteur sont dépourvus de chœur.
dimanche 6 décembre 2020
Pascal Rambert , auteur trop célèbre pour participer au prix Koltes
Auteur, metteur en scène, réalisateur et chorégraphe, Pascal Rambert travaille autant en Europe qu’ en Amérique Centrale et en Amérique du Sud, en Afrique du Nord, en Asie et au Moyen-Orient.
Auteur associé au Théâtre national de Strasbourg depuis 2014, artiste associé au Théâtre des Bouffes du Nord à Paris depuis janvier 2017, il dirige durant dix ans le T2G – Théâtre de Gennevilliers qu’il a transformé en Centre dramatique national de création contemporaine, lieu exclusivement consacré aux artistes vivants (théâtre, danse, opéra, art contemporain, cinéma). Outre les opéras qu’il met en scène, Pascal Rambert conçoit des pièces chorégraphiques présentées dans les principaux festivals et lieux dédiés à la danse contemporaine en France, en Europe, au Japon ou aux États-Unis...
Une vie marque sa deuxième collaboration avec la troupe de la Comédie-Française, qu’il a mise en scène en 2005 dans Le Début de l’A.
Parmi ses autres pièces de théâtre en France, Clôture de l'amour, écrite pour Audrey Bonnet et Stanislas Nordey, connaît après le Festival d’Avignon 2011 un succès mondial, reçoit de nombreux prix, est jouée près de 200 fois et traduite en 23 langues. Pascal Rambert en réalise des adaptations en russe (Théâtre d’Art de Moscou), en italien (Piccolo Teatro de Milan), en espagnol (Festival International Grec à Barcelone et Festival de Otoño à Madrid), ou encore en anglais avec des représentations à New York et en arabe au Caire, en mandarin à Pékin, ainsi qu’ en allemand, croate, danois et japonais.
Il confie la première lecture de son texte Avignon à vie à Denis Podalydès, dans la Cour d’honneur du Palais des papes au Festival d’Avignon 2013, et retrouve l’acteur la saison suivante au T2G dans le cadre du Festival d’Automne avec Emmanuelle Béart, Audrey Bonnet et Stanislas Nordey pour Répétition. De même, il met en scène cette pièce dans des versions italienne et espagnole.
Après avoir présenté en 2015 dans l’ espace nu du Théâtre des Bouffes du Nord Memento Mori,Clôture de l'amour, Avignon à vie, De mes propres mains et Libido Sciendi, il créé en 2016 au T2G Argument, écrit pour Laurent Poitrenaux et Marie-Sophie Ferdane.
Cette saison, il a composé Actrice pour les acteurs du Théâtre d’Art de Moscou, qu’il mettra en scène en France en décembre prochain au Théâtre des Bouffes du Nord avec notamment Audrey Bonnet et Marina Hands. Il travaille actuellement à la rédaction de GHOSTs pour des acteurs Taïwanais, une création prévue en août 2017 à l’ occasion de l’ ouverture du Art Tapei Festival.Honoré en 2016 du prix du Théâtre de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre, Pascal Rambert est publié en France aux Solitaires Intempestifs. Viennent d’y paraître Une vie et Actrice ainsi que Théâtre 1987-2001 (Le Réveil, John & Mary, De mes propres mains, Race, Le Début de l’A.). Clôture de l’ amour y fera l’objet d’une réédition dans la collection « classiques contemporains » en juin 2017.
Extrait de Cloture de l'amour avec Stanislas Nordey et Audrey Bonnet.
Le métier de dramaturge
Le mot "dramaturge" a plusieurs sens. Il désigne souvent pour vous l'auteur d'un texte de théâtre mais il y a un autre métier qui porte ce nom:
Conseiller littéraire et théâtral, il est attaché à un théâtre national, un centre dramatique national ou une compagnie de renommée internationale. Au sein de l’équipe artistique, il est le plus proche collaborateur du directeur ou metteur en scène; Son travail de dramaturgie se situe en amont et en aval d’un spectacle : il représente en quelque sorte une « instance de réflexion ». Le dramaturge et le metteur en scène se partagent la réalisation théâtrale d’une œuvre dramatique : le premier prend en charge le travail théorique tandis que le second assure l’élaboration scénique en liaison directe avec les comédiens.
Les fonctions du dramaturge varie selon son degré de notoriété et de la place qu’il lui est accordée au théâtre :
- Lecture des manuscrits, des pièces au programme,
- Recherche documentaire sur et autour de l’œuvre,
- Analyse et explication des principes de construction de l’œuvre, définition de son idéologie,
- Adaptation en langage théâtral ou traduction de l’œuvre si nécessaire,
- Élaboration et rédaction du programme,
- Participer aux répétitions en tant que critique interne.
En savoir plus sur la formation au métier de dramaturge
Bernard Marie Koltes
L'auteur qui donne son nom au prix littéraire des lycéens auquel vous participez:
L'année dernière vos camarades aujourd'hui en Terminale avaient travaillé sur sa pièce Roberto Zucco.
Matthieu Cruciani est en train de préparer pour la saison prochaine une mise en scène de Juste avant les forêts
L'Ange Koltes Emission sur France Culture
Auteur dramatique français
Né le
Décédé le
“J'ai envie de raconter bien, un jour, n'importe quoi qui soit un bout de notre monde”
Biographie de Bernard-Marie Koltès
Bernard-Marie Koltès découvre le théâtre à l'âge de 20 ans et reçoit un véritable choc quand il assiste à la performance de l'actrice Maria Casarès dans 'Médée'. Il commence alors à écrire pour le théâtre. En 1970, il monte sa propre troupe, le Théâtre du Quai et écrit 'L'Héritage' que Maria Casarès lit pour la radio. Entre un passage au Parti communiste (1974-1978), de nombreux voyages en Amérique latine et en Afrique, Koltès crée de nombreuses pièces, comme le long monologue 'La Nuit juste avant les forêts' qui est montée en off au Festival d'Avignon. Son théâtre, en rupture avec la génération précédente du théâtre de l'absurde, est une recherche permanente sur la communication entre les hommes. Au début des années 1980, il rencontre Patrice Chéreau qui devient son metteur en scène. Mais l'écrivain, malade, décède prématurément, à 40 ans du sida. Bernard-Marie Koltès, dont les textes sont traduits dans une trentaine de langues, est le dramaturge français le plus joué dans le monde. En 2015, les archives de l'auteur dramatique entrent à la Bibliothèque Nationale de France.
samedi 5 décembre 2020
jeudi 3 décembre 2020
mercredi 2 décembre 2020
Terminales séance du lundi 30 novembre
En petite salle à la CDC sans Serge
Anaïs de retour vers 16h.
Mise au point sur les prochaines semaines: cours de pratique maintenus, retour des cours en présentiel le jeudi certaines semaines. Maintien de la présentation de travaux du 14 décembre.
Rappel de l'analyse de spectacle à faire sur la captation de L'Ecole des femmes mise en scène par Braunschweig pour avant les vacances de Noël si possible. carnet de bord à rendre le lundi de la rentrée.
Changements des dates d'examen: oral de spé théâtre avant le 15 mars. Projet Molière avec Sandrine Pires très court et qui sera continuer après l'examen. il faudra avoir lu les trois pièces de Molière au retour des vacances absolument.
Echauffement proposé par padmé et Manon.
Exercice d'engagement physique: chorégraphie du personnage déjà trouvée dans une autre séance mais agrandir la gestuelle et y insérer du texte projeté. Expérimenter ce qui arrive quand on sort du réalisme et de l'adéquation mimétique entre parole et geste. Trouver comment "danser" la passation d'un geste à l'autre, le déplacement.
Très beaux moments après un peu de doute et de recherche. Essence du personnage qui apparaît.
Travail des scènes de Tous des Oiseaux avec des consignes différentes que celles proposées par Serge dans la perspective du rejeu. Plus proche du code de jeu très engagé de Wajdi Mouawad: énergie, émotions intensifiées.
Attention à ne pas trop surjouer pour autant, garder la justesse des intentions et des adresses.
Mise en avant de la dimension possiblement mélodramatique de certaines scèènes ( écueil à éviter) voire de tendances vaudevillesques parfois.
Présentation des scènes en frontal face aux gradins de la petite salle: nécessité de projeter, de jouer pour le public, problème des positionnements: acteur profil ou à la face pour les tirades plus longues.
Revenir au code de jeu de Serge la séance prochaine: parler droit, parole qui s'invente, pas de déclamation mais avec énergie et intensité.
Pensez à vos accessoires. Ines ( appareil pour la musique)etc
Premières séance du 27 novembre La Dispute
Mon compte -rendu est plus succint car vous devez noter ce que vous avez fait lors de votre travail en autonomie et votre ressenti lors du filage .
-Travail des scènes avec l'objectif de bien tenir compte du dispositif en rond des spectateurs dans les déplacements. Pas de jeu quotidien et cinéma mais jeu dynamique avec du corps, toujours soigné les réactions: recevoir les sensations et émotions procurées par la rencontre avec l'autre: désir, rejet, jalousie, sentiment de supériorité etc.NOter ce que vous trouvez, vos discussions, vos choix et partis pris.
Deuxième filage arrêté cette fois: Bruno donne des conseils, des consignes. Veiller à bien tout noter.
Se faire une conduite de son parcours dans la petite forme que nous sommes entrain de créer: chaque acteur doit savoir ce qu'il fait à tout moment, où il se place, quelles sont ses entrées.
Apporter vendredi prochain: Basile: de quoi passer de la musique, les miroirs, portraits.
J'apporterai les bonnets qui vont permettre de distinguer les personnages.
Julia et Mélody apportez vos propositions de costumes pour Hermiane.
Vendredi nous recevrons à 14h Jérémy Engler du TNS pour la présentation du projet lié au Prix Koltes .
Portrait de Wajdi Mouawad dans le Journal Libération
Le directeur du théâtre parisien du XXe arrondissement, né au Liban, puis exilé, dialogue intensément avec le tragique et l’adolescence.
C’est autour d’un minuscule pupitre d’écolier que se fait l’entretien, au cœur du grand bureau de directeur du Théâtre national de la Colline (dans le XXe arrondissement parisien) que Wajdi Mouawad occupe depuis 2016. Pour obéir aux règles du portrait, on dira chevelure exubérante, œil clair, lunettes fines, voix douce, jean et baskets. Une allure juvénile qui fait qu’il est là parfaitement à sa place tandis que j’ai peur de rejouer Boucle d’or cassant la chaise du petit ours. «L’enfance est un couteau planté dans la gorge», a-t-il écrit dans Incendies. J’ai une heure pour explorer masquée comment ses mots s’accommodent de ce couteau, le triturent ou l’arrachent.
Il dit avoir parlé très tard, il ne s’est depuis jamais tu. Chacun de ses spectacles, qu’il en soit auteur, metteur en scène, dramaturge, acteur ou vidéaste, s’accompagne de manifestes, de notes d’intentions, de préfaces et de postfaces. Au printemps, quand d’autres faisaient leur pain confiné quotidien, il a écrit et a lu journellement quinze minutes de textes intimes et universels. Plus de 800 000 écoutes : combien d’entre nous pensent désormais à Ponce Pilate ou à Lady Macbeth en se lavant les mains dix fois par jour ? C’est qu’il refuse d’être un idiot, entendez l’idiotès de Socrate, tout entier consacré à sa vie domestique - même s’il confie trouver dans le ménage un «entraînement à l’assiduité». Le vrai citoyen remonte ses manches pour aller discuter sur l’agora. Des mots, mais en mouvement : Mouawad est un obsédé du verbe plutôt que du Verbe. En 2019, en l’écoutant échanger leurs «verbes aimés» avec Valère Novarina, à la Villa Médicis, j’avais pensé que les tapisseries et la vue sur le Vatican étaient un drôle d’endroit pour ces animaux-là, mais aussi qu’on avait en France de vrais auteurs de théâtre.
La seule chose qui lui importe, c’est de «bien raconter une histoire». De «construire une narration qui remette de l’ordre dans les fragments du réel», fruits d’une double explosion : né en 1968, il a grandi au Liban dans une famille chrétienne que la guerre pousse à l’exil, vers la France en 1978, puis en 1983 vers le Canada québécois, où sa mère meurt, deux ans plus tard. Deux coups de couteau, deux âges, 8-10 ans et 16-17 ans, entre lesquels il ne se souvient de rien sinon d’une «sensation de bois mort». Il parle arabe avant, français après - et en conclut «ma langue maternelle, c’est ma jeunesse». Guerre civile, soit peut-être la plus brutale, Méditerranée, double exil, mère, mort : le décor est planté pour écrire la tragédie, mettre en scène la «terreur et la pitié» selon les mots d’Aristote. Même si peu importe la nature exacte de la douleur, puisque «ce n’est pas elle qui compte, mais la mettre en lumière». Alors, il écrit, il met en scène, au Québec , puis en France.
Ses personnages, la plupart du temps jeunes, doivent se «confronter à leur zone sauvage» à la faveur de cataclysmes historiques et individuels s’entre-nourrissant, autant de «grosses béquilles indispensables» dont il se rit. Sans, il s’ennuierait. En lieu d’oracles, des tests ADN révèlent les filiations cachées. Le juif apprend qu’il est arabe ou l’Arabe qu’il est fils de son propre frère, bourreau de sa mère. Les tragédies ne sont-elles pas toujours des histoires d’enfants, parfois devenus parents ?
La recette fonctionne et, en 2009, la tétralogie du Sang des promesses embrase Avignon. Certains trouvent qu’il en fait trop, les grosses béquilles restent en travers, mais il sait indéniablement réconcilier le public, surtout jeune, avec le souffle lyrique de la tragédie. Jusqu’à 2011 et le feu médiatique, cette fois, quand il confie à Bertrand Cantat le chœur de la Trilogie des femmes. Il faut «prendre soin du vivant», explique-t-il alors. Retenons ce programme plutôt que de discuter ici la pertinence du choix du chanteur ou sa performance. Quoi de plus vivant que la jeunesse, que toutes les époques s’appliquent à «domestiquer», à «assécher» voire à «assassiner» ? Wajdi Mouawad veut lui rendre le «goût du jeu» et de se battre pour ne pas tourner en dérision cette «soif insatiable de l’infini» que les hommes partagent avec les chiens qui aboient. Il attrape Lautréamont sur un rayon de bibliothèque, pour y lire la phrase exacte. Et regrette : «Devenir un vieux con est la chose la moins douloureuse.»
A la place, «déployer une clairière» autour de lui. «Quelqu’un» a su l’écouter, encore adolescent. Puisqu’on ne peut jamais payer ses dettes qu’à d’autres, il transmet à son tour - et de ces échanges il se nourrit. Il tâtonne, ajuste - il répète le mot «artisanat» - et le théâtre accueille. Des colloques animés par des 18-25 ans, des ateliers, des jeunes reporters… La réelle représentativité de ces initiatives ? Il concède qu’il faut encore aller chercher plus loin. Il mise sur «le cheval de Troie» : un spectateur enthousiaste se verra invité à revenir avec un ami qui n’a jamais mis les pieds dans un théâtre, ainsi de suite. Ses projets débordent la sphère théâtrale. Dernière incubation, évoquée avec l’historien Patrick Boucheron : un bac «poétique», pour remplacer ce «rituel initiatique» dont le contrôle continu prive 750 000 adolescents.
La reconnaissance a en partie comblé le besoin qu’il avait à ses débuts d’être «aimé inconsidérément». Wajdi Mouawad n’a plus à en faire trop. Alors qu’il re-crée Littoral, pièce de 1997, peut-être qu’il chemine comme Sophocle, qui s’était éloigné des tragédies radicales de ses débuts pour écrire sa révolutionnaire Antigone. Notons, en tout cas, que jamais le sujet de la sépulture empêchée n’aura été si contemporain, quand les cimetières débordent jusqu’en Suisse. Notons aussi qu’il n’y a que lui pour dire Sophocle en jeune poète exalté, découvrant Eschyle à l’âge de 17 ans, plutôt qu’en buste chenu figé dans le marbre.
Quelques bruits de pas dans les couloirs presque vides. Que faire quand les lieux sont clos et que les corps font barrière ? Des initiatives en ligne comme un «fil d’Ariane» avec le public mais pas de podcasts pour ce deuxième confinement, qui se terminera ici le 15 décembre avec Littoral et un spectacle de Simon Falguières. Au lieu de parler à d’autres, Wajdi Mouawad cette fois répète. Seul. Il répète des pièces encore à créer, avec les moyens techniques de la scène sans lesquels le texte n’est qu’un squelette. L’image m’évoque cet enregistrement où il mentionne son père, auquel il demande ce qu’il faisait au Liban, enfermé sous les bombes, sans famille, téléphone ou télévision. Le père finit par répondre : du spiritisme. Il a d’abord convoqué ses morts avant de s’adresser par le même biais aux vivants, ses enfants loin de lui. On peut - il faut - toujours se raconter une histoire.
En sortant, je regarde une dernière fois le petit pupitre. Peut-être parce qu’il y a trois bouteilles d’eau de fleurs d’oranger sur une étagère, je pense soudain à ces tables de cafés libanais où l’on joue à la tawlé. Le «goût du jeu» mais aussi un art de vivre sont ici transmis. Pasolini, dans Nouvelle Jeunesse : «Je pleure un monde mort. Pourtant, moi qui le pleure, je ne suis pas mort.» Pendant ce temps, Wajdi Mouawad cherche en vain la clé qu’il avait pourtant en entrant. Je lui souhaite de chercher encore longtemps.
1968 Naissance à Deir-el-Qamar (Liban).
2016 Directeur du Théâtre national de la Colline
15 décembre 2020 Réouverture du théâtre, et reprise de Littoral.
mardi 1 décembre 2020
En savoir plus sur le Liban, pays d'origine de wajdi Mouawad
Documentaire sur Arte un pays dans la tourmente
Comment le Liban, la "Suisse de l’Orient", a-t-il sombré dans le chaos ? Commentée par ses acteurs et des observateurs, une plongée éclairante dans l’histoire tumultueuse du Liban, pour remonter aux sources du désastre actuel.
En
1917, la France et la Grande-Bretagne se partagent la zone arabe de
l’Empire ottoman en ruine, dessinant une carte du Moyen-Orient dont les
frontières ignorent la mosaïque de confessions religieuses : chrétiens,
druzes, sunnites et chiites… La France, qui a hérité du Liban, transmet à
son départ, en 1943, le pouvoir aux chrétiens, à l’époque majoritaires.
Dans les années 1960, le Pays du Cèdre connaît une prospérité et une
liberté d’expression dont sont privés ses voisins. Mais après la guerre
des Six-Jours en 1967, l’afflux au Sud-Liban de réfugiés palestiniens,
qui s’organisent sous la bannière de l’OLP, attise les tensions. Dès
lors, l’engrenage de la violence, entre attentats, exactions des milices
phalangistes et ingérence des puissances étrangères, d’Israël à la
Syrie en passant par les États-Unis, l’URSS et la France, précipite en
1975 le Liban dans une guerre civile au lourd bilan : 150 000 morts et
un million d’exilés. Minorités, partis politiques et grandes familles
s’affrontent dans un imbroglio d’alliances, de retournements et
d’enlèvements où s’engouffrent des seigneurs de guerre. Dans un Beyrouth
dévasté, les clans mafieux font main basse sur l’économie. C’est un
pays atomisé qu’envahit Israël, appuyé par l’armée du Sud-Liban en 1982,
jusqu’au siège de Beyrouth, avant l’assassinat du président fraîchement
élu Bachir Gemayel, auquel succède son frère Amine. Soutenue par
l'Iran, la montée en puissance du Hezbollah, parti politique et milice
chiite, renforce, après le retrait d’Israël, le contrôle du territoire
par la Syrie de Bachar el-Assad. Laquelle en sera chassée, avec la
"révolution du Cèdre", au lendemain du meurtre en 2005 du Premier
ministre sunnite Rafiq Hariri, proche de l’Arabie saoudite, qui lui est
imputé. Le Liban croit alors renouer avec l’indépendance : une embellie
de courte durée.
Le piège de la poudrière
Comment le Liban, la "Suisse de l’Orient", a-t-il sombré dans le chaos ?
Alors que la double explosion du 4 août dernier dans le port de
Beyrouth a remis au jour la gabegie et la corruption de la classe
politique qui gangrènent le pays, ce documentaire remonte le cours
tourmenté de l’histoire de cette jeune nation à l’identité forgée par
dix-huit communautés religieuses. En donnant la parole à ses acteurs,
d’Amine Gemayel à des membres des services de renseignement, à des
journalistes, dont Thomas Friedman du New York Times et l’ex-otage
Terry Anderson, et à des artistes, il montre comment le pays, au cœur
des enjeux géopolitiques depuis sa création, s’est retrouvé piégé dans
la poudrière du Moyen-Orient. Un éclairant panorama du chaos libanais,
entre impérialisme, terrorisme et faillite d’une oligarchie obsédée par
ses seuls intérêts.
Le personnage d'Eitan par Hanna
Eitan.
Eitan est l’un des personnages phare de la pièce. Il apparait dans la première scène et on connait alors son attrait pour les sciences. La recherche rythme sa vie, comme nous pouvons le voir dans la troisième scène, où il drague la belle Wahida avec des phrases lourdes de références scientifiques. Cela montre aussi un caractère particulier, qui lui est propre car charmer de cette manière peut sembler complexe. Mais il est dans son élément. Nous retrouvons cet aspect scientifique dans la scène du Seder, moment de la pièce où Eitan veut présenter sa tendre Wahida, arabe, à sa famille juive. Il se querelle avec son père qui refuse que son fils puisse entretenir une relation avec ce qu’il considère comme « l’ennemi ».Ce jeune garçon ne semble pas accorder autant d’importance à sa religion que son père David. Il s’en fiche de perpétuerla tradition et d’avoir des enfants juifs, il aime Wahida, point à la ligne, il serait anéanti s’il la perdait. Son père le prend très mal et Eitan se questionne alors sur le fait qu’un homme aussi fermé d’esprit puisse être son père et il décide de faire des analyses ADN pour élucider la question. Après le diner, il garde les couverts de la tablée et découvre avec stupeur, non pas que son père n’est pas son père biologique, mais que Etgar, son grand père, n’est pas le père biologique de David. Nous avons ici, le cœur du problème qu’expose cette pièce, un problème d’identité. Ce geste va mettre en branle toutes les vies autours d’Eitan et va s’en suivre une quête de la vérité, accompagnée par la famille et les amours. Cette quête va le mener en Israël, aux côtés de Wahida, à la recherche de sa grand-mère Leah, ex-compagne de Etgar. Mais lors de ce voyage, un attentat explose sur le pont Allenby et plonge le jeune scientifique dans le coma. Les personnages se succèdent alors à son chevet, les disputes éclatent, les déclarations d’amour aussi. La chambre d’Eitan devient le théâtre de la vie de cette famille explosée par les origines et la vérité éclate alors que le jeune homme sommeille toujours, dans la scène 15, quand Leah et Edgar lui parlent. On ne sait pas, en tant que spectateur, ce qui se dit lors de cette révélation mais cela va déclencher son réveil et changer jusqu’à sa personnalité pour le reste de la pièce.
Lors de son réveil, 4 jours après l’attentat et seulement 2 jours après cette vérité, la nuit est tombée. Eden, la femme porte-parole et soldate que Wahida a rencontrée lors d’une fouille au corps le jour de l’attentat, passe à ce moment-là et le jeune homme décide de lui parler de cette nouvelle et violente vérité. Il remet alors en cause l’idée que « quarante-six chromosomes » puissent être la clef de toutes les existences possibles. Il remet sa vie, sa passion pour la science en cause. Il sent que tout a changé, rien n’est pareil qu’avant. La génétique ne correspond plus à rien pour lui. Son personnage se transforme à ce point crucial.
Eitan, scène 18, sort de l’hôpital pour se rendre chez Leah, auprès de sa famille. Il laisse sous-entendre que sa mémoire connait la vérité de ses grands parents et qu’il doit en parler, le dire à son père. Il considère qu’il est en droit de le savoir et qu’il ne peut pas rester impassible face à ce secret. Leah, Edgar et Eitan sont alors en désaccord profond. Mais Eitan est face a un dilemme. Il ne sait que faire avec cette information. Il prononce cette phrase « Je fais comment quand je sais ce que je sais et que lui ne le sait pas ? », ce qui montre son désarroi face à cette situation. Il est coupé dans sa réflexion par Eden, venu le chercher pour l’escorter auprès de Wahida, en bord de mer. C’est alors une scène de rupture dans laquelle Eitan est pris, scène 19. Wahida le quitte, lui annonçant que tout a changé, qu’elle assume maintenant ses origines et qu’eux ne sont plus les mêmes. Eitan comprend, il ne lui en veut pas, il lui promet de la revoir et il se séparent, partant dans deux directions opposées.
Scène 20, Eitan est dans un café, avec son père et son grand père. Un conflit éclate alors entre Etgar et son petit fils et ce dernier quitte le café en criant sur son ainé. Pour donner suite à son départ, Edgar annonce la vérité à son fils adoptif. Il lui dit l’avoir recueilli lorsqu’il était soldat et élevé comme son fils. Mais il lui apprend aussi qu’il n’est pas juif, il est palestinien. David se voit alors devenir ce qu’il déteste, un arabe. Il n’est pas juif. Eitan revient après cette annonce violente pour David.
Puis la scène 21 s’en suit. Tous les protagonistes se retrouvent chez Leah et les paroles sont échangées à cœur ouvert. Etgar énonce que pour lui, s’il devait y avoir un sens à l’adoption de David, c’est Eitan, ce sens. Sans cette adoption, Eitan n’aurait existé. Mais Eitan repousse cette idée, il la trouve ridicule et menace de se tuer. Il dit que si sa vie devait dépendre de son aïeul, il ne voulait plus vivre. Ce geste sort David de son état de choc lié à l’annonce. Il parle pour la première fois depuis le café puis s’évanouit brusquement.
Scène 22, la nouvelle tombe, David ne se réveillera jamais. Eitan accuse le coup comme il peut et refuse de parler à son père mort, considérant que les esprits n’existent pas, petit rappel de son esprit scientifique. Il quitte l’hôpital quand Leah demande que David entende de l’arabe, étant en désaccord avec sa grand-mère. Il pense que toute la vie de son défunt père a été volée.
Eitan apparait une dernière fois dans la scène de l’enterrement, et il clôt la pièce. Il y est seul au cimetière, devant la tombe de son père, une pierre a la main. Cette pierre provient du village natal de David et Eitan la dépose sur sa tombe tout en lui parlant de ses propres origines et de celles du mort.
C’est ici que nous voyons l’évolution de ce personnage. En effet, au début de la pièce, Etgar et Eitan étaient plutôt proches et le jeune homme était en opposition à son père mais avec cette fin, nous pouvons constater qu’à présent, Eitan en veut à son grand père d’avoir tuer David et il ne lui adresse plus la parole pour cette raison.
Sa dernière parole est répétée 5 fois et montre la profonde tristesse du jeune homme. Il dit « Je ne me consolerai pas », montrant que la mort de son père ainsi que ce changement radical au long de la pièce l’atteignent fortement et de manière indélébile. Il laisse une grande tristesse planer sur cette fin de pièce, qui resonne presque comme une explosion, semblable à toutes celles des scènes passées.


